L'alpinisme depuis 1945 en Europe et au Yosemite

Un historique soulignant les principaux événements se rapportant à l’alpinisme - sans prétendre à l’exhaustivité - est proposé en plusieurs dossiers :

- L’alpinisme de 1492 à 1914
- L’alpinisme de 1919 à 1939
- L’alpinisme de 1945 à nos jours dans les montagnes d’Europe et au Yosemite
- L’alpinisme de 1945 à nos jours dans les montagnes de l’Himalaya et du monde

L’alpinisme de 1945 à nos jours

dans les montagnes d’Europe et au Yosemite

Préambule

<  Un premier dossier a montré les différentes époques de l’exploration des montagnes d’avant 1914 :
- Les prémices
- La science pour justification
- Les premières explorations des plus hauts sommets de 1800 à 1850
- Tout va s'accélérer depuis la Grande-Bretagne de 1854 à 1865
- Des performances fabuleuses entre 1865 et 1914
- L’alpinisme autonome
- Pendant ce temps-là dans les Alpes orientales
- Les deux façons de faire

<  Le second dossier concerne la période qui conduira à 1940 :

- La naissance en France d’un alpinisme sportif organisé
- Les grandes parois calcaires des Alpes orientales
- Les grandes parois glaciaires des Alpes Occidentales
- Les grandes parois rocheuses des Alpes Occidentales
- Les derniers problèmes des Alpes

<  Un quatrième dossier est consacré aux massifs extra européens.

Sommaire :

Au lendemain de la guerre 1939-1945
L'équipement des alpinistes de 1945 à 1970
Les ascensions novatrices des années 1950-1970
L’alpinisme hivernal jusqu’en 1980
Le retour à l’escalade libre
L'équipement des alpinistes en 1970 et après
1978 - L’échelle des difficultés
Les voies rocheuses libérées 1970-1985
En 1972 - Une révolution technique pour l’escalade glaciaire
Des progrès gigantesques offerts aux alpinistes
Les performances notables ou novatrices après 1970
Des repères dans le massif du Mont Blanc après 1970
Dans le massif des Écrins après 1970
Quelques repères dans les Alpes Valaisannes après 1980
Quelques repères dans l’Oberland Bernois après 1980
Quelques repères dans les Dolomites après 1980
Les Pyrénées après 1980
Dans le Yosemite après 1980
Grandes voies libérées après 1985
Les escalades solitaires
Les femmes sont bien présentes
Escalade artificielle
Le ski extrême

 

AU LENDEMAIN DE LA GUERRE

  • Au lendemain de la guerre 1939-1945 et après le temps des conquêtes furieuses des années 1930, l’ambition des alpinistes sera - pour un instant - de répéter, dans des conditions plus apaisées, les itinéraires prestigieux, obtenus précédemment au prix de nombreuses vies humaines...

En 1945, Édouard Frendo et Gaston Rébuffat réalisent la seconde ascension de l’Éperon nord de la pointe Walker des Grandes Jorasses, dans le massif du Mont Blanc.
En 1947, Louis Lachenal et Lionel Terray effectuent la seconde ascension de l’Eigerwand, dans l’Oberland Bernois…

Deux exploits notables, même s’ils n’étaient pas innovants…

Mais bientôt les désirs d’exploration et d’innovation reprendront leurs droits…

L'ÉQUIPEMENT DES ALPINISTES DE 1945 À 1970

En 1949, le matériel d'alpinisme, rationné depuis la dernière guerre, redevient en vente libre. Il fallait préalablement obtenir un bon d'achat distribué par la FFM, pour obtenir corde et chaussures, en présentant une preuve de compétence...

Dès l’immédiat après-guerre des progrès techniques importants vont intervenir...

- La corde en polyamide
 À la sortie de la guerre 1939-19450, deux initiatives parallèles sont poursuivies visant à améliorer la sécurité des cordes d’alpinisme.
Jusque-là, on grimpait avec comme seule protection la corde en chanvre, celle-ci pouvait se rompre devant une chute libre d'un mètre, sous une charge de 80 kg, la sécurité pour le premier de cordée était inexistante
Les « cordes ordinaires » en chanvre étaient destinées à subir un effort de traction lent ou une charge statique, elles ne supportaient pas une charge dynamique, c'est-à-dire la chute du premier de cordée…
Avec le polyamide ( Nylon ), le progrès va être décisif…
Les « cordes spéciales » câblées voient le jour en Grande-Bretagne à la fin de guerre, en conservant les méthodes de fabrication des cordes de marine… Elles seront les premières à offrir une résistance importante, grâce à leur élasticité, permettant de parer la chute d’un grimpeur progressant au-dessus d’un point d’ancrage…
En 1947, la corde moderne est mise au point, sur les conseils de Pierre Chevalier, par les établissements Joanny.
C’est une corde à fils parallèles, formés d’éléments multifilamentaires de polyamide, protégés par une gaine tressée.
C’est une grande avancée… Ces nouvelles cordes vont offrir une résistance importante grâce à leur élasticité et vont se trouver protégées des frottements avec la roche par leur gaine extérieure.

 
À Grenoble, Maurice Doderot, au sein de la Société des Touristes du Dauphiné, commence l’étude systématique de la résistance des cordes.

En 1950, une Commission des cordes de montagne, visant à définir un label, est en place au sein de la Fédération Française de la Montagne, conduite par Maurice Doderot et Pierre Henry.
Ce label fixe les conditions, que devront supporter les cordes, pour être agréées. Ce sont les entreprises du bâtiment qui se montreront immédiatement intéressées, plus tardivement les fabricants de cordes d’alpinisme…

Et l’UIAA créera à la suite sa Commission internationale et son label

- L’encordement
L’encordement se fait encore directement autour de la taille. En 1963, un baudrier est présenté par les équipementiers pour l’escalade artificielle, en effet dans les grandes escalades artificielles des Dolomites très surplombantes, les grimpeurs confectionnaient déjà un baudrier, avec des sangles tubulaires américaines…
Ces harnachements pas encore bien adaptés étaient remisés en revenant à l’escalade libre…
Cet usage restera jusqu’en 1975…

- Les crampons à glace
La méthode de cramponnage, imposée par Armand Charlet et présentée en France par l’ENSA comme la technique française, sera fossilisée par l’article « Techniques actuelles de la neige et de la glace » d'André Contamine, paru dans la revue Alpinisme de 1949 ( voir le dossier : le Matériel de l’alpiniste ).
Pourtant, l’utilisation des crampons 12 pointes - inventés par Henri Grivel dès 1929 - et la pratique du cramponnage frontal, sont adoptées dès 1930, par les meilleurs glaciairistes austro-allemands, suisses, italiens et par des cordées du GHM en France.
Deux des quatre premiers ascensionnistes de l’Eigerwand, Anderl Heckmair et Wiggerl Vörg, utilisaient des crampons avec pointes avant en 1938… déjà en vente dans le célèbre magasin Schuster de Munich.
Ils ont beaucoup été dans le succès des quatre hommes…
Il faudra attendre le début des années 1970 pour que cette technique soit enfin proposée à tous en France…

Lire plus loin les péripéties de 1966 et 1969…  

- Les chaussons
En 1948, et après une longue mise au point commencée en 1935, Pierre Allain introduit sur le marché, dans son célèbre magasin de la rue St Sulpice à Paris, un chausson d'escalade à semelle caoutchouc de marque PA.
Le fameux chausson bleu sera immédiatement l'outil indispensable pour l'escalade à Fontainebleau.
Un moment utilisé en falaise et en montagne par des initiés, comme en 1953 les frères Henry et Pierre Lesueur, durant l’ascension par l’arête nord-est de la dent du Caïman, la chaussure à semelle Vibram se révélera plus commode et plus confortable en escalade mixte et artificielle.
Curieusement, les chaussons vont rester réservés, en France, à quelques exceptions près, aux blocs de Fontainebleau pendant encore vingt ans. En 1955, ces chaussons sont adoptés pour l’escalade des parois des Îles Britanniques.
En 1967, les chaussons font leur apparition dans les falaises, et aussitôt dans les escalades rocheuses des Alpes… et, à partir de 1974, les chaussons PA et leurs dérivés seront indispensables pour toute escalade difficile ou pas, en tous lieux ( voir le dossier : le Matériel de l’alpiniste ).

- Les mousquetons
C’est encore le mousqueton en acier qui est utilisé.
Déjà en 1938, un mousqueton léger en alliage d’aluminium avait été essayé par Pierre Allain.
En 1948, le mousqueton léger en alliage d’aluminium ( Duralumin ) est commercialisé par Allain. Il devait être utilisé avec prudence, essentiellement pour l'escalade artificielle, car il ne résistait pas à une chute même modeste. L’information technique publiée parle imprudemment d’une résistance bien supérieure aux mousquetons en acier…
En 1958, Pierre Allain est le premier à proposer un mousqueton léger à haute résistance mécanique en alliage léger ( Zicral ) ( voir le dossier : Le matériel de l’alpiniste )..
Le mousqueton léger en alliage d’aluminium va de généraliser, avec les progrès des alliages proposés et des facteurs de forme améliorés…
En 1966, le mousqueton en alliage léger, avec verrouillage du doigt d’ouverture, est présenté par Pierre Allain. C'est un véritable élément de sécurité.
La charge admissible passe de 1600 à 2800 daN ; le mousqueton en alliage léger devient un véritable élément de sécurité, capable d'accepter - suivant des normes précises - l'énergie correspondant à la chute d'un grimpeur, évoluant au-dessus d’un point d’assurage.
Des fabrications similaires seront bientôt proposées par plusieurs fabricants.

- Les piolets
En 1943, le marteau piolet permettant de travailler en terrain mixte et d’enfoncer les pitons et les broches à glace fait son apparition.

En 1950, en Écosse, les escalades hivernales se pratiquaient encore en chaussures à clous et taille de marches dans la glace, les crampons n’étaient pas acceptés comme moyen technique pour les ascensions…

Dès 1957 et ayant évolué et adopté les crampons, les Écossais vont développer l’escalade glaciaire de haut niveau et chercher à améliorer le matériel.
La ligne Zero Gully sur le Ben Nevis, par Tom Patey, Graeme Nicol et Hamish MacInnes, marque le début de cette révolution…
En 1964, un piolet à manche métallique est proposé sur le continent par un fabricant anglais, mais les progrès de la technique glaciaire, déjà constatés en Écosse, devront attendre encore un peu dans les Alpes…

- Les pitons et les coins de bois

Les pitons classiques en acier malléable sont largement diffusés et font partie de la panoplie des grimpeurs, avec le marteau pour les enfoncer.

En1962, les pitons américains - en acier spécial raide et très élastique - traversent l’Atlantique, ils sont très bien adaptés au granite, sont facilement utilisables, réutilisables et récupérables. Ils ont été inventés et utilisés par John Salathé, pour l’ouverture de Lost Arrow dans le Yosemite en 1946.
C’est l’apparition des Bongs, des Leepers, des Angles et autres Rurps… Les pitons classiques conservent cependant leurs avantages dans les parois calcaires en préservant l’intégrité de la roche…

Notons l’utilisation occasionnelle de coins de bois pour sécuriser les passages de fissures larges, avant l’arrivée des des coinceurs automatiques à cames. Un moyen d’assurage qui interpelle encore aujourd’hui, par son utilisation fantasmé. Il offrait une très bonne sécurité lorsque la sangle ou l’anneau de corde encerclait entièrement l’objet, la cordelette d’attache ne servant qu’au transport.

- Les broches à glace
Les pitons à glace inventés par Welzenbach dans les années 1930, de simples lames métalliques, se perfectionnent ; et dans les années mil neuf cent soixante des broches à glace tubulaires, des tiges coniques à épines sont proposées, toutes pénètrent la glace en étant frappées à l’aide du marteau-piolet.
Apparaissent également les modèles autrichiens en forme de tire-bouchons… Cette broche que l’on visse directement dans la glace est une tige d’acier de 5 mm avec une spirale matricée, sa première utilisation est une épreuve pour les nerfs, pourtant sa tenue à l’arrachage en glace dure est surprenante… La broche vissée va avoir un bel avenir…

- Le casque d’escalade
Notons que des casques figurent dans l’équipement des deux ascensionnistes de l’Eigerwand Anderl Heckmair et Wiggerl Vörg en 1938...
Le casque est utilisé avec parcimonie dans les années 1950… et certains utilisaient un casque de chantier et parfois de moto… 
Il est adopté régulièrement par les grimpeurs austro-allemands, dès les années 1950.
Pour cette protection essentielle, l’élément déclencheur sera la diffusion mondiale des splendides photographies, relatant la première ascension hivernale de la face nord-ouest de l’Eiger du 6 au 12 mars 1961. Les Austro-allemands Walter Almberger, Toni Kinshofer, Anderl Mannhardt et Toni Hiebeler sont tous équipés de casques...
Il est proposé, dans la note d’information sur le matériel d’alpinisme, de la revue La Montagne & Alpinisme de juin 1961.
Le casque entre dans les mœurs et dans les catalogues des magasins français en 1965, et connaîtra de nombreux progrès…
Un label FFM concernant les casques pour alpiniste est instauré en 1967 ( voir le dossier : Le matériel de l'alpiniste )..

- Les ancrages forés
Le forage d’un trou dans la roche, pour placer un ancrage, a été longtemps l’arme interdite en escalade. Avoir recours un seul piton-gollot, dans une paroi de 1000m, vous exposait à l’équivalent d’une excommunication…
Déjà les gollots de la face ouest des Drus avaient été très critiqués en 1952…
En 1958, dans les parois du Yosemite, les Américains sont les premiers à pratiquer systématiquement des forages de la roche pour placer des pitons-gollots ; les ancêtres des « Spits » et autres...
Au même moment dans les Dolomites, on attaque les parois là où elles sont les plus surplombantes, avec des longueurs de corde entièrement artificielles et l'utilisation de nombreux pitons-gollots.
Dans les gorges du Verdon en 1968, la voie des Enragés dans la paroi de Duc sera ouverte avec l’aide des mêmes artifices.

- La remontée sur cordes fixes
En 1958, dans les parois du Yosemite, les grimpeurs américains utiliseront la technique de siège pour gravir les hautes parois en installant des cordes fixes, remontées ensuite avec l’aide de nœuds de Prusik ( et ses dérivés ) ou des singes mécaniques, avec la technique de l’auto-traction, la force développée par la jambe permettant la montée du grimpeur.

- La poignée Jumar
Deux grimpeurs suisses Adolf Jüsy (guide) et Walter Marti (ingénieur) font la mise au point de la poignée automatique Jumar autobloquante en 1958, facilitant la remontée des cordes fixes en paroi et en expédition classique, même utilisation que le singe mécanique déjà existant ( voir le dossier : Un historique de la spéléologie ), mais d’un emploi beaucoup plus commode.

LES ASCENSIONS NOVATRICES DES ANNÉES 1950-1970

DANS LE YOSEMITE

  • Les années mille neuf cent cinquante sont l’époque des grandes voies technologiques réussies à l'aide systématique de l'escalade artificielle. La fin justifie les moyens…

<  En 1950, John Salathe et Allen Steck escaladent en cinq jours la face nord de Sentinel Rock, haute de 1000m, dans la vallée du Yosemite aux États-Unis. Cette face faisait l'objet de tentatives depuis 1936, et Steck avait l'expérience des grandes escalades calcaires des Alpes orientales. C'est la première voie d'envergure ouverte sur les parois du Yosemite, le premier « Big Wall » américain.
C'est l'exportation du savoir-faire des Alpes orientales, vers le continent américain...
<  En 1958, ouverture par Warren Harding, Wayner Merry et George Whitmore, en technique de siège avec cordes fixes, de la voie du « Nose » sur El Capitan. La hauteur de la paroi est de 1000m, il faudra poser six cents mètres de cordes fixes et passer quarante-cinq jours en paroi, répartis sur une année. C'est l'itinéraire le plus célèbre des grandes parois nord-américaines. Il sera fait à Harding le reproche de ne pas s'être limité sur les moyens, pour réussir son objectif…
Les Américains sont les premiers à utiliser systématiquement des forages dans la roche pour placer des ancrages.
C’est le paroxysme de ce que les grimpeurs du Yosemite appelleront l'« âge du fer »
<  En 1961, Royal Robbins et deux compagnons escaladent « Salathe Wall » sur El Capitan. C'est encore un des itinéraires caractéristiques des grandes parois nord-américaines qui est réussi ici.
Mais Robbins a voulu réaliser cet itinéraire nouveau en évitant une débauche de moyens...

DANS LES ALPES ORIENTALES

<  En 1951, les Français dans le « sesto superiore ». Robert Gabriel et Georges Livanos parcourent le grand dièdre nord-ouest de la Cima Su Alto dans les Dolomites orientales. Le niveau technique et l'audace des grandes escalades, d'avant la Seconde Guerre mondiale, sont atteints pour la première fois par des grimpeurs venus de l'ouest.
En 1954, la Fédération Française de la Montagne encourage la présence de l’alpinisme français, non seulement dans les massifs extra-européens, mais aussi dans les massifs éloignés des Alpes…  Robert Gabriel et Georges Livanos sont envoyés en mission d’exploration dans les Dolomites, par la FFM, pour reprendre les itinéraires les plus prestigieux, et tenter des ascensions nouvelles…
<  En 1957, Walter Phillip et Dietrich Flamm réalisent l’ascension du grand dièdre de la face nord-ouest de la Punta Tissi de la Civetta, marquant le retour de l’escalade libre dans les ambitions des grimpeurs ( voir § : Le retour à l’escalade libre ).
Pas pour tous, car nous sommes en plein dans l’« âge du fer » dans les Orientales…
<  En 1958, une voie directe est forcée sur la face nord de la Cima Grande di Lavaredo par Dietrich Hasse, Lothar Brandler, Jörg Lehne et Siegfried Löw. L’escalade artificielle atteint son apogée dans les Dolomites. On attaque les parois, là où elles sont les plus surplombantes, avec des longueurs de corde entièrement en escalade artificielle et utilisation de nombreux ancrages forés.
C'est le début des travaux en montagne, mais c'est aussi de grandes escalades réservant des impressions exceptionnelles…
<  Deux mois plus tard, Dietrich Hasse et Lothar Brandler inaugurent une autre voie technologique, sur le grand mur de la Roda di Vaèl…
<  En 1959, René Desmaison et Pierre Mazeaud s'attaquent à la paroi nord de la Cima Ovest di Lavaredo. Il y a cinquante mètres de dévers, l'escalade est presque continuellement artificielle dans des zones entièrement surplombantes. Six jours pour forcer l'itinéraire, nombreux ancrages forés, relais sur planchette et bivouacs suspendus. Cette escalade, dédiée à Jean Cousy, marque une limite dans le domaine particulier de l'escalade artificielle…

  • En 1961, un exploit sans égal. Le Belge Claudio Barbier effectue, en escalade solitaire, sans aucune aide technique, ni assistance extérieure, l'ascension par leurs versants nord des cinq Cimes du Lavaredo dont les voies Cassin, Comici, Dulfer et Preuss. Une performance accomplie en une seule journée et qui reste aujourd’hui inégalée...

<  En 1965, une très belle escalade libre, s’éloignant des itinéraires technologiques à la mode du moment, est réussie sur le pilier nord du Crozzon di Brenta, par Jean Frehel et Dominique Leprince Ringuet. Elle se déroule à peu de distance d’une voie antérieure, réalisée à grand renfort de pitons et d’escalade artificielle…
Une « Voie des Français » qui deviendra une des belles ascensions classiques du massif du Brenta...
Dans les années suivantes, certaines voies technologiques avec des sièges de plusieurs semaines conduiront à une impasse…

  • C’est un paroxysme de cet « âge du fer » dans les Orientales…

 Le retour des grimpeurs britanniques

Après la Seconde Guerre mondiale, les grimpeurs britanniques ont dû supporter longtemps les conséquences des privations provoquées par la guerre, l’accès aux montagnes leur était difficile, voire impossible. Et le renouvellement des forces vives sera difficilement assuré…

Il y avait l’Alpine Club enfermé dans son passé glorieux d’avant 1914, en résistance contre tout progrès technique. Les crampons, les semelles Vibram, la corde nylon étaient regardés avec suspicion, les pitons et les outils de l’escalade artificielle étaient des instruments diaboliques et bannis. C’est la jeunesse qui créera un nouvel engagement.

En 1952, autour de Tom Bourdillon et Cym Smith, quelques grimpeurs anglais fondent l’Alpine Climbing Group qui marquera le retour des Britanniques vers le haut niveau, après une éclipse de presque quarante ans.

Ils auront beaucoup évolué concernant l’usage des crampons, des pitons, et devant les escalades rocheuses, où l’usage des ancrages est nécessaire…

En 1954, première sérieuse incursion dans les Alpes. Joe Brown et Don Whillans inaugurent un itinéraire difficile, sur la face ouest de l’aiguille de Blaitiére.

Cette ascension marque la réapparition de nos amis britanniques dans la course aux performances. La fissure Brown va longtemps impressionner par l’audace de son premier varappeur, mais plus tard on apprendra - un peu tardivement - qu’un subtil artifice a été utilisé, par le coincement de pierres dans la fissure, et ensuite retirées… Robert Paragot, sans information sur cette protection gardée confidentielle, réalisera plus tard l'escalade libre - sans protection - de cette fissure…

DANS LES ALPES OCCIDENTALES

Les grandes voies rocheuses

<  En 1947, Pierre Allain et Auguste Fix tracent un premier itinéraire extrêmement difficile sur la face ouest de l’aiguille de Blaitiére, dans le massif du Mont Blanc, mais les éboulements de 1947 et 1952 enverront cette trace éphémère dans la vallée…
<  En 1950, parcours de la face nord du Pic Sans Nom, dans le massif des Écrins, par Lucien George et Victor Russenberger.

  • La face est du Grand Capucin et la face ouest des Drus semblaient impossibles à escalader, mais les moyens techniques auront réponse à tout…

<  En 1951, ascension en trois jours, sur la face est du Grand Capucin, dans le massif du Mont Blanc, par Walter Bonatti et Luciano Ghigo. C’est la première grande application dans les Alpes occidentales des possibilités de l’escalade artificielle, employée systématiquement, en s’inspirant de ce qui s’était fait dans le calcaire des Alpes orientales dès 1933….
<  En 1952, la face ouest des Drus, dans le massif du Mont Blanc, est escaladée en deux fois par Lucien Berardini et ses compagnons. Premier itinéraire tracé sur la face rocheuse, la plus célèbre et la plus fameuse des Alpes occidentales, en ayant également recours à l'escalade artificielle...

  • Aucune paroi n’échappera à son exploration, avec les moyens artificiels…

LE PILIER BONATTI

<  En 1955, Walter Bonatti réussit seul la première ascension du pilier sud-ouest du Petit Dru, en cinq jours. Cette ascension constitue l'un des exploits les plus extraordinaires de l'escalade et de l'alpinisme.
Le « Pilier Bonatti » deviendra une ascension classique, dès le début des années 1960, et l’une des plus belles escalade des Alpes…
Un pilier qui va disparaître complètement, après plusieurs éboulements en 1997, surtout en 2005 et encore en 2011... L’épaule et l’ensemble des plaques constituant le pilier, ainsi qu'une grande partie de la face ouest… sont partis dans la vallée...
<  En 1956, escalade du 3 au 5 août, sur la face nord-ouest de l’Olan, dans le massif des Écrins, par Jean Couzy et René Desmaison, à droite de la face…
<  En 1961, le pilier central de Frêney proposait une paroi impressionnante et vierge, vers le point culminant des Alpes. En juillet, la tentative franco-italienne se transforme en tragédie ( voir ci-dessous  § : Deux drames de la montagne ).
<  Dès le mois d’août 1961, d’autres se précipitaient, un peu vite, pour ce pilier sorti de l’anonymat, et la cordée anglo-polonaise de Chris Bonington réalisait la première ascension, suivie de près par la cordée franco-italienne de René Desmaison…

LA DIRECTE DE LA FACE OUEST DES DRUS ET LA FACE SUD DU FOU

<  En 1962, voie directe dans la face ouest des Drus, en trois jours par Garry Hemming et Royal Robbins, en ayant beaucoup recours à l'escalade artificielle.
C'est la première grande réussite, dans les Alpes, des grimpeurs américains qui apportent du Yosemite les progrès accomplis en escalade artificielle et les pitons en aciers spéciaux, particulièrement adaptés au granite. C'est l'exportation du savoir-faire américain vers nos Alpes. Un juste retour des choses.
<  En 1963, exploration de la face sud de l’aiguille du Fou dans le massif du Mont Blanc, en deux fois, par les Américains John Harlin, Garry Hemming et Steve Fulton.
C'est encore une grande réussite, réalisée à l'aide de l'escalade artificielle, la paroi sud posait jusque-là un problème insoluble aux ascensionnistes.
<  En 1965, ouverture d'une voie directissime sur la face ouest des Drus, par John Harlin et Royal Robbins en escalade artificielle, c'est l'ascension rocheuse la plus difficile des Alpes. Elle a nécessité les techniques les plus raffinées de l'escalade artificielle, mises au point au Yosemite.

  • C’est un paroxysme du tout artif dans les Occidentales…

Et aussi

<  En 1967, sur les parois granitiques de Norvège, une voie directe de grande ampleur et de haute difficulté est tracée, par une équipe française sur l’une des plus hautes parois d'Europe, la face nord du Trollryggen, réussie avec l’aide des pitons américains… Utilisation de cordes fixes, nombreux passages d'escalades libres et artificielles pour Yves Boussard, Jérôme Brunet, Patrick Cordier, Claude Deck et Jean Frehel…
<   En 1969, la cordée polonaise, d’André Mroz et ses compagnons, force une première ligne directe sur la face est du Grand Pilier d’Angle du Mont Blanc. Ce versant est du pilier sera le théâtre de nombreux exploits à venir…
<  En 1969, la voie des Plaques de Glace, en face nord-ouest d’Ailefroide, gravie par Jean-Claude Marmier et Jean-Louis Mercadié, les 17 et 18 juillet.
<  En 1969, le pilier NNW du Nez de Zmutt du Cervin, par Leo Cerruti et Alessandro Cogna, du 14 au 17 juillet.
<  En 1971, la face sud de l’aiguille du Fou est escaladée en trois jours, par Simone Badier, en tête de cordée. C'est un des faits marquants de l'escalade féminine de cette époque-là...
<  En 1975, voie nouvelle sur la face ouest des Drus, par Thomas Gros seul du 20 avril au 8 mai. Une prouesse exceptionnelle, là aussi c’est encore l’âge du fer… avec de nombreux ancrages forés.

Les grandes performances novatrices mixtes et autres

<  En 1953, l’arête de Peuterey intégrale du Mont Blanc, en commençant par l’arête sud de l’aiguille Noire est suivie par les Allemands Richard Hechtel et Günter Kittelmann. Cette façon de faire exceptionnelle est reprise en solitaire, par René Desmaison en 1972, et durant l’hiver qui suivit, par la cordée Louis Audoubert, Marc Galy et Yannick Seigneur…
<  En 1955, dans l’imposante face nord des Droites, Philippe Cornuau et Maurice Davaille sont les premiers à forcer un itinéraire, en six jours. Seulement deux répétitions jusqu’en 1969, d’abord par Wolfgang Axt et Werner Gross en 1962, puis nos deux amis Patrice Bodin et Michel Lascar en 1966...
<  En 1956, face nord du Liskamm ouest, dans les Alpes Valaisannes, par la cordée Diemberger- Stefan.
<  En mars 1961, première ascension hivernale de l’Eigerwand, la face nord-ouest de l’Eiger, du 6 au 12 mars, par les Austro-allemands Walter Almberger, Toni Kinshofer, Anderl Mannhardt et Toni Hiebeler. C’est un événement majeur dans l’histoire de l’alpinisme ( voir § : L’alpinisme hivernal jusqu'en 1980 ).
<  En 1961, deux mois après le drame du piler de Frêney, et n’ayant peut-être pas vraiment apprécié la précipitation de la concurrence, Walter Bonatti revient avec Cosimo Zappelli dans le versant de Frêney, pour tracer une voie directe d’une belle élégance, vers le Mont Blanc, et la jonction des deux arêtes majeures de la montagne, les arêtes de Peuterey et de l’Innominata…
<  En 1961, face nord du Liskamm ouest, par la cordée Hiebeler-Pokorski.
<  En 1962, exploration du versant nord-est du Grand Pilier d’Angle du Mont Blanc, par Walter Bonatti et Cosimo Zappelli. Une ascension de premier ordre, qui ne sera reprise qu’après l’apparition du matériel moderne, pour l'escalade glaciaire en 1975, et la pente est descendue à skis dès 1988…
<  Durant l’année 1963, avec un savoir faire acquis sur les parois écossaises, Joe Brown et Tom Patey inaugurent une voie mixte sur le flanc nord de l’aiguille Sans Nom, dans le massif du Mont Blanc, elle ne sera reprise qu’avec la vulgarisation des progrès techniques en 1972…
<  Les 2 et 3 août 1963, première ascension solitaire de l’Eigerwand, par Michel Darbellay en 18 heures.
<  En 1964, sur l’éperon nord de la pointe Whymper des Grandes Jorasses, voie très exposée aux chutes de pierres et de grande envergure, par Walter Bonatti et Michel Vaucher, aujourd’hui connue comme la « Bonatti-Vaucher »…
< En 1965, en face nord du Cervin, Walter Bonatti se présente pour un ultime exploit, seul et en hiver, sur un itinéraire vierge… Bonatti achevait ainsi à 35 ans, une brillante carrière qui le situe parmi les alpinistes les plus remarquables, toutes générations confondues…
<  En 1966, première d’une directissime dans le versant nord-ouest de l’Eiger, du 23 février au 25 mars, par des équipes allemande, britannique et américaine, réunies pour la circonstance, avec équipement de cordes fixes et technique himalayenne…L’entreprise est endeuillée par la chute accidentelle de John Harlin. Le nom de ce grimpeur américain précurseur sera donné à cet itinéraire…
Il est curieux de constater que certains adeptes d’une escalade propre et d’une éthique exigeante participaient à ces travaux en montagne…
<  En janvier 1968, René Desmaison et Robert Flematti remontent les pentes du Linceul du versant nord des Grandes Jorasses, jusqu'à atteindre l’arête ouest, en taillant continuellement la pente de glace, en neuf jours... Le mauvais temps les contraindra à redescendre par le même itinéraire…
<  En juillet de la même année, les Tchèques Ondřej Blecha, Ivan Bortel, Ivan Dieška et Valentin Kanyár terminent l’ascension jusqu’au sommet de la pointe Walker des Grandes Jorasses.
Ils auraient pu normalement être crédités de la première ascension - selon les critères de l’époque - mais le guide-itinéraire Vallot a retenu curieusement la réalisation de la cordée Desmaison-Flematti… Une performance qualifiée d’exceptionnel exploit, par le chroniqueur de l’époque, alors que certains voyaient un exploit certes, mais surtout une tentative inaboutie…
Et l’histoire a presque effacé la performance de nos confrères tchèques… « Selon que vous soyez puissant ou misérable » aurait dit Jean de La Fontaine... On lira aussi l’article : La voie oubliée des Grandes Jorasses cinquante après de Piotr Packowski dans La Montagne & Alpinisme n°2/2016, sur une autre ascension en question.
Pour bien comprendre les évolutions futures, les pentes du Linceul seront bientôt remontées en solo en quelques heures, et plus tard en 1995 descendues à skis, pour ce qui concerne les pentes supérieures…

<  En 1969, première ascension solitaire de la face nord des Droites par Reinhold Messner, il étonne le monde alpin par son ascension solitaire en 8h30, avec un piolet et un poignard à glace, comme outils à main...
<  En 1970, face nord-ouest de l’Eiger, nouvel itinéraire, la voie des Japonais.
<  En 1972, le grand couloir central entre les pointes Walker et Whymper des Grandes Jorasses est exploré, par des Japonais, avec cordes fixes.
<  En hiver 1973, sur le flanc nord-est de la pointe Walker des Grandes Jorasses, voie Gousseault , par Giorgio Bertone, Michel Claret et René Desmaison du 10 au 17 janvier 1973. Cette voie est dédiée à Serge Gousseault, mort d'épuisement durant une ascension inachevée, du 10 au 21 février 1971.
<  En hiver 1974, voie nouvelle sur l’éperon nord de la pointe Whymper des Grandes Jorasses, à gauche de la « Bonatti-Vaucher » dans la partie raide de la paroi, en escalade artificielle, par Louis Audoubert, Michel Feuillarade, Marc Galy et Yannick Seigneur… 1100m pour 350 pitons, là encore c’est le paroxysme de cet âge du fer évoqué précédemment et l’un des sérieux itinéraires tracés sur la grande face nord…

DANS LES PYRÉNÉES

<  En 1962, une voie directe, sur la Pointe Chausenque du massif du Vignemale, est parcourue, les 23 et 24 septembre, par Patrice de Bellefon, Pierre Mirabal et Henri Paradis.
Le socle, avec sortie par la diagonale à gauche, avait été gravi du 20 au 22 août 1961, par José-Antonio Bescos, Rafael Montaner et Julian Vicente.

Deux drames de la montagne

<  En hiver 1956-57, Walter Bonatti et Silvano Gheser, et la cordée de Jean Vincendon et François Henry, sont engagés pour une ascension hivernale sur l'éperon de la Brenva... Pris dans la tempête, Bonatti et son compagnon pourront rejoindre le refuge Vallot.
Pendant ce temps-là, Vincendon et Henry vont prendre la décision fatale de bivouaquer aux environs des Petits Rochers Rouges, et de descendre directement dans les pentes nord, vers la vallée de Chamonix…
C’est le début de la tragédie de Jean Vincendon et François Henry, l’un des plus grands drames de l’histoire de l’alpinisme, il sera à l’origine de la création d’un service d’État, pour le secours en montagne ( voir le dossier : Historique du Secours en montagne ).

<  En 1961, le pilier central de Frêney proposait une voie directe vers le point culminant des Alpes. En juillet, la cordée italienne de Walter Bonatti, Roberto Gallieni et Andreas Oggioni rencontre fortuitement la cordée française de Robert Guillaume, Pierre Kohlman, Pierre Mazeaud et Antoine Vieille, engagée sur le même projet.
Les deux équipes décident de faire cause commune…
Pendant leur tentative, ils seront surpris par une forte tempête. Durant leur retraite Antoine Vieille, Robert Guillaume, Pierre Kohlman, puis Andreas Oggioni, tous épuisés perdront la vie durant ces terribles journées…

1964 - Le label pour le matériel et des notions de mécanique

Le plus important progrès, dans le matériel d’alpinisme, aura été la mise au point de la corde moderne dès 1947, et depuis ses caractéristiques seront très améliorées et contrôlées par une normalisation.
En 1964, l’Union Internationale des Associations d’Alpinisme crée sa Commission internationale de matériel d’alpinisme.
Un label international ( UIAA ) va venir se substituer aux brevets nationaux, il est aujourd’hui le garant de la sécurité… Désormais, c’est le même essai reproductible, dans les différents laboratoires compétents, qui certifie la qualité des cordes.

La même année, il sera mis en relief - auprès des utilisateurs - la notion fondamentale d'absorption d'énergie, qui doit être prise en compte en cas de sollicitation du matériel de protection, plutôt que la simple résistance mécanique statique…

1966 - La technique française de cramponnage

En 1966, après un colloque franco-allemand sur les techniques glaciaires, l’intervention d’André Contamine dans l’article de la revue La Montagne & Alpinisme : « La glace vingt ans après » annonce une timide évolution.

S’il consacre encore la technique française de cramponnage, il admet certains avantages des pointes avant « sollicitant l’appui par la pointe du pied, un peu comme en escalade rocheuse » et du cramponnage frontal dans les pentes raides. Les crampons avec pointes avant sont qualifiés de matériels nouveaux… disponibles depuis 1929 à Courmayeur !

Il faudra continuer à aller acheter ses crampons à Genève ou à Courmayeur, même si discrètement un modèle est apparu chez les fabricants dès 1965 en France…

1969 - La technique de la glace et le cramponnage frontal

Pour faire avancer le débat qui existait en France sur la technique de cramponnage imposée par l’ENSA, la technique Eckenstein, rebaptisée curieusement technique française, Lucien Devies demanda l’avis de ses confrères autrichiens…

La réponse est sans appel « La façon la plus naturelle, car correspondant le plus aux données anatomiques, la plus sûre et la plus économique au point de vue dépense d'énergie, est d’avancer sur la glace raide suivant la marche avec les pointes frontales de crampons à 12 pointes, dite la technique des pointes avant.

La preuve évidente en est que, après l'apparition des crampons à 12 pointes au milieu des années 1930, il se produisit une véritable ruée sur toutes les parois glaciaires, et tous les temps de montée connus jusqu’alors furent considérablement améliorés, parfois même réduits jusqu'à un tiers des meilleurs temps réalisés précédemment…

Par ailleurs c'est très certainement grâce à la technique des pointes avant, qu'au cours des années suivantes, jusqu'à la guerre et même après sa fin, que toutes les grandes parois glaciaires restées vierges furent escaladées et de nombreux parcours répétés… »

Le technicien autrichien qui ne connaît pas la raison de la particularité française insiste :

 « Même s’il y a quelques alpinistes qui emploient - en raison de conditions anatomiques particulières - la technique des pieds à plat, dite encore technique Eckenstein, consistant à maintenir avec la surface de la glace la totalité des pointes de crampons et exigeant une forte torsion des chevilles, dans la glace raide avec la même efficacité qu'en utilisant la technique des pointes avant, ceux-ci constituent une exception. Et c'est à notre avis une erreur de recommander - ou même d'imposer - à la grande masse des alpinistes une technique peu naturelle, plus difficile et moins efficace. »

 « Et de longues observations dans le domaine de l'enseignement ont confirmé la supériorité de la technique des pointes avant par rapport à tout autre. Pour profiter au maximum des avantages de cette technique et l'utiliser au mieux, la structure des crampons à pointes frontales est très importante et doit être rigide sans articulation »

Le débat sur la technique de cramponnage était nécessaire, car il concernait directement l’Enseignement Alpin…

Et au début des années 1970, les crampons 12 pointes, inventés par Henri Grivel dès 1929, utilisés par des grimpeurs austro-allemands, suisses, italiens et par des cordées du GHM en France depuis les années 1930, vont enfin être proposés à tous...

Des crampons quatre pointes avant sont mis au point et utilisés par des grimpeurs allemands dès 1969 et arriveront ensuite sur le marché....

L'ALPINISME HIVERNAL JUSQU'EN 1980

  • Gravir les montagnes en hiver a été une préoccupation des alpinistes dès le XIXe siècle. En 1869 déjà, Henry Russel et ses deux Guides effectuent la première ascension hivernale du Vignemale. C’est une façon de faire en dehors des saisons favorables, très en avance sur son temps…

<  Avant et après la Grande Guerre de 1914-1918, la plupart des sommets sont atteints en hiver, puis les itinéraires les plus classiques sont repris…
<  Dès l’après-Seconde Guerre mondiale, les alpinistes voudront tenter en hiver les itinéraires les plus difficiles…
<  En mars 1961, la première ascension hivernale de l’Eigerwand, la face nord-ouest de l’Eiger, du 6 au 12 mars, par les Austro-allemands Walter Almberger, Toni Kinshofer, Anderl Mannhardt et Toni Hiebeler est un événement majeur dans l’histoire de l’alpinisme. Il fallait une grande audace et une grande détermination pour la cordée, et deux leaders de première force…

  • Avec cet événement, c’est aussi le début d’un engouement certain de la presse à sensation, pour l’alpinisme, jusque-là plutôt intéressée par les drames de la montagne… En complément à l’indiscutable exploit, il ne manquera pas une couverture médiatique, particulièrement bien organisée et contrôlée, par le promoteur de l’exploit Toni Hiebeler, et une méthode événementielle, consistant à inscrire un exploit dans la durée, une méthode qui fera des émules…

<  En hiver 1962, la face nord du Cervin, par Paul Etter et Hilti von Allmen.
<  En janvier 1963, Walter Bonatti et Cosimo Zappelli étonnent le monde de la montagne, par leur incroyable audace, avec la première hivernale de l’éperon Walker de la face nord des Grandes Jorasses, c’est au cœur de l'hiver que la performance est tentée et réussie… Dix jours plus tard l’exploit est réédité par la cordée de René Desmaison et Jacques Batkin.
<  En 1966, première d’une directissime dans le versant nord-ouest de l’Eiger du 23 février au 25 mars ( voir § : Les ascensions novatrices des années 1950-1970 ).
<  En janvier 1968, René Desmaison et Robert Flematti remontent les pentes du Linceul du versant nord des Grandes Jorasses.
<  En 1971, hivernale de l’éperon Croz des Grandes Jorasses, par la cordée Marmier-Nominé. Et en 1978, hivernale et solitaire, par Ivan Ghirardini.
< En hiver 1973, sur le flanc nord-est de la pointe Walker des Grandes Jorasses, voie Gousseault, par Giorgio Bertone, Michel Claret et René Desmaison, du 10 au 17 janvier 1973.

  • Les alpinistes n’hésitent plus à se présenter en hiver, pour ouvrir des voies nouvelles ou reprendre des itinéraires exceptionnels…
  • Depuis 1980, avec le matériel moderne à disposition et les progrès techniques, les alpinistes vont peu à peu constater que la saison hivernale est la plus favorable pour certains itinéraires mixtes et glaciaires…
  • Et le critère d’escalade hivernale sera complètement reconsidéré…

LE RETOUR À L'ESCALADE LIBRE

Il faut avoir à l’esprit que le talent de beaucoup d’alpinistes de cette époque s’exprimait surtout en plantant des pitons, et qu’ils oubliaient parfois de sortir les pieds des étriers, alors qu’il était pourtant possible de grimper proprement…
Les gains d'une première ascension ou d’une réalisation notoire primaient aux yeux de beaucoup, sans trop se préoccuper de la façon de faire...

  • En 1957 déjà, sur la paroi nord-ouest de la Punta Tissi de la Civetta, dans les Dolomites ( 800m, 40 pitons ), Dieter Flamm et Walter Philipp avaient montré la voie, vers un retour à l'escalade libre, en parcourant l’itinéraire en trois jours, avec une grande économie de moyens.

Cette ascension du « dièdre Philipp-Flamm » est un des événements majeurs de l'histoire de l'escalade et de l'alpinisme, elle marque le retour du goût des grimpeurs pour l'escalade libre...
Jusque-là, les grandes parois étaient forcées à grand renfort de pitons, en ayant recours surtout à l’escalade artificielle… Ici la grande paroi est gravie en recherchant un cheminement permettant l’escalade libre…

Elle sera la voie ultime des années 1960 dans les Dolomites, aux dires de Claudio Barbier et de Reinhold Messner, les meilleurs de ces années-là. Mais il faudra encore du temps pour une prise de conscience généralisée...

L’économie de pitons

La recherche de l'escalade libre va se faire par l'économie de pitons. Le jeu va être de n'en utiliser qu'un minimum pour réaliser une escalade. Mais l'usage du piton est mal précisé, les trois fonctions sont confondues : assurage, aide et repos.

La propagande de Claudio Barbier

Claudio Barbier, qui était l’un des meilleurs rochassiers de sa génération, sera le premier propagandiste en Europe continentale et occidentale d’une escalade libre et propre, il a visité l'ensemble des massifs d'escalade de l'Europe, et connaît bien les règles sportives des écoles est-allemandes et britanniques, très critiques sur les moyens artificiels.
Rapidement convaincu que le paroxysme atteint par le « règne du fer » conduisait à une impasse, le grimpeur belge fera une diffusion discrète, mais continue des idées venues de Grande-Bretagne et des bords de l’Elbe. Et plus tard, il sera également très actif pour propager le recours aux coinceurs.

Les falaises de l’Elbsandsteingebirge 

En 1966, Claudio Barbier fait paraître un article « L’Elbsandsteingebirge » d’Herbert Richter, dans la revue La Montagne & Alpinisme. Ce sera une vraie stupéfaction pour beaucoup…

Une escalade la plus libre possible

<  En 1967, escalade la plus libre possible, durant la seconde ascension de la voie directe américaine de la face ouest des Drus, par François Guillot et Jacques Kelle, les deux sont équipés de chaussons d’escalade. Au-delà de la performance remarquable, c'est le début des chaussons d’escalade en montagne, déjà utilisés depuis plusieurs années par les Britanniques.
<  En 1968, les frères Messner réalisent l'ascension du pilier central du Monte Cavallo dans les Dolomites, ils doivent forcer des passages qu'ils jugent comme sortant de l'échelle Welzenbach des difficultés… La répétition de l'itinéraire ne sera entreprise que onze années plus tard, la difficulté est classée 6c...

1968 - Une découverte des parois du Verdon

Signalons ici un événement qui sort du cadre de l’alpinisme, pour celui de l’escalade, qui doit être gardé en mémoire…
Les parois des gorges du Verdon avaient été repérées, depuis plusieurs années, par les grimpeurs marseillais, mais leur intérêt s’était focalisé sur les falaises de Saint Maurin et de Mayreste, situées à l’entrée des célèbres gorges. Le plus brillant et entreprenant d’entre eux François Guillot avait encouragé Patrick Cordier et ses amis parisiens à visiter les lieux...
Ceux-ci, en août 1968 découvrent « un rempart de plusieurs kilomètres de falaises inexplorées ». Au lieu de tenter les lignes les plus prometteuses, ils s’arrêtent devant la face la plus haute et la plus incertaine, la paroi du Duc. La voie des Enragés sera gravie en technique de siège, corde fixe et tamponnoir, par Patrick Cordier, Patrice Bodin, Lothar Moch et Patrick Richard.
La grande histoire de l’escalade dans les gorges du Verdon pouvait commencer… Et l’exploration pourra être entreprise dans le bon sens, par François Guillot et ses amis, avec l’inauguration les grandes lignes classiques en bon style, avant que les ancrages forés ne viennent changer la donne…

La fin des temps anciens

  • On peut dire que nous sommes ici à la fin des temps anciens, le matériel, l’état d’esprit des grimpeurs, l’entraînement et les nouveaux talents vont bientôt révolutionner l’alpinisme...

Dans ces temps anciens, beaucoup - mais pas tous - avaient recours au tout artif pour explorer les nouveaux itinéraires…
Et deux conceptions s’affrontaient, l’escalade artificielle ou l’escalade libre très exposée, mais lorsqu’un point d’ancrage était posé ( presque toujours un piton, les coinceurs n’étaient pas encore inventés... ), il était souvent utilisé comme point d’aide.
Et pour les meilleurs, la différence se faisait dans l’exposition, rien dans le 4/5, un point de temps en temps dans le 5sup/6a...Dans le dièdre Philipp-Flamm de la Civetta - qui était une référence en 1963 - c'est un point pour les longueurs en 6a et deux points pour les longueurs en 6b, et cela dix ans avant l’usage des spits et coinceurs…

L'ÉQUIPEMENT DES ALPINISTES DES ANNÉES 1970 ET APRÈS

- L’apparition des coinceurs
En 1960, première utilisation des coinceurs - les nuts - par les grimpeurs britanniques sur les falaises du Snowdon, dans le Pays de Galles.
Les Britanniques, qui s'interdisent le plus possible l'utilisation de pitons, vont trouver une solution élégante pour l'assurage, en coinçant dans les fissures naturelles de la roche des pierres, puis des petites pièces de métal - d'abord des boulons - reliées à des anneaux de corde. Ils façonneront ensuite des outils plus adaptés, les coinceurs.
L'emploi de ce moyen de protection va se répandre... d'abord dans les Îles Britanniques.
Dès 1965, un constat inquiétant est fait aux USA, concernant l’usage des pitons en acier spécial. Ils détériorent le rocher, certaines fissures du Yosemite sont irrémédiablement abimées… Nos collègues américains viendront en 1967 chercher une issue dans les Îles Britanniques, avec l’emploi des coinceurs… 
<  Claudio Barbier sera l’un des premiers propagandistes, pour l’usage de ce nouveau moyen de protection en Europe continentale, et aussi l'utilisateur, en inaugurant la voie du Dragon dans les Dolomites en 1969.
L’année suivante, une cordée française reprend l’itinéraire en utilisant ces curieux objets - dont l’emploi a été suggéré par Barbier - achetés presque en catimini à Cortina d’Ampezzo…
Utilisés dans les Alpes dès 1969, les coinceurs verront leurs formes s’améliorer avec les fameux Hexentrics, Stoppers, Bicoins, Titons et autres Copperheads
En plus de son élégance, ce moyen de protection permet souvent de réduire beaucoup l’exposition de l’escalade, mais en transformant certains grimpeurs en panoplie complète…
Il faudra attendre l’article de Patrick Cordier, paru dans la revue La Montagne & Alpinisme n° 2/1974, puis l’article d'Henri Agresti dans le n° 2 /1977, pour que l’information soit complète en France, au regard des nombreux articles des revues anglo-saxonnes…
L'usage des coinceurs, proposé en Grande-Bretagne en 1960, apparu dans les Alpes en 1969, se généralise en 1975...
La revue reviendra sur l'aspect technique d'utilisation de ces nouveaux outils, avec un article de Jean-Claude Droyer en 1978.

- L’assurage
Dans un article consacré aux techniques de l’assurage dans la revue La Montagne & Alpinisme de 1973, l’assurage à l’épaule est toujours proposé, mais c’est une solution à proscrire dès qu’il y a risque de chute importante… Seul le demi-cabestan survivra aux progrès qui viendront… avec le baudrier d'encordement moderne et l’outil en forme de huit…

- Les chaussons
En 1974, les chaussons d'escalade inventés par Pierre Alain - modèle PA puis EB - deviennent l’équipement indispensable pour toute escalade rocheuse difficile ou pas, en tous lieux… Leur perfectionnement à venir viendra de l’escalade sportive ( voir les dossiers : Le matériel de l’alpiniste et Un historique de l’escalade ).

- Le baudrier
Le premier baudrier d'encordement moderne est mis au point en 1970, par Don Whillans, en Grande-Bretagne.
La revue La Montagne & Alpinisme de 1975 consacre un article un peu trop technique, sur la conception du baudrier en mettant l’accent sur un point essentiel, l’appui pelvien, mais en oubliant de commencer par le début, c'est-à-dire de regarder ce qui est déjà utilisé par les grimpeurs…
Dès 1975, le baudrier Whillans est disponible en Europe continentale, et après quelques errements, les fabricants du continent ne tarderont pas à proposer leurs modèles, les plus appropriés seront fortement inspirés du modèle original de nos amis de Grande-Bretagne.
C’est la généralisation du baudrier moderne, comme moyen de sécurité en escalade.
Jusque-là, les grimpeurs s’encordaient à la taille directement avec la corde, sauf dans les escalades artificielles pour lesquelles ils fabriquaient eux-mêmes un baudrier rudimentaire, avec des sangles tubulaires américaines, ou dès 1963 en utilisant des harnais réservés à cet effet, mais vraiment pas adaptés à l’escalade libre, proposés par les fabricants…
Le baudrier ne tardera pas à être également un élément de sécurité indispensable aux skieurs évoluant sur les glaciers pour faciliter l’encordement et l’extraction d’une crevasse…

- L’outil en forme de huit
Ce sont les Écossais qui ont eu les premiers la bonne idée d’améliorer le descendeur Allain en forme de fourche, et dès 1968 l’outil en forme de huit, utilisable par tous était proposé pour les rappels.
En fermant la fourche du descendeur Allain, ils obtenaient une bien plus grande sécurité, petite modification, grande conséquence, mais l’instrument se révélera bien plus qu’un descendeur…
Il faudra quelques années pour que l’engin traverse la Manche.
En 1975, l’outil en forme de huit et le baudrier deviennent les éléments essentiels de la sécurité pour l’assurage et la descente en rappel…

- Les méthodes d’assurage
Jusque-là, l’assurage du compagnon se pratiquait en passant la corde derrière l’épaule - l’assurage à l’épaule -, ou encore avec le nœud de demi-cabestan depuis un point d’ancrage naturel et plus tard artificiel (piton), l’outil en forme de huit facilitera beaucoup les manœuvres de corde.
Enfin avec le développement de l’escalade sportive de nombreux outils seront proposés améliorant la sécurité (plaquette, grigri, etc.), avec le même objectif, permettre la libération rapide de la corde, pour ne pas gêner le leade, et être capable de parer efficacement la chute.

- Les rappels
Le rappel de corde restait une opération délicate et peu agréable, avec la technique en S.
Très peu d’alpinistes utilisaient le descendeur Allain en forme de fourche, mais l’incorporation d’un frein intermédiaire entre l’homme et la corde était à l’esprit de tous.
Pour les descentes techniques, dans les années mil neuf cent soixante, les grimpeurs avertis utilisaient souvent un jeu de mousquetons croisés, faisant office de frein, et un baudrier de fortune, puis différents intermédiaires mécaniques plus ou moins adaptés existeront…
Avec le huit et le baudrier, les alpinistes peuvent envisager les rappels les plus vertigineux…
Le rappel - hier nécessitant des précautions techniques - devient un acte ordinaire de descente…

- L’équipement moderne complet 

En cette année charnière 1975, avec l’équipement moderne complet : le baudrier, la corde, les mousquetons modernes et l’assurage au huit (et plus tard avec des dispositifs améliorés, plaquette, grigri, etc.) ou avec un demi-cabestan, les grimpeurs auront à leur disposition une chaîne de sécurité adaptée.
La chute du grimpeur - hier aux effets souvent désastreux - devient une conséquence plus acceptable, et le développement de l’escalade sportive à venir, la rendra presque banale…

1978 - LES ÉLÉMENTS DE SÉCURITÉ

- Les coinceurs
Comme déjà souligné, après les articles de Patrick Cordier ( LM&A n°2/1974 ) et d’Henri Agresti ( LM&A n°2/1977 ), la revue La Montagne & Alpinisme n°2/1978 revient sur l’aspect technique d’utilisation de ces nouveaux outils - les coinceurs - avec un article de Jean-Claude Droyer.

- Un coinceur automatique à cames
Une invention importante et décisive est proposée, par le Nord-américain Ray Jardine, un coinceur automatique et réglable reposant sur l’opposition de deux cames - le friend - qui sera plusieurs fois amélioré, pour arriver aux merveilles de technologie que nous utilisons aujourd’hui… Ces dispositifs permettront de grands progrès dans la protection naturelle en escalade..

- Les dégaines
Au début de l’utilisation des pitons, certains se décordaient pour passer la corde dans l’anneau du piton, puis la connexion entre l’ancrage et la corde sera un mousqueton dès 1910, souvent avec un anneau de corde pour faciliter la circulation de la corde.
Jusqu’au milieu des années 1970, dans les voies nécessitant plusieurs pitons, les grimpeurs se servaient de paires de mousquetons et d’anneaux de corde, pour rendre la liaison plus souple.
En 1978, apparaissent les « dégaines », un assemblage de deux mousquetons reliés par une sangle nouée, qui sera bientôt amélioré et proposé dans le commerce avec une sangle cousue…

- Les cordes
Les améliorations dans la fabrication des cordes ont été constantes depuis 1950, dans la composition de la fibre synthétique, le perfectionnement de la fabrication des éléments multifilamentaires et de la gaine, la diminution du poids et du diamètre.
Le nombre de chutes acceptables, pour une même corde, a considérablement augmenté.
L’amortissement de la chute - banale à la fin du siècle - accompagne l’élasticité du produit, le diamètre proposé en simple brin ira de 12 mm jusqu'à moins de 8,2 mm pour les cordes les plus techniques du moment…

- Les longueurs de corde entre les relais
Les longueurs de corde entre deux relais ont beaucoup augmenté avec les progrès du matériel, l’amélioration de la technique, les dégaines et surtout avec les ancrages forés qui limitent le frottement par leur positionnement réfléchi et la suppression des angles donnés à la corde.
De 15 m à 20 m dans les années mil neuf cent cinquante, les longueurs classiques possibles iront jusqu'à 40 m à la fin du siècle.

- Les ancrages scellés après un forage de la roche en falaise

En 1978, dans l’exploration des parois des Gorges du Verdon, une révolution va bouleverser les façons de faire. Elle propose de tracer un itinéraire en fonction des possibilités de l'escalade, en ne restant plus tributaire du placement des moyens de protection dans les reliefs de la roche, par le recours généralisé à des ancrages scellés - après un forage de la roche  et placés d’une façon réfléchie…
La ligne Dingomaniaque sera la première grande voie équipée de cette façon.

En Europe continentale, on assistera peu à peu à l'équipement systématique des falaises, par des ancrages placés après forage.

- À ce moment là

C’est à ce moment là, par cette décision prise par les meilleurs grimpeurs de ce moment, que deux options vont s’écarter nettement :

- l’escalade rocheuse sécurisée, avec ancrages forés.

- l’escalade liée à l’alpinisme, avec des protections amovibles (coinceurs et pitons).

1978 - L'ÉCHELLE DES DIFFICULTÉS

En 1966, l'Assemblée générale de l’Union Internationale des Associations d'Alpinisme ( UIAA ) avait proposé l'adoption générale du système Welzenbach de classification des difficultés en six degrés, pour l’escalade rocheuse, en décidant en plus, et malheureusement, que le système avait une limite, le VI supérieur.
C'est-à-dire qu'il était fermé, alors que depuis longtemps, pour les escalades de blocs, existait un système qui, au-dessus du sixième degré, permettait de prendre en compte l’évolution de l'escalade.
En 1978, le guide-itinéraires Vallot du massif du Mont Blanc utilise la graduation « Fontainebleau », pour qualifier des passages d'escalade dépassant le sixième degré supérieur, dans le massif du Mont Blanc, en utilisant un indice alphabétique, afin de rendre compte des avancées nouvelles ( VIb, VIc, VId, et jusqu’à VIh et plus pour le bloc ).

Le septième degré

En 1978, l'Assemblée générale de l'UIAA décide d'ouvrir le système Welzenbach, d’une façon linéaire,
après le VI vient le VII et ainsi de suite.
Mais le système se révélera trop inflationniste et restera peu employé…
Chaque zone d’influence continuera de proposer sa graduation.
En France, pour prendre en compte les progrès de l'escalade libre, les grimpeurs imposeront un système différent de l’UIAA, avec une graduation plus exigeante, l’utilisation des chiffres arabes et trois échelons intermédiaires : a, b et c pour chaque degré.
Pour la haute difficulté, c'est-à-dire au-dessus du sixième degré, le système se trouvant encore trop inflationniste, on décide d'introduire une appréciation particulière entre les échelons intermédiaires. On rencontre donc le 7a limite supérieure, c'est-à-dire 7a+... un langage d’abord réservé aux initiés et aux usagers...
Et peu à peu cette cotation deviendra d’un usage général en France et dans certains pays voisins ( voir le dossier : Historique de l’Escalade, §1978 - Équivalence des cotations ).

Des noms suivant la fantaisie du moment

Dans les années mil neuf cent soixante-dix et quatre-vingts, en s'inspirant de ce qui se fait en falaise, la désignation des itinéraires nouveaux, par leur localisation géographique ou par une qualification logique, est souvent abandonnée au profit de noms choisis suivant la fantaisie des premiers ascensionnistes…

UNE ÉTHIQUE PLUS PRÉCISE

Dès 1965, Claudio Barbier avait fait beaucoup de propagande pour l’escalade libre et pour nettement séparer les points d’assurage des points de progression ( avec dans les falaises belges une peinture jaune sur certains encrages d’où l’expression jaunir une longueur ).
Cela va amener à la prise de conscience concernant les trois utilisations possibles d'un ancrage : point d'aide, point de repos et point d'assurage…
L'escalade libre impose le refus de tout point d'aide ou de repos, l'éthique devient plus rigoureuse.

Les démarches de Claudio Barbier dans le but de propager l'escalade libre, vont être entendues... En 1975, Jean-Claude Droyer - de retour des Îles Britanniques et des États-Unis - a pu constater l'évolution et les avancées réalisées chez nos voisins, il sera l'initiateur en France d'une redéfinition des règles de l'escalade sportive et des habitudes des grimpeurs. Déterminé et extrêmement tenace, il va réussir à ébranler la lourde inertie des habitudes françaises et européennes. Les ancrages ne doivent être utilisés que comme point d'assurage et non plus comme point d'aide... c'est la révolution.
Bientôt d’autres conduiront les mêmes avancées, mais avec des façons beaucoup moins « abruptes ».
La recherche d'une façon de faire plus précise sera favorisée par l'utilisation des coinceurs. L'assurage avec ce type de matériel permet, comme déjà indiqué, une économie très grande de pitons, et de pouvoir gérer son exposition.
Mais deux types de performances subsisteront : l'escalade libre intégrale, où il faut placer soi-même ses protections, et l'escalade libre sécurisée, avec ancrages en place.

LES VOIES ROCHEUSES LIBERÉES 1970 - 1985

En 1967, en visite en Angleterre, Royal Robbins se rend compte du progrès des Britanniques et ramène l'idée des coinceurs aux USA.
Le succès des petits coins de métal sera foudroyant. Les chaussons d'escalade inventés par Pierre Allain, très utilisés en Grande-Bretagne, traversent également l'Atlantique.
Après avoir beaucoup ferraillé à coup de pitons sur leurs grandes parois, les Américains du Yosemite, vont revenir dès 1972 à une escalade plus sportive et plus propre, et aussi à une économie de moyens, avec l'utilisation des coinceurs.

  • Le coinceur va devenir, comme déjà dit, un moyen classique d'assurage pour les grimpeurs, et aussi un moyen de réduire beaucoup l'exposition d'une escalade.

Des pitons et coinceurs pour l’assurage seulement

<  En 1972, Steve Wunsh et ses compagnons réalisent l'ascension en escalade libre, c'est-à-dire sans utilisation de point d'aide, de la voie classique Steck-Salathe de Sentinel Rock, dans le Yosemite, aux États-Unis.
<  En 1973, la voie du « Nose » d'El Capitan dans le Yosemite est gravie sans marteau, en utilisant des coinceurs, et pitons et ancrages forés en place, par Bruce Carson et Yvon Chouinard. Au même moment, la voie « Half Dome » est reprise de la même façon…
<  En 1974, l'escalade libre fait des progrès, sur la face sud de l’aiguille du Fou, on grimpe en chaussons, en laissant les chaussures de montagne au pied de la paroi, et en redescendant en rappel par l'arête sud-ouest.
<  En 1975, le « Nose » d'El Capitan est enlevé en une seule journée, par Jim Bridwell et deux compagnons.
<  Ensuite, cet itinéraire prestigieux sera l’objet d’une compétition de rapidité qui perdra beaucoup de son sens, hormis celui du dépassement du voisin…
<  En 1977, première tentative d'escalade libre sur la face est du Grand Capucin, dans le massif du Mont Blanc. Jean-Claude Droyer utilise neuf points d'aide ou de repos. La règle du jeu de l'escalade rocheuse, appliquée d'abord en falaise, arrive sur les grandes parois rocheuses des Alpes…
<  En 1978, la voie Comici, sur la face nord de la Cima Grande di Lavaredo dans les Dolomites, est franchie en escalade libre, par Jean-Claude Droyer et Yves Tugayé. C'est-à-dire en utilisant les pitons en place et des coinceurs pour l'assurage seulement, et non comme points d'aide ou de repos.
<  C'est le début de ce que l'on a appelé la « libération »  des grandes voies des Alpes.
<  La même année, ascension en escalade libre de la voie Vinatzer de 1936 de la Marmolada dans les Dolomites, par l'Autrichien Heinz Marischer.
<  Et l’année suivante, la voie Cassin de la face nord de la Cima Ovest di Lavaredo, dans les Dolomites, est réussie de la même façon par Droyer et Martine Huck. Les difficultés de l'escalade sont estimées 6c.
<  En 1980, la voie directe de 1962, avec le dièdre de 90 m de la face ouest des Drus, dans la chaîne du Mont Blanc, est gravie en escalade libre par Benoît Grison et un compagnon. Les difficultés de l'escalade sont estimées 6c.
<  En 1982, le pilier sud-ouest des Drus, dans le massif du Mont Blanc est parcouru en libre par Marco Pedrini. Difficultés soutenues, avec un passage limite 6c/7a.
<  En 1983, la directissime américaine, sur la face Ouest des Drus, est « libérée » par Marco Pedrini et Sergio Vicari, en n’utilisant pour l'assurage que des coinceurs... Une escalade libre au vrai sens du terme. L'itinéraire avait été ouvert, rappelons-le, beaucoup en escalade artificielle
<  En 1983, la face sud du Fou dans le massif du Mont Blanc en libre, par Éric Escoffier et un compagnon. Le toit du 7 devient le passage d'escalade le plus difficile du massif, avec la cotation de 7b+.
<   En 1983, l'escalade de la voie Bonatti, sur la face est du Grand Capucin, est réussie en libre, par David Chambre et Jean-Baptiste Tribout, objet d'une grande concurrence.

Des rencontres d'un autre type

Deux événements vont donner l’occasion de s’interroger…

  • En 1982, Christophe Profit effectue l'ascension solitaire de la voie directe américaine 1962 de la face ouest des Drus, en 3 h 10 du pied de la face ouest au sommet du Petit Dru. Dépose héliportée au pied de la montagne, et récupération du grimpeur au sommet, avec dépôt de vivres au bloc coincé. L'hélicoptère accompagne constamment le grimpeur, avec photographes en action. La voie a été parcourue onze fois avant la performance, ce qui relativise l'exploit sportif.

On atteint le trop-plein médiatique, sans effacer la prouesse inégalée de Claudio Barbier, vingt années plus tôt...

  • En 1985, Michel Piola, Louis Muriel et Gérard Hopfgartner tracent une voie nouvelle et difficile sur la face nord-ouest du Peigne, dans le massif du Mont Blanc.

Ils ont la surprise de croiser, à peu de distance, deux grimpeurs équipant par le haut en rappel, à l'aide d'une perceuse portative..., un itinéraire nouveau qui deviendra « Faut-il brûler les prophètes? ».
Piola et ses compagnons vont appeler leur itinéraire, réussi en bon style, « Sombre dimanche », le souvenir d'une mauvaise rencontre peut-être...
Déjà le recours aux ancrages artificiels en haute montagne était sérieusement critiqué, et l’équipement des lignes d’escalade par le haut - en dehors des falaises d’altitude - sera jugé inacceptable, par pratiquement l’ensemble des alpinistes.

Ce sera une prise de conscience générale pour limiter drastiquement les forages de la roche en montagne…et les ancrages suggérés pour la protection resteront les pitons et les coinceurs et bien-sûr les reliefs naturels…

Les limites précises d’une éthique

Le respect d’une éthique précise, appliquée aux ascensions en haute montagne, - qui commençait à être prôné -, se heurtera évidemment aux conditions exceptionnelles qui pouvaient, jusque là, être rencontrées en haute altitude. Les sorties dans la tourmente, en émergence absolue, dans des conditions difficiles, rendaient toujours approximatif, et d’une application relative, le respect des règles du jeu, car la haute montagne n’offrirait encore que des incertitudes.

Des approches techniques essentielles

- Des notions de mécanique
Déjà en 1964, des notions de mécanique avaient été proposées, dont celle fondamentale de l'absorption d'énergie qui doit être prise en compte, en cas de sollicitation du matériel de protection, plutôt que la simple résistance mécanique statique…

- Le dimensionnement des ancrages
En 1986, mise en garde d’Henry Sigayret, qui tentera d’initier les équipeurs à la résistance des matériaux et aux règles du BTP dans la revue La Montagne & Alpinisme n°3/1986, pour un dimensionnement correct des ancrages.
En falaise pour les sites sécurisés, deux types d’ancrage scellé après un forage de la roche vont être régulièrement utilisés :
- Les « Spits » qui auront un diamètre de 8 mm au début, pour atteindre 12 mm après l’intervention, soit une bonne sécurité.
- Les « Rings » forgés qui assurent une certaine pérennité du scellement…

Il restera à tenir compte de la corrosion, en particulier sur les falaises en bordure de mer…

- L’ancrage primaire
En montagne, il sera mis en exergue l’importance de l’ancrage primaire. Les manuels d’enseignement alpin insistent désormais sur le rôle et le placement de l’ancrage primaire, qui doit être installé rapidement au-dessus des relais d’une escalade, de façon à éviter à la corde un facteur de chute important (le rapport entre la hauteur de chute et la longueur de corde disponible) pouvant mettre en cause la résistance de la corde.

 

EN 1972 - UNE RÉVOLUTION TECHNIQUE POUR L'ESCALADE GLACIAIRE

Dès 1970, même si les alpinistes performants vont être de plus en plus des professionnels et des sportifs de haut niveau, c’est le matériel qui va apporter une véritable révolution technique… et une issue pour les novateurs. C’est d’abord en Écosse que les progrès apparaîtront…

- Les  crampons à glace
Au début des années 1970, les crampons pointes avant, inventés par Henri Grivel dès 1929, utilisés depuis les années 1930 par des grimpeurs allemands, suisses, italiens, et en France par quelques initiés, sont enfin proposés à tous.
Des crampons quatre pointes avant sont mis au point par des grimpeurs allemands dès 1969, et arriveront ensuite sur le marché.... Plus tard des modèles avec les pointes avant adaptables seront commercialisés

- Les piolets modernes
Au début des années 1970, le piolet moderne est peu à peu mis au point en Écosse. Hamish MacInnes est l’inventeur du premier modèle de piolet-traction, le « Terrordactyl », avec une lame très fortement inclinée, au même moment John Cunningham expérimente des marteaux à lame recourbée…
Ce sera un progrès décisif. L’auto-verrouillage naturel de l’engin changeait complètement la façon de faire… Une petite modification, pour de très grands progrès… Le piolet moderne sera, au fil du temps, amélioré et perfectionné. Avec ces nouveaux outils, il devenait possible de franchir des passages rocheux recouverts de minces pellicules de glace où toute taille de marche était impossible… et bien plus un peu plus tard…
La chronique du matériel, de la revue La Montagne & Alpinisme de fin 1977, montre que les perfectionnements ont mis du temps à traverser la Manche…

- Le piolet-traction dans les Alpes

En 1972, Walter Cecchinel qui a développé une technique glaciaire s’inspirant de celle utilisée par les Écossais - qui ne sont presque jamais venus dans les Alpes exercer leurs talents -, va faire connaître la technique du piolet-traction, et proposer cette technique dans les enseignements donnés à l’École Nationale de Ski et d’Alpinisme, en complément de la méthode classique.
Cet événement bouleverse les habitudes de l’ENSA, qui enseignait toujours une méthode française, définie par Armand Charlet, et restait aveugle aux perfectionnements, apparus il y a trente-cinq ans.
Les fabricants continentaux ne tarderont pas à se montrer des plus créatifs, pour faire évoluer ce matériel…
Bientôt, sur les pentes glaciaires, avec les crampons modernes à pointes avant et le piolet moderne, un glaciériste à peine initié - progressant en cramponnage frontal - va se trouver souvent plus à l’aise que les plus chevronnés, utilisant le matériel et la technique antérieurs…

- Les broches à glace vissées
Dans ces mêmes années soixante-dix, les broches tubulaires vissées apportent une sécurité renforcée et une grande facilité d'utilisation, ce matériel sera ensuite régulièrement perfectionné…( voir le dossier : Le matériel de l’alpiniste ).

L’escalade des cascades de glace et des goulottes

Les progrès du matériel et des techniques, venus d’Écosse au début des années 1970, vont transformer complètement les façons de faire des alpinistes.

Dès 1975, se développe en France, d’abord sur les parois du cirque de Gavarnie, l’escalade des rideaux de glace à l’existence éphémère - les cascades de glace - et bientôt en haute montagne seront trouvés des cheminements nouveaux par des goulottes glaciaires.Ce sera une heureuse ouverture pour les novateurs qui pourront revisiter les grandes parois nord d’Europe....

DES PROGRÈS GIGANTESQUES OFFERTS AUX ALPINISTES

Dans les années 1990, des progrès gigantesques vont être offerts aux alpinistes, par les prévisions météorologiques et par la téléphonie, avec l’assurance d’un temps clément, pendant le déroulement d’une ascension. Ils vont permettre de limiter l’engagement, et beaucoup atténuer les incertitudes rencontrées en montagne, car précédemment les aléas météorologiques étaient régulièrement coûteux en vies humaines.
Des prévisions météorologiques améliorées, désormais actualisables en temps réel (hier encore limitées au temps de la montée en refuge), et la téléphonie mobile (hier inexistante), vont offrir une notable sécurisation. Ces précieuses informations vont changer la donne, et les grandes catastrophes, causées par une arrivée soudaine du mauvais temps, ne seront plus possibles dans les massifs européens, et bientôt partout dans le monde.

LES PERFORMANCES NOTABLES OU NOVATRICES APRÈS 1970

C’est le début d’une nouvelle ère, avec les progrès de l’escalade glaciaire et de l’escalade libre, les nouveaux matériels, la préparation sportive et les nouveaux talents…
Les alpinistes ont aussi constaté que la saison hivernale est la plus favorable pour certains itinéraires mixtes et glaciaires...
Beaucoup mieux armés, peu à peu mieux entraînés, les alpinistes vont montrer une intense activité.

Nous nous risquons à citer certaines des principales performances, en étant certain d’en oublier quelques-unes, qui seront à ajouter à cette liste déjà très fournie…

DES REPÈRES DANS LE MASSIF DU MONT BLANC

C’est évidemment dans le massif du Mont Blanc que les progrès et les réalisations notables sont le plus facilement signalés…

<  En 1971, Walter Cecchinel et Claude Jager utilisent les nouveaux outils techniques, pour les passages-clés en glace raide, durant l’ascension du versant nord-est du Grand Pilier d’Angle au Mont Blanc, les prémices en France de la technique du piolet-traction.
<  L’année suivante, après avoir amélioré cette technique de progression en paroi glaciaire raide, Cecchinel et Claude Jager réalisent l’ascension du couloir Lagarde de l’aiguille du Plan…

  • Rappelons ici que Jacques Lagarde en 1926, avec les pauvres moyens techniques de son époque, piolet en bois et crampons dix pointes, avait forcé le passage contraint par les événements, un exploit réalisé sans moyens d’assurage et sans possibilités de retraite.

<  En 1973, c’est fin décembre l’ascension du grand couloir nord-est des Drus, par Walter Cecchinel et Claude Jager, qui marque le mieux cette évolution et ces progrès techniques…

  • Avec le nouveau matériel et l’audace renforcée des grimpeurs, le Grand Pilier d’Angle du Mont Blanc va être exploré par plusieurs itinéraires mixtes de grande qualité, d’abord la cordée de Guy Dufour et Jean Fréhel en 1973, une cordée japonaise en 1974, John Bouchard seul en 1975, Richard Beaumont et un Américain en 1976, enfin une cordée belge en 1977…

<  En 1974, avec les nouvelles techniques glaciaires, les audaces se multiplient, notamment sur le flanc nord de l’aiguille Sans Nom, par Jean-Marc Boivin et Patrick Vallençant, la ligne est équivalente en difficulté au grand couloir nord-est des Drus.
<  En cette année 1975, Nicolas Jaeger effectue un enchaînement exceptionnel, par la « Bonatti-Gobbi-1957 » du Grand Pilier d’Angle, en redescendant au col de Peuterey, pour gagner le sommet du Mont Blanc, par le Pilier Central de Frêney…
< En 1976, Nick Colton et Alex Mac Intyre inaugurent un itinéraire difficile, sur le flanc droit de l’éperon Walker des Grandes Jorasses…C’est une performance de premier ordre, utilisant les techniques nouvelles, sur l’une des parois les plus sévères des Alpes…
<  En 1979, la ligne « Rolling Stones », sur l’éperon nord de la pointe Walker des Grandes Jorasses est gravie, par les Slovaques Kutil, Prochazka, Slechta et Svejda, du 24 au 29 juillet, elle est située entre les voies « Cassin » de 1938 et « Gousseault » de 1973, elle deviendra un classique de la haute difficulté…
<  En 1982, Renato Casarotto enchaîne le plus complet périple, en hiver, en solitaire, en 15 jours. D’abord la voie Ratti de la face ouest de l’aiguille Noire de Peuterey, la voie Gervasutti en face sud-ouest de la pointe Gugliermina, puis le Pilier Central de Frêney vers le sommet du Mont Blanc…
< En 1983, dans la face sud de l'aiguille du Fou, Éric Bellin, Jean-Marc Boivin et Martial Moïoli, parcourent une « Balade au clair de lune », les 18 et 19 août en 19h, un itinéraire de haut niveau ( 350m/ED Sup/A3-A4 ), qui oppose des longueurs d’escalade artificielle, avec des passages extrêmement exposés sur crochet.
<  En 1984, les 16 et 17 février, Christophe Profit réussit l’intégrale de l’arête de Peuterey en solitaire…
<  En 1988, voie nouvelle sur la face sud de l’aiguille du Fou, « Les Ailes du Désir », par Philippe Grenier et Pascal Colas du 19 au 21 juin.

Un réseau dense de voies difficiles, versant italien du Mont Blanc

<  En 1982, sur le pilier central de Frêney au Mont Blanc, itinéraire nouveau par la cordée Bardill-Piola-Steiner.

  • Entre les années 1982 et 1986 dans le versant italien, Patrick Gabarrou inaugure une série d’itinéraires conduisant au Mont Blanc, souvent avec François Marsigny. Ils formeront la cordée la plus active de ces années-là…

- « Hyper Couloir », avec Pierre-Allain Steiner, en 1982,
- « Divine Providence », avec François Marsigny, en 1984,
-
« Cascade Notre Dame », avec François Marsigny, en1984,
-
« Freneysie Pascale », avec François Marsigny, en1984,
-
« Abominette », avec Christophe Profit et Sylviane Tavernier, en 1984,
-
« Fantomastic », avec François Marsigny, en 1985.

<  En 1989, sur les Piliers Rouge et de Droite du Brouillard au Mont Blanc, la cordée Anker - Piola trace deux lignes originales.
<  En 1991, d’abord sur le versant est du Grand Pilier d'Angle du Mont Blanc, avec « Un autre monde », du 11 au 13 août, Jean-Christophe Lafaille enchaîne ensuite « L’écume des jours », sur le Pilier Central de Frêney durant les deux journées suivantes.

  • Le versant sud-est du Mont Blanc est pourvu d’un réseau dense de voies difficiles…

Une ligne de référence : Divine providence

  • Le Grand Pilier d'Angle, simple épaule de l'arête de Peuterey vers le Mont Blanc, est un des lieux les plus fameux et des plus engagés de toutes les Alpes. Il est parcouru sur ses versants nord-est et est par de nombreux itinéraires difficiles.

< C'est Walter Bonatti et Toni Gobbi en 1957, Bonatti et Cosimo Zappelli en 1963, qui s'aventurèrent les premiers dans la paroi rocheuse versant est, du ressaut majeur du Mont Blanc, en suivant les lignes détournées des faiblesses de la paroi.
< Ensuite en 1969 des Polonais à gauche, et en 1976 des Slovaques plus au centre, s'engageront vraiment dans la paroi est.
<  Du 5 au 8 juillet 1984, Patrick Gabarrou et François Marsigny forcent directement le grand ressaut rouge caractéristique du pilier. Une escalade de 900m de hauteur, perdue dans l'immense versant est du Mont Blanc et aboutissant à 4308m au sommet du Grand Pilier d'Angle, où il faut encore sortir par l'arête de Peuterey. Ce sera « Divine Providence » qui va devenir une ascension de référence, avec ses difficultés d'escalade libre et artificielle.
< En 1990, ascension le plus possible en libre les 13 et 14 juillet, par Alain Ghersen et Thierry Renaud, en ne concédant que trois points d'aide, 7c pour ce qui avait été franchi en escalade artificielle, par les premiers ascensionnistes.
< En 1990, escalade solitaire, les 4 et 5 août, par Christophe Lafaille, auto-assurage dans les zones d'escalade artificielle.
<  En 1992, ascension hivernale du 5 au 8 janvier par nos voisins italiens Roberto Bressan, Saverio Occhi et Paolo Tamagnini...
< En 1993, exploit unique d’Alain Ghersen, qui s'engage seul, en hiver dans une telle paroi, du 10 au 14 février.
<  En 2000, l’hivernale de Divine providence demeure une performance de premier ordre, elle est rééditée, du 10 au 14 mars, par Patrice Glairon-Rappaz et Paul Robach.
<  Enfin durant l’été 2002, cette voie exceptionnelle est gravie entièrement en escalade libre par Denis Burdet et un compagnon. La voie est ainsi « libérée » durant une escalade « à vue », dans le jargon du monde de la grimpe.

  • C'est-à-dire intégralement en escalade libre, sans l'aide des points d'assurage et sans essai, ni tentative préalable, difficultés d'escalade libre jusqu'à 7c.

<  En 2003, répétition de « Divine Providence » de cette façon durant l’été, par les Slovènes Marko Lukic et Andrej Grmovsek.

Une ligne de référence : Beyond Good and Evil

<  En 1992, sur la face nord de l’aiguille des Pèlerins, « Beyond Good and Evil », par Marc Twight et Andy Parkin en avril, se signalait comme la voie de référence.
<  En 1995, seconde ascension en automne, par François Damilano et François Marsigny, rapidement suivis par deux autres cordées, et depuis cette voie est devenue une classique, pour le haut niveau de l'escalade mixte...
<  En 2001, solitaire par Bruno Sourzac en juin, un exploit de premier ordre, en solo intégral.

Un réseau dense de voies difficiles en face ouest du Petit Dru

< En 1986, sur la face ouest des Drus, à gauche de la directe 1962, Michel Piola et Pierre-Alain Steiner ouvrent en deux jours « Passage cardiaque », avec des sections obligatoires en 6c.
< La même année entre le « pilier Bonatti » et la « Thomas Gross » se présente « Absolu », par P. Camison et Philippe Grenier.
< En 1991, et en dix jours entre le « pilier Bonatti » et la « Thomas Gross », Catherine Destivelle trouve une autre ligne originale en face ouest.

  • La face ouest des Drus est pourvue d'un réseau dense de voies difficiles... Mais les éboulements de 1997, de 2005 et de 2011 vont envoyer une grande partie de la face et le pilier SW dans la vallée…

Un réseau dense de voies difficiles en face est du Grand Capucin

<  En 1997, en face est du Grand Capucin, une ligne extrême est trouvée par Arnaud Petit et Stéphanie Bodet. Une longueur de 40 m en 8b restait à franchir, en escalade libre.
<  En 2005, la « voie Petit » est gravie en libre, par Alexander Huber.

  •  À la fin du XXe siècle, comme pour le Petit Dru et le Grand Capucin, toutes les parois rocheuses du massif du Mont Blanc, notamment l'aiguille de Roc, le Peigne, la face ouest de Blaitière, vont se retrouver pourvues de réseaux denses de voies difficiles...

Un réseau dense de voies difficiles sur la face nord des Grandes Jorasses

  • Sur ce versant nord des Grandes Jorasses de 1986 à 2008, Patrick Gabarrou est incontestablement le plus actif, avec une série remarquable d’itinéraires :

- Directe vers la pointe Walker, avec Hervé Bouvard, en 1986.
- Directe vers la pointe Marguerite, avec Christian Appertet, en 1992.
- « Alexis » vers la pointe Whymper, avec Benoît Robert, en 1993.
- « A Ley », entre les pointes Croz et Hélène, avec Philippe Batoux et Benoît Robert, en 2003.
- « Heidi », vers la pointe Marguerite, avec Philippe Batoux et Christophe Dumarest, en 2005.
- « Hugues d'en haut », avec Michel Coranotte en 2008, la ligne s’achève sur l’arête des Hirondelles.

< En 1991, sur l’éperon nord de la pointe Croz des Grandes Jorasses « Manitua » est un itinéraire difficile, directement dans le grand ressaut raide caractéristique, une prouesse solitaire de premier ordre pour le Slovène Slavko Sveticic du 7 au 9 juillet.
< En 1999, « Eldorado » versant nord de la pointe Whymper, par le Russe Valeri Babanov en solitaire, du 16 au 27 juillet.
<  En août 2005, sur le flanc gauche de l’éperon nord de la pointe Croz des Grandes Jorasses, nouvelle ligne pour Bubu Bole et Mario Cortese. Elle présente une quinzaine de longueurs rocheuses difficiles, quatre sections en 7 b et une longueur proposée jusqu'à 7c. Plusieurs tentatives, cordes fixes et sommet le 4 septembre. Situé à droite de « No Siesta » et à proximité de « Manitua » 1991, l’itinéraire est appelé « Le Nez » par les protagonistes.

  • Le versant nord des Grandes Jorasses est pourvu d’un réseau dense de voies difficiles…

Une ligne de référence : No Siesta

<  En 1986, « No Siesta » est explorée, par Stan Glejdura et Jan Porvaznik.
<  En 2000, solitaire, par Patrice Glairon-Rappaz, du 27 au 29 juin.
<  En 2003, reprise en libre, par le Suisse Robert Jasper et l’Allemand Markus Stofer.

C’est l’une des escalades de référence pour le versant nord des Grandes Jorasses et pour le massif…

Une ligne de référence : La Serge Gousseault

<  En hiver 1973, voie nouvelle sur le flanc nord-est de la pointe Walker des Grandes Jorasses par Giorgio Bertone, Michel Claret et René Desmaison du 10 au 17 janvier 1973, elle est dédiée à Serge Gousseault mort d'épuisement durant une ascension inachevée du 10 au 21 février 1971.
<  En 1977, seconde par Gordon Smith et Tobin Sorenson, en trois jours d’août.
<  En 2000, reprise par Stéphane Benoist et Patrice Glairon-Rappaz, du 13 au 18 janvier.
<  En 2003, reprise par Olivier Larios et François Marsigny, du 19 au 22 mars.

L'enchaînement des plus grands itinéraires

  • L'enchaînement des plus grands itinéraires du versant sud-est du Mont Blanc ( à Chamonix, on dit l'envers du Mont Blanc ) a été inauguré par Nicolas Jaeger en août 1975 en solitaire, par la voie Bonatti-Gobbi du Pilier d’Angle, et sortie par le pilier central de Frêney au Mont Blanc.

Depuis le challenge s'est perfectionné...

<  En 1982, Renato Casarotto achevait un périple époustouflant, seul et en hiver, avec l’enchaînement le plus complet conduisant au Mont Blanc, et en revenant après 15 jours d'errance. D’abord la voie Ratti de la face ouest de l’aiguille Noire de Peuterey, la voie Gervasutti en face sud-ouest de la pointe Gugliermina, puis sortie par le Pilier Central de Frêney…
<  En 2003, le circuit engagé, difficile et complexe est repris par Stéphane Benoist, Patrice Glairon-Rappaz et Patrick Pessi, attaque le 19 février et sommet du Mont Blanc le 28 février, en sortant par la voie Gabarrou-Marsigny de 1984 « Frenesy Pascale ».
<  En 2003, le 9 février, Patrick Bérault et Philippe Magnin rejoignent le petit et haut perché refuge-bivouac Eccles, pour une série d’ascensions dans les versants du Brouillard et de Frêney du Mont Blanc. En neuf jours, les deux vont reprendre les huit grands itinéraires mixtes inaugurés dans les années mil neuf cent soixante-dix et quatre-vingts, avec Brouillard Givrant, Cascade Notre-Dame, Hyper couloir et Hyper goulotte, pour le versant Brouillard, et Abominette, Fantomastic, Cascade du Frêney et Frenesy Pascale, pour le versant de Frêney. Retour dans la vallée le 19 février.
<  Le 22 février, les deux se retrouvent à Eccles, pour le second volet de l'exploit, et vont successivement gravir les huit grandes voies des années mil neuf cent quarante à soixante, sur les différents piliers marquant des deux grands versants. D'abord les piliers Central, Dérobé et Sud de Frêney, pour continuer par les quatre piliers - Central, de Droite, Rouge et de Gauche - du Brouillard. Le pilier nord de Frêney clôturera le challenge, avec une sortie directe au sommet du culmen des Alpes le 5 mars.

Un savoir-faire, une maîtrise et deux belles santés.

L'enchaînement des grandes faces nord

<  Le challenge consistant à parcourir à la suite les unes des autres les trois plus célèbres faces nord des Alpes - Grandes Jorasses, Eiger, Cervin -, que l'on a appelé la trilogie des années trente, a commencé à intéresser les alpinistes des années mil neuf cent soixante-dix…
<  En 1978, Ivan Ghirardini réussira le premier, l'ascension des trois faces nord, en solitaire et en hiver, la face nord du Cervin de 1931 en décembre 1977, l'éperon Croz des Jorasses de 1935 en janvier 1978, et l'Eigerwand, de 1938 en mars 1978.
<  À la même époque, trilogie idéale, en répartissant son effort sur trois années, par le Japonais Tuneo Hasegawa : la face nord du Cervin de 1931 en février 1977, l'Eigerwand de 1938 en mars 1978, et  l'éperon Walker aux Jorasses de 1938 en février et mars 1979.
<  En mars 1987, Christophe Profit enchaîne les trois grandes faces nord, par leurs voies historiques : l’éperon Croz des Grandes Jorasses, Eiger et Cervin en 42 heures, un parcours fabuleux réalisé avec l'assistance de l’hélicoptère, pour l'approche et la descente.

DANS LE MASSIF DES ÉCRINS APRÈS 1970

  • Seulement quelques repères :

<  En1975, voie directe en face nord du Pic sans Nom, par Jean-Michel Cambon et Bernard Francou.
<  En 1976, voie directe sur la face nord du Pelvoux, par Jean-Michel Cambon et Bernard Francou.
<  En1976, voie du grand couloir central en face nord du Pic sans Nom du 6 au 8 mai, par Jean-Marc Boivin, François Diaferia et Gérard Vionnet-Fuasset.
<  En 1977, vingt ans après la première incursion de la cordée Couzy- Desmaison en 1956, second itinéraire sur la gauche de la face, par Pierre Bouilloux et Pierre Wilmart, les 15 et 16 août, en sortant par l’itinéraire de 1956, et par Jean-Michel Cambon et Bernard Francou, les15 et 16  août 1981, en terminant par l’impressionnante fissure de sortie.
<  En 1980, sur la face sud de la Barre des Écrins, directe par Patrick Gabarrou et François Marsigny.
<  En 1981, sur la face nord de l’Ailefroide centrale, directe par Jean-Michel Cambon et Bernard Francou.
< En 2000, dans le versant nord du Râteau, « Buffet froid », par Jérôme Blanc-Gras en février.
< En 2003, « La Valse des Adieux », à gauche de « Buffet froid »,  par Sébastien Constant et Jérôme Mercadier au début d’avril.
< En 2003, sur la face nord-ouest de l’Ailefroide occidentale, « la Croisée des Chemins », par Arnaud Guillaume et Manu Pellissier, les 18 et 19 mars, d'abord à droite de la voie des « Plaques de Glace » de 1969, puis directement.
< En 2011, en face nord-ouest de l’Olan, « Chauve qui peut », par Mathieu Détrie et Pierre Labbre, les 30 et 31 août. La ligne se faufile entre les deux itinéraires de 1956 et de 1981.

DES REPÈRES DANS LES ALPES VALAISANNES APRÈS 1980

  • Seulement quelques repères...

< En 1981, sur la paroi surplombante du Nez de Zmutt du Cervin, une directissime suisse est forcée, par Pierre-Alain Steiner et Michel Piola.
< En 1989, sur la même paroi, directissime française, par Patrick Gabarrou et François Marsigny.
< En 1992, sur la même paroi, nouvelle ligne « Aux amis disparus », par Lionel Daudet et Patrick Gabarrou, le 9 août.
< En 2001, deux itinéraires supplémentaires s’ajoutaient encore sur le célèbre obstacle de l'arête nord-ouest du Cervin, forcément voisins des précitées.
< En 2009, nouvelle voie sur la face nord du Cervin, entre celle des frères Schmid de 1935, et celle de Bonatti de 1965, par le Valaisan Jean Troillet et les Hauts savoyards Martial Dumas et Jean-Yves Fredrickson.
< En 2010, fin janvier en 4 jours, hivernale intégrale de « Aux amis disparus » par Patrice Glairon Rappaz et Cédric Périllat, une référence en matière de difficulté et d'engagement…
< En 2011, une ligne directe est tracée sur la face sud du Pico Muzio, 4191m petite pointe isolée sur l’arête de Furggen, sous l’épaule caractéristique de la célèbre arête du Cervin, par Hervé Barmasse du 5 au 8 avril en solitaire. Une grande voie de 1200 mètres très engagée. Cet itinéraire franchit la partie raide de la face sud, contournée par la voie de Giuseppe Lanfranconi et Annibale Zucchi de 1965.

DES REPÈRES DANS L'OBERLAND BERNOIS APRÈS 1980

  • Seulement des repères sur l'Eiger, 3974m et son versant nord, qui a accaparé une partie importante de l'histoire de l'Alpinisme, et présente deux expositions nord-est et nord-ouest.
    Le versant nord-est sera d’abord exploré en 1932, par les Bernois Hans Lauper et Alfred Zürcher, avec Alexander Graven et Joseph Knubel. Mais c’est la praticabilité du versant nord-ouest qui interrogeait déjà.

La voie classique de la muraille nord-ouest

La muraille nord-ouest de cette montagne - le célèbre Eigerwand - compte parmi les parois les plus emblématiques et médiatiques du monde de l’alpinisme,

  • Sa voie classique nous montre les énormes progrès techniques et psychologiques qui ont été accomplis par les ascensionnistes, depuis les tentatives dramatiques et la première ascension de 1938. Un itinéraire qui ne sera jamais amélioré plus tard, par des variantes plus commodes ( voir le dossier : Un historique de l’alpinisme 1919-1939 ).
  • Et aussi depuis la première ascension hivernale de 1959 ( voir § : L’alpinisme hivernal jusqu’en 1980 ).

< En 1978, solitaire hivernale en six jours du 5 au 11 mars pour Tueno Hasegawa. Et dans le même temps, mais 24 heures plus tard, pour Yvan Ghirardini.
< En 1985, solitaire hivernale pour Christophe Profit en 10 heures, et durant l’automne pour Luc Jourjon et Jean- Noël Roche, en deux jours, avec une descente moins conventionnelle, en parapente et en 20 minutes…
< En 1988, solitaire, par la Britannique Alison Hargreaves.
< en 1992, solitaire hivernale par Catherine Destivelle, en 17h30 le 9 mars.
Jusque-là, les horaires les plus rapides avaient été l'œuvre d’Ueli Bühler, 8h30 en 1981, de Francek Fnez, 6h en 1982, de Thomas Bubendorfer, 4h50 en 1983, et de Christoph Hainz, 4h45 en 2003.
< Le 21 février 2007, solitaire en 3 h 54 minutes par le Suisse Ueli Steck . Une performance qui laissait déjà pantois... Et nous pensions en avoir terminé avec la chronique de cet itinéraire historique et pourtant…
< Le 21 février 2008, performance saisissante de Ueli Steck, en 2 h 47 minutes.
Notre éminent voisin suisse enregistre son exploit depuis la plaque rendant hommage aux grimpeurs italiens Mario Mendi et Bartolo Sandri -, tombés durant une tentative en 1938, - située au pied de la muraille, jusqu’au sommet de la montagne, soit quelque 1800 mètres… C’est du 650 mètres à l’heure…
< En 2011, l’exploit d’Ueli Steck, qui paraissait ahurissant, est amélioré de près de 20 minutes par Dani Arnold, pour ce nouvel exploit qui laisse aussi pantois, attaque à 9h 05, sommet 11h 33… soit : 1800m/2h28.

Certaines cordées ont déjà passé une semaine dans sortir de l’itinéraire historique…

Les autres voies d’ascension

La face nord-ouest de la grande montagne, dominant Grindelwald, a été longtemps la paroi la plus chargée d'événements dramatiques dans l'histoire de l'alpinisme. L'Eigerwand est aussi l’un des plus hauts versants des Alpes, qui aujourd'hui se partage en deux zones bien spécialisées :

- Au centre sous le sommet, les grands itinéraires mixtes.
- À droite aboutissant à la crête, des lignes d'escalade rocheuse de haut niveau.

Dans les deux cas, les parois, surplombant la vallée de Lauterbrunnen, intéressent les meilleurs du moment…

Quelques repères dans la partie droite de la face

< En 1979, dans la partie droite essentiellement rocheuse de la face, première incursion, par Gérard Hopfgartner et Michel Piola, du 13 au 16 août, pour les « Portes du Chaos ».
< En 1983, autre grande escalade rocheuse, par René Ghilini et Michel Piola du 26 au 30 juillet.
< En 1992, le « Chant du Cygne » à droite de la voie de 1979, par Daniel Anker et Michel Piola, les 17 et 18 août.
< En 2001, « Deep Blue Sea », dans la partie droite de la face nord-ouest et jusqu'à 7b+, par les Suisses Bernd Rathmayr et Reto Ruhstaller.

Quelques repères dans la partie centrale du versant nord-ouest

< En 1991, « Metanoia » entre les voies japonaise de 1970 et « John Harlin » de 1966 en 7 jours, par Jeff Lowe, en solitaire et en hiver.
< En 1991, « John Harlin » en solitaire et en hiver, par Slavko Sveticic.
<  En octobre 2001, après plusieurs tentatives, « The Young Spider », proche de la « John Harlin », par les Suisses Stefan Siegrist et Ueli Steck. La voie remonte l'un des systèmes de goulottes conduisant à « l’Araignée », le névé supérieur caractéristique de la zone centrale de la face nord-ouest. L'itinéraire a nécessité l'utilisation des techniques glaciaires, rocheuses et mixtes les plus modernes, y compris le "dry tooling", avec comme difficulté 7a/A2/M7.
<  En 2006, Ueli Steck qui est un des auteurs de « The Young Spider », et un familier de cette paroi mythique, décide de reprendre l’itinéraire seul, en hiver et d’une seule traite, ascension en cinq jours du 7 au 11 janvier. Un exploit exceptionnel.

  • Il est bien sûr impossible de proposer ici l'historique complet de l'important massif alpin de l'Oberland Bernois...

DES REPÈRES DANS LES DOLOMITES APRÈS 1980

< En 1981, sur le versant sud de la Marmolada, point culminant du massif des Dolomites, « la voie du Poisson » est gravie par la cordée Koller-Sustor. Cette ligne devient la référence du haut niveau dans ce massif.
< En 1989, sur la face nord de la Cima Grande di Lavaredo, escalade libre par les Tchécoslovaques Miroslav et Michael Coubal, avec 5 bivouacs du 5 au 10 août, entre la Comici- Dimaï-1933 et la « Kauschke-Siegert-Uhner-1963 », datant de l’âge du fer.
< En 1990, face sud de la Marmolada, solitaire de « la voie du Poisson » par Maurizio Giordani, en s’auto-assurant sur neuf longueurs.
< En 1999, sur la Cima Ovest di Lavaredo, ascension en libre de la « Jean Cousy » ( Desmaison-Mazeaud-1959 ), par Mauro Bole durant l’été.
 < En 1999, sur face nord de la Cima Grande di Lavaredo, solitaire de Christine Destivelle, les 25 et 26 juin, par la « Brandler-Hasse-Lehne-Löw-1958 », seulement réussie deux fois par des solitaires masculins…
< En 2000, sur la face nord de la Cima Ovest di Lavaredo, « Bellavista » par Alexander Huber, en solitaire, avec 7b+ et A4, voie nouvelle dans les grands surplombs de la face nord entre l'italo-suisse de 1959 et la directe allemande des grands toits de 1968.
< En 2001, il revient en été pour tenter d'améliorer son œuvre et libérer « Bellavista », et avec cette fois-ci, un compagnon pour l'assurage. Succès le 18 juillet et après travail, avec quatre longueurs dans le 7, une longueur de 8a et une autre de 8c, elle rejoint la vire de la traversée Cassin de la fameuse face nord.
< En 2003, sur la Cima Ovest di Lavaredo, l’ascension en libre de la « Jean Cousy » ( Desmaison-Mazeaud-1959 ), par l’Autrichien Michael Mayr, puis un peu plus tard par le Slovène Marko Lukic en ajustant légèrement la cotation proposée 8a+, 500m.
< En 2003, sur la face nord de la Cima Grande di Lavaredo, la ligne « Camillotto Pellissier », datant de l’âge du fer en 1967, est gravie en libre par Mauro Bole, elle est proposée 8a+, 350m, répétition féminine par Inès Papert en 2006.
< En 2006, en face sud de la Marmolada, solitaire intégrale des « Temps Modernes », par l’Autrichien Hansjorg Auer, difficulté 7b.
< En 2007, en face sud de la Marmolada, solitaire intégrale de la « voie du Poisson », par Hansjorg Auer, un exploit exceptionnel, fait sans corde, la difficulté technique atteint 7c+, engagement extrême requis, pour cet itinéraire de 37 longueurs parcouru en seulement 3 heures.

LES PYRÉNÉES APRÈS 1980

  • Quelques repères aussi qui demandent à être améliorés…

< En 1984, ascension hivernale de la « voie de 1962 » de la Pointe Chausenque les 10 et 11 mars, par Jean-Pierre Bréards et Y. Lecouadou en 16 h pour une performance de premier ordre.
< En 1993, sur le Vignemale, solitaire du « couloir en Y », par Yan Raulet en novembre.
< En 1994, en face nord du Vignemale, Benoît Dandonneau, Christian Ravier et Rémi Thivel inaugurent « Les Délinquants de l'inutile », le 24 mars, une ligne qui fera date dans l’histoire du pyrénéisme.
< En 1994, sur le Pic du midi d’Ossau, solitaire hivernale du « pilier de l’Embarradère », par Rémi Thivel, les 17 et 18 mars 94.
< En 2000, nouvelle hivernale de la « voie de 1962 » de la Pointe Chausenque, les 13 et 14 mars, par Cyrille Dupouy et Rémi Thivel en 20h.
< En 2003, en face nord du Vignemale, « Les Délinquants de l'inutile » en solitaire, par Jérôme Thinières, le 25 mars, en 12h30.
< En 2003, en face nord de la Pointe Chausenque, nouvel itinéraire, par Jérôme Thinières et Romain Wagner, le 13 mars, en 8h, difficulté ED inf., à droite du couloir de Gaube, il rejoint la voie originale de la face nord, à mi-hauteur, pour un total de 800m.

DANS LE YOSEMITE APRÈS 1980

Les grandes parois américaines n’échappent pas aux immenses progrès de l’escalade libre, et les nombreuses performances réalisées sortent de notre travail de présentation.

Notons seulement ceci :

<  En 1993, Lynn Hill libère les dernières longueurs d'escalade artificielle de la voie du Nose sur El Capitan, notamment les passages du Great Roof et de Changing Corners ( 8c ).
<  En 1994, Lynn Hill parcourt l’itinéraire en moins de 24 heures. Elle a ensuite déclaré ironique : « Ce qu'un homme n'a pas pu faire, une femme peut le faire ». Les répétitions en libre de son exploit attendront 1998 et 2005… Lynn Hill montrera dans plusieurs ascensions qu’elle était au moins au même niveau sportif et technique que les meilleurs des grimpeurs masculins…

GRANDES VOIES LIBÉRÉES APRÈS 1985

Quelques repères

<  En 1999 durant l’été, la « Jean Cousy » ( Desmaison-Mazeaud-1959 ) de la Cima Ovest di Lavaredo, par Mauro Bole.
< En 2002 durant l’été, sur le versant est du Grand Pilier d'Angle du Mont Blanc, « Divine Providence » qui force directement le grand ressaut rouge, par Denis Burdet et un compagnon, niveau 7c.
< En 2003 durant l’été, nouvelle ascension de « Divine Providence », par les Slovènes Marko Lukic et Andrej Grmovsek.
< En 2003, sur la face nord de la Cima Grande di Lavaredo, « Camillotto Pellissier », voie de l’âge du fer de 1967, est gravie par Mauro Bole, elle est proposée 8a+, 350m, répétition féminine par Inès Papert en 2006.
< En 2003, sur la face nord de la Cima Grande di Lavaredo, la voie « Phantom der Zinne », par Marko Lukic, elle est proposée 7c+, 500m.
< En 2003, sur la face nord de la Cima Ovest di Lavaredo, la voie « Akut route », par Marko Lukic, elle est proposée 8a, 500m.
< En 2003, reprise de la « Jean Cousy » de la Cima Ovest di Lavaredo, par l’Autrichien Michael Mayr, puis un peu plus tard par le Slovène Marko Lukic, et proposée 8a+, 500m.

Le dry tooling

Au début de notre siècle, certains itinéraires rocheux, franchis jusqu’alors avec l’aide de l’escalade artificielle, pourront être gravis en « dry tooling » par les meilleurs… Une technique de verrouillage des piolets modernes et des crampons adaptables, à une ou plusieurs lames avant, vont permettre de franchir des obstacles rocheux.
Les ascensions de cette façon, en plus du talent et de l’engagement des protagonistes, nécessitent des matériels très adaptés, piolet moderne à lame utilisant des alliages élaborés, des formes les plus performantes, et aussi des crampons sophistiqués permettant de modifier l’attaque des pointes avant ( ou de la seule pointe avant )…

  • Des outils qui - s’ils les voyaient - feraient se retourner dans leurs tombes les experts écossais du début du siècle dernier…

En hiver 2014, l’éperon nord de la pointe Walker des Grandes Jorasses est parcouru du 12 au 15 mars par la « Rolling Stones » ( Kutil, Prochazka, Slechta et Svejda - 1979 ), sans le recours à l’escalade artificielle - en dry tooling - pour les Slovènes Luka Lindič et Luka Krajnc, difficultés M8 max, trois longueurs de M7, et plusieurs longueurs cotées M6…  .

  • Sans le recours à l'escalade artificielle conventionnelle voulons-nous dire...

LES ESCALADES SOLITAIRES

  • Il y a lieu de bien faire la différence entre une escalade solitaire avec auto-assurage et une escalade en solitaire intégral. De toutes les façons, ces entreprises restent dans le domaine de l'exceptionnel et demandent de bien connaître et accepter certaines éventuelles conséquences...
  • Si les escalades solitaires de Paul Preuss laissent rêveurs, encore aujourd’hui, ceux qui ont pris la peine ou le plaisir de grimper dans ses traces... avec l’assurage de la corde…, plusieurs performances en escalade solitaire marquent l’histoire de l’alpinisme…

Nous avons déjà cité dans le dossier précédant Emilio Comici qui en 1937, a gravi, en escalade solitaire, la face nord de la Cima Grande di Lavaredo, par la voie de 1933.

< En 1955, Walter Bonatti est seul durant la première ascension du pilier sud-ouest du Petit Dru, dans le massif du Mont Blanc, en cinq jours. Cette ascension constitue l'un des exploits les plus extraordinaires de l'escalade et de l'alpinisme.
< En 1961, un autre exploit sans égal. Le Belge Claudio Barbier enchaîne, sans aucune aide technique, ni assistance extérieure, par leurs versants nord, les cinq cimes du Lavaredo, dont les voies Cassin, Comici, Dulfer et Preuss. Une prouesse accomplie en une seule journée et qui reste aujourd’hui inégalée...
< En cette année 1963, Michel Darbellay gravit la classique de l’Eigerwand.
< En 1965, Walter Bonatti se présente en hiver seul au pied de la mythique face nord du Cervin, et trace une voie nouvelle…
< En 1969, Reinhold Messner étonne le monde alpin, par son ascension de la face nord des Droites, en 8h30, avec un piolet et un poignard à glace comme outils à main...
< En 1972, René Desmaison reprend l’arête de Peuterey intégrale, en commençant par l’arête sud de l’aiguille Noire.
< En 1975, Thomas Gros opère un périple exceptionnel du 20 avril au 8 mai, en réalisant une voie nouvelle sur la face ouest des Drus.
< En 1975, en août Nicolas Jaeger enchaîne la Bonatti-Gobbi du Grand Pilier d’Angle et sort au Mont Blanc, par le pilier central de Frêney.
< En 1978, Ivan Ghirardini est le premier en hiver à achever le parcours des trois faces nord : en décembre 1977, la face nord du Cervin de 1931 ; en janvier 1978, l'éperon Croz des Jorasses de 1935 ; et en mars 1978, l'Eigerwand, de 1938.
< À la même époque, par le Japonais Tuneo Hasegawa, la trilogie idéale, en répartissant son effort sur trois années : en février 1977, la face nord du Cervin, de 1931 ; en mars 1978, l'Eigerwand, de 1938 ; et en février et mars 1979, l'éperon Walker aux Jorasses, de 1938.
< En 1978, Jean-Marc Boivin, pour l’ascension de la voie Bonatti-Zappelli de 1962, du versant nord-est du Grand Pilier d’Angle du Mont Blanc, le 28 août.
< En 1982, Christophe Profit, pour la « directe de 1962 », de la face ouest des Drus, en 3 h 10.
< En 1982, Renato Casarotto, pour l’enchaînement le plus complet, en hiver, en 15 jours. D’abord la voie Ratti de la face ouest de l’aiguille Noire de Peuterey, la voie Gervasutti en face sud-ouest de la pointe Gugliermina, puis le pilier Central de Frêney…
< En 1984, Christophe Profit, pour l’intégrale de l’arête de Peuterey, les 16 et 17 février…
< En mars 1987, Christophe Profit enchaîne les trois grandes faces nord des Alpes, par leurs voies historiques : l’éperon Croz des Grandes Jorasses, Eiger et Cervin en 42 heures, un parcours fabuleux, avec assistance de l’hélicoptère, pour l'approche et la descente.
< En 1989, Christophe Moulin pour une hivernale de la voie Cousy-Desmaison-1956 de l’Olan.
< En 1990, Christophe Lafaille, en s’auto-assurant dans les zones d'escalade artificielle, les 4 et 5 août, dans « Divine Providence » du Grand Pilier d’Angle au Mont Blanc.
< En 1990, par Catherine Destivelle, le pilier Bonatti des Drus.
< En 1990, le grimpeur italien Maurizio Gior dans « la voie du Poisson », sur la face sud de la Marmolada, en dix heures, en s’auto-assurant sur neuf longueurs.
< En 1991, Slavko Sveticic, reprend la « John Harlin » de 1966, du versant nord-ouest de l’Eiger, en février.
< En 1991, par Jeff Lowe, première de « Metanoia », entre les voies japonaise de 1970 et « John Harlin » de 1966, en 7 jours, en hiver.
< En 1991, par le Slovène Slavko Sveticic trace « Manitua », itinéraire difficile directement dans le grand ressaut raide caractéristique de l’éperon nord de la Pointe Croz des Grandes Jorasses, en trois jours de juillet.
< En 1992, par Catherine Destivelle, hivernale de la voie classique de la face nord-ouest de l’Eiger en 17h30 le 9 mars. Un exploit salué par le monde de la montagne…
< En 1993, par Alain Ghersen, exploit unique en hiver par « Divine Providence » du Grand Pilier d’Angle au Mont Blanc, du 10 au 14 février.
< En 1993, par Yan Raulet, le couloir en Y du Vignemale, en novembre.
< En 1993, par Catherine Destivelle, hivernale de l’éperon Walker des Grandes Jorasses du 8 au 10 février.
< En 1993, Alison Hargreaves entreprend une série époustouflante d’ascensions solitaires dans les Alpes : le Cervin par la face nord, l’Eiger par la face nord-ouest classique, le Petit Dru par la face nord, le Piz Badile par la Cassin, les Grandes Jorasses par l’Éperon Walker, et la Cima Grande di Lavaredo par la « Brandler-Hasse ».
< En 1994, Catherine Destivelle, hivernale de la face nord du Cervin par la Bonatti de 1965, du 8 au 11 mars.
< En 1994, Rémi Thivel, hivernale du « Pilier de l’Embarradère » sur le Pic du midi d’Ossau, les 17 et 18 mars.
< En 1999, Christine Destivelle, la « Brandler-Hasse » de 1958, sur la face nord de la Cima Grande di Lavaredo, les 25 et 26 juin, seulement réussie deux fois par des solitaires masculins…
< En 1999, le Russe Valeri Babanov, inaugure « Eldorado » versant nord de la pointe Whymper des Grandes Jorasses, du 16 au 27 juillet.
< En 2000, Patrice Glairon Rappaz, « No Siesta » sur la face nord de la pointe Croz.
< En 2000, Alexander Huber, « Bellavista » en face nord de la Cima Ovest di Lavaredo, dans les grands surplombs entre l’italo-suisse de 1959 et la directe allemande des grands toits de 1968.
< En 2001, Bruno Sourzac, « Beyond Good and Evil » en la face nord de l’aiguille des Pèlerins, en juin, performance de premier ordre en solo intégral.
< En 2003, Jérôme Thinières, « Les Délinquants de l'inutile », en face nord du Vignemale, le 25 mars, en 12h30.
< En 2003, Philippe Batoux, solo intégral de « l'hypercouloir » du Brouillard, donnant accès au sommet du Mont Blanc, le 19 mars.
< En 2006, Ueli Steck, « The Young Spider », en hiver et d’une seule traite, en cinq jours du 7 au 11 janvier, en face nord-ouest de l’Eiger. Un exploit sensationnel.
< En 2006, l’Autrichien Hansjorg Auer, les« Temps Modernes » sur la Marmolada, jusqu’à 7b.
< En 2007, Hans Jorg Auer, la « voie du Poisson », sur la Marmolada, 850m, jusqu’à 7c+, sans corde, en seulement 3 heures. Il s’agit d’une des solitaires les plus extraordinaires, compte tenu de l’engagement extrême requis par ces 37 longueurs.
< En 2008, Ueli Steck, la classique de la face nord-ouest de l’Eiger en 2h47, le 21 février.
< En 2008, Ueli Steck, voie « Colton-McIntyre » de 1976 sur le flanc droit de l’éperon Walker des Grandes Jorasses, le 28 décembre en 2h21…
< En 2009, Ueli Steck, la classique de la face nord du Cervin des frères Schmid, le 13 janvier en 1h56.
< En 2011, Dani Arnold, la classique de l’Eigerwand, le 20 avril en 2h28 !
< En 2011, Hervé Barmasse, nouvelle ligne sur la face sud du Pico Muzio 4191m, petite pointe isolée sur l’arête de Furggen du Cervin, sous l’épaule caractéristique de la célèbre arête, du 5 au 8 avril. Une grande voie de 1200 mètres très engagée.

LES FEMMES SONT BIEN PRÉSENTES

Nous avons signalé dans nos différents chapitres les performances de l’alpinisme féminin depuis 1970, en voici un recueil...

< En 1971, la face sud de l’aiguille du Fou est parcourue en trois jours, par Simone Badier en tête de cordée. C'est un des faits marquants non seulement de l’ascensionniste au féminin, et aussi de l’alpinisme en général... Simone Badier est la seule femme de cette époque à s’engager dans les ascensions extrêmement difficiles, avec un compagnon toujours ravi d’être conduit dans de pareilles aventures…
< Depuis, non seulement nos femmes alpinistes vont s’attaquer aux itinéraires les plus difficiles, mais aussi à des lignes originales, et à des itinéraires prestigieux en solitaire… Et là, même si elles ne sont pas nombreuses, elles ont atteint le meilleur niveau de leurs collègues masculins, ce qui est une particularité de l’alpinisme et de l’escalade…
< En 1988, Alison Hargreaves, par la face nord-ouest de l’Eiger, en solitaire.
< En 1990, Catherine Destivelle par le pilier Bonatti des Drus, en solitaire.
< En 1991, notre éminente consœur trouve une ligne originale entre le « pilier Bonatti » et la « Thomas Gross » de la face ouest des Drus, en dix jours.
< en 1992, la même Catherine Destivelle, par la face nord-ouest de l’Eiger en solitaire et en hiver, un exploit salué unanimement par le monde de la montagne…
< En 1993, Catherine Destivelle encore, en solitaire et en hiver, par l’éperon Walker des Grandes Jorasses, du 8 au 10 février, une ascension déjà jugée d’une audace inouïe lorsque les Bonatti et Desmaison l’ont abordée dans des cordées constituées en 1963…
< En 1993, Alison Hargreaves entreprend une série époustouflante d’ascensions solitaires dans les Alpes : le Cervin par la face nord, l’Eiger par la face nord-ouest classique , le Petit Dru par la face nord, le Piz Badile par la Cassin, les Grandes Jorasses par l’Éperon Walker et la Cima Grande di Lavaredo par la « Brandler-Hasse- 1958 ».
< En 1993, Lynn Hill libère les dernières longueurs d'escalade artificielle de la voie du « Nose », sur El Capitan dans le Yosemite, notamment les passages du « Great Roof » et de « Changing Corners » ( cotés aujourd'hui 8c ).
< En 1994, Lynn Hill enchaînera l’itinéraire, en moins de 24 heures.
< Le 9 mars 1994, Françoise Aubert sur la face nord des Droite, par la « goulotte Ginat » en solitaire.
< En 1999, les 25 et 26 juin, Catherine Destivelle, en solitaire, par la « Brandler-Hasse- 1958 », sur la face nord de la Cima Grande di Lavaredo, seulement réussie deux fois par des solitaires masculins…

Destivelle et Hill ont également été les meilleures du monde en compétition d’escalade…

ESCALADE ARTIFICIELLE

  • Il reste heureusement quelques irréductibles dans l’escalade artificielle. Une technique qui ne peut concerner que quelques adeptes, la roche ne résisterait pas aux pitonnages et dépitonnages successifs… Ce sont des travaux en montagne diront les détracteurs…

<  Le Bouclier du Gerbier est la haute paroi surplombante bien connue, à gauche de la Fissure en Arc de Cercle dans le Vercors.
<   En 1964, une équipe franco-suisse achevait une première incursion dans ce monde de surplombs...
<  En 2005, un itinéraire de haut niveau est parcouru, sur la partie gauche du bouclier du Gerbier, utilisant toutes les ressources de l’escalade artificielle.

La ligne passe par « l'Afrique du bouclier », un ancien éboulement qui a formé une énorme écaille, ressemblant au continent africain. L'ouverture s’est déroulée entre le 4 et le 14 août.
Elle est l’œuvre de Leslie Fucsko et Daniel Solymari. Les deux premières longueurs ont été explorées en novembre 2004, par Fucsko et Sylvain Conche. Difficultés ABO avec A5 et 6a, hauteur 350m.
Escalade en style capsule continu, sans corde fixe, et sans ancrages forés, hormis les relais. Au total 160 kilos de matériel au départ dont 60 litres d'eau, 2 cordes, 100 pitons, 50 plombs, 10 birdbeaks, beaucoup de crochets, stoppers, offsets, deux jeux de friends, alliens, ball nuts, cale de bois, portaledge avec tente pour les bivouacs... Deux longueurs assez dures proposées A5 R ( R comme "risqued" pour danger important en cas de chute ) dont une où Fucsko a passé neuf heures pendant l'ouverture...

  • Les commentaires de Leslie Fucsko : « 10 jours dans la paroi dont un pour monter le matos avec l'aide d'un copain et ses deux ânes, un jour bloqué sous la tente du portaledge à cause de la pluie, 7 jours d'ouverture, et le dernier pour tout redescendre sous une pluie battante. La météo a été exécrable, froid, vent, brouillard, deux jours de soleil en tout. Dans la longueur L3, il y a un potentiel important de chute sur dalle inclinée et vire ; dans L5, vol avec pendule contre le mur situé dessous le toit. Ce toit se passe exclusivement sur crochets gouttes d'eau et sur environ 20m, il n'y a aucun point d'assurage et aucun point fixe autre que les crochets ».

Pour information : 20m sans assurage, c’est 40m de chute éventuelle…

LE SKI EXTRÊME

C'est une discipline complètement liée à l'alpinisme et pratiquée par des alpinistes skieurs...

< En 1935 déjà, les Autrichiens Fritz Krügler et Peter Schintlmeister avaient skié la face nord du Hoher Tenn, 3317m ( Hochtenn ), puis avec E. Schlager la face nord de la Fuscherkarkopf, 3331m dans les Alpes Orientales.
< Et en 1941, Émile Allais et André Tournier avaient descendu à skis la face nord du Dôme du Goûter.

Mais aux yeux de tous, cela restait du ski sur des pentes anonymes...

<  En septembre 1967, lorsque le Suisse Sylvain Saudan se lance à skis dans la descente du couloir Spencer de l'Aiguille de Blaitiére, ce fut la stupeur : à skis dans des pentes remontées en crampons par les alpinistes...

Il n'était pas le premier à s'élancer dans les pentes raides, mais le premier à le faire savoir et à inaugurer des couloirs célèbres, offrant déjà des obstacles sérieux aux alpinistes.
Aussitôt en Autriche et dans les Alpes orientales et occidentales des initiatives apparaissent.
Mais c'est dans le Massif du Mont Blanc que les performances les plus frappantes seront réalisées, car empruntant les itinéraires les plus fameux de l'histoire de l'alpinisme...

<  L'année suivante en 1968, c'est le couloir Whymper de l'Aiguille Verte et le couloir Gervasutti du Mont Blanc du Tacul qui sont skiés par Saudan... Et en 1969, la face nord-ouest de Bionnassay...
<  Dès 1973, le 1er août Serge Cachat-Rosset après une dépose héliportée skie le célèbre couloir Couturier de l'Aiguille Verte, la pente emblématique du massif du Mont Blanc.
<  Il est suivi quatre jours plus tard par Anselme Baud et Patrick Vallençant en bon style, c'est-à-dire après l'ascension du couloir, qui permet une bonne appréciation de l'exploit en préparation...

Peu à peu, aucune pente naturelle n'échappera aux explorations des très audacieux skieurs qui vont se présenter... ( voir le dossier : La pratique Hivernale de la montagne § : Le ski extrême ).

  • Cette présentation n’est évidemment pas exhaustive, et demande certainement à être complétée… Dans chaque massif de montagne, il existe des itinéraires historiques, ou de haut niveau, qui méritent d’être soulignés, ici il n’est surtout question que des montagnes des Alpes et de quelques-unes des Pyrénées… Les berceaux de l’Alpinisme…

Lire la suite dans le dossier suivant :

- L’alpinisme de 1945 à nos jours dans les montagnes de l’Himalaya et du monde.

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CONSULTATION

L’ensemble des textes concernant l’histoire de la FFCAM et les autres dossiers proposés sont consultables au Centre fédéral de documentation de la FFCAM - 24, avenue de Laumière, 75019 Paris.

Notamment :

- Bulletins du CAF, de 1876 à 1904.
- Annuaires du CAF, de 1875 à 1904.
- La Montagne, de 1905 à 1954.
- Alpinisme, de 1925 à 1954.
- La Montagne & Alpinisme, depuis 1955.
- Les Annales du GHM de 1955 à 2001 et Cimes de 2002 à aujourd’hui.

Consultation de l’ensemble des livres constituant la bibliothèque de la FFCAM ; tous référencés.

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Vous pouvez consulter en ligne les revues suivantes :

- L’Annuaire du CAF, de 1876 à 1904 accessible sur le site de la Bibliothèque Nationale : http://gallica.bnf.fr
- Voir aussi : www.archive.org et utiliser le mot-clé : club alpin français.
- Le Bulletins du CAF, de 1876 à 1904 accessible sur le site de la Bibliothèque Nationale : http://gallica.bnf.fr
- La revue La Montagne de 1905 à 1954 accessible sur le site de la Bibliothèque Nationale : http://gallica.bnf.fr
- La revue La Montagne & Alpinisme depuis 1955 accessible sur le site de la Bibliothèque Nationale : http://gallica.bnf.fr
- Enfin la revue Alpinisme 1926 à 1954 accessible sur le site du GHM.

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