Un historique de l'alpinisme de 1492 à 1914

Un historique soulignant les principaux événements se rapportant à l’alpinisme - sans prétendre à l’exhaustivité - est proposé en plusieurs dossiers du Centre fédéral de documentation (CFD) allant de 1874 à nos jours :

- l’alpinisme de 1492 à 1914.
- l’alpinisme de 1919 à 1939.
- l’alpinisme de 1945 à nos jours dans les montagnes d’Europe.
- l’alpinisme de 1945 à nos jours dans les montagnes de l’Himalaya et du monde.

L’alpinisme de 1492 à 1914

Sommaire :

Les prémices de l'ascensionnisme
1492 - Une première initiative avérée
1741 - Les glaciaires
La science comme justification
Sous la conduite du Guide
1760 - Horace Bénédict de Saussure
1786 - La naissance de l'alpinisme
1800 à 1850 - Les premières explorations des plus hauts sommets
Dans les Pyrénées
1825 à 1830 - Les officiers géographes de la carte de France
La structuration de métier de Guide
L'industrie du Mont Blanc
1830 -1838 - L’alpinisme au féminin
1848 - Le premier en France à s'extraire du commun
1854 à 1865 - Tout va s'accélérer depuis la Grande-Bretagne
Edward Whymper
William A. B. Coolidge
1877 - L’ascension de la Meije
Le matériel de l'alpiniste en 1870 et avant
Des performances fabuleuses entre 1865 et 1900
Albert Frederick Mummery
L'alpinisme autonome
À la recherche des premières féminines à partir de 1870
Deux cordées exceptionnelles
Un exploit unique
Dans les Alpes occidentales jusqu’en 1914
Pendant ce temps-là dans les Alpes orientales
Le matériel de l'alpiniste jusqu'en 1914
Un exploit inouï
Les deux façons de faire
Premiers regards hors d’Europe
Déjà l’Himalaya et le Karakoram

LES PRÉMICES DE L’ASCENSIONNISME

Ce n’est que progressivement que les hommes vont éprouver un intérêt pour les montagnes, longtemps suspectées de maléfices
Les prémices - en France - d’une curiosité pour la haute altitude sont difficiles à situer, plusieurs actions préliminaires - parmi d’autres - peuvent servir de repères.

Entre 1276 et 1285 - Le Canigou, 2875m

La montagne des Pyrénées orientales est si visible et si tentante depuis la plaine que le Roi d’Aragon et sa suite l’ont probablement gravi à cette époque.

1336 - Le Mont Ventoux, 1910m

Francesco Petrarca ( Pétrarque ), le poète italien qui vit dans les États pontificaux en Avignon réalise, avec son frère et deux domestiques, l'ascension de la grande montagne de Provence,1910m d'accès facile, « poussé par le seul désir de voir la remarquable altitude de l'endroit ».
Le récit - particulièrement inspiré - du périple contient tout ce qui sera dit plus tard, bien plus tard, sur les mêmes sujets : la préparation du périple, le choix des compagnons, les impressions durant l'ascension et l'éblouissement du sommet ; mais jamais avec autant de hauteur d’esprit...
Le récit sera publié traduit dans La Montagne de 1937 et commenté par Georges Sonnier dans La Montagne & Alpinisme de 1970.

1358 - Rochemelon, 3538m - Un sommet élevé et neigeux

Boniface Rotario d’Asti escalade le très célèbre de Rochemelon, 3538m dans les Alpes Graies en Italie, pour déposer, dit-on, une statue de la Vierge à la suite d’un vœu.
Ce sommet proche d’un des principaux passages alpins - le Col du Mont Cenis - deviendra un lieu de pèlerinage traditionnel. C’est une des premières incursions connues sur un sommet élevé et neigeux dans les Alpes…

1492 - UNE PREMIÈRE INITIATIVE AVÉRÉE

  • Les origines de l’alpinisme peuvent être recherchées dans l’ascension du Mont Aiguille, 2087m en 1492…

C’est une première initiative dont il est conservé une relation avérée de l’exploit.
Les textes sont précis : pas un ordre, mais une invitation du Roi de France Charles VIII « à faire essayer si l’on pouvait monter sur cette montagne que l’on disait inaccessible »
En l’année 1492, l’équipe d’alpinistes d’occasion, emmenée par Antoine de Ville, va réussir une réelle performance acrobatique et audacieuse, grâce au savoir faire d’un « escalleur » du Roi, spécialiste des échelles pour l’assaut des places fortes.
Un exploit réalisé sous le contrôle et le témoignage écrit d’un huissier pour obtenir la récompense promise ( voir la revue La Montagne & Alpinisme n°4/1991 ).

1574 - Une description des Alpes

En 1574, le Suisse Josias Simmler publie, en latin, un des premiers ouvrages consacrés à la description des Alpes et à la pratique de la montagne. En 1904, W.A.B. Coolidge dans son livre Josias Simler et les origines de l’alpinisme rendra l’œuvre plus accessible.
Indiquons que, déjà en 1561, Guillaume Grataroli s’était penché sur les origines de l’alpinisme, en reprenant des sources anciennes et en citant les écrits de Conrad Gessner de 1541 et de 1555.

Les grands axes de communication

Pendant des siècles, et en dehors des vallées, la haute montagne n’était ni parcourue, ni habitée en permanence. Seulement quelques audacieux bergers en quête d'alpages d'été, chasseurs de chamois, chercheurs de cristaux et autres contrebandiers se risqueront dans ces zones inconnues au-dessus des forêts, en se protégeant sous des reliefs naturels ou dans de rudimentaires cabanes de pierres sèches, plus tard en édifiant de modestes bergeries d’altitude…
Seuls les grands cols étaient explorés et permettront de traverser les Alpes. Ils deviendront des axes essentiels de communication et verront, pour la sécurité des voyageurs et dès l’Antiquité, l’aménagement d’abris de secours, puis les voies romaines franchiront les principaux cols, avec des refuges aux passages cruciaux, remplacés par des hospices au Moyen Âge.
Et ensuite à partir de la Renaissance, on verra l’édification d’hôtelleries, d’hospices et de monastères au niveau des grands cols des Alpes : Mont Cenis, Grand et Petit Saint-Bernard, Montgenèvre, Simplon, Tende, Montgenèvre et autres... Mais les traversées étaient redoutées et dangereuses particulièrement en hiver. L’article, « Climat des alpes au moyen âge » dans La Montagne & Alpinisme n°3 / 2014, de Daniele Cat Berro et Luca Mercalli décrit des traversées exceptionnelles, dès l’an 1000 de certains cols alpins. Plus tard, le Col du Mont Cenis, le principal passage entre la France et l’Italie, pratiqué régulièrement depuis le IVe siècle, se verra doté de 23 refuges contre la tourmente, et deviendra un itinéraire classique en été au XVIIe siècle, jusqu'à l’ouverture du tunnel de Fréjus en 1871.

Dans les Pyrénées, les grands axes de transit évitaient la haute barrière des montagnes aux deux extrémités de la chaîne, le franchissement du massif était donc moins crucial. Un des rares passages naturels commodes est le Col de Roncevaux, fréquenté depuis l’Antiquité, et emprunté depuis l’an 1000 par le chemin de Compostelle. En dehors de ce passage populaire, il n’existait pas d’aménagement en altitude, ni d’abris de secours, seulement des cabanes d’estives qui offraient un éventuel relai, vers quelques passages plutôt confidentiels.

1741 - LES GLACIAIRES

  • En juin 1741, une caravane de huit maîtres et cinq domestiques - tous armés - atteint le Prieuré de Chamonix, en trois jours depuis Genève. Ce sont les Anglais Richard Pocock et William Windham, accompagnés de quelques amis. Ils établissent un camp à proximité du Prieuré, laissant feux allumés et sentinelles en garde pendant la nuit. La caravane effectue une excursion jusqu’au Montenvers pour admirer les « glaciaires », le glacier des Bois que l’on appellera plus tard la Mer de Glace…

Ils n’étaient pas les premiers à visiter la vallée, mais ce qu’ils  firent les premiers ce fut d’en parler... Ce sera le précepte déclencheur d’une formidable convergence vers les hauts sommets et les domaines de l’alpinisme…

LA SCIENCE POUR JUSTIFICATION

Mais c’est la science qui va faire avancer l’idée de gravir les montagnes, et donner l’élan décisif à leurs explorations.
Pour certains, refaire l’expérience de Pascal de la tour Saint Jacques à Paris, avec le baromètre de Torricelli, puis au Puy de Dôme en 1647, plus tard au Canigou et au Mont Buet, gravi en 1770 avec une motivation scientifique, par les Genevois et frères Deluc...
Durant un long moment, il faudra s’accompagner du baromètre et du thermomètre pour justifier l’aventure, jusqu’au moment où les Britanniques feront voler en éclats les arguments scientifiques dans l'approche des montagnes.
Pour d’autres, il s’agira d’établir des visées de triangulation, destinées à l’établissement des cartes géographiques…

SOUS LA CONDUITE DU GUIDE

D'abord mener les voyageurs avec les passeurs

La traversée des Alpes par les voyageurs, travailleurs, commerçants, émigrants, soldats, a été de tout temps primordiale.
Attestée depuis le XVe siècle, toute une industrie de « passeurs » permettait de faire transiter les voyageurs par les principaux cols des Alpes, en été et en hiver. Ce sont des bergers et des chasseurs des hautes vallées de montagne qui servaient de guides, ils étaient appelés dans les Alpes « les Marrons », ce qui veut dire en bas latin « ceux qui vont devant, qui montrent le chemin et conduisent ».
Une pratique confirmée par les écrits de Bourdet en 1775.
Et ensuite en empruntant des passages plus confidentiels, comme à Bessans et à Avérole en Haute Maurienne, pour rejoindre Usseglio dans le Piémont...
S’ajoutant aux voyageurs, il y avait les nombreux travailleurs saisonniers qui rejoignaient les fermes des vallées prospères, pour louer leurs services, en transitant par la montagne chaque printemps et automne. Les cols de la Traversette et Lacroix, faisant communiquer le Queyras avec les vallées piémontaises, étaient ainsi très fréquentés.

Les Marrons seront les premiers à posséder un peu d’expérience, ils pouvaient assurer l’accompagnement des voyageurs, aller récupérer les égarés, et ramener les morts pris dans la tourmente.

Guider les alpinistes et les touristes

Puis arriva l'intérêt de gravir les montagnes...
Pour atteindre leurs buts, il semblera légitime aux cordées souvent britanniques d'ascensionnistes de recourir aux services de solides montagnards - les Guides - principalement recrutés dans les vallées de l'Oberland, du Valais, autour du Mont Blanc, en Haute Maurienne, en Haut Dauphiné et dans les Pyrénées.
Ce sont naturellement les autochtones qui seront les premiers capables de conduire les touristes, par les cols et accès confidentiels, d’abord dans les zones proches de leurs lieux de vie. Ils connaissaient la montagne, par tradition familiale, souvent des « passeurs », des bergers, des chasseurs, des cristalliers, des contrebandiers et autres coureurs de montagnes, avertis des meilleurs « passages ». L’esprit d’initiative et celui d’aventure permettront aux meilleurs de se singulariser. Rapidement des confréries et des corporatismes locaux apparaîtront.
Ensuite les Guides se recruteront localement par cooptation, parmi ceux qui voudront exercer cette fonction pas encore codifiée, après une formation « sur le tas » comme apprentis, les Porteurs...Ils devaient posséder les qualités physiques requises et avoir une bonne connaissance des montagnes à gravir. Ils assuraient les risques principaux de l'entreprise...
Pour s'engager en montagne, sur le terrain de l'excursionnisme alpin et de surcroît sur celui de l'ascensionnisme, la bonne façon de faire sera d’emboîter les pas du Guide.
Ce qui limitera longtemps - pour des raisons économiques et pas seulement - ces pratiques à un cercle restreint, à l'opposé des activités qui seront offertes par le tourisme et plus tard par le ski, dont les adeptes constitueront le principal des adhérents de nos associations.

1760 - HORACE BÉNÉDICT DE SAUSSURE

  • En 1760, voyage d’Horace Bénédict de Saussure dans la vallée de Chamonix. Devinant l’intérêt scientifique de gravir ou de faire gravir le Mont Blanc, le plus haut sommet des Alpes, il promet une récompense à qui découvrira un cheminement permettant l’ascension…
  • Le culmen des Alpes est à ce moment-là situé dans le royaume de Sardaigne. En 1796 son versant nord deviendra un moment territoire de la République Française par le traité de Paris jusqu’aux nouveaux traitée de 1814 et 1817 qui rendront le Faucigny et la Savoie aux États Sardes jusqu’en 1860. Son sommet sera l’objet d’un différent frontalier encore indécis aujourd’hui.
  • En 1779, de Saussure commence à faire paraître le premier des quatre tomes de ses Voyages dans les Alpes qui se révéleront parmi les ouvrages les plus appréciés de la littérature alpine et joueront un rôle considérable dans la propagande et le développement de l’alpinisme.

1786 - LA NAISSANCE DE L’ALPINISME

  • Le 8 août 1786, première ascension du Mont Blanc, 4810m par les deux Savoyards natif de Chamonix, le médecin Michel Gabriel Paccard et le cristallier Jacques Balmat, les valeurs du baromètre et du thermomètre sont enregistrées... Le premier est animé par son intérêt pour la science, l’autre par la récompense promise par Saussure.

On s’accorde à admettre que cette première ascension du Mont Blanc marque la naissance de l’alpinisme…

L’année suivante, le 3 août, une caravane de dix-huit Guides, dont Jacques Balmat, conduit H. B. de Saussure et un domestique pour la plus célèbre ascension de la grande montagne.
Au sommet, le savant genevois peut réaliser une série d’expériences scientifiques originales et déterminer avec une bonne précision l’altitude de la montagne…
La relation que fit Saussure de son entreprise aura un immense retentissement et les motivations scientifiques continueront à soutenir l’élan vers l’exploration des montagnes…
Il fallait atteindre les sommets des montagnes pour réaliser des expériences...

  • Ce sera la motivation des premiers ascensionnistes…

La polémique de la première ascension

Une sombre polémique va entacher les événements liés à la première ascension du Mont Blanc privant Michel Gabriel Paccard d’une juste reconnaissance et va perdurer jusqu’aux travaux définitifs des gens de l’Alpin Club en Grande Bretagne de 1898 à 1957. Encore aujourd’hui le travail d’Éric Vola « Mont blanc, première ascension et première controverse alpine », devra en France rappeler des faits maintenant entièrement révélés, mais pas encore entendus.

1800 À 1850 - LES PREMIÈRES EXPLORATIONS DES PLUS HAUTS SOMMETS

D’abord, l’exploration des principaux massifs et l’ascension des sommets les plus commodes des Alpes : le Grossglockner, 3798m en 1800 ; l’Ortles, 3905m en 1804 ; la Jungfrau, 4166m en 1811 ; le Finsteraarhorn, 4275m en 1829 ; le Grossvenediger, 3662m en 1841 ; et la Bernina, 4049m en 1850.

  • Ce sont des initiatives uniques et sans lendemain...

Dans les Pyrénées au XVIIIe siècle et avant

Ce sont également des aventures occasionnelles qui marqueront les premières incursions.

<  Le Canigou, 2875m est si visible et si tentant que le Roi d’Aragon et sa suite l’ont probablement gravi entre 1276 et 1285.
<  Le Pic du Midi d’Ossau, 2885m sommet bien individualisé est gravi avant 1787 par un berger…
Puis des motivations scientifiques feront le début de l’exploration des Pyrénées, avec la visite des hautes vallées et l’ascension de certains sommets.
< En 1786, le scientifique Henri Reboul (1763-1839) gravi le Pic d’Anie, 2504m
< En 1787, Reboul et l’astronome Jean Vidal (1747-1819) escaladent le Turon de Néouvielle, 3035m, premier trois mille pyrénéen gravi.
< En 1788, Reboul approche le Mont Perdu 3352m et le désigne comme le plus haut sommet des Pyrénées.
< Chargés d’établir le nivellement des Pyrénées, Reboul et Vidal sillonnent la montagne et, chaque fois que possible, installent ou font installer des tourelles de triangulation sur les sommets.
< En 1789, périple remarquable d’Henri Reboul dans plusieurs hautes vallées, et plusieurs sommets sont visités et mesurés, dont le pic du Quayrat, 3060m.

Dans les Pyrénées au XIXe siècle

Ce sont encore des motivations scientifiques qui justifieront la poursuite de l’exploration des Pyrénées, mais pas pour longtemps.
<  En 1802, ascension du Mont Perdu, 3352m qui passait pour le point culminant des Pyrénées, par le botaniste Louis Ramond de Carbonnières(1755-1827), trois jours après ses Guides Laurens et Rondo et un berger…
<  En 1817, à son tour proposée comme le culmen de la chaîne, la Maladetta, 3308m est gravie par le naturaliste Friedrich Parrot avec le Guide de Luchon Pierre Barrau. Ils constateront que le sommet voisin - l’Aneto - les domine nettement.
<  En 1825, le Balaïtous, 3146m est atteint par les géodésiens Pierre Peytier et Paul-Michel Hossard durant une opération de cartographie.
< En 1830, premier ascension féminine du Mont Perdu, 3352m par l’Anglaise Anne Lister et ses Guides, marquant les débuts de l’intérêt des femmes pour l’ascensionnisme et évoqués plus loin.
< En 1838, le Vignemale, 3298m est atteint par la même Anne Lister, avec ses Guides, événement évoqué plus loin.
<  En 1842, lorsque l’Aneto - appelé Néthou jusqu’en 1940 - situé en territoire espagnol et écarté de la crête principale et frontière se révélera être le point culminant des Pyrénées avec ses 3404m, il prit alors un intérêt certain…
<  Ascension le 20 juillet 1842, par l’ancien officier russe Platon de Tchihatcheff, son Guide Pierre Sanio de Luz, les Guides Bernard Arrazau et Pierre Redonnet de Luchon, le botaniste Albert de Franqueville et son Guide Jean Sors…
<  En 1869, première ascension hivernale du Vignemale, par Henry Russell et ses deux Guides. C’est une façon de faire en dehors des saisons favorables, très en avance sur son temps…
<  En 1889, le fameux couloir de Gaube du Vignemale est parcouru pour la première fois par Jean Bazillac, Henri Brulle et Roger de Monts avec les guides Célestin Passet et François Salles, il ne sera repris que quarante trois ans plus tard…

1825 À 1830 - LES OFFICIERS GÉOGRAPHES DE LA CARTE DE FRANCE

Beaucoup plus discrètement, certains sommets étaient atteints, en service commandé, par les officiers géographes pour effectuer la triangulation des régions montagneuses de France et l’établissement de la carte d’État-major.
Le Service Géographique des Armées, créé en 1887, est issu du très ancien bureau de cartographie et d'archives à intérêt militaire de l'armée française.
C’est depuis un corps d’ingénieurs géographes militaires, à l’origine tous polytechniciens, que quelques-uns s’illustrèrent, dans les travaux de la carte de France dès 1825, en entreprenant des ascensions remarquables, pour la triangulation des Pyrénées, puis des Alpes.
Certains alpinistes pensant être les premiers sur une cime découvriront des signaux géodésiques bâtis de la main de l’homme, ils avaient été construits par les ingénieurs géographes, officiers de la carte de France dans le premier tiers du XIXe siècle. « Des hommes si adroits qu’ils avaient trouvé des voies d’accès que l’on chercha encore longtemps après eux, si résolus qu’ils avaient gravi certains sommets sans posséder l’équipement mis au point ultérieurement. Des hommes si modestes que le souvenir de leurs ascensions s’était parfois perdu »… Pour le géographe et ses aides, il fallait pouvoir rester plusieurs jours sur les sommets choisis, afin de construire un signal et effectuer les visées de la triangulation, en installant des abris sous toile pour les bivouacs au niveau des stations et en transportant un lourd théodolite, du couchage et du ravitaillement.

D’abord dans les Pyrénées, les officiers réalisent la triangulation de la partie française de la chaîne de montagnes. Pour les besoins de leur travail, ascension du Balaïtous, 3146m en 1825 par Pierre Eugène Félicien Peytier et ses aides pour élever un signal sur le culmen. Et ensuite stationnement en 1826, pour Peytier et Paul Michel Hossard et leurs aides, dans le mauvais temps, durant 8 jours. Ce sommet ne sera revisité à des fins d’alpinisme qu’en 1864.
En 1826, Peytier et Hossard et leurs aides stationnent sur le pic de Troumouse, 3085m et restent 15 jours au sommet, à cause du mauvais temps gênant beaucoup les visées, qui seront réalisées malgré tout.
Dans la partie orientale de la chaîne, Jean-Baptiste Coraboeuf atteint le Montcalm, 3077m en 1825 et construit son signal, en 1827, Coraboeuf et Jean Prosper Testu réalisent les visées angulaires, en restant 14 jours dans le mauvais temps, mais les mesures sont réussies.

Dans les Alpes, la triangulation du premier ordre du sud-est de la France sera l’œuvre d’Adrien Durant, capitaine ingénieur géographe.
Dès 1824, depuis le signal de la montagne de Lure, il réalise une visée vers le massif du Pelvoux - qui deviendra le massif des Écrins - et désigne la Pointe des Arsines comme point culminant - qui deviendra la Barre des Écrins -, et sera mesurée par lui en 1830 à 4105m. 
Le 30 juillet 1828, dans l’intention d’élever un signal géodésique, le sommet rocheux du Pelvoux, 3932m est atteint par Adrien Durant avec les chasseurs Alexis Liothard et Jacques-Étienne Mathéoud.
Le géodésien y remontera en août, avec une dizaine de villageois, pour édifier le signal.
En 1829, il peut viser son signal du Pelvoux depuis le Pic de Bure.
Du 6 au 9 août 1830, nouvelle ascension du Pelvoux pour Adrien Durant. Un enclos de pierres sèches, recouvert de deux bâches, sert de bivouac. Il consacre deux jours à réaliser l’ensemble des visées depuis la cime rocheuse, en séjournant quatre jours avec ses aides, à cause du mauvais temps. 
Les traces de ces anonymes serviteurs « d’un devoir et d’une idée » sont rappelées dans l’excellent ouvrage : Balaïtous et Pelvoux - Note sur les officiers de la carte de France ; Paris 1907 d'Henri Beraldi et dans l’article du même auteur « Le capitaine Durant 1787-1835 » paru dans La Montagne de janvier 1911.
Et aussi, dans la contribution du général Hurault, directeur de l’Institut Géographique National « Les géodésiens à la conquête des cimes », parue dans l’ouvrage : « Les alpinistes célèbres » de 1956 aux Éditions Mazenod.
Les officiers de la carte ne montaient sur les sommets des montagnes ni pour leur exploration, ni pour en être les premiers visiteurs, mais dans le but d’ériger un signal géodésique, ou de poser leurs instruments de visée, pour réaliser leur œuvre, la cartographie de la France.
On peut dire qu’en France, les premiers ascensionnistes ont été les officiers géographes de la carte de France.

Le capitaine Adrien Durant (1787- 1835), que ses supérieurs n’avaient pas su reconnaître à sa juste valeur, sera salué par le Club Alpin, la Société de géographie, le Service géographique de l’Armée et l’Académie des sciences, en élevant un monument en sa mémoire, au pied du Pelvoux, inauguré le 29 septembre 1929 à l’occasion du centenaire de ses ascensions de 1828 et 1830 de cette montagne.

Une remise en cause peu crédible

En 2015, la remise en cause - par des publications et des conférences - de l’historique connu de l’ascension des plus hauts sommets du massif des Écrins, notamment de la Barre des Écrins, le culmen du massif, et de la France d’avant 1860, avec ses 4107m, avait beaucoup étonné et interpellé.
La thèse portant sur « des ascensions oubliées de 1853 » octroyait ces explorations à des officiers topographes et « remettait en cause les travaux des historiens du sujet et reprochait au Club alpin d’avoir écrit une histoire tendancieuse ».
Elle venait contredire directement les écrits du général Hurault qui engageaient sérieusement les militaires et l’IGN, en rappelant les performances d’Adrien Durant, et ne disant rien sur ce qui aurait pu se passer en 1853…
Certaines de ces remises en cause comporteront d’abord quelques conditionnels, qui ne tarderont pas à devenir des affirmations…
La rude réponse à nos interrogations viendra du travail de deux universitaires Michèle Janin-Thivos et Michel Talland pour qui « la relecture de l’histoire établie est une démarche saine et légitime à condition qu’elle s’appuie sur le croisement des sources et une argumentation scientifique vérifiable ».
Une réponse rude mais parfaitement mesurée devant laquelle les spéculations, trop rapidement affirmées, des tenants des ascensions oubliées de 1853, vont se trouver entièrement démontées.
« La lecture partiale et partielle des documents d’archives ainsi que les nombreuses erreurs méthodologiques qui émaillaient ces recherches nous ont poussés à nous pencher sur le sujet »…
Leur ouvrage : Des ascensions oubliées ? Les opérations de la carte d’État-major, aux Éditions du Fournel - 2016, est un document remarquable et sans appel.
Et les exploits avérés des ingénieurs géographes, officiers de la carte de France du XIXe - mis en valeur dans les écrits d’Henri Beraldi et dans la contribution du général Hurault - ne méritent pas d’être contaminés par des spéculations hâtives.

Notons que le Club Alpin rendra plusieurs fois hommage à ces officiers de la carte de France et grands précurseurs de l’alpinisme, en faisant échos à la publication d’Henri Beraldi de 1907 dans la revue La Montagne, avec les écrits d’Henri Beraldi en 1911, avec l’article de Maurice Paillon concernant le capitaine Durand en 1928, et en évoquant le livre de Michèle Janin-Thivos et Michel Talland, en 2018 dans La Montagne & Alpinisme.

Le plus haut sommet de France

Jusqu’au traité de Turin de 1860 et le rattachement de la Savoie à la France, le plus haut sommet de France était la Pointe des Arsines qui deviendra la Barre des Écrins, 4102m. Il est identifié en 1824 et mesuré en 1830 par Adrien Durand. Cette prééminence donnait un intérêt certain à ce sommet.
En 1861, Edward Whymper, n’ayant pas connaissance des relevés du capitaine Durant et à la recherche du plus haut sommet du massif, fera l’ascension du Pelvoux, avec Jean Reynaud, agent voyer du canton et un ami anglais Macdonald, accompagnés par Sémiond, un villageois qui avait participé à la seconde ascension de 1828 et un porteur de la vallée, pour constater la primauté de la montagne voisine, invisible depuis les proches vallées.
Après les observations de Whymper, la Barre des Écrins sera gravi en 1864 par Adolphus W. Moore, Horaces Walker, Edward Whymper avec les Guides Christian Almer et Michel Croz.
Elle était déjà rentrée dans l’anonymat des altitudes, dépassée par le mitoyen Mont Blanc, 4810m le plus haut sommet des Alpes, désormais en partie en France.

La structuration du métier de Guide

Il fallait une organisation et un contrôle

Déjà dans le Valais en Suisse, il existe une organisation et un règlement depuis 1807, régissant les compagnies de Guides.
À Chamonix, une première forme d’organisation est en place dès 1821, aménagée et authentifiée en 1823 par le vice-intendant du Faucigny Gaspard Sébastien Brunet, autorité régionale du royaume de Sardaigne, puis approuvé par le pouvoir royal. Déjà est suggérée la création d’une masse, caisse de secours et de prévoyance, le prix de la journée de guide en fonction de la difficulté de la course et le nombre de guides chargés de l’encadrement ( lire l’article de Rozenn Martinoia : La genèse de la Compagnie des guides de Chamonix dans la revue La Montagne & Alpinisme n°2/2021 ).
Le principal de l’activité était de conduire les touristes admirer les glaciaires, et pour les plus vaillants mener les ascensionnistes au Mont Blanc.

La « Compagnie des Guides de Chamonix », qui bénéficiait depuis longtemps de l'industrie du Mont Blanc, avait instauré un tour de rôle et l'obligation de s'entourer de 12 Guides pour l'ascension du culmen des Alpes ; en 1852, on revient à quatre, puis trois en 1864... La compagnie s’était structurée avec des règles particulièrement fermées qui n’évolueront que lentement…
Dans les Pyrénées, quelques Guides ont laissé leurs traces, dès 1802 Laurens et Rondo pour l’ascension du Mont Perdu. Et ceux qui accompagnèrent Anne Lister sur la même montagne en 1830, Jean-Pierre Charles et Etienne ; et au Vignemale en 1838, Henri Cazaux, Bernard Guillembet, Jean-Pierre Charles et Jean-Pierre Sajous. Et des petits arrangements existaient, comme à Cauterets, Gavarnie, Bagnères-de-Bigorre dès 1863 et à Bagnères-de-Luchon dès 1872, surtout liés au thermalisme, afin de promener les curistes venus « prendre les eaux », dans un cadre rendu avec esprit par Hippolyte Taine, dans son « Voyage aux Pyrénées ».
En 1874, ailleurs dans les Alpes françaises et les Pyrénées, en dehors des quelques-uns pouvant guider les voyageurs par les passages historiques transfrontaliers - les passeurs -, il n'existait ni berger, ni paysan ou chasseur capable de bien conduire les ascensionnistes et les touristes voulant aller vers les cols et les sommets des montagnes, il fallait se structurer comme en Suisse depuis 1864 et en Italie depuis 1871.
Dès 1875, le Club Alpin - au niveau national - et la Société des Touristes du Dauphiné - au niveau régional -, seront, en France, les organisateurs et les tuteurs de cette profession, et vont longtemps en assurer l’administration.
Pour le développement de cette activité nouvelle et encore incertaine, il fallait pouvoir gérer les us et coutumes spécifiques qui vont s’établir dans chaque vallée, en fixant des règles et des contrôles ( voir le dossier du CFD : L’Enseignement alpin )

L’hérédité et la cooptation semblaient suffisantes

En dehors des concurrences ou des divergences locales, animées par le montant des tarifications des ascensions guidées, il apparaît que les éléments primordiaux à l’exercice de la profession tarderont à être proposés. Curieusement la formation des Guides ne sera ni suggérée, ni exigée, l’hérédité et la cooptation semblaient suffisantes.
Il faudra attendre 1936 afin que les préceptes essentiels à l’exercice de la profession soient proposés : l’enseignement et le contrôle des compétences. On deviendra alors Guide, non plus par sa naissance, mais par des qualités affirmées et contrôlées... La loi du 18 février 1948 fixera le cadre du métier.

Les Guides

 

Les Guides, la Dame et le Monchu en 1900

L’INDUSTRIE DU MONT BLANC

Le retentissement immense de l’ascension du Mont Blanc par Horace Bénédict de Saussure de 1787 - régulièrement confondue avec la première ascension de 1786 -, et le récit qu’en fît le savant genevois « Relation abrégée d’un voyage à la cime du Mont Blanc », allaient susciter, de toutes parts en Europe, un intérêt pour l’ascension du Toit des Alpes.
Une industrie du Mont Blanc se développera, au seul bénéfice des Guides et des hôteliers de Chamonix, car il n’existait pas d’accès, autre que la voie d’ascension, passant par les affleurements rocheux du lieudit des Grands Mulets, et le Grand Plateau.
<  En 1834, le Mont Blanc a déjà été atteint quinze fois, ascension par un touriste français, le comte de Tilly avec ses Guides, en 1838 par une touriste française, Henriette d'Angeville. Le Mont Blanc et la Savoie, un moment sur notre territoire national de 1796 à 1814, dépendaient du royaume de Sardaigne et le resteront jusqu'au plébiscite de 1860, qui rattachera la Savoie, et en partie le Mont Blanc à la France. La première française au sommet a bien été la chamoniarde Marie Paradis en 1808, mais de quelle façon…
Le Mont Blanc sera un attrait vital pour le développement économique des trois communes de piedmont : Chamonix, Courmayeur et Saint Gervais…
< Les Guides de Courmayeur à la recherche d’une approche vers le Mont Blanc depuis leur vallée, inaugurent en 1855 et 1863 une voie de contournement splendide, longue et pénible, pas du tout commerciale, par le Col du Géant et la traversée Mont Blanc du Tacul et Mont Maudit. Un refuge au Col du Midi vers 3555m sera construit en 1863, par les Guides valdôtains pour faciliter ce long périple.
< En 1854, les Guides de Saint Gervais érigent une hutte à proximité du sommet de l'Aiguille du Goûter, comme point d’appui pour une ascension depuis Saint-Gervais. En 1855, une voie assez détournée par le Grand Plateau est trouvée. En 1858, un premier refuge est installé avec 4 couchages, sur ce qui deviendra la voie normale du Mont Blanc par l'arête des Bosses, qui ne sera reconnue qu’en 1861…
Ces initiatives montrent bien l’impérieuse nécessité, pour les Guides de Saint Gervais et de Courmayeur de trouver un cheminement permettant d’atteindre le sommet du Mont Blanc depuis leurs cités, afin de participer à cette industrie florissante. La cabane de l'Aiguille du Goûter devra être restaurée en 1882 et un nouvel abri édifié en 1906. Et plus tard, l’accès par l'Aiguille du Goûter se révélera être la voie normale d’ascension la plus pratique.
<  En 1890, depuis Courmayeur, une voie commode sera trouvée par le glacier du Dôme et l’arête des Bosses. Courmayeur trouvait ainsi sa route du Mont Blanc...

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1830-1838 - L’ALPINNISME AU FÉMININ

Si l’on excepte ce qui relève de l’anecdote, la Chamoniarde Marie Paradis conduite d’une drôle de façon au sommet du Mont Blanc en 1808, trois initiatives sont les premiers événements d’un alpinisme au féminin.
Ce sont des démarches non subies et assumées.
- Le 24 août 1830, première ascension féminine du Mont Perdu, 3352m dans les Pyrénées, par l’Anglaise Anne Lister, avec les Guides Jean-Pierre Charles et Etienne.
- Le 7 août 1838, le Vignemale, 3298m est atteint par la même Anne Lister, avec ses Guides, Henri Cazaux, Bernard Guillembet, Jean-Pierre Charles et Jean-Pierre Sajous, c’est le plus haut relief de la crête principale et frontière des Pyrénées.

L’ascension du Vignemale était une première, si l’on oublie les bergers, dont les noms se sont perdus, ayant sûrement atteint certains reliefs délimitant la frontière en 1792, mais probablement pas la cime principale, et la reconnaissance préalable prétendue de Cazaux et de Guillembet (qui montreront, 4 jours après l’exploit, une disposition avérée pour le mensonge).

- La même année, le 3 septembre 1838, le Mont Blanc, 4810m est gravi par Henriette d'Angeville, avec les 12 Guides, imposés par la compagnie des Guides de Chamonix…( voir le dossier du CFD : L’alpinisme au féminin ).

Une gravure présentant l’ascension montre bien les 12 Guides obligés à l’époque.

Ces trois événements situent les débuts de la participation des femmes à l’exploration des montagnes.

1848 - LE PREMIER EN FRANCE À S’EXTRAIRE DU COMMUN

En 1848, Victor Puiseux (1820-1883) est le premier alpiniste français à gravir un sommet notable, dans le seul intérêt d’en réaliser l’ascension, le Mont Pelvoux, 3943m dans le massif des Écrins, seul et un moment accompagné pendant l’approche par un villageois de la vallée Pierre-Antoine Barnéoud, qui avait déjà atteint la cime rocheuse en 1830 avec Adrien Durant.

La cime principale s’appelle aujourd’hui la Pointe Puiseux, 3943m.
Le voisinage du sommet principal, la cime rocheuse 3932m, avait déjà été visitée dès 1828 et 1930 par le capitaine Adrien Durant, officier géographe de la carte de France et ses aides pour établir un signal géodésique et réaliser des visées. L’histoire a retenu qu’ayant établi sa station sur le sommet rocheux 3932 m, Adrien Durant n’a probablement pas jugé utile d’atteindre le sommet neigeux principal proche de quelque 500m et 11m plus haut.
Ce sommet rocheux si proche du culmen s’appelle aujourd’hui la Pointe Durant, 3932m, un juste hommage à l'officier géographe.

1854 À 1865 - TOUT VA S'ACCÉLÉRER DEPUIS LA GRANDE-BRETAGNE

  • En Grande-Bretagne, les récits de Richard Pococke et William Windham, les livres de H. B. de Saussure, de James David Forbes, d’Alfred Wills, de John Ruskin, et les conférences d’Albert Smith après son ascension du Mont Blanc en 1851, vont provoquer un irrésistible intérêt pour l’exploration des montagnes et un sensible engouement parmi les élites et les intellectuels qui vont découvrir un merveilleux terrain de jeux encore pratiquement vierge…

Les ascensionnistes des premières années de l’exploration des montagnes ne se présentaient que d'une façon occasionnelle, voir pour une unique incursion...
Bientôt les Britanniques de l'époque à venir, ayant déjà développé le goût du sport et de l'aventure, dans leurs milieux cultivés et aisés, vont transformer la donne... en prônant une pratique élitiste et sportive...
En 1860 déjà, ils font voler en éclats l'argument scientifique dans l'approche des montagnes, pour cette conception « aventureuse et gratuite »... concernant une activité « sans règlement et sans arbitre, fondée sur une éthique non écrite et fluctuante ».
Contrairement à la politique du Club Alpin Français, qui à sa création s’orientera vers une connaissance du milieu, un aménagement de la montagne, un développement touristique, une approche scientifique, une conception d'excursionnisme cultivé et d’ascensionnisme modéré, de l'autre côté de nos frontières, principalement en Grande-Bretagne, les ambitions sont différentes dans la façon d’aborder les montagnes, avec des intentions tournées vers l'exploration et la découverte, des initiatives qui viendront, là aussi, des milieux cultivés et aisés de ces sociétés.
Outre-manche, l'alpinisme va devenir pour certains une passion, allant jusqu’à leur prendre « la moitié de leur vie » ; affirmant aussi l’intérêt fondamental des Britanniques pour la découverte et l'exploration...
<  En 1854, l’Anglais Alfred Wills et ses Guides réalisent l’ascension du Wetterhorn, 3690m.
Ce sera une longue série d’explorations et de premières ascensions dans les Alpes, vers les sommets les plus hauts, la plupart sont gravis par des cordées d’Outre-manche, conduites par des Guides valaisans, oberlandais, chamoniards, valdôtains, hauts mauriennais, haut dauphinois et autres pyrénéens.
<  Citons le Weisshorn, 4506m en 1861 ; la Dent Blanche, 4357m en 1862 ; la Barre des Écrins, 4102m en 1864 ; les Grandes Jorasses, 4208m, l’Aiguille Verte 4122m, et le Cervin, 4477m en l’année fructueuse de 1865.
Le Cervin, montagne idéale par son aspect, est situé sur trois frontières linguistiques, il conservera ses trois noms : Cervin - Matterhorn - Monte Cervino, car chacun a voulu rester maître chez lui.
cette montagne connaîtra une exploration tumultueuse. Elle est d’abord atteinte le 14 juillet 1865 par Edward Whymper, Francis Douglas, Charles Hudson et Douglas Hadow, avec les Guides Michel Croz et Peter Taugwalder père et fils… Durant la descente, chute mortelle de quatre membres de la cordée : Croz, Douglas, Hadow et Hudson, la formidable ascension se transforme en tragédie, c’est l’une des principales catastrophes de l’histoire de l’alpinisme…
Trois jours plus tard le 17 juillet 1869, ascension par le versant italien par les Guides de Valtournenche Jean-Antoine Carrel et Jean-Baptiste Bich.

  • En 1865, tous les sommets remarquables des Alpes sont gravis, à l’exception de la Meije…

<  Les Britanniques fondent l’« Alpine Club » dès 1857, qui ne compte à sa création que 34 membres…
<  Et Londres sera le centre de référence pour tout ce qui concerne l’alpinisme.
Pour se déplacer entre Chamonix et Zermatt, les deux principaux centres alpins, les gens de l’Alpine Club inaugurent en 1861 la Haute route Chamonix-Zermatt, un cheminement d'été passant par les hauts cols praticables séparant les vallées et évitant de descendre dans la plaine. Un itinéraire régulièrement adopté qui deviendra - beaucoup plus tard - très populaire à skis…


 

Edward WHYMPER

En ces années 1864 et 1865, Edward Whymper ( 1840-1911 ) est de toutes les grandes ascensions : la Barre des Écrins, l’Aiguille Verte et le Cervin, une série d’ascensions qui font de lui l’un des plus remarquables alpinistes de tous les temps.
Après la catastrophe du Cervin, la polémique sera immense en Angleterre… Le grand succès sur cette montagne parfaite et son retentissement à venir sont immédiatement anéantis par la dramatique issue, cette chronologie terrible va beaucoup impressionner le grand public…
Whymper sera mis en cause, il apportera une réponse dans son magnifique ouvrage « Escalades dans les Alpes ». La traduction française date de 1873, un essentiel de la littérature alpine, avec les merveilleuses illustrations de l’auteur…

Henri CORDIER

En 1876, parmi des rares ascensionnistes français de ce siècle, Henri Cordier est le premier à s’engager dans des itinéraires difficiles. Avec les Guides Jakob Anderegg, Johann Jaun et Andreas Maurer, et ses amis Thomas Middlemore et J. Oakley Maund, il réussit dans le massif du Mont Blanc l’ascension audacieuse du couloir de l’Aiguille Verte qui portera son nom.
Il réalisera également les premières ascensions des sommets prestigieux des Courtes, 3856m et des Droites, 4000m...

William A. B. COOLIDGE

William A. B. Coolidge (1850-1926) compte parmi les grands pionniers de l’alpinisme. Un explorateur sans égal de grands itinéraires qui seront appelés à devenir les voies classiques, vers certains des principaux sommets des Alpes de 1868 à 1900, avec les meilleurs Guides du moment. Il fut un coureur de montagnes infatigable, avec plus de 1700 ascensions dont 900 de belle qualité. Le révérend Coolidge, sa tante Miss Brevoort et le chien tschingel formèrent, un moment, un équipage exotique particulièrement original.
Il a été un pionnier de l’alpinisme hivernal et un des découvreurs du massif des Écrins, dont il gravira la plupart des sommets.
Rédacteur de l’Alpine Journal de 1880 à 1889, il a été le plus éminent érudit de l’histoire de l’alpinisme, plusieurs ouvrages essentiels rappellent son œuvre écrit.

Les autres figures notoires d’avant 1914

Jusque-là, de 1856 à 1914, nos collègues britanniques avaient presque tout pris, ne laissant que très peu aux continentaux, mais le mérite de ces audaces et de ces aventures revenaient également et principalement aux Guides valaisans, oberlandais, chamoniards, valdôtains, hauts mauriennais, hauts dauphinois et autres autres pyrénéens qui allaient devant…

Les grandes figures de cette époque sont évoquées dans la littérature, par exemple dans le livre « les Alpinistes célèbres» des Éditions Mazenod.
Notamment les ascensionnistes ( et entre autres ) : Karl BLODIG, Emmanuel BOILEAU de CASTELNAU, W.A.B. COOLIDGE, Henri CORDIER, Henry DUHAMEL, Hans DULFER, James ECCLES, Paul GROHMANN, Battista et Giuseppe GUGLIERMINA, Paul GÜSSFELDT, Thomas Stuart KENNEDY, Eugen Guido LAMMER, Adolphus W. MOORE, Heinrich PFANNL, Paul PREUSS, Ludwig PURTSCHELLER, Valentine J. E. RYAN, Leslie STEPHEN, John TYNDALL, Edward WHYMPER, Geoffrey Winthrop YOUNG, Emil ZSIGMONDY
.

Notamment les Guides ( et entre autres ) : Christian ALMER, Fritz AMATTER, Melchior ANDEREGG, Pierre BLANC, Alexandre BURGENER, Jean-Antoine CARREL, Jean CHARLET, Michel CROZ, Angelo DIBONA, Pierre GASPARD, Ferdinand IMSENG, Sepp INNERKOFLER, Joseph KNUBEL, Franz LOCHMATTER, Michel PAYOT, Tita PIAZ, Joseph RAVANEL, Émile REY.

 

1877 - L’ASCENSION DE LA MEIJE

Le Club Alpin Français est fondé en 1874 ; et jusqu’à ce moment-là, les ascensionnistes français sont très peu présents dans l’exploration des montagnes…
En 1877, la première ascension de la Meije, 3983m le 16 août par Emmanuel Boileau de Castelnau avec ses Guides Pierre Gaspard père et fils, a été un événement marquant.
Ce « merveilleux exploit » est une date mémorable dans l’histoire du Club Alpin, il est réussi durant le Congrès annuel de l’association qui est réuni dans une vallée voisine, et la « performance de l’un de ses membres venait asseoir le prestige de la jeune association fondée seulement trois années auparavant… »
Le retour de Castelnau et de Gaspard, revenus directement par le Col du glacier Noir au banquet du Congrès de l’association à Ville-Vallouise - qui venait d’inaugurer les refuges Cézanne et Provence -, demeurera un instant unique pour la très jeune organisation.

  • Depuis cette date, la Meije restera la montagne emblématique du Club Alpin...

Dans l’histoire de l’alpinisme, l’ascension de la Meije est également un moment fort.
C’est le dernier sommet remarquable de la chaîne des Alpes à être visité par les hommes, la fin d’un âge d’or de l’alpinisme qui permettait d’envisager de gravir un sommet vierge. Un des rares sommets à échapper à nos voisins britanniques.
Et après la Meije « l’expédition idéale » ne sera plus possible, en ce qui concerne nos Alpes tout au moins…

Les Guides du massif des Écrins

Si les Guides dauphinois n’atteindront jamais la notoriété des Oberlandais, Valaisans, Chamoniards, Valdôtains et autres Mauriennais, quelques-uns ont laissés de belles performances, amorcées par le formidable exploit des Castelnau et Gaspard.

En 1878, Henry Duhamel avec Giraud-Lézin et F. Gonet, sont les premiers sur la Meije orientale.
En 1880, J. Nérot avec Émile Pic et Giraud-Lézin réalisent la première ascension de l’Ailefroide orientale.
En 1885, Claude Verne avec Pierre Gaspard père et fils, Maximin. Gaspard et Jean-Baptiste Rodier, inaugurent l’arête ouest de la Meije.
En 1889, pour Auguste Reynier avec Pierre Gaspard père, Christopher Clot et Joseph, première ascension par la face est de l’Ailefroide centrale.
En 1893, Auguste Reynier avec Joseph Turc et Maximin Gaspard, explorent le versant sud des Écrins, un exploit pour l’époque.
En 1895, Auguste Reynier et Claude Verne, avec Maximin et Casimir Gaspard et Joseph Turc remontent le couloir du Coup de Sabre.
En 1898, E. Gravelotte avec Joseph Turc et trois fils Gaspard, forcent la face nord de la Meije, par le couloir de neige et de glace.
En 1907, Henry Mettrier avec Jean-Pierre Engilberge et Eugène Estienne, sont les premiers à parcourir le couloir Mettrier, sur le versant nord du mont Pelvoux.

Vers d'autres challenges

Les principaux sommets atteints, les alpinistes novateurs se tourneront vers d’autres challenges ; comme la recherche d’accès plus commodes, l’exploration des arêtes et des faces des montagnes, les itinéraires les plus esthétiques, les plus sportifs ou les plus directs… et encore atteindre les sommets secondaires ou franchir les cols les plus remarquables.
Et enfin agrandir le terrain de jeu vers d’autres chaînes de montagnes de la planète…

LE MATÉRIEL DE l’ALPINISTE EN 1870 ET AVANT

Dans ces temps-là, l'équipement des alpinistes est assez primitif.

Les pionniers étaient surtout des glaciéristes, conduits par des Guides qui taillaient des marches pour la progression, sans ménager leur peine, dans les pentes de neige ou de glace. Le matériel se limitait aux chaussures à clous, au piolet et à la corde en chanvre, et occasionnellement à des crampons archaïques, le campement sous toile et le bivouac permettaient de s’approcher, mais peu à peu certaines techniques vont s’utiliser, comme le rappel et le recours aux ancrages ( voir le dossier du CFD : Le matériel de l’alpiniste ).

DES PERFORMANCES FABULEUSES ENTRE 1865 ET 1900

  • Citons les performances fabuleuses de ces années-là, où l’attrait de l’itinéraire va prendre le pas sur l’intérêt du sommet vierge à gravir, elles font dates dans l’histoire de l’alpinisme.

<  En 1865, les Guides Jakob et Melchior Anderegg conduisent Adolphus W. Moore, accompagné de George Spencer Mathews, Franck et Horaces Walker sur l’éperon de la Brenva au Mont Blanc, première traversée du Col de la Brenva.
<  En 1872, le Guide Ferdinand Imseng accompagne un groupe de cinq ascensionnistes dans la formidable paroi est du Mont Rose.
<  En 1876, comme déjà indiqué précédemment, le premier alpiniste français à s’engager dans un itinéraire difficile jamais exploré est Henri Cordier. Avec les Guides Jakob Anderegg, Johann Jaun et Andreas Maurer et ses amis Thomas Middlemore et J. Oakley Maund, il réussit l’ascension audacieuse du couloir de l’Aiguille Verte, 4122m qui portera son nom.
<  En 1877, premier itinéraire dans le versant sud du Mont Blanc par James Eccles, avec ses Guides Michel et Alphonse Payot.
<  En 1878, Alexander Burgener avec Kaspar Maurer conduisent Clinton T. Dent et J. Walker Hartley, pour la première ascension du Grand Dru, 3754m.
<  En 1893, ascension de l’arête de Peuterey au Mont Blanc, l’une des plus longues et la plus célèbre arête des Alpes. L’exploit est réussi par Paul Güssfeldt et ses Guides Emile Rey, Christian Klucker et César Olivier…
<  En 1902, premier parcours de ce qui se révélera comme l’une des plus belles arêtes des Alpes, l’arête Sans Nom de l’Aiguille Verte, 4122m, par R. W. Broadrick et A. E. Field, avec les Guides Joseph Ravanel et Joseph Demarchi.

Albert Frederick MUMMERY

C’est la personnalité de Mummery (1855-1895) qui va dominer cette période de l’histoire de l’alpinisme, il révéla l’escalade rocheuse et les grandes courses de rocher.

Avec son Guide Alexander Burgener, nous leurs devons :

<  en 1879, l’ascension de l’arête de Zmutt au Cervin, accompagnés de deux autres Guides.
<  en 1880, l’exploration de l’arête de Furgen, avec le Guide assistant Benedikt Venetz, les trois formeront une cordée célèbre.
<  en 1881, le couloir en Y à l’Aiguille Verte pour la cordée Burgener-Mummery et la première ascension de l’Aiguille du Grépon, 3482m pour les trois précités.

  • Plus que ses performances, Mummery a laissé un livre exceptionnel à la postérité : « Mes escalades dans les Alpes et le Caucase » dont l’un des chapitres « Plaisirs et pénalités » influencera beaucoup les futures générations.
  • C’est aussi un des précurseurs de l’alpinisme autonome - sans guide - avec différents compagnons dans les Alpes occidentales.

L’ALPINISME AUTONOME

<  En 1848, Victor Puiseux est le premier en France à gravir seul un sommet notable des Alpes, le Mont Pelvoux, 3943m.
<  Charles Hudson et Edward Shirley Kennedy effectuent l’ascension du Mont Blanc en autonomie dès 1855.
<  En 1876, le Cervin est gravi sans assistance par Albert Harold Cawood, John Brise Colgrove, et Arthur Cust.
<  Depuis 1876, en Autriche de nombreuses ascensions sont entreprises en autonomie.
<  Déjà en 1877 en France, il existait les initiatives remarquées de Victor et Pierre Puiseux : « MM. Puiseux père et fils ajoutent à la valeur de leurs ascensions le mérite de les faire sans guide », ils furent des avant-gardistes qui en France ne seront pas suivis… Les deux comptèrent parmi les fondateurs du Club Alpin Français en 1874. 
<  En 1885 déjà, Ludwig Purtscheller, Emil et Otto Zsigmondy avaient réalisé la traversée de la Meije, c'est la plus belle performance de l'alpinisme sans Guide du XIXe siècle.
<  En 1892, dans les Alpes occidentales, Albert Frederick Mummery sera l’un des principaux promoteurs de l'alpinisme autonome - sans Guide - et qui le fît savoir...
<  Dans le même temps que Mummery, des cordées agissant en autarcie apparaissent en Europe, l'alpinisme devient un sport populaire en Bavière, en Autriche et en Suisse...

Le but du jeu

Pour Emil Zsigmondy : « une ascension n’a de sens, de valeur que si le grimpeur la réalise par ses propres moyens »
« Désormais rien ne doit venir s’interposer entre l’ascensionniste et la montagne »… Le but ultime du jeu est de devenir autonome et responsable.

<  En 1892, ascension des Grands Charmoz, et traversée de l’Aiguille du Grépon, par Mummery et ses compagnons.
<  L’année suivante, première de la Dent du Requin, et de l’Aiguille du Plan versant Chamonix, par Mummery et différents compagnons.
 <  En 1894, l’arête du Moine de l’Aiguille Verte, la traversée du Cervin et surtout le Mont Blanc versant Brenva, par Mummery et différents compagnons, comptent parmi les ascensions les plus probantes d’un alpinisme émancipé naissant.
<  Parmi les premiers alpinistes sans Guide français, il faut citer Ernest Thorant. Il réalisa de cette façon, avec Henri Chaumat, la première ascension de la face nord du Mont Aiguille, 2085m le 25 août 1895. Et aussi la première ascension de la Meije d’une façon autonome avec Auguste Payerne, mais les deux feront malheureusement une chute mortelle durant la descente…
En 1900, c’est pour Heinrich Pfannl et deux compagnons, la première ascension sans tuteur de l’arête de Peuterey du Mont Blanc.
En 1901, les frères Gugliermina inaugurent l’arête du Brouillard et reprennent l’arête de l’Innominata en 1921 sur notre culmen des Alpes…
En 1905, Hans Pfann et un compagnon répètent l’arête de Peuterey et en 1912, l’arête du Brouillard encore sur le Mont Blanc.
En 1910, La Montagne consacre un article à l’alpinisme sans Guide - mais prudemment pour ne pas choquer - de la main d’un membre influent du Club Alpin Italien…

Car à ce moment-là, la doctrine du Club Alpin recommandait encore une pratique d'excursionnisme cultivé et d’ascensionnisme modéré. Ce qui continuait à tenir les montagnards français encore un moment écartés de l'exploration alpine et d’une pratique sportive.

De ce temps-là, Claudius Joublot fut un autre des rares alpinistes français à parcourir la haute montagne en autonomie. Plus tard, rédacteur en chef de la Revue Alpine, il est le premier à porter un intérêt particulier aux grandes ascensions. Lire l’article : Les débuts de l’alpinisme sans guide français, par Lucien Devies, dans Alpinisme de juin 1941.

Un besoin d'information alpine

Les éléments de documentation sont rares au XIXe siècle, en dehors des quelques descriptions figurant dans les bulletins des associations.
Il est évident que sans renseignements, pas d’émancipation possible ; les Guides conservaient précieusement leurs expériences qui ne s’échangeaient qu’entre initiés. Il fallait donc développer l'information alpine.
En 1863, John Ball publie un guide-itinéraires « Guide to the western Alps », le premier suffisamment précis et élaboré des Alpes occidentales.
À la fin du XIXe siècle, les seules documentations existantes sont :
<  Un premier petit guide-itinéraires pour les alpinistes, « Zermatt Pocket-Book », édité à Londres en 1881 par Martin Conway, avec la collaboration de W. A. B. Coolidge.
<  Un premier ouvrage plus complet est vraiment précurseur, le « Guide du Haut Dauphiné », par W.A.B. Coolidge, Henry Duhamel et Félix Perrin. Libraire-éditeur Alexandre Gratier à Grenoble en 1887 et 1890, éditions anglaise, en 1892 et 1905, allemande, en 1913 et italienne, en 1917. C’est un guide-itinéraires remarquable avec une cartographie étendue et une bibliographie particulièrement abondante.
<  La série des « Climbers' Guides, éditée à Londres, date de 1891.
<  Le « guide-itinéraires de la chaîne du Mont Blanc », par le Suisse Louis Kurz ( 1854-1942 ), publié en 1892, augmenté en 1914 aux Éditions Payot. Une troisième édition revue et mise à jour par Marcel Kurz ( 1887-1957 ) paraîtra en 1927, puis une quatrième édition refondue en 1935.
<  Le « Mont Blanc führer », de 1913 en langue allemande, traduit en français par des membres du GHM en 1922....
<  Des « guides-itinéraires pour l'alpiniste » commenceront à être proposés par Émile Gaillard, en 1912 aux Éditions Dardel.

À la recherche des premières féminines à partir de 1870.

Au fil des années et des réalisations, il apparaîtra vite que la légende, voulant faire croire que les filles ont moins l’esprit de compétition que les garçons, est infondée.

À partir de 1870, les femmes sont bien présentes dans la répétition des grandes ascensions classiques, notamment les premières féminines, emmenées par leurs Guides. Presque toutes sont venues d’Outre-manche, avec notamment les remarquables performances des Lucy Walker (Verte, Lyskamm, la première au Cervin en 1971), Meta Brevoort (Grandes Jorasses, Dent Blanche, Meije centrale, la première à traverser le Cervin en 1871), E. P. Jackson (traversée des Drus, Grands Charmoz), Isabella Straton (hivernale du Mont Blanc, Dom, Viso), et autres Aubrey Le Blond (Géant, Écrins, Meije, Bernina), et Katherine Richardson (Piz Palü, traversée Bionnassay-Goûter, la première pour à la Meije en 1888).
Elles visiteront tous les grands itinéraires classiques des Alpes, en parallèle au formidable engouement de leurs collègues masculins britanniques.
Sans omettre de citer l’Italienne Luigia Biraghi Dell’Oro, la première, en venant par l’Italie, au Cervin, 4477m, avec ses Guides, en 1877. Et la Suisse Eugénie Rochat auteure de nombreuses ascensions, avec ses Guides, dans les années 1893-1900.
En 1900, Elizabeth Le Blond et Evelyn McDonnell traversent le Piz Palü, 3900m (Alpes centrales) en hiver, c’est la première cordée autonome féminine connue.
Et en 1901, les sœurs et baronnes hongroises Ilona et Rolanda Eötvös effectuent, avec leurs Guides, la première ascension de la face sud de la Tofana di Rózes, 3225m dans les Dolomites, un itinéraire qui restera réputé. Vers 1907, elles forment une cordée féminine et autonome, pour une ascension de la Cima Grande di Lavaredo, 2999m.

Le livre de Micheline Morin « Encordées », Éditions Victor Attinger de 1936, fait échos aux brillantes prouesses des femmes alpinistes d’avant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que son article consacré du livre « Les alpinistes célèbres », aux Éditions Lucien Mazenod de 1956.

Mais si l’on excepte Anne Lister, et les sœurs Eötvös, les femmes resteront jusqu'au XXe siècle en retrait pour ce qui est de l'exploration des sommets et des itinéraires originaux, malgré les réclamations de Gabrielle Vallot et de Mary Paillon qui souhaitent dans leurs écrits le développement d'un alpinisme féminin. Et déjà à partir de 1883, May Norman-Neruda et Rosa Friedman pratiquaient l’alpinisme autonome - sans Guide - avec leurs conjoints ( voir le dossier du CFD : L’alpinisme au féminin ).

Les premières françaises

En 1891, Mary Paillon et son amie américaine Katherine Richardson sont les premières femmes à gravir l’Aiguille Méridionale d’Arves, 3514m, (Grandes Alpes) et en 1893, la Meije orientale, 3891m (Écrins), accompagnées de leurs Guides.
- La première nommée est l’une des Françaises les plus actives de ce moment-là, avec les sœurs Louise et Marie Lacharière, les premières françaises à réussir, avec leurs Guides, l’ascension de la Grande Casse, 3855m (Grandes Alpes) en 1891, et la traversée de la Meije, 3984m (Écrins) en 1893.
- En 1908, Marie Bruneton entreprend, dans le Valais, avec ses Guides, l’ascension de la Dent Blanche, 4356m par l'Arête des 4 Ânes, c'est pour la Française un premier parcours féminin et une belle et rare performance de ce niveau.
- Au début de vingtième siècle, Mathilde Maige-Lefournier, alpiniste active, skieuse et journaliste, publie un remarquable article sur la traversée de la Meije, dans La Montagne de 1909.
- Dès 1913, Alice Damesme sera la première en France à réaliser ses courses en autonomie - sans Guide - et en tête de cordée ( voir le dossier du CFD : L’alpinisme au féminin ).

DEUX CORDÉES EXCEPTIONNELLES

De 1875 et jusqu’en 1914, l’ambition sera de chercher à gravir les faces d’une seule envolée et les arêtes les plus vertigineuses des cimes des Alpes, ce sera l’une des périodes les plus remarquables de l’histoire de l’alpinisme.
Après le temps de Mummery, deux cordées exceptionnelles vont venir marquer à jamais notre histoire…
De 1904 à 1914, Valentine J. E. Ryan va former avec ses Guides Franz Lochmatter et ses frères, une équipe parfaite et efficace. L’arête est de l’Aiguille du Plan, la Dent d’Hérens par l’arête est, et surtout la face sud du Täschorn, 4490m sont les ascensions les plus marquantes d’une série exceptionnelle de grandes explorations…
L'arête est de l’Aiguille du Plan, appelée aujourd'hui arête Ryan, est un bel exemple de passages d'escalade en fissures (le quatrième degré limite supérieure de nos cotations techniques actuelles). Une escalade réalisée sans piton et en chaussures à clous…
Durant cette même période, Geoffrey Winthrop Young réussira, avec son Guide Joseph Knubel, une série équivalente de grandes ascensions, dont l’arête du Brouillard au Mont Blanc et la face est de l’Aiguille du Grépon, avec sa fameuse fissure Knubel - réussie en chaussures à clous et avec un coincement de piolet - reprise un peu plus tard en escalade plus orthodoxe par Franz Lochmatter.

UN EXPLOIT UNIQUE

Les deux équipes Ryan-Lochmatter et Youg-Knubel partageront certaines prouesses, notamment pendant l’ascension de la face sud du Täschorn...
En 1906, les deux cordées sont engagées dans le versant sud de la montagne remarquable des Alpes valaisannes, pour un exploit historique.

Ayant atteint un point de non-retour, les deux cordées se réunissent et Franz Lochmatter force le grand dièdre terminal qui présente des difficultés du cinquième degré limite supérieure de nos cotations techniques actuelles. Le groupe n'avait pas l'aide des pitons, et les grimpeurs étaient posés sur de modestes vires, sans aucun moyen d'assurage, pendant que le grand Guide valaisan les sortait d'un piège mortel...
Il faudra attendre trente années - et l'aide des pitons - pour voir d'autres grimpeurs reprendre l’itinéraire réussi par le génial Guide de Zermatt. C'est un exploit unique, obligé par les événements…

  • Autant Ryan était peu communicatif, autant Geoffrey Winthrop Young a su nous laisser une œuvre littéraire de grande qualité.
    « Mes aventures alpines » et « Nouvelles ascensions dans les Alpes », pour la traduction française, sont deux ouvrages incontournables de la littérature alpine.
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DANS LES ALPES OCCIDENTALES JUSQU’EN 1914…

En 1914, grâce beaucoup à leurs Guides, les alpinistes avaient gravi les plus belles arêtes et les faces les plus imposantes, accessibles sans moyens artificiels, seuls les versants nord et certaines parois monolithiques restaient des territoires inexplorés…

Un premier pas vers l’autonomie

Déjà en 1908, un petit groupe de grimpeurs, fréquente régulièrement les massifs de rochers de la forêt de Fontainebleau, dans le but de s'initier et de s'entraîner à l'escalade : « le Groupe des Rochassiers », fondé par les anciens des Caravanes scolaires de la Section de Paris du Club Alpin.
Rapidement des projets se concrétisent, des cordées autonomes se constitueront pour les vacances de l'été dans les Alpes... Et dès 1910 plusieurs courses sont entreprises...
Le Groupe des Rochassiers sera le lien fort qui conduira plus tard en 1919 à la création du Groupe de Haute Montagne.

PENDANT CE TEMPS-LÀ DANS LES ALPES ORIENTALES

Les plus importants progrès dans l’escalade rocheuse viendront des grimpeurs des Alpes orientales, confrontés aux raides parois calcaires, beaucoup plus exposées que les granites des Alpes occidentales.
Les exploits sans moyens de sécurité des précurseurs, les Georg Winkler, Sepp Innerkofler, et autres Ludwig Purtscheller nous étonnent encore aujourd’hui…
En 1899, ascension du Campanile Basso dans les Dolomites occidentales par les Autrichiens Otto Ampferer et Karl Berger. C'est la première fois que des obstacles d'escalade du quatrième degré supérieur de difficulté (dans notre évaluation actuelle) sont franchis sur une paroi exposée. Des fiches de métal, pour fixer la corde de rappel pour la descente, sont utilisées par les grimpeurs.
En 1909, première incursion d'un grimpeur français dans les Alpes orientales. Pierre Blanc, le Guide de Bonneval-sur-Arc - conduisant Charles F. Meade - réussit à la suite d'une erreur d'itinéraire et sans protection, un passage exposé d'escalade du cinquième degré dans la partie finale de l'ascension du spigolo sud-ouest du Campanile Basso.

L'École de Munich

En l'année 1910 est réuni à Munich, au sein du Club Alpin Bavarois, un groupe de grimpeurs exceptionnels, comprenant entre autres Paul Preuss, Hans Dulfer, Otto Herzog - avec un peu plus à l'écart dans ses montagnes Hans Fiechtl -, que l'on appellera l’« École de Munich ».
Cette équipe, par ses performances, ses perfectionnements techniques et ses idées novatrices, va profondément faire évoluer l'escalade... Tout va aller très vite...
Et Munich va remplacer pour un temps Londres, comme centre de référence pour tout ce qui concerne l’alpinisme…

LE MATÉRIEL DE L’ALPINISTE JUSQU'EN 1914

En 1908, l'équipement des alpinistes reste sommaire, la corde en chanvre, les souliers à clous et le piolet dans les Occidentales, et espadrilles de corde ou d’étoffes dans les ascensions rocheuses des Orientales, l’encordement est direct à la taille.

Mais des techniques nouvelles vont profondément modifier les façons de faire…

- Les crampons à glace

En 1908, Oskar Eckenstein définit les crampons modernes à dix pointes et une méthode de cramponnage, ainsi que le piolet court…
Une fabrication artisanale débuta chez le forgeron Henri Grivel à Courmayeur, qui utilisa scrupuleusement les plans originaux de l’auteur ( voir le dossier du CFD : Le matériel de l’alpiniste ).
La méthode de cramponnage Eckenstein sera expliquée plus tard en France, dans la revue Alpinisme de 1927…

- Les crochets de muraille

Les « crochets de muraille » - appelés aussi « crampons de fer » - sont des ancrages artificiels, des lames en acier, terminées par des anneaux, enfoncées à l’aide d’un marteau dans les fissures naturelles de la roche.

Ils sont utilisés dès 1870 dans les Alpes orientales, pour amarrer les rappels permettant la redescente des raides parois des Dolomites, puis pour l’assurage et la progression.
En 1910, le Tyrolien Hans Fiechtl donne aux crochets de muraille - que l’on va appeler en France les pitons - leurs formes actuelles d'une seule pièce.

Dans les Alpes occidentales, les crochets de muraille ont été occasionnellement et très confidentiellement employés dès 1885, pour les descentes à l’aide de rappels de corde (ou en abandonnant une corde), et comme ancrage ( voir le dossier du CFD : Le matériel de l’alpiniste ).

Parmi les premières mentions en langue française évoquant les crochets de muraille, le manuel suisse de 1916 de Hans Koenig « Le conseiller de l’ascensionniste ».

- Les mousquetons

La même année 1910, le Munichois Otto Herzog emprunte aux pompiers de Munich le mousqueton en acier qui permet la liaison commode entre le crochet de muraille et la corde.
Dès 1913, un magasin spécialisé de Munich propose déjà ces mousquetons à la vente.

- Les manchons

Les espadrilles renforcées des Dolomites, les Kletterschuch sont en usage en France dès 1908…
Hans Kresz chausse pour la première fois dans les Dolomites des espadrilles à semelle de feutre, les fameux manchons.

- Les rappels

Les rappels de corde étaient employés pour la descente des reliefs calcaires très raides des Alpes orientales, mais la technique de la « Kletterschluss », le freinage de la descente, par la jambe et les pieds, était très aléatoire… Viendra un premier progrès avec la méthode genevoise, utilisant le bas du corps et un bras.
La technique du rappel en S, avec le freinage de la descente par le frottement du corps, beaucoup plus sécurisante, sera développée par Hans Dulfer avant 1914, la « Dülfersitz ». Cette technique de descente à la corde restera utilisée jusqu’à la commercialisation de l’outil en forme de huit et du baudrier, dans les années mil neuf cent soixante-dix ( voir le dossier du CFD : Le matériel de l’alpiniste ).

- Les Tricounis

En 1912, le Suisse  Félix-Valentin Genecand, dit « Tricouni » invente un clou spécial, le Tricouni en acier dur et arêtes vives pour les semelles des chaussures de montagne. Les Tricounis vont remplacer les Ailes de mouche du cloutage classique, et assurer une bonne tenue du pied sur les petites prises rocheuses…

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En tricounis et bandes moletières

 

Douze pitons dans toute sa carrière

En 1910, Angelo Dibona et Luigi Rigi conduisant Guido et Max Mayer, escaladent directement la face nord de la Cima Una, dans les Dolomites orientales, où Dibona plante son premier piton... Il en utilisera douze durant toute sa carrière de grimpeur et de Guide ... La difficulté est du cinquième degré, la paroi est haute de 800 m.
Angelo Dibona et les mêmes compagnons réalisent un mois plus tard une ascension de grande envergure, le long du grand dièdre central du Croz dell'Alltissimo, dans les Dolomites occidentales. Hauteur de la paroi 1000 m, cinquième degré pour la difficulté, deux pitons sont utilisés…
Paul Preuss réalisera aussitôt la seconde ascension... sans piton…

UN EXPLOIT INOUÏ

En 1911, Paul Preuss à la recherche de la perfection, réussit l'ascension de la face est du Campanile Basso, dans les Dolomites occidentales, seul, sans piton, sans corde et redescend par le même itinéraire sans l'aide de la corde.
Cette paroi est équipée aujourd'hui de plusieurs pitons et réclame beaucoup d’attention aux grimpeurs d’aujourd’hui... L'escalade courte et exposée, haute de 120 m, présente des passages du cinquième degré de difficulté. Contrairement à l'exploit contraint de Lochmatter, ici c'est en toute liberté d'action et de décision que l'on escalade et désescalade une paroi du cinquième degré de difficulté…

  • En cette année 1911, paraît dans le périodique Deutscher Alpenzeitung, sous la plume de Paul Preuss, l'article clef concernant les moyens de l'escalade. C'est le début de l'immense polémique sur l'utilisation de moyens artificiels en escalade : « de même que l'alpinisme diffère de l'art de grimper, la solution d'un problème d'escalade peut être, du point de vue de l'alpinisme, dépourvue d'intérêt ; le respect du style, qu'il s'agisse d'alpinisme ou d'escalade pure, devrait être la règle formelle pour chaque grimpeur ».
  • Le piton, la corde, la descente à la corde, rien ne résistera à la critique de Preuss, c'est le rejet de tout moyen artificiel.

Mais le prophète ne pourra être suivi, car l'exigence était trop élevée...

L'escalade artificielle

En 1911, Hans Fiechtl, l'inventeur des crochets de muraille modernes - aujourd’hui les pitons - est le premier à les utiliser comme moyen de progression. Avec H. Hotter, il gravit l'arête est-nord-est du Feldkopf sur la Zigmondyspitze, dans les Alpes orientales, des passages présentant des difficultés sérieuses d'escalade artificielle ( A2 ).
Particulièrement critiqué pour son emploi systématique des pitons de progression « la crucifixion des parois », il est traité par le Trentin Tita Piaz, l'un des artisans de la polémique sur les moyens de l'escalade, de « gangster du rocher, de jongleur des passages défendus ».
En 1911 avec l’emploi des pitons Angelo Dibona, le Guide de Cortina réussit l’ascension de la paroi nord de la Laliderwand dans le Karwendelgebirge.
L'usage des pitons va permettre de s'aventurer beaucoup plus loin, mais suscite des controverses animées, avec notamment l'article précité de Paul Preuss concernant les moyens l'escalade.
En 1912, en appliquant les nouvelles techniques de traversées à la corde, d'assurage et de progression, avec l'aide des pitons, Hans Dulfer réussit, avec un compagnon, l'ascension du versant est de la Fleichbank et la face ouest du Totenkirchl, dans le Kaisergebirge. Plus rien n’arrêtera les grimpeurs…

Le savoir-faire des Alpes orientales

En 1912, Angelo Dibona et Luigi Rigi conduisant Guido et Max Mayer réussissent l'ascension de la face sud de la Meije dans le massif des Écrins, et de l'arête NE de la Dent du Requin dans le massif du Mont Blanc.

Dibona apporte dans les Alpes occidentales le savoir-faire des Alpes orientales...

Le refus des Britanniques

Les Britanniques, au sein de l'Alpine Club - qui avait été jusque-là l’instance de référence de tout ce qui concerne l’alpinisme - prennent position contre l'utilisation de ces moyens artificiels, crampons, crochets de muraille (pitons). En fait, chaque équipement nouveau suscitera réserves, refus et polémiques de l’institution…
Nos voisins d’outre Manche vont ainsi demeurer longtemps à l'écart de l'exploration des grandes parois rocheuses des Alpes, avec l'aide des crochets de muraille (pitons), et glaciaires avec les crampons.
Ils ne réapparaîtront dans les Alpes que quarante années plus tard, en ayant beaucoup modifié leur doctrine concernant l’emploi de ces moyens techniques.

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Les pitons qui vont changer la donne (collection Liebig)

 

LES DEUX FAÇONS DE FAIRE

En 1914, les deux pratiques de l’escalade sont bien perceptibles : celle des adeptes de l'escalade sportive et celle pour qui l'escalade est qu’un simple moyen de l’alpinisme.
Et c’est l’usage des pitons qui va accentuer les antagonismes…
<  L'escalade sportive est surtout prônée dès 1890 sur les falaises des Îles Britanniques et de la Saxe en Allemagne ; avec des règles précises, on doit grimper sans aucune aide extérieure et réaliser l'assurage par des moyens naturels, refus des pitons comme moyen de progression, d'aide ou de repos bien sûr, mais souvent également comme moyen d'assurage. Les adeptes de cette discipline sportive ne chercheront curieusement pas à exporter cette façon de faire en haute montagne, et on laissera bien seul Paul Preuss prêcher la bonne parole.
<  Chez les grimpeurs des pays alpins, influencés par l'école germanique née dans les Alpes orientales, l’escalade n'est qu'un simple moyen de l’alpinisme, la rigueur du geste sportif ne pèse que faiblement, devant l'engagement moral et le dépassement physique.
En une phrase : « la fin justifie les moyens ».
La fin étant le sommet, le mythe de la paroi impossible, ou encore l'affrontement avec les incertitudes de la montagne…

PREMIERS REGARDS HORS DES ALPES ET DES PYRÉNÉES

  • Rapidement les regards s’étaient tournés vers les autres montagnes souvent inexplorées de la planète. C’est par le Caucase que l’exploration commencera.

< En 1829, l’expédition russe du général Emmanuel atteint le sommet oriental, 5621m par son Guide Killar Khaсhirov, le 21 juillet.
< Dès 1851, des géographes de l’Empire des Indes dépassent peut-être 7000m dans l’Himalaya du Pendjab, en ne pensant qu’à cartographier.
< En 1868,  l’Elbrouz est de nouveau gravi pour son sommet oriental par Douglas Freshfield et ses compagnons, avec le Guide François Devouassoud.  
< En 1874, le sommet principal occidental de l’Elbrouz, 5642m est joint par Horace Walker et ses compagnons, avec le Guide Peter Knubel.
< En 1879, Whymper se rend dans les Andes et revient avec l’exploration et l’ascension du Chimborazo, 6330m et du Cotopaxi, 5970m.
< En 1883, l’Anglais W. W. Graham entreprend avec ses Guides une première expédition dans l’Himalaya indien et une altitude de 7200m est probablement atteinte.
< En 1889, Ludwig Purtcheller et un compagnon font l’ascension du Kilimandjaro, 5893m, le sommet le plus haut d’Afrique…
< En 1896, Matthias Zurbriggen réussit l’ascension du point culminant des Andes et des Amériques, l’Aconcagua, 6950m…
< En 1897, le duc des Abruzzes et ses compagnons explorent les montagnes de l’Alaska et le Mont Saint Elias, 5495m qui passait par erreur pour le culmen de l’Amérique du Nord…
< En 1906, le duc des Abruzzes et ses Guides escaladent le Ruwenzori, 5125m en Afrique…
< En 1908, le sommet nord du Huascaran, 6650m est gravi par Annie Smith Peck avec les Guides valaisans Rodolphe Taugwalder et Gabriel Zumtaugwald.
< En 1913, le Denali-McKinley, 6194m est atteint pour la première fois, par une expédition conduite par Hudson Stuck, par Harry Karstens, Walter Harper et Robert Tatum, c’est le sommet principal de l’Amérique du Nord dans la chaîne des montagnes d’Alaska.

L'alpinisme féminin hors des Pyrénées et des Alpes

L’Américaine Fanny Bullock Workman fut précurseur pour les femmes dans l’exploration des plus hautes montagnes de la terre, durant plusieurs voyages d’exploration en Himalaya, avec son mari et ses Guides. En 1906, son ascension du Pinnaccle Peak, 6930m dans le massif du Nun-Kun, constituera pour un long moment un record féminin d’altitude.
En 1908, une autre Américaine Annie Smith Peck réussit, avec ses Guides, l’ascension du sommet nord du Huascaran, 6650m dans les Andes.

C’est la naissance d’un intérêt pour les montagnes lointaines, en ce qui concerne l’ascensionnisme féminin ( voir le dossier du CFD : L’alpinisme au féminin ).

DÉJÀ L’HIMALAYA ET LE KARAKORAM

Les plus hautes montagnes du monde sont toutes concentrées sur ce qui forme « l’ossature fondamentale » des montagnes d’Asie, avec les chaînes de l’Himalaya, du Karakoram et de l’Hindou-Kouch.
Pour l’Himalaya et le Karakoram, seuls les sommets situés dans l’Empire des Indes sont accessibles, car le Népal et le Tibet qui concentrent une majorité des plus hauts sommets sont fermés aux étrangers…

  •  C’est d’abord en 1835 et en 1856 pour les occidentaux, l’exploration des contrées et des vallées du Karakoram, sans but d’ascension, à la recherche de la route commerciale la plus commode, au travers de cette chaîne de montagnes. Et légendaire Mustagh Pass vers 5420m est atteint par des explorateurs européens.

<  En 1851, le Chomolangma-Everest situé aux confins du Népal et du Tibet dans la chaîne de l’Himalaya est identifié, depuis la plaine indienne, comme étant la plus haute montagne du monde. Un nom tibétain Chomolangma existait, mais les Britanniques décidèrent de lui donner le nom de l’un des leurs, George Everest…
 <  En 1858, le K2 situé dans la chaîne du Karakoram est désigné comme le second sommet du monde par son altitude 8621m, mais ce n'est encore qu'un signal trigonométrique lointain, de quelque deux cents kilomètres… 
<  En 1861, le colonel Godwin-Austen est le premier Européen à reconnaître les glaciers du Baltoro, avec des desseins de géographe.

  •  En 1887, voyage sensationnel de Francis Younghusband qui, parti de Pékin, traverse tout l'Empire de Chine, gagne le Turkestan chinois et la ville de Yarkand, traverse la vallée du Shaksgam où il peut découvrir du regard et admirer le versant nord du K2, « une face d'une hauteur prodigieuse ». Il franchit ensuite le Mustagh Pass et redescend par les glaciers du Baltoro inférieur pour rejoindre Skardu, le Cachemire et l'Empire des Indes.

<  En 1892, première expédition d’envergure dans la chaîne du Karakoram. Elle est dirigée par William Martin Conway et composée notamment de C. G. Bruce qui sera le chef des expéditions britanniques à l'Everest de 1922 et 1924 et du Guide Matthias Zurbriggen. L’expédition remonte le glacier d'Hispar, traverse l'Hispar Pass, descend le glacier de Biafo, rejoint Askole, en parcourant entièrement le glacier du Baltoro. Avec la cartographie du massif, l’entreprise réussit l’ascension du Pioneer Peak, 6890m. Il sera déclaré, par erreur, comme le plus haut sommet atteint par les hommes à ce moment-là.

<  En 1894, Mummery tente l’ascension du Nanga Parbat, 8125m, il disparaît avec ses deux compagnons Gurkas, en estimant mal les dimensions de la montagne et les dangers objectifs de l’itinéraire projeté…
 <  En 1902, tentative d’ascension du K2, 8621m ( Chogori ), par Oscar Eckenstein, Heinrich Pfannl et leurs compagnons, , jusqu’à 6500m, sur l’arête nord-est. 
 <  En 1907, le Trisul, 7120m sommet voisin de la Nanda Devi dans le massif du Gharwal, est gravi par Tom G. Longstaff, ses Guides les frères Brocherel et le Gurka Kharbir, deux mille mètres de dénivellation depuis le dernier camp, le groupe est conduit par Alexis Brocherel qui mènera pendant dix heures… C’est le plus haut sommet escaladé par les hommes, il le restera encore vingt ans…
<  En 1909, le duc des Abruzzes et ses compagnons s’attaquent au K2 jusqu’à 6250m, sur l’arête sud-est, et surtout 7500m au cours d’une tentative d’ascension du Bride Peak… la plus haute altitude atteinte par les hommes à ce moment-là…
< En 1910, Charles Meade et les Guides Pierre Blanc de Bonneval-sur-Arc et Alexis Brocherel de Courmayeur et en 1912, Meade avec les Guides Pierre Blanc, Franz Lochmatter, Justin Blanc et Jean Perren tentent l’ascension du Kamet, 7754m. En 1913, Charles Meade et Pierre Blanc parviennent au Col Meade, 7138m montrant la voie d’ascension aux suivants…

Chomolangma-Everest

  • Très vite les alpinistes ont voulu gravir la montagne identifiée dès 1851 comme le culmen du globe ; mais seuls les Britanniques possèdent les hommes, l'organisation et les moyens financiers pour tenter l'aventure.

<  En 1880 déjà, au sein de l'Alpine Club, les Britanniques évoquent les problèmes que présente une pareille entreprise…
 <  En 1907, une première reconnaissance anglaise est empêchée par des raisons diplomatiques…( voir le dossier du CFD : Un historique de l’alpinisme de 1919 à 1939 ).

Elle allait prendre les meilleurs

Et la plus grande catastrophe du vingtième siècle - la Grande Guerre de 1914-1918 - allait arrêter, prendre ou handicaper parmi les plus valeureux montagnards de ces années-là…

Lire la suite dans les dossiers suivants :

- l’alpinisme de 1919 à 1939
- l’alpinisme de 1945 à nos jours dans les montagnes d’Europe
- l’alpinisme de 1945 à nos jours dans les montagnes de l’Himalaya et du monde.

CONSULTATION

La plupart des textes concernant l'historique de la montagne et de la FFCAM sont consultables au Centre Fédéral de Documentation de la FFCAM - 24, avenue de Laumière, 75019 Paris. Notamment dans les différentes publications :

- Bulletins du CAF, de 1876 à 1904.
- Annuaires du CAF, de 1875 à 1904.
- La Montagne, de 1905 à 1954.
- Alpinisme, de 1925 à 1954.
- La Montagne & Alpinisme, depuis 1955.
- Les Annales du GHM de 1955 à 2001 et Cimes de 2002 à 2015.

Consultation de l’ensemble des livres constituant la bibliothèque de la FFCAM ; tous référencés.

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Vous pouvez consulter en ligne les titres suivants :

- L’Annuaire du CAF, de 1876 à 1904 accessible sur le site de la Bibliothèque Nationale : http://gallica.bnf.fr
- Voir aussi : www.archive.org et utiliser le mot-clé : club alpin français.
- Le Bulletins du CAF, de 1876 à 1904 accessible sur le site de la Bibliothèque Nationale : http://gallica.bnf.fr
- La Montagne de 1905 à 1954 accessible sur le site de la Bibliothèque Nationale : http://gallica.bnf.fr
- La Montagne & Alpinisme depuis 1955 accessible sur le site de la Bibliothèque Nationale : http://gallica.bnf.fr
- Enfin Alpinisme 1926 à 1954 accessible sur le site du GHM, avec les Annales du GHM (1955-2001) et Cimes (2002-2015)..

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mardi, vendredi, samedi sur rendez-vous. Gratuit pour les licenciés FFCAM, cotisation annuelle pour les non licenciés