FFCAM - Le Club Alpin Français - 1941 à 1974

Un historique du Club Alpin Français, aujourd’hui Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne, est proposé en six dossiers allant de 1874 à nos jours :

- Les origines du Club Alpin Français
- Le Club Alpin Français de 1874 à 1914
- Le Club Alpin Français de 1915 à 1940
- Le Club Alpin Français de 1941 à 1974
- Le Club Alpin Français de 1975 à 1994
- Le Club Alpin Français de 1995 à nos jours

Le Club Alpin Français de 1941 à 1974

Préambule

De 1874 à 1940, le Club Alpin a mené des actions pionnières dans l’ensemble des domaines consacrés aux montagnes présentées dans les dossiers précédents.

Il a été notamment :

< Artisan du développement économique des hautes vallées des montagnes de France.
< Aménageur de la haute montagne par ses refuges et ses sentiers.
< Artisan de l’essor du tourisme de montagne.
< Promoteur des activités tournées vers l’excursionnisme, l’alpinisme et le ski.
< Organisateur de la profession de Guides de haute montagne jusqu’en 1940.
< Précurseur du tourisme hivernal et des loisirs sportifs attachés, avant l’autonomie du ski de compétition, et pour après 1924 se consacrer au ski de montagne.
< Organisateur des Caravanes scolaires pour la jeunesse jusqu’en 1940.
< Promoteur d’un engagement pour la protection du milieu naturel et la montagne.
< Contributeur majeur dans la connaissance scientifique de la montagne.
< Initiateur du Groupe de Haute Montagne avant son autonomie en 1930.
< Diffuseur de guides-itinéraires et de manuels techniques.
< Après 1922, promoteur de l’Enseignement alpin.
 < Accompagnateur du développement du camping.
< Promoteur des premières initiatives vers les plus hautes montagnes du monde avant 1940.

Et surtout, il aura permis à beaucoup de découvrir, d’approcher et d’aimer la montagne.

Il était jusque-là l’institution française dominante dans l'organisation des sports de montagne.

Sommaire :

Les années de guerre
1942 - Les tentatives de dislocation du Club Alpin
1942 - La Fédération Française de la Montagne
Pendant les années d’occupation
Les refuges pendant les années d’occupation
1945 - Le retour de la paix
1945 - Dans l’agitation qui va suivre la Libération
Montrer ses muscles
La cohésion du monde de la montagne
Les principaux points d’achoppement
Une pratique populaire
1945 à 1948 - L'Enseignement alpin
La formation aux métiers de la montagne
L’Union Nationale des Centres de Montagne
1945 à 1952 - La reconstruction des refuges
1947 à 1949 - Les refuges construits
1947 - L'organisation du secours en montagne
1948 - Les organisateurs des institutions
Le matériel d'alpinisme
1949 - La Commission de Ski et d’Alpinisme hivernal
1949 - Le moment était venu
1950 - Le premier 8000
La forte autonomie du Comité de l’Himalaya
Les réunions Inter-Sections
1951 à 1956 - Les refuges construits ou restaurés
Le Club Alpin en 1952
1953 - L'essor du tourisme
1955 - Le téléphérique de l'Aiguille de Midi
1955 - La liaison de l’Aiguille du Midi au col du Géant
1955 - Le Makalu
1955 - La revue La Montagne & Alpinisme
1956 - Pour un Parc national de Savoie
1955 à 1958 - Le secours en montagne
1958 - Le pactole de l’Annapurna encore
1957 à 1963 - Les refuges construits
1958 à 1966 - Le ski au Club Alpin
1962 - Alerte au suréquipement
1962 à 1972 - Le secours en montagne
1963 - Le Parc national de la Vanoise
1964 à 1966 - Les refuges construits
1965 - L'escalade en mutation
1965 et 1967 - Les premières difficultés fédérales
1965 - Vers un Parc national des Pyrénées
1967 à 1969 - Les refuges construits
1968 - La vie institutionnelle
1969 - Le Parc national de la Vanoise déjà attaqué
1969 - La Grande Traversée des Alpes Françaises
1970 à 1974 - Les refuges construits
1970 - Une déclaration remarquable pour une politique de l'environnement
1971 - Le Pilier ouest du Makalu
1972 - SOS Vosges
1973 - Une année cruciale
1973 - Le Parc national des Écrins
1874-1974 - Le centenaire du Club Alpin
À ce moment-là en 1974
Les présidents du Club Alpin de 1945 à 1974

LES ANNÉES DE GUERRE

Parmi les membres du Club Alpin, certains malheureusement ne reviendront pas des événements de 1939-1940…
La liste est longue des Morts pour la France…
Puis ce sera l’Occupation du territoire national, cinq ans vont passer et « le Club Alpin sera, comme tout ce qui est Français, empêché de poursuivre une vie libre ».
Cinq années, durant lesquelles les contraintes morales de tous genres, puis les difficultés matérielles se sont accumulées…
La conscription supprimée par les accords d’armistice de 1940, des « Chantiers de la Jeunesse » et l’organisation « Jeunesse et Montagne » sont créés, pour un Service civil de huit mois.
Ces deux organisations attireront une partie de la jeunesse active, et seront parcourues par des courants divers : une sympathie envers la résistance ou une allégeance au régime…
L’organisation « Jeunesse et Montagne » offrira une formation technique s’ouvrant sur les activités de montagne, elle sera rejointe par plusieurs alpinistes qui s’illustreront ultérieurement…

Surveiller le monde associatif

Dès 1940, le Commissaire général aux sports du régime de Vichy incite à la création de Fédérations sportives sur les bases d'une Charte des sports, surtout destinée à contrôler et surveiller le monde associatif…
La Loi de février 1941 ajourne toutes les élections dans les Comités de direction des Associations reconnues d’Utilité publique - dont le Club Alpin - avec un maintien en fonction des élus, qui se prolongera jusqu’à la fin des hostilités.

L’occupation allemande et le régime de Vichy

Durant l’occupation allemande et le régime de Vichy, quelques-uns tenteront de faire survivre nos organisations de montagne.
D’autres auront des engagements plus courageux dans la Résistance…
Jean Escarra, ancien président du Club Alpin, rejoindra Londres dès janvier 1941 pour s’engager dans les Forces Françaises Libres et servir auprès du général de Gaulle…
Il y a eu Jean Morin, également engagé dans les Forces Françaises Libres « disparut dans une mission dangereuse », Maurice Fourastier - héros de Monte Cassino - et les autres dans les Armées de libération, et aussi et parmi les membres du GHM, les frères Jean et Georges Vernet et autres René Picard …

Le Vercors

Pierre Dalloz, rédacteur en chef de la revue La Montagne sera l’initiateur du maquis du Vercors. Un plan stratégique initial approuvé par Jean Moulin, chef de la résistance intérieure et par les Services français de Londres, sous le nom de plan « Montagnards ».
Ce schéma prévoyait d'utiliser le massif du Vercors comme base d'accueil d'éléments aéroportés alliés, afin d'agir à Grenoble et Valence pour couper la retraite allemande au moment de la Libération. Alain Leray, futur général également membre éminent du Club Alpin et du Groupe de Haute Montagne, sera chargé de l’action militaire.
Une organisation audacieuse qui ne sera pas suffisamment appuyée par les forces armées de libération et même abandonnée seule devant l’occupant. Des ordres de dislocation seront malheureusement inobservés, des trahisons terribles apparaîtront et finalement un maquis qui se trouvera pris au piège par les forces militaires allemandes et sera conduit à la catastrophe en 1944…

La Résistance

Issus des Chantiers de la Jeunesse et de Jeunesse et Montagne, des résistants de conviction viendront renforcer les maquis, ainsi que de nombreux réfractaires voulant éviter le Service du Travail Obligatoire en Allemagne.
Ensuite des unités régulières se sont formées et Alain Leray commandera le bataillon de Chasseurs Alpins en action sur les crêtes de Maurienne, pour la libération du territoire…

Quelle zone d’ombre ?

Une revue spécialisée a évoqué - soixante ans plus tard - certaines zones d’ombre concernant les actions de nos associations - en particulier le Club Alpin - pendant les années d’occupation…

Quelles zones d’ombre ?

En général, les alpinistes et les montagnards n'ont pas été des résistants empressés, ni des gaullistes éclairés, beaucoup plus intéressés par leur passion pour la montagne et la préservation de leurs institutions, de protéger leur terrain de jeux, et d'aller courir les montagnes durant leur belle jeunesse qui s'écoulait inexorablement.
Comme il est évoqué précédemment, certains ont eu le grand courage de résister et l'extraordinaire mérite de s'engager dans une lutte qui demandait une vraie bravoure.
Et d’autres, par leurs actions et leurs dévouements, sauront préserver nos instances - en particulier le Club Alpin - en grand danger pendant le régime de Vichy.

Évitons de réécrire l’histoire…

LES TENTATIVES DE DISLOCATION DU CLUB ALPIN

Dès 1942, le Commissaire général aux sports - gêné par la représentation et l'unité du Club Alpin - compte imposer sa dislocation et son éparpillement…
Les Sections du Club Alpin devenant des associations indépendantes, dans une structure fédérale nommée par le Commissariat aux sports, et le patrimoine mobilier et immobilier divisé.
Le nom même du Club Alpin Français n'était pas assuré de demeurer…

  • C’est évidemment la représentation nationale, le domaine construit et la supériorité numérique du Club Alpin qui suscitent bien des appétits.

Pour éviter le démantèlement, les discussions seront difficiles, et la solidarité montagnarde sera décisive.
Avec l’appui d'Yves Letort, vice-président du CAF qui assure l’intérim du président Léon Olivier malade et démissionnaire en 1943, de Jean Escarra, Louis Neltner, Henry de Ségogne et Louis Wibratte ; c’est Lucien Devies qui se révélera l’acteur déterminant et permettra de conserver l’unité du monde alpin et du Club Alpin. 
« Une tâche extrêmement ardue à un moment où la coupure entre les zones libre et occupée du pays était quasi-totale, pas de courrier, quelques rares personnes munies de laissez-passer étaient seules autorisées à franchir la ligne de démarcation » écrit Louis Neltner... ( voir l’organisation des associations de montagne de ce moment-là dans la plaquette éditée en hommage à Lucien Devies en 1980 ).

1942 - LA FÉDÉRATION FRANÇAISE DE LA MONTAGNE

Début 1942, la « Fédération Française de Montagne » ( FFM ) est créée, avec la présidence de Louis Neltner.
Le régime de Vichy fait pression sur le CAF pour qu’il abandonne son rôle fédératif, et qu’il rejoigne la jeune Fédération de la Montagne...
Le Club Alpin se pliera à cette exigence d’organisation, à la condition toutefois que celle-ci n’entraîne pas la dislocation radicale antérieurement envisagée...
Le Commissariat aux sports ne voudra pas ratifier cette proposition.
Le 30 novembre 1942, il adresse au Club Alpin un ultimatum.
Le Club a quinze jours pour choisir la manière dont il sera brisé : transformation en une fédération, ou en une union d'entités indépendantes.

  • En aucun cas, il était reconnu au Club Alpin Français le droit de demeurer un Club national.

L’Association était menacée de dissolution…

Des intérêts divergents

Il y avait des intérêts divergents qui fragilisaient le Club Alpin...

<  La demande de création d'une École Nationale d'Alpinisme, sur une idée d’Édouard Frendo, avec la réorganisation du métier de Guide de haute montagne, jusqu’alors et depuis 1904, réglementé par le Club Alpin, une prérogative que l’association devra abandonner...
<  La Fédération Française du Ski qui souhaitait réglementer et unifier l'enseignement du ski, envisageait la création d'une École Nationale de Ski, et voulait récupérer les écoles de ski du Ski-Club Parisien de Morzine, Puymorens et Valloire, que le Club Alpin devra transmettre…

L’intervention d’Henry de Ségogne

Le CAF résistera à la menace de dislocation, grâce notamment à l'intervention de Henry de Ségogne, Commissaire général au Tourisme, qui reconnut au Club Alpin un statut légal dans le cadre des lois régissant le tourisme.
Le Club Alpin est en effet une association qui a pour objet principal non pas un sport, mais un vaste domaine d’expression, dont le tourisme qu’il a été le premier à promouvoir dans les zones de montagne…

  • Un Club Alpin qui sait ce qu’il doit à cet éminent personnage, grand commis d’état, alpiniste exceptionnel, fondateur et président d'un Groupe de Haute Montagne autonome, et aussi l’un des plus remuants et attachants membres du Club Alpin…

En 1943, un compromis est trouvé : le Commissariat aux sports accepte de conserver, grâce à des obstacles juridiques, l’entité nationale « Club Alpin Français ».
S
on nom est préservé.
Son patrimoine reste sa propriété globale.
Le statut d’Association reconnue d’Utilité publique du Club Alpin aura certainement aussi servi à protéger notre organisation...
En échange, le Club alpin accepte d’intégrer la FFM avec l’ensemble de ses adhérents.
Un projet de nouveaux statuts fut rédigé et devait être soumis au Conseil d'État...
Ensuite un conflit de prérogatives opposa alors le Commissariat aux Sports à celui du Tourisme du gouvernement du régime de Vichy qui ne permit pas de statuer, et aucune solution n'intervint jusqu'en août 1944…

  • « Ainsi, le Club Alpin Français est demeuré ».

Un rapprochement

Les démarches et les actions essentielles visant à sauver le Club Alpin du démantèlement ont rapproché les responsables du Groupe de Haute Montagne et du Club Alpin, en particulier une grande confiance était apparue entre Yves Letort, président du CAF par intérim et Lucien Devies, vice-président du GHM.
Les crispations d’avant-guerre entre CAF et GHM semblèrent bien dérisoires devant la tâche qui attendait les deux entités. Le recours aux meilleures compétences se révélera nécessaire et même indispensable…

 PENDANT LES ANNÉES D’OCCUPATION

Pendant les années d’occupation, les activités des écoles d’alpinisme et d’escalade sont poursuivies malgré les difficultés croissantes, surtout à Fontainebleau pour ceux de la zone occupée, des sites prometteurs sont explorés dans le Dijonnais et dans l’Yonne. Le site de Cormot est mis en valeur ainsi que celui du Saussois…
Dès 1941, à l’initiative de Louis Neltner, sept camps-écoles d’alpinisme avaient été organisés en montagne avec la participation de plusieurs Clubs dont le GHM et le Club Alpin…
Des camps-écoles seront ensuite proposés par la FFM dans les Alpes et les Pyrénées. Dans ces programmes, le Club Alpin, la Société des Touristes du Dauphiné ( STD ) et le GHM seront à l’origine de l'organisation de la plupart de ces camps…
Plusieurs groupements CAF sont créés dans les camps de prisonniers en Allemagne.

Des décisions importantes

Pendant le régime de Vichy, des décisions importantes seront prises, pas toutes défavorables à nos associations, certaines seront conservées et reconduites par la suite.

Le classement des cirques de Gavarnie, d’Estaubé et de Troumouse

En 1941, un Décret porte classement des cirques de Gavarnie, d’Estaubé et de Troumouse dans les Pyrénées.
C’est un vaste ensemble qui est concerné par ce texte, extrêmement favorable aux Sociétés de protection de la nature.  

Le classement du massif de la Meije

En 1943, un Arrêté du gouvernement inscrit à l’Inventaire des sites le massif de la Meije, dont la préservation présente un intérêt général.
Le Râteau et la Meije sont désormais hors de portée des aménageurs…

La réglementation de la profession de Guide

Jusque-là, aucune réglementation légale ne venait contrôler la profession de Guide de montagne qui était seulement organisée par le Club Alpin, à côté du particularisme du Syndicat des Guides de Chamonix.
La Loi de 1943 vient combler cette lacune : nul ne peut servir de Guide sans être titulaire d’une autorisation des Commissariats aux sports et au tourisme.
Une réglementation s’inspirant des textes mis en place par le Club Alpin, qui avait su organiser et gérer cette profession, depuis 1904 et jusqu’à la guerre de 1939-1940...
Un stage de formation sera nécessaire à l’École Nationale d’Alpinisme pour accéder à la profession.
Mais l’application pratique devra encore être aménagée et discutée…

La création de l’École Nationale d’Alpinisme

Une École Nationale d’Alpinisme est créée en 1943 à La Grave sous la direction technique d’Édouard Frendo, et Armand Charlet en est le moniteur-chef…
Elle est chargée d’organiser et de valider les stages de formation de plusieurs semaines, nécessaire pour obtenir le diplôme de Guide.
Elle aura les mêmes services administratifs que ceux de l'École Supérieure de Ski, située à l’Alpe d'Huez, et qui prendra le relais en hiver.

Un manuel technique

En 1943, un manuel technique est publié chez l’éditeur Arthaud : « La technique de l'alpinisme » par Édouard Frendo et Marcel Pourchier, sous le parrainage de la FFM, pour faire « connaître les méthodes de la technique la plus moderne » à tous ces jeunes que l’on veut « entraîner en montagne ». Une pédagogie assez simpliste qui sera mise en cause et critiquée par Pierre Allain.

La création de l’École Nationale de Ski

Longtemps souhaitée par la FFS, une structure avait été fondée en 1937 pour former les moniteurs de ski et unifier les méthodes et les techniques du ski, elle sera vite supprimée par Vichy…
En 1943, une nouvelle organisation est créée avec l’École Nationale de Ski qui s'installera à l'Alpe d'Huez en hiver. Un stage de formation est nécessaire pour enseigner le ski…

La formation des moniteurs bénévoles

En complément des formations professionnelles, et principalement mise en application par la Section de Paris du Club Alpin, une formation des moniteurs bénévoles d'alpinisme est reconnue, elle est destinée dans le cadre de l’Association à former des chefs de Cordée et à procurer une autonomie aux pratiquants.

En 1944 - Le film Premier de cordée

Sortie du film « Premier de cordée » de Louis Daquin, une approche de la haute montagne qui suscitera des vocations… Le film est adapté du roman éponyme de Roger Frison-Roche.

LES REFUGES pendant les années d’occupation

Alors que beaucoup de constructions seront pillées, vandalisées ou détruites, quelques refuges seront construits notamment par le Service de l’Équipement de la montagne de l’État et l’administration des Ponts et Chaussées.

1941 - Les refuges des Bans, du Glacier Blanc et de Vallonpierre,
1942 - Le refuge de l'Aiguille du Goûter, 3825m
1942 - La cabane du col du Midi, 3593m
1942 - Le refuge de Plan Glacier, 2538m
1945 - Le refuge de l'Envers des Aiguilles, 2520m

 Voir un historique détaillé dans le dossier : L'Aménagement de la montagne et les Refuges.

LE RETOUR DE LA PAIX

  • À la libération, le Club Alpin Français est « exsangue mais encore vivant »…

Dans la première édition d’après-guerre de la revue La Montagne d’août 1945, Yves Letort au nom du Club Alpin s’incline :

« Aujourd'hui, nos premiers mots seront pour fêter ici comme dans nos cœurs la libération de la France et pour exprimer notre gratitude à ses libérateurs, - pour dire aussi que des milliers des nôtres, éloignés de nous, de leur famille, de leur patrie, sont enfin revenus et que nous nous en réjouissons infiniment - mais pour dire encore hélas, que d'autres ne reviendront pas, devant le souvenir de qui nous nous inclinons avec émotion ».

Les revues « La Montagne » et « Alpinisme »

Les années de guerre auront été difficiles pour nos publications, mais le lien demeurera.
La revue « La Montagne » a continué de paraître pendant les années d’occupation sous une forme famélique de 1940 à fin 1943, les Saxifrages vont occuper trois numéros de la revue…
La publication n’est plus autorisée en 1944.
Elle renaîtra à la Libération et retrouvera sa liberté. C’est la fin des parutions comportant le cachet de la censure.
Le nouveau Comité de rédaction est composé de Letort, Carcagne, Devies, Lauras et Latarjet.
La revue « Alpinisme » est entièrement confiée à son directeur Lucien Devies en 1942 qui en assura la survie…

Des articles de référence

Concernant l’histoire de l’alpinisme, Lucien Devies publie plusieurs articles essentiels :

<  Dans la revue Alpinisme de juin 1941 : « Les débuts de l’alpinisme français sans Guide ».
<  Dans la revue La Montagne de juillet 1945 : « L’Alpinisme français de 1939 à 1944 », le bilan de l’activité des alpinistes pendant l’occupation…
<  Dans la revue La Montagne d’octobre 1945 : « Le début de l’alpinisme français », un historique très documenté.

Le Bleausard

Apparition fin 1944 d’un périodique humoristique consacré à l’escalade et à la montagne « Le Bleausard » rédigé par des moniteurs de la Section de Paris du Club Alpin, et souvent critique pour les institutions de montagne en place...
Mais ne nous y trompons pas, nous sommes dans un cercle très parisien et très restreint ne dépassant pas la forêt de Fontainebleau et la Capitale. Des critiques d'entre initiés qui ne peuvent pas être entendues depuis la Province…
Et lorsque deux des membres influents de la rédaction du « Bleausard » deviendront, quelques années plus tard, les rédacteurs en chef de la revue « La Montagne », ils n’apporteront curieusement pas d’avancées probantes, ni l’amélioration attendue...

L’Appel des Cimes

En 1945, un film documentaire grand public « L'Appel des Cimes » est produit par le Club Alpin, une propagande pour l’alpinisme, des images de Georges Terraz et un film d’Alain Pol.

1945 - DANS L’AGITATION QUI VA SUIVRE LA LIBÉRATION

En 1945, la Charte des sports du régime de Vichy est abolie, un statut nouveau est donné aux sports français, aux activités de plein air et au tourisme, mais l’organisation des activités par des fédérations est maintenue, dont la « Fédération Française de la Montagne ».
C’est la FFM qui conduira les futures initiatives et les activités liées à la montagne en bon accord et en étroite association avec le Club Alpin, acteur très majoritaire dans la structure, hégémonique même au regard du nombre de ses licenciés.
Louis Neltner trop occupé par ses activités professionnelles avait dû passer la main fin 1943.
L’Assemblée générale de la FFM de 1945 mettra en conformité ses statuts, respectant la législation de la Libération.
Le Comité de direction n’est plus désigné, mais élu.
Yves Letort est président de la Fédération Française de la Montagne, Lucien Devies et Louis Neltner sont vice-présidents, montrant une volonté de continuité et de solidarité…
En ces temps de grandes difficultés économiques, et de manque d'équipements pour l'alpinisme, la FFM distribuera des cordes d’alpinisme, des chaussures de montagne et des espadrilles d’escalade, sur demande justifiée par une preuve de compétence...
Dans l’agitation qui va suivre la Libération, un vice-président devra intervenir pour éviter quelques ennuis à des alpinistes qui exerçaient leurs talents pendant que d’autres affrontaient les combats ; et aussi pour freiner l’enthousiasme d’un éminent alpiniste désireux de proposer l’entrée au GHM de son ancien chef de Jeunesse et Montagne, la prudence du vice-président se révélera judicieuse au moment où le passé pendant l’occupation de l’ancien chef, sera mis en cause...

La liberté juridique

En cette année 1945, la liberté juridique est rendue aux Associations.
L’Assemblée générale du 28 octobre 1945 élit officiellement Yves Letort à la présidence du Club Alpin.
Lucien Devies intègre le Comité directeur, et est élu à la présidence de la « Commission des travaux en montagne », la structure chargée du patrimoine… ( voir l’organisation des associations de montagne dans la plaquette éditée en hommage à Lucien Devies en 1980 ).

MONTRER SES MUSCLES

Devant les incertitudes des réorganisations engagées au moment de la Libération, le Club Alpin doit montrer ses muscles, sous la plume du président Letort en 1945 :

« Le C.A.F. n'entend point se soustraire à ses devoirs et à ses droits de rester l'organisme essentiel des activités de montagne en France.
Par contre, il n'entend point non plus sacrifier sans raison une unité morale et matérielle qui fait sa force bienfaisante.
Cette force lui a permis de réaliser tout l'équipement de la montagne française, pour le plus grand avantage de tous les montagnards et touristes, français et étrangers, qui la fréquentent. .
Elle lui a permis d'éveiller chez d'innombrables jeunes gens les vocations alpines, d'en préparer un très grand nombre au service des troupes de montagne.
Pour ce faire, depuis plus d'un demi-siècle, nos membres ont apporté et uni leurs efforts, fait don de leurs temps et de leur travail, au seul bénéfice, en définitive, de la Patrie.

Briser les liens d'unité, qui ont fait naître ces sentiments de dévouement à l'immense cordée qu'est notre Club, aurait été à la fois une mauvaise action et une erreur.
C'est au contraire avec un même esprit d'équipe que le C.A.F. entend continuer son action et son effort.
Il attend à nouveau des pouvoirs publics la compréhension, qui fut autrefois si féconde et qui avait cessé de se faire jour au cours de ces tristes dernières années.
Il est prêt de son côté à apporter sa collaboration complète :
- sur le plan de l'équipement de la montagne, qu'il est décidé à poursuivre en accord avec les services gouvernementaux, et grâce aux moyens dont il dispose, dans des conditions infiniment moins onéreuses que ne le sont les constructions entreprises directement par l'État
,
- sur le plan de l'éducation alpine, en été et en hiver, et de la préparation militaire en montagne, qu'il réalise dès cette année, sous l'égide de la F.F.M., pour la très grande majorité des camps organisés en France,
- enfin, sur les divers plans d'organisation, de sécurité, d'exploration et d'études en montagne, où depuis toujours s'est exercée son activité ».

 LA COHÉSION DU MONDE DE LA MONTAGNE

Trois dirigeants Lucien Devies, Yves Letort et Louis Neltner ont su préserver les intérêts des institutions de montagne pendant les années d'occupation... C’est à eux qu’il reviendra d’envisager l’avenir des institutions et de permettre la cohésion du monde de la montagne, une communauté constituée principalement par trois entités :

<  Le Groupe de Haute Montagne qui représente l'excellence en matière d'alpinisme.
<  Le Club Alpin « qui rassemblait tous ceux qui aimaient la montagne, aussi bien pour ses paysages, son ambiance, ses fleurs ou ses minéraux, que ceux qui la gravissaient, qu'elle fût moyenne ou haute, facile ou difficile ».
<  La Fédération Française de la Montagne, qui est désormais la structure incontournable pour les autorités de tutelle...

Et pendant vingt ans, les deux structures Club Alpin et Fédération de la Montagne coexisteront, partageant locaux, personnels et dirigeants.
Le Groupe de Haute montagne déclare également son siège social dans les locaux de la Fédération.

La solidarité alpine

Mais il faudra beaucoup de solidarité alpine pour faire vivre une FFM représentant les Clubs de montagne et un Club Alpin possédant une supériorité numérique hégémonique.
Un Club Alpin qui doit faire adhérer l'ensemble de ses affiliés à cette fédération, alors que son domaine d'activité s'étend très au-delà de celui dont la FFM détient la représentation...
Déjà des incohérences criantes sont observables, elles resteront « cachées derrière le nuage de fumée de la cohésion montagnarde » dira Lucien Devies…
Seule la solidarité alpine permettra au système d’apparaître viable pendant trente ans…
Pendant trente ans, toutes les initiatives fédérales devront être prises en harmonie avec la politique du Club Alpin…
Et durant les années 1950-1980, concernant l’Union Internationale des Associations d’Alpinisme, il ne sera pas fait état de l’ambigüité qui pouvait se présenter, concernant la représentation française entre le Club Alpin - membre fondateur de l'UIAA - et la FFM...

LES PRINCIPAUX POINTS D’ACHOPPEMENT

Situons dans l'organisation fédérale les principaux points d’achoppement, ils resteront remisés pendant de nombreuses années « grâce à la cohésion du monde de la montagne » et surtout par la diplomatie d’un Lucien Devies qui conduira l’institution de 1948 à 1973 :

<  Un Club Alpin qui, en faisant obligatoirement adhérer l’ensemble de ses membres à la FFM, est automatiquement majoritaire dans l’organisation fédérale… En bénéficiant, comme la STD, d’une contrepartie financière au titre de l’entretien de ses refuges, puis plus tard en versant une cotisation aménagée…
<  Des Clubs très minoritaires en nombre d’adhérents qui proposent une licence par l’intermédiaire d’une Section montagne, et seulement 50 licences individuelles sont exigées aux Clubs adhérents, pour le financement de la FFM…
<  Et des sociétaires du Club Alpin en nombres importants, surtout dans les Sections proches des montagnes, dont l’activité principale est le ski et qui ne comprennent pas pourquoi ils doivent être licenciés à la FFM, l'étant souvent individuellement à la Fédération Française de Ski...
<  Des réticences existent aussi du côté des autres adhérents : les randonneurs, les amoureux de la nature, partisans d'une montagne paisible éloignée des ambitions sportives, les adeptes des activités douces de loisirs en montagne, ceux encore plutôt tournés vers les activités scientifiques et culturelles du Club Alpin...

UNE PRATIQUE POPULAIRE

Jusque-là, les activités de montagne étaient réservées à un milieu très restreint, disposant de temps libre et des moyens d'existence appropriés, si l'on excepte les riverains des montagnes...
Les loisirs populaires sont venus avec l'instauration des congés annuels en 1936, les pouvoirs publics voulaient encourager pour tous la pratique du ski et de la montagne... et rendre possible le développement des activités de pleine nature en montagne...
C'est le camping, en développement depuis les années 1930, qui va offrir un accès plus facile vers les montagnes, il va permettre à beaucoup d'aller en montagne...
Ce sera le vecteur principal d’un essor populaire des activités de montagne…
Les années d’occupation ne permirent pas d’avancer...
Dès 1945, et les années de l’immédiat après-guerre et malgré les privations de toutes sortes, un engouement important viendra soutenir des pratiques populaires.
Ce sera le début d’un formidable mouvement d’intérêt pour la montagne.

Mais en dehors des congés annuels, limités souvent à deux semaines, l’accès aux montagnes restera encore réservé à la catégorie aisée de la population.
Seules les Sections du Club Alpin proches des zones alpines pouvaient organiser des sorties régulières de fin de semaine en montagne, c'est-à-dire le dimanche...
Pour les Parisiens, les vallons et forêts de l'Île-de-France permettaient de s’échapper. Les gares desservant les rochers d’escalade et les sentiers de randonnée de la forêt de Fontainebleau connaissaient une fréquentation importante…
Les Lyonnais, les Grenoblois et les Niçois avaient les Préalpes et les Alpes relativement proches, les Marseillais avaient les collines provençales et les Calanques, enfin les Bordelais pouvaient regarder vers les Pyrénées…
Le train était le moyen essentiel d’approche…
Et dès les années mil neuf cent cinquante, c’est la voiture qui va permettre de gagner une plus grande liberté…
Et ensuite les fins de semaines de deux jours viendront offrir aux fendus parisiens, lyonnais et autre marseillais des performances nocturnes étonnantes, surtout en hiver pour gagner, en automobile ou en car au confort spartiate les montagnes sur un réseau routier encore archaïque et fréquemment verglacé.

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LES GUIDES-ITINÉRAIRES

Les guides-itinéraires Vallot de la chaîne du Mont Blanc

Dès le début des années 1940, Lucien Devies ( 1910-1980 ) forme le projet d'un guide-itinéraires pour la chaîne du Mont Blanc, consacré exclusivement aux ascensions et à l'alpinisme « sur la base d'une rédaction entièrement neuve et indépendante » en venant remplacer les guides-itinéraires de l'éditeur FISCHBACHER. L'équipe de rédaction se limitera à la seule paire Lucien Devies-Pierre Henry ( 1900-1985 ), une collaboration qui va durer plus de trente années. Ces guides-itinéraires seront publiés par l'éditeur Arthaud de 1947 à 1979.

Les deux hommes vont entreprendre et réussir une œuvre exceptionnelle, extraordinaire et incomparable de méthode, de précision et d'intérêt pour la connaissance des montagnes du massif du Mont Blanc. Une tâche immense qu'ils pourront, durant trente années, plusieurs fois améliorer et compléter pour arriver à la somme de connaissances acquises dans les dernières éditions. En 1979, Gino Buscaini saura se fondre dans l'œuvre des deux amis pour la rédaction d’un dernier tome ( voir le dossier : Les guides-itinéraires alpinisme ).

Les guides-itinéraires du massif des Écrins

Dès 1931, le projet d'élaborer un guide-itinéraires du massif des Écrins est dans les esprits du comité du GHM, la première description de ces montagnes datait de 1887, avec seulement une remise à jour en langue allemande en 1913. Ce n'est qu'en 1941 que le travail effectif sera entrepris par la paire Lucien Devies-Maurice Laloue. En 1946, les premiers guides-itinéraires décrivant le massif des Écrins en deux tomes sont publiés par l'éditeur Arthaud, le travail se poursuivra de 1946 à 1978.
Une œuvre exceptionnelle et majeure, les Devies et Laloue étant rejoints plus tard par François Labande ( voir le dossier : Les guides-itinéraires alpinisme ).

1945 à 1948 - L'ENSEIGNEMENT ALPIN

Déjà en 1936, les pouvoirs publics voulurent un moment encourager en montagne une pratique populaire du ski et de l’alpinisme et souhaitaient proposer un Enseignement alpin populaire.
Dans l’immédiat après-guerre, l’Enseignement alpin est organisé par la FFM et le Club Alpin...
C'est un changement fondamental, initié d’abord timidement dès 1922 avec la propagande du GHM pour l'alpinisme autonome, mais le modèle du recours aux Guides pour aller en montagne estompait encore dans les années 1930 l'indispensable formation par l'Enseignement alpin...
C'est maintenant une nécessité et une évidence incontournables pour aller vers l'autonomie des pratiquants…
Les bases de la préparation seront l’école d’escalade durant l’intersaison, et les camps d’été en montagne.

  • La conjugaison de ces deux moyens sera le socle de l’Éducation alpine.

La volonté des autorités de tutelle, du Club Alpin et des organisations travaillistes est de former et diplômer des moniteurs bénévoles afin de transmettre l’Enseignement alpin vers les Clubs et des Collectivités…
Mais la FFM se montrera un moment réticente sur la question du brevet d’instructeur bénévole - pour ne pas gêner ses pourparlers avec les professionnels - avant de s’engager de façon décisive…
Les stages d’été sont particulièrement mis en exergue et se révèleront de grande qualité, avec l'engagement des structures FFM, CAF et GHM.
Les camps-écoles organisés en 1947 et en 1948 réuniront dans les Alpes et les Pyrénées plus de cinq cents jeunes hommes et femmes repartis en trente cinq groupes, entourés par une centaine de moniteurs. 
L’encadrement se fait avec des moniteurs bénévoles, et aussi par les instructeurs spécialisés de l’École des Praz.
La formation de Chef de cordée, pour ceux qui ont les qualités requises, est mise en avant.
Un règlement fédéral définira les compétences nécessaires du Chef de cordée et de celles du Chef de course…

LES FORMATIONS AUX MÉTIERS DE LA MONTAGNE

En 1945, avec l’appui de la Direction des sports au niveau de l’État, un Comité de direction de l’Enseignement est chargé d’unifier les formations aux métiers de la montagne et d’organiser l’arrivée de plusieurs sociétés travaillistes nouvellement venues aux sports de montagne, tels la FSGT, l’UCPA et l’UFOLEP.
Les différents enseignements aux métiers de la montagne sont délivrés à l'École des Praz de Chamonix.
L’École nationale préparera les Guides et les Moniteurs des stations de ski…
Le Collègue national consacrera les Instructeurs destinés aux collectivités…
La formation des Instructeurs de collectivités répond non seulement à la demande des sociétés travaillistes et des clubs, mais aussi à celle des organisations structurées comme l’École militaire.
Pour contourner les corporatismes, les Instructeurs de collectivités recevront le même enseignement que les Guides ou que les Moniteurs de ski, mais ne pourront pas exercer auprès de la clientèle privée…
Cette organisation très byzantine devra être plusieurs fois réaménagée pour trouver le raisonnable…
En 1948, après quelques chamailleries, c’est la fusion entre les deux institutions.
L’« École Nationale de Ski et d’Alpinisme » ( ENSA ) regroupera les différentes formations vers les métiers de la montagne.
À ces enseignements s'ajoutent ceux délivrés aux Instructeurs bénévoles des associations, sociétés de ski, club d'entreprises et organismes d'éducation populaire.
C'est la prise en compte des différents courants qui traversent le mouvement sportif de l'époque...
En particulier des stages de perfectionnement seront réservés chaque année aux membres affiliés à la FFM, pour la formation des futurs chefs de Cordée et des chefs de Course des Associations...

Pour aller en montagne

Dans ces années d’après-guerre, il y a maintenant plusieurs manières, approuvées par les structures, d’aller en montagne :

<  en autonomie, après avoir reçu un Enseignement alpin pour la formation de cordées indépendantes.
<  durant un stage, encadré par des Instructeurs ou des Guides.
<  en ayant recours à un Guide professionnel, pour ceux qui n’ont pas les moyens physiques ou psychologiques, pour ceux qui n’ont pas la possibilité ou la volonté de suivre un Enseignement alpin.
<  en formation avec un Guide professionnel, qui accepte de transmettre l’Enseignement alpin…

Après des débats commencés avant la Grande Guerre 1914-1918, on arrive enfin à un consensus, le but de l’« Enseignement alpin » est bien de rendre les alpinistes autonomes et responsables…

Le métier de Guide de haute montagne

Dès 1944, Lucien Devies s’était attaqué à la question du statut et de la formation des Guides de montagne et de haute montagne, car l’application des intentions de la Loi de 1943 devait encore être précisée et aménagée…
Les travaux porteront sur la rédaction des textes réglementaires, le statut et la formation des Guides et la transposition des brevets attribués de 1904 à 1940 par le CAF...
À l’initiative de la « Commission des Guides de la FFM », en liaison avec la Compagnie des Guides de Chamonix, un projet de réglementation de la profession est proposé à la Direction générale des sports.
Trois niveaux de compétence sont retenus : Guide de Montagne, Guide de Haute Montagne et Aspirant-Guide, avec port de l'insigne fédéral FFM.
C’est la FFM qui assurera le secrétariat de l’organisme pour faciliter la régulation des anciens diplômes, décernés il y a quelque temps encore par le Club Alpin.
Ce n’est qu'en 1958 que l’École Nationale de Ski et d’Alpinisme prendra le relais…Par la Loi du 18 février 1948, le cadre juridique est donné au métier de Guide, seuls les titulaires d’un brevet de compétence peuvent emmener des clients en montagne contre rétribution...
Des brevets de compétence qui seront délivrés après un stage de formation à l'École Nationale de Ski et d'Alpinisme.

On va désormais devenir Guide non plus par sa naissance, mais par des qualités affirmées et contrôlées, mais la validation des anciens diplômes va encore - pour un temps heureusement - voir perdurer quelques rentes pittoresques de situation...

L’UNION NATIONALE DES CENTRES DE MONTAGNE

Afin de promouvoir les activités de montagne pour la jeunesse, l’« Union Nationale des Centres de Montagne » ( UNCM ) est créée en 1945.
Elle est administrée par l'État, les collectivités territoriales et les grands mouvements de jeunesse et d'éducation populaire. Elle permettra à un très grand nombre d’approcher les montagnes…
Une organisation qui pourra proposer une formation pour les chefs de Cordée et procurer une autonomie aux pratiquants dans le cadre des Clubs.
Une mise en application du modèle prôné maintenant par le Club Alpin et la FFM…

1946 - Le partage du Mont Blanc

Dès 1944, des discussions difficiles sont entamées pour fixer les limites communales des hauts glaciers du Mont Blanc, les municipalités de piémont réclamaient un morceau du gâteau, et depuis bien longtemps se disputaient le sommet des Alpes…
L’Arrêté préfectoral de 1946 attribue à Chamonix, aux Houches et à Saint Gervais des parties des pentes et du sommet, sans se préoccuper de la réclamation de nos voisins italiens…
Ceux-ci, contestant l’interprétation française des décisions des Commissions chargées de fixer les détails des limites frontalières de 1796 et 1860, considèrent que le sommet est mitoyen…
Si le cadastre du culmen n’est pas encore certain - même aujourd’hui - mais qui s’en préoccupe…, les refuges Vallot et du Goûter sont bien sur la commune de Saint Gervais et le refuge des Grands Mulets sur celle de Chamonix...
Du côté du Club Alpin, du GHM et de la FFM, ce sera le silence total sur la question pour ne pas ajouter à l’écheveau.
Seul un article de Charles Vallot exposera correctement la situation dans la revue « La Montagne » de 1949…
Et plus tard, un simple exposé de la situation qui pouvait intéresser les lecteurs de nos publications sera vite remisé au fond des tiroirs…

1946 - Le Laboratoire des Cosmiques, 3613m

Le 31 août 1946, inauguration du Laboratoire d’Étude des Rayons Cosmiques, 3613m situé à proximité du col du Midi et bénéficiant de la benne de service du troisième tronçon du téléphérique du col du Midi, désormais définitivement abandonné. Une étroite plateforme qui peut emporter 6 personnes, depuis la station des Glaciers au départ du village des Pèlerins.
Le laboratoire comprend en plus du dispositif scientifique permettant l’étude des rayons cosmiques, une cuisine et un dortoir…
Il accordera l’hospitalité aux alpinistes dans la limite des couchages disponibles et de l’humeur du gardien… Il est détruit accidentellement en 1984. Jusqu'au nouveau bâtiment moderne de 1991.

1947 - Le premier rassemblement international

La FFM et le Collège National d’Alpinisme des Praz accueillent à Chamonix dans les locaux du collège, un premier rassemblement des meilleurs alpinistes étrangers et français…
Cette manifestation voulue par les responsables de la FFM et du Club Alpin avait pour but de souligner le dynamisme de l’alpinisme de notre pays. Cette réunion amicale sera proposée tous les quatre ans aux nations pratiquant l’alpinisme…

1945 à 1947 - Le ski d’après guerre

Le prodigieux essor du ski reprend après la guerre, des téléphériques sont apparus à Serre Chevalier en 1941 et à Val-d’Isère en 1942, s’ajoutant aux équipements de Chamonix, de Megève et autres.
Le Club Alpin continue à entretenir un fort enthousiasme pour la pratique du ski, pour la promotion du ski de haute montagne et pour encourager une forme d’émulation…
En 1947, il réactive ses compétitions inter-Sections, une Coupe des Améthystes et un Challenge inter-Sections pour des courses combinées fond et descente. 
Comme la Fédération Française de Ski possède le monopole reconnu de la compétition concernant le ski, cela ne va pas sans quelques anicroches, malgré les bonnes volontés des deux parties…

En 1947, un protocole est signé :

<  La FFM reconnaît que les compétitions et le tourisme à ski, l’organisation des stations et l’enseignement du ski sont du domaine normal de la FFS.
<  La FFS reconnaît que le ski de haute montagne et l’organisation d’activité dans les régions glaciaires sont du domaine normal de la FFM.

Un protocole critiqué par plusieurs Sections de montagne du Club Alpin…

1945 à 1952 - LA RECONSTRUCTION DES REFUGES

En 1945 au sortir de la guerre, les refuges sont - pour la plupart - délabrés faute d’entretien, et certain sont pillés ou vandalisés.
Ils sont à ce moment-là, pour la très grande majorité en France, des créations et des propriétés du Club Alpin ou encore des lieux d'accueil confiés à sa gestion…
À la tête de la « Commission des Travaux en montagne », Lucien Devies sera le concepteur d’une vaste stratégie et d’une politique à long terme de reconstruction et de développement.
Un véritable plan d’aménagement du territoire permettant l’accès aux montagnes, tout en préservant certains sites.
De 1947, pour le refuge Temple-Écrins et jusqu’en 1974, pour celui d’Argentière, Lucien Devies sera présent aux 36 inaugurations de nos refuges de haute montagne, pour lesquels il aura été l’un des principaux artisans et décideurs...
Nous retrouvons l’homme dans une note de la fin des années 1960 : « Les problèmes de construction qui se posent ne sont pas philosophiques mais pratiques. Depuis vingt ans, aucun esprit de système n’a présidé aux choix des solutions retenues et leur diversité le montre bien. Pour des constructions érigées dans un milieu souvent très rude et laissées à elles-mêmes pendant de longs mois, le souci de la fiabilité est naturellement et nécessairement primordial ».
Yves Letort précise : « À la fin de la guerre beaucoup de refuges sont dans un état alarmant. Nombre d'entre eux avaient par force manqué d'entretien, certains avaient été pillés, "vandalisés" par des troupes d’occupation - pas toujours étrangères - ou même par des alpinistes peu scrupuleux.
Lucien Devies va s'attacher à relever ce délabrement, il y sera aidé par le dévouement des membres du Club qui vont jusqu'à monter eux-mêmes du ciment dans leurs sacs de montagne. Il déploie personnellement une intense activité, d'une part pour galvaniser l'action des sections du CAF, des gardiens et gérants de refuge, d'autre part pour obtenir des pouvoirs publics autorisations de reconstructions, subventions, dommages de guerre, et plus, prosaïquement
 : monnaie - matière sans laquelle ne peut être obtenu aucun matériau ».

En 1948, l’État transmet au Club Alpin la gestion de plusieurs refuges - Glacier Blanc, Bans, Vallonpierre et plus tard l'Envers des Aiguilles  - qu’il est incapable d’administrer convenablement et lui proposera la concession des refuges italiens, maintenant sur le territoire national…
Au fil du temps, le Club Alpin restera l’une des rares associations disposant de l’organisation et des compétences pour construire et entretenir des refuges de haute montagne…
Depuis 1943, la Fédération Française de la Montagne est l’interlocuteur des pouvoirs publics pour ce qui intéresse les activités sportives en montagne, mais une ambiguïté demeurera en ce qui concerne certaines orientations des associations ayant un but plus généraliste - plus étendu que sportif - comme l’œuvre bâtie, les démarches scientifique et culturelle…
En ce qui concerne les refuges de montagne, la FFM ne fera que transmettre au Club Alpin la prise en charge effective et la réalisation comme maître d’œuvre des projets de construction du bâti en altitude…
En 1948 - nouveau président du Club Alpin - Lucien Devies publie dans La Montagne l’article « Nos refuges » une synthèse concernant les constructions d’altitude…
Le président Devies - par ailleurs président de la FFM - prend bien le soin de signer son éditorial comme président du Club Alpin pour bien situer les implications.

Le financement des refuges

Avant la Grande Guerre, les refuges avaient été construits sur les propres ressources de l’Association et en recevant legs et donations de ses membres.
Dans l’Entre-deux-guerres, l’aide de l’État avait été sollicitée et obtenue partiellement en 1924, mais c’étaient encore les propres ressources du Club, les legs et donations de ses membres qui permettaient principalement le financement des refuges. S’ajoutaient parfois quelques participations financières de municipalités qui avaient déjà compris l’intérêt de ces lieux d’accueil pour l'essor du tourisme local.
Après la Seconde Guerre mondiale, le Club Alpin saura définitivement convaincre l’administration, l’État et plus tard les collectivités locales de l’utilité publique de ces équipements et de participer plus largement à leurs financements….

Poursuivre l’œuvre bâtie

Les premières constructions nouvelles en montagne sont inaugurées en 1947 et marquent l’ambition du Club Alpin à poursuivre son œuvre bâtie…

1947 à 1949 - LES REFUGES CONSTRUITS OU RESTAURÉS

1947 - Le refuge du Monte d’Oro, 1135m
1947 - Le refuge de Temple-Écrins, 2410m
1948 - Le refuge des Bans, 2083m
1948 - Le chalet des Cortalets, 2150m
1948 - Le refuge du Glacier Blanc, 2542m
1948 - Le refuge de la Vallée Étroite, 1780m
1948 - Le refuge de Vallonpierre, 2271m
1949 - Le refuge de Bise, 1506 m
1949 - Le refuge de Chastellar, 1997m
1949 - Le refuge de Chastillon, 2034m
1949 - Le refuge des Évettes, 2590m
1949 - Le refuge de la Lavey, 1797m
1949 - Le refuge de la Madone de Fenestre, 1903m
1949 - Le refuge des Merveilles, 2100m
1949 - Le refuge du Saussois
1949 - Le refuge des Trois Fours, 1200m

Voir un historique détaillé dans le dossier : L'Aménagement de la montagne et les Refuges.

1947 - L’ORGANISATION DU SECOURS EN MONTAGNE

Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, les interventions de secours étaient assurées par les montagnards eux-mêmes.
Il n'existait aucun dispositif centralisé, le bénévolat était naturel au nom de la solidarité et de l'assistance.
Des listes de volontaires étaient constituées, des systèmes d'alerte étaient prévus, « mais ce sont des efforts éparpillés, montés souvent au pied levé ».
Dans les centres alpins, ce sont les Guides qui assurent naturellement « le devoir de porter assistance ». En 1945, ces derniers ont eux-mêmes demandé que soit inscrit « le devoir de porter secours » dans le nouveau règlement de leur profession...
Ce sont des dévouements et des bonnes volontés qui animent les petites entités existantes « mais ce sont des initiatives dispersées, des méthodes et des techniques disparates, des actions souvent improvisées ».
Et aussi des suzerainetés et des petits pouvoirs qu'il faudra convaincre ou encore contourner ( voir le dossier : Un historique du Secours en montagne ; et l'ouvrage : Lucien Devies - La montagne pour vocation - L’organisation du secours en montagne - Édition l’Harmattan ).

La création de la Commission de secours en montagne

La « Commission des secours en montagne » est chargée de rassembler au sein de la FFM les différentes initiatives et de proposer une unité d'organisation et d'action.
Les grandes lignes d'une opération de sauvetage sont clairement définies avec les trois niveaux : méthode - préparation - exécution. Ainsi que sont identifiées les différentes responsabilités : administrateur du plan d'action - directeur d'intervention - chefs de caravane - secouristes exécutants.
Dans la revue La Montagne d'octobre 1946, Lucien Devies signe, comme président de la Commission de secours, l'article exposant « L'organisation des Secours en montagne en France ».
Il y évoque une première fois l'idée d'un Service public...
Le 11 octobre 1947, se tient la réunion générale constitutive de la Commission fédérale regroupant les « Sociétés de secours en montagne », pour la plupart des Associations du type Loi de 1901.
Les préoccupations principales seront : la formation des secouristes, la fabrication de matériel moderne de sauvetage, les assurances, les récompenses, le recouvrement des frais de sauvetage, « ainsi que la très importante question de la coopération avec les pouvoirs publics pour la recherche et le sauvetage des avions perdus en montagne ».
Le souci premier des représentants de l’État, présents à cette réunion, était d’aller chercher les morts dans les avions accidentés en montagne, pas les skieurs ni les alpinistes en détresse...
La Commission fédérale regroupera l’ensemble des Sociétés de secours en montagne réparties dans nos zones de montagne.
En 1948, une première grande opération de secours dépassant la simple routine se présente dans la face sud du Pavé dans le massif des Écrins. Viendra ensuite l'intervention des secours dans la face nord-est de l’Olan en 1949 et pour la catastrophe aérienne sur l’Obiou en 1950.
Ces opérations montreront les limites de l’organisation.
Les Sociétés de secours auront beaucoup de difficultés à recruter des secouristes rapidement disponibles et souffriront d’un manque chronique de moyens.
En ces temps-là, les opérations de secours se déroulaient par voie terrestre, les portages dans les zones escarpées se faisaient bien entendu à dos d’homme...

1947 - UN COMITÉ NATIONAL DE RANDONNÉE

Au lendemain de la Grande Guerre 1914-1918, venant du scoutisme, Jean Loiseau avait créé un groupe de marcheurs : « Les Compagnons Voyageurs », et avec le soutien du Camping Club de France, il avait ébauché le projet de créer en France des « Grandes Routes du marcheur ».
Dans la première moitié du vingtième siècle, les sociétés qui s’intéressent aux excursions pédestres en pleine nature sont : le Mouvement scout, les Auberges de Jeunesse, le Club Alpin Français, la Société des Touristes du Dauphiné, le Camping Club de France, le Touring Club de France, le Club Vosgien, les Excursionnistes marseillais et toulonnais.
Et chaque structure proposait ses chemins d’excursion.
Le Club Alpin était surtout présent dans les massifs montagneux ou accidentés…
Le 22 août 1947 est créé le « Comité National des Sentiers de Grande Randonnée » ( CNSGR ) réunissant les associations précitées…
Avec une proposition de réseau national de chemins balisés, une signalisation ( le fameux trait rouge surmonté du trait blanc ) et le recrutement de bénévoles dans les associations fondatrices, les « Grandes Routes du marcheur » se transforment vite en « Sentiers de Grande Randonnée ».
Le terme « randonnée » est lancé…
Le Club Alpin apporte son concours sur le terrain, grâce à certaines de ses Sections qui balisent et entretiennent les sentiers de Grande Randonnée, particulièrement dans les zones de montagne ( voir le dossier : Randonnée et randonnée alpine ).

1947 - La Réserve naturelle d’intérêt national du Mercantour

Jusque-là, un des versants du Mercantour était situé en territoire italien. Conséquence des accords de Paris à la fin de la guerre 1939-1945, une rectification des frontières permet au massif du Mercantour de devenir entièrement en territoire national.
En 1947, la Réserve naturelle d'intérêt national du Mercantour voit le jour dans les Alpes-Maritimes pour la protection de la faune sauvage...
C'est le Conservateur des Eaux et Forêts, Alfred Dugelay qui est à l'origine de la proposition... Une zone de protection facilement admise par les chasseurs, après le saccage des gros et petits gibiers par les braconniers.

1947 - La montagne d’utilité publique

Le Club Alpin poursuit sa politique de préservation du milieu naturel, suggérée dès sa création en 1874, en étant encore peu entendu...
Pourtant, long plaidoyer de Samivel dans la revue La Montagne de juillet 1947 :

« Il faut pratiquer intensivement une politique de parcs nationaux. Multiplier aussi les "réserves", où les formes vivantes et inanimées et les rythmes cosmiques seront préservés de toute pollution ou destruction. Il faut en tous lieux protéger les rivières, les forêts, les cavernes, les montagnes.
Les territoires montagneux, par la variété extrême de leurs grands aspects naturels, de leur faune, de leur flore, les qualités bénéfiques du milieu, les facilités relatives d'isolement qu'ils présentent, paraissent éminemment propres à la constitution des terrains de jeu et des réserves. Leur préservation n'intéresse pas que les alpinistes, mais à peu près tous les tenants des sports de plein air ».

Les hauts lieux de l'escalade en falaise

L’escalade en falaise connaît un engouement important. Les Ardennes belges, les Calanques et le Saussois sont les hauts lieux de cette pratique - préparatoire à l’alpinisme - avec à un degré moindre les sites de Saffres, de Cormot, du Baou et du Caroux.
La protection des grimpeurs est assurée par les pitons qui servent indifféremment de point d’assurage et de point d’aide.
Mais il est apparu rapidement que les pitonnages et les dépitonnages successifs endommageaient sérieusement la roche et principalement la roche calcaire, plus fragile que le granit.
L’équipement à demeure de voies fréquentées deviendra vite une obligation ( voir le dossier : Un historique de l’escalade ).

1948 - Les chaussons d'escalade

En 1948, et après une longue mise au point commencée en 1935, Pierre Allain met sur le marché dans son célèbre magasin de la rue St Sulpice à Paris, un chausson d'escalade à semelle caoutchouc de marque PA.
Les fameux chaussons bleus seront immédiatement l'outil indispensable pour l'escalade à Fontainebleau.
Il faudra curieusement attendre 1967, pour voir leurs apparitions dans les falaises calcaires et aussitôt dans les escalades rocheuses des Alpes… et, à partir de 1974, les chaussons PA et leurs dérivés seront indispensables pour toute escalade rocheuse difficile ou pas, en tous lieux ( voir le dossier : Le matériel de l’Alpiniste ).

1948 - LES ORGANISATEURS DES INSTITUTIONS

<  Le 11 avril 1948, le Club Alpin procède à l’élection comme président de Lucien Devies.
<  Louis Neltner est l’un des vice-présidents et Yves Letort est membre du Comité de direction…
<  Au même moment, Yves Letort est président de la FFM.
<  Lucien Devies et Louis Neltner sont vice-présidents…
Ces trois dirigeants Lucien Devies, Yves Letort et Louis Neltner - qui ont su préserver les institutions de montagne pendant les années d'occupation - vont permettre au mouvement alpin de s'organiser dans la solidarité dans l'immédiat après-guerre...

  • Mais un seul va pouvoir assurer la conduite de nos instances pendant de nombreuses années.

À la fin de l’année 1948, Yves Letort trop occupé par ses activités professionnelles doit passer la main, et Lucien Devies est élu président de la FFM…

  • Lucien Devies concentre l’ensemble des moyens et des pouvoirs en présidant les principales organisations de montagne, le CAF, le GHM, la FFM et Comité de l’Himalaya, il est aussi le directeur et le chroniqueur de la revue Alpinisme.

Pendant vingt-cinq ans, le monde de la montagne va pratiquement confier sa destinée à un seul homme Lucien Devies…

  • Il sera le plus éminent des dirigeants que le monde de la montagne a compté...

Les cotisations

En 1948, le Club Alpin - en modifiant les montants de ses cotisations - supprime la faculté de devenir membre à vie, jusque-là proposé contre un versement forfaitaire…
Un appel aux dons est adressé aux heureux bénéficiaires de ce privilège, que l’inflation a rendu complètement exorbitant…

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LE MATÉRIEL D’ALPINISME

En 1949, le matériel d’alpinisme rationné depuis la dernière guerre, redevient en vente libre. Il fallait préalablement obtenir un bon d’achat distribué par la FFM, pour obtenir corde et chaussures, en présentant une preuve de compétence…
Bientôt plusieurs commerces spécialisés verront le jour, avec notamment Le Vieux Campeur qui deviendra au fil du temps une grande surface de notoriété.

La corde en polyamide
 À la sortie de la guerre 1939-1945, deux initiatives parallèles sont poursuivies visant à améliorer la sécurité des cordes d’alpinisme.
Jusque-là, on grimpait avec comme seule protection la corde en chanvre, celle-ci cassait pour une chute libre d'un mètre sous une charge de 80 kg, la sécurité pour le premier de cordée était inexistante.
Les cordes ordinaires en chanvre étaient destinées à subir un effort de traction lent ou une charge statique, elles ne supportaient pas une charge dynamique, c'est-à-dire la chute du premier de cordée.
Avec le polyamide ( Nylon ), le progrès va être décisif… Les cordes spéciales câblées voient le jour en Grande Bretagne à la fin de la guerre, en conservant les méthodes de fabrication des cordes de marine… Elles seront les premières à offrir une résistance importante grâce à leur élasticité permettant de parer la chute d’un grimpeur progressant au-dessus d’un point d’ancrage…

  • En 1947, la corde moderne est mise au point, sur les conseils de Pierre Chevalier, par les établissements Joanny. C’est une corde à fils parallèles formés d’éléments multifilamentaires de polyamide protégés par une gaine tressée.

C’est un grand progrès… Ces nouvelles cordes vont offrir une résistance importante grâce à leur élasticité et vont se trouver protégées des frottements avec la roche par leur gaine extérieure. 

À Grenoble, Maurice Doderot au sein de la Société des Touristes du Dauphiné commence l’étude systématique de la résistance des cordes.

En 1950, une Commission des cordes de montagne, visant à définir un label, est en place au sein de la Fédération Française de la Montagne, conduite par Maurice Doderot et Pierre Henry. 
Ce label fixe les conditions que devront supporter les cordes pour être agréées. Ce sont les entreprises du bâtiment qui se montreront immédiatement intéressées, plus tardivement les fabricants de cordes d’alpinisme…

En 1963, la Fédération Française de la Montagne décidera d’étendre l’objet de la Commission fédérale des cordes de montagne qui deviendra la Commission fédérale du matériel de sécurité, elle aura compétence sur les éléments essentiels de la sécurité des grimpeurs.
En 1964, un label international proposé par l'Union Internationale des Association d'Alpinisme viendra se substituer aux  brevets nationaux et qui est aujourd’hui le garant de la sécurité ( voir le dossier : Le matériel de l'alpiniste ).

Les mousquetons

C’est encore le mousqueton en acier qui est utilisé principalement.

Déjà en 1938, un mousqueton léger en alliage d’aluminium avait été essayé par Pierre Allain.

En 1948, un mousqueton léger en alliage d’aluminium ( Duralumin ) est commercialisé par Allain. Il devait être utilisé avec prudence essentiellement pour l'escalade artificielle, car il ne résistait pas à une chute même modeste. L’information technique publiée parle imprudemment d’une résistance bien supérieure aux mousquetons en acier…
Curieusement ces mousquetons ne sont pas munis d’un tenon de verrouillage du doigt mobile, comme l’ont toujours été les mousquetons en acier, l’amélioration n’apparaîtra que plus tard.

En 1958, Pierre Allain est le premier à proposer un mousqueton léger à haute résistance mécanique en alliage léger ( Zicral ), toujours sans tenon de verrouillage du doigt mobile.
Ce nouveau matériel annonce le mousqueton moderne avec un poids de 50 grammes et une résistance à la traction de 1600 daN, capable d'accepter relativement bien l'énergie correspondant à la chute d'un grimpeur évoluant au-dessus d’un point d’assurage.
Le mousqueton léger en alliage d’aluminium va de généraliser avec les progrès des alliages proposés et des facteurs de forme améliorés.

En 1966, un mousqueton en alliage léger, avec verrouillage du doigt d’ouverture, est présenté par Pierre Allain. C'est un véritable élément de sécurité. C’est à ce moment-là, avec la compréhension du système mécanique du dispositif, qu’est apparue l’importance du verrouillage du doigt de fermeture du mousqueton, comme déjà en place par empirisme sur les mousquetons en acier.
La charge admissible passe de 1600 à 2800 daN ; le mousqueton en alliage léger devient un véritable élément de sécurité capable d'accepter - suivant des normes précises - l'énergie correspondant à la chute d'un grimpeur évoluant au-dessus d’un point d’assurage.
Des fabrications similaires seront bientôt proposées par plusieurs fabricants

D’autres progrès techniques
Des progrès importants vont apparaître, concernant les pitons américains en acier élastique (1952), les piolets (1957 en Écosse), les broches à glace (1960 et1970) et le casque d’escalade (1961). Voir le dossier concernant le matériel de l’alpiniste.

1949 - La technique française de cramponnage

La méthode de cramponnage imposée par Armand Charlet et présentée en France par l'École Nationale de Ski et d'Alpinisme comme la technique française, sera fossilisée par l’article « Techniques actuelles de la neige et de la glace » d’André Contamine paru dans la revue Alpinisme de 1949.
C’est en fait une adaptation de la technique Eckenstein définie dès 1908, avec des crampons à dix pointes, fabriqués d’abord chez le forgeron Henri Grivel à Courmayeur et ensuite ailleurs, expliquée plus tard en France dans la revue Alpinisme de 1927 et rebaptisée curieusement technique française.
Une méthode adaptée aux pentes classiques, mais beaucoup moins aux inclinaisons plus importantes et aux progrès à venir.
Mais en France personne n'osera contrarier les certitudes et les chevilles particulièrement souples du meilleur glaciairiste français du moment...et directeur technique de l'École Nationale de Ski et d'Alpinisme..
Pourtant, l’utilisation des crampons 12 pointes avec 2 pointes avant - inventés par Henri Grivel dès 1929 - et la pratique du cramponnage frontal sont adoptées dès 1930, par les meilleurs glaciairistes austro-allemands, suisses et italiens et par des  cordées du GHM en France.
Deux des quatre premiers ascensionnistes de l’Eigerwand, Anderl Heckmair et Wiggerl Vörg utilisaient des crampons avec pointes avant en 1938… ( voir le dossier : Le matériel de l'Alpiniste ).
Lire plus loin les péripéties de 1966 et 1969, et il faudra attendre le début des années 1970 pour que la technique frontale soit enfin proposée à tous en France… 

1949 - LA COMMISSION DE SKI ET D’ALPINISME HIVERNAL

L’enthousiasme grandissant pour le ski faisait de ce sport le mode de recrutement le plus important pour l’association.
Impossible pour elle, de se désintéresser de cette activité qu’elle a elle-même créée en son temps…
L’harmonie et la communauté de vue seront recherchées avec la Fédération Française de Ski pour ce qui concerne les compétitions sportives organisées par le Club Alpin.
En 1949, trente-deux Ski-Clubs Alpins sont attachés au Club Alpin...
Dans la Fédération Française de Ski, certains Ski-Clubs du Club Alpin sont la plus forte représentation en nombre dans certains Comités régionaux FFS...
En 1949, la « Commission de ski et d’alpinisme hivernal » se réorganise, elle est transférée de Paris à Lyon pour se rapprocher des montagnes, et « être en contact étroit avec les problèmes de la neige et de la montagne »…

Son rôle est rappelé :

<  Unifier et coordonner le ski dans les Sections.
<  Organiser dans les Sections, les activités et des initiatives concernant le ski, conformément à l’esprit et à l’intérêt du Club Alpin et aux aspirations de ses membres.
<  Organiser des compétitions réservées aux membres du Club Alpin, exaltant l’esprit d’équipe et de cordée et restant dans le cadre d’un divertissement dominical entre skieurs amateurs. Un Challenge national inter-Sections d’hiver et un Rallye de haute montagne au printemps sont les deux manifestations principales, avec la Coupe des Améthystes organisée par le Ski-Club Alpin de Paris…
<  Encourager le ski de fond, pratique de haute valeur athlétique et morale. Les qualités d’endurance, d’énergie et de discipline personnelle, demandées par cette pratique étant proches de celles permettant d’accéder à la haute montagne.

  • Le but ultime pour la Commission reste le parcours de la montagne enneigée, par des skieurs accomplis…

Les propagandistes du ski de montagne

Deux personnalités du Club Alpin, Maurice Martin et Jacques Rouillard vont apporter une importante contribution en faveur du ski de montagne en France.
Par leurs écrits dans la revue La Montagne, par leurs exemples et leurs propositions d’itinéraires originaux, ils sauront initier et convaincre de nombreux skieurs au parcours de la montagne hivernale.
L’article de Maurice Martin paru dans la revue La Montagne de février 1954 : Camping sur la neige montre son intérêt pour l’autonomie.
Le livre de Jacques Rouillard « Loin des pistes l'aventure » dans lequel il proposait une vision originale du ski de montagne, rappellera ses pérégrinations hivernales…
Depuis bien d’autres adeptes du ski de montagne apporteront leur contribution, mais les initiatives des précurseurs d’abord celles de Léon Zwingelstein, puis celles de Maurice Martin et Jacques Rouillard resteront dans nos mémoires…

1949 - LE CLUB ALPIN A SOIXANTE QUINZE ANS

En 1949, le Club Alpin a soixante quinze ans, s’est l’occasion pour le président Lucien Devies de dresser un bilan, de proposer des perspectives d’avenir dans plusieurs domaines d’action et de souligner les valeurs portées par notre instance.

Les domaines d’action :

<  Essor de l’alpinisme français
<  Présence dans les massifs lointains
<  Protection de terrain de jeu
<  Enseignement alpin
<  Travaux en montagne
<  Secours en montagne
<  Randonnée
<  Ski
<  Spéléologie
<  Vol à voile

Les valeurs portées :

<  L’amour et le respect de la montagne
<  L’esprit d’entreprise
<  L’aventure libre
<  L’expérience et le dépassement de soi.

Une carte du Mont Blanc au 1/10 000e

Une carte au 1/10 000e du Mont Blanc voit le jour en 1949, elle est présentée comme le chef-œuvre de l’Institut géographique national, créé en 1940 en remplacement du Service géographique des armées afin d'éviter la mainmise de l’occupant ( voir le dossier : Les cartes géographiques ).

1949 - Le tunnel de Mont Blanc

Publication dans la revue La Montagne d’un important article présentant le projet du tunnel routier sous le Mont Blanc, par la plume d’un Inspecteur général des Ponts et Chaussées. Un projet de tunnel ferroviaire datait de 1874, il était abandonné un peu avant la Seconde Guerre mondiale au bénéfice d’un tunnel routier…
Il n’y aura pratiquement pas de réaction du monde de la montagne, ni des Associations, ni des édiles locaux et ni des gens de la vallée...
Dans nos vallées, l’heure n’est pas encore aux préoccupations environnementales…

1949 - LE MOMENT ÉTAIT VENU

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, les regards se tournent à nouveau vers les montagnes...
Les principales nations possédant un alpinisme dynamique et actif ont créé des structures chargées de mener l'exploration des montagnes lointaines, notamment les plus hauts sommets de l'Himalaya...
Redisons encore une fois que l’organisation de pareilles expéditions nécessitait des compétences techniques, financières et diplomatiques très éloignées du savoir-faire des alpinistes…
Seul un Comité d’organisation pouvait conduire un pareil projet…

D’abord un jeu diplomatique

Comme en 1933, pour une initiative vers les montagnes les plus hautes, certaines encore jamais approchées, il fallait l’accompagnement d’un effort diplomatique important au niveau des ministères et des ambassades de notre pays vers les autorités du pays hôte ( voir le dossier : Historique des Expéditions lointaines françaises ).

Les Français se préparent...

À ce moment-là, les alpinistes français n'ont été présents qu'une seule fois, sur plus de cent expéditions déjà organisées, et les 8000 ont été tentés trente fois sans aucun résultat…
En 1949, le Népal - jusque-là fermé aux étrangers - ouvre ses frontières, les ascensionnistes européens se précipitent, en premier lieu les Britanniques qui ont une longue expérience et une organisation solide, mais ont surtout un grand objectif : l’Everest qui se refuse à eux depuis trente ans…
En France, c’est la Fédération Française de la Montagne qui conduira les futures initiatives et les activités liées à l’exploration des montagnes lointaines.
Fin 1948, la FFM crée le « Comité de l'Himalaya ». Il succède au « Comité français de l'Himalaya », structure indépendante organisatrice de l'expédition de 1936 qui accepte de passer la main…
Le cadre juridique, structurant l’expédition, est reconduit sur les mêmes bases que celui des années trente « préservant les produits de l'expédition, film, livre, articles, photographie et conférence, qui permettront d'organiser une seconde expédition et ainsi de suite ».
Cette Commission aura pour mission d’organiser, de préparer, de contrôler, de gérer les conséquences de la future expédition et des suivantes, « d’approuver une politique d’ensemble menée en faveur des expéditions hors d’Europe, dans le souci de l’unité d’action des alpinistes français ».

Lucien Devies, président du GHM lance un appel dans la revue Alpinisme de décembre 1949 :
« L’heure de l’action est arrivée… pour nous, le but suprême des expéditions à l’Himalaya demeure la conquête d’un sommet de 8000 mètres. Si, en effet, près de trente sommets de 7000 mètres ont été gravis, aucun des quatorze 8000 n’a encore cédé »...
Louis Neltner, qui a été nommé président du Comité de l’Himalaya par la direction fédérale, demande rapidement à être remplacé, c’est Lucien Devies qui est appelé pour lui succéder...

Lucien Devies sera l'initiateur, le concepteur et l'organisateur de la future expédition qui est dirigée vers l’Annapurna et le Dhaulagiri, deux montagnes jamais approchées par les himalayistes ( voir le dossier : Historique des Expéditions lointaines françaises ).

Au sujet du Comité de l’Himalaya

Beaucoup plus tard - au XXIe siècle - dans un article consacré aux nationalismes des années mil neuf cent trente, une revue spécialisée voudra faire un lien entre ce qui se passait en Allemagne et en France, au détriment de la réalité…

<  L’affirmation : « La Fondation allemande pour l’Himalaya a été le prototype d’une organisation étatique de l’alpinisme dont les Français se sont inspirés quand ils ont mis en place, après la guerre, le Comité pour l’Himalaya » est évidemment fausse…
<  La « Fondation allemande pour l’Himalaya », dont la revue explique des relations et des proximités avec les nazis, a été créée en 1936… Tenter de faire un rapprochement entre cette fondation et l’organisation française est scandaleux.
<  Le « Comité Français de l’Himalaya » est fondé dès 1933 sur le modèle du « Comité de l’Everest » des Britanniques créé en 1919, il est patronné par le Club Alpin Français et par le Groupe de Haute Montagne, c’est une structure indépendante du type Loi de 1901, juridiquement déclarée le 16 mai 1935.
<  Après la guerre, c’est la même organisation qui sera reconduite par la FFM, avec le « Comité de l’Himalaya »
<  Ces comités ne reflétaient évidemment pas de volontés nationalistes, mais répondaient à des besoins organisationnels…

L’effort financier

Au Comité de l'Himalaya, le cadre juridique de 1935 étant reconduit, l’intérêt général sera protégé par un contrat individuel liant chaque participant avec la FFM. L'intérêt individuel des participants, concernant les résultats éventuels de l'expédition, s'effaçant au bénéfice des futures générations, avec notamment une exclusivité de 5 ans qui préservait les droits de l’organisation.
Pour le financement de l’opération en préparation, l'administration française contribuera ainsi que des Entreprises financières et industrielles, le Club Alpin apportera un important concours dans la préparation, et aussi en participant pécuniairement…
L’équilibre financier ne sera pas trouvé et le Comité de l’Himalaya devra recourir à une souscription, à laquelle les Associations de montagne et leurs membres - notamment ceux du Club Alpin - participeront permettant à l’opération de se concrétiser ( concernant l’effort financier initial se reporter à la Chronique alpine de La Montagne & Alpinisme n°2/1981 et le dossier : Historique des Expéditions lointaines françaises ).

 1950 - LE PREMIER 8000

Il revient au Comité de désigner un chef d'expédition qui devra « tirer son autorité de l'exemple », il sera le représentant et agira au nom de la Commission organisatrice...
L’équipe est composée de Jean Cousy, Maurice Herzog ( chef d'expédition ), Louis Lachenal, Gaston Rébuffat, Marcel Schatz, Lionel Terray, Jacques Oudot ( médecin ), Marcel Ichac ( cinéaste ) et Francis de Noyelle ( officier de liaison ).

  • Ce sera le formidable succès du 3 juin 1950.

Après une longue exploration de ces vallées et montagnes jamais explorées par des ascensionnistes, un assaut rapide, léger et déterminé est donné vers l'Annapurna, 8091m.
Souvenons-nous que l'équipe opère sans l'aide de l'oxygène respiratoire… Elle va devoir forcer la chance avant l'arrivée de la mousson...

  • Les deux du sommet - Maurice Herzog et Louis Lachenal - auront à subir de douloureuses amputations durant la marche du retour, sous les pluies de la mousson.

C'est le retour tragique et glorieux...

Annapurna, 8091m - le premier 8000 gravi Annapurna, 8091m - le premier 8000 gravi

 Les résultats financiers

Les conférences « Victoire sur l’Annapurna » présentant l’exploit, illustrées par le film de Marcel Ichac, vont connaître un intérêt exceptionnel en France, en Europe, en Afrique et en Amérique...
Le livre de l’expédition « Annapurna, premier 8000 », écrit par Maurice Herzog, sera un immense succès d'édition, avec quinze millions d'exemplaires publiés dans le monde entier.
Les résultats financiers sont à la mesure de l’événement et très importants... On peut estimer le montant à plus de 2,2 millions d’euros (2017) de recette !

Guido Magnone, qui sera un des acteurs essentiels des futures grandes réussites, écrit : « Avec l'Annapurna, tout se place, se noue, s'explique et vraisemblablement tout ou presque va en découler » ( voir le dossier : Historique des Expéditions lointaines françaises ).

Une certaine confusion

Dans le grand public, il y aura longtemps une certaine confusion entre la plus haute altitude déjà atteinte par l'homme en 1924 : 8500m sans utiliser l’oxygène respiratoire par Edward Felix Norton sur les pentes de l’Everest ; et le premier sommet gravi dépassant l’altitude de 8000m avec l’Annapurna 8091m en 1950…

Le trésor de guerre

Avec les résultats financiers de l’Annapurna, un « trésor de guerre » pourra être constitué, entièrement consacré aux futures initiatives du Comité de l’Himalaya. Et par de judicieux placements financiers, on peut penser que le Comité a eu à sa disposition quelque 5 millions d’euros (2017), pour organiser ses expéditions pendant vingt ans et pour mettre en application « cette politique d’ensemble menée en faveur des expéditions hors d’Europe dans le souci de l’unité d’action des alpinistes français » ( voir le dossier : Historique des Expéditions lointaines françaises ).

LA FORTE AUTONOMIE DU COMITÉ DE L'HIMALAYA

Dans l’organisation fédérale, le Comité de l’Himalaya - agissant par délégation - prendra vite une très grande indépendance dans la gestion de ses finances, avec parmi ses membres l’un des principaux banquiers français qui gèrera directement les recettes avec des placements financiers fructueux.
Et au décès de celui-ci en 1954, c’est un autre des principaux banquiers français qui entre au Comité de l’Himalaya et sera le Conseiller financier de la Commission.
Notons que la FFM - l’organisme de tutelle - n’est pas représentée par ses membres de droit - en tant que tels comme il apparaîtra plus tard - dans un Comité de l’Himalaya qu’elle devait pourtant contrôler…
Mais pour l’heure, la petite structure se trouvait « délivrée de la hantise d'être à court d'argent », elle n'aura plus « la besogne écrasante, insipide, humiliante parfois, consistant à tendre constamment la main, à mendier des aumônes qui ne sont pas toujours faites de bonne grâce ».
Le succès financier de l'Annapurna et le pactole réuni donneront à ce cénacle une grande liberté de manœuvre et une large autonomie en faisant longtemps des envieux… En aval vis-à-vis de la FFM elle-même, car les contrats signés par les membres des expéditions assuraient que les résultats acquis devaient être versés à « un fond destiné à faciliter le financement de l'expédition présente ou de toute expédition ultérieure » ; et en amont au regard des participants, qui avaient accepté de s'effacer au bénéfice du Comité et des futures générations ( voir le dossier : Un historique des Expéditions lointaines françaises ).

On notera le très faible encouragement financier de l’État pour ces opérations qui ajoutaient pourtant au prestige national, sans doute bien informé de la forte capacité financière de la petite instance.

Un Comité de l'Himalaya solidaire

Le Comité de l’Himalaya, en dehors des futurs projets d’expédition, interviendra lorsqu’il faudra soutenir, au-delà des indemnités des assurances et de l’État, un compagnon handicapé, ou assurer l’éducation des enfants orphelins…
Au retour de l’Annapurna, il aura naturellement à soutenir financièrement ses blessés dans leurs épreuves de réinsertions, en fonction des handicaps résultants.

La Commission fédérale se montrera constamment solidaire :

<  En intervenant pour faire nommer à un emploi protégé un compagnon handicapé au retour d’expédition.
<  Et en 1956, puis en 1958, après « deux pénibles accidents de montagne », en soutenant les familles de deux compagnons disparus pour « assurer l’éducation des enfants orphelins jusqu'à l’âge de 23 ans, en aliénant le capital correspondant » compte tenu du rôle éminent que les disparus « ont joué par leurs performances et leurs exemples dans l’alpinisme français ».

À propos de l’Annapurna

À la fin du XXe siècle et à l’approche du cinquantenaire de l’ascension de l’Annapurna, certains, hors contexte et utilisant des informations partielles et des « on-dit » ont voulu exploiter l’événement historique à des fins d’édition ( voir le dossier : Un historique des expéditions françaises lointaines - Année 2000 - Annapurna 1950 ).
Un important travail de Jean-Jacques Prieur, publié dans la revue du Groupe de Haute Montagne permet de s’informer et de comprendre…

- Annapurna, une affaire de cordée ou de photos ? Cimes 2014.
- Annapurna, la conjuration du centenaire. Cimes 2015.

Une première tempête

Mais dès 1951, la Commission fédérale va subir une première tempête lorsque les alpinistes lyonnais demandent à organiser leur propre expédition. Ils présentent un projet et une équipe constituée pour traverser la Nanda Devi, en réclamant les mêmes prérogatives obtenues par d'autres…
Un projet trop audacieux pour certains. Il faudra de difficiles négociations pour qu'un consensus soit trouvé préservant l'autorité du Comité de l'Himalaya et permettant à l'expédition d'aller vers son destin, sans pour autant obtenir une assistance financière de la fédération.

  • La position de juge et partie du Comité de l’Himalaya, qui veut contrôler l'ensemble des initiatives françaises et organiser ses propres expéditions, sera constamment discutée, critiquée et disputée.

Lucien Devies s'efforcera toujours de faire accepter une politique d'intérêt et de prestige national, qui s'opposait évidemment à l'initiative individuelle, l'une des valeurs premières de l'alpinisme.
Sans base juridique solide, l’intention du Comité de l'Himalaya d’exercer un contrôle sur l’ensemble des initiatives vers les montagnes lointaines sera difficile à faire accepter, du côté de l’État comme du côté des organisateurs d’expédition.
Dans le cas de la Nanda Devi, l’incident venait d’un Comité régional FFM…
Le Comité de l'Himalaya va rester - de tout temps - vigilant concernant l'action des expéditions d'initiative privée, pour souvent retenir les grimpeurs les plus actifs dans la formation de ses équipes fédérales, qui se veulent des représentations nationales.
Mais il agira avec la plus grande prudence dans l’utilisation de son « trésor de guerre ».
En 1956, le Comité précisa encore « qu'en égard à l’origine des fonds qui ont été à la base première de l’organisation des expéditions himalayennes » son pactole était réservé aux expéditions nationales.

C'est-à-dire aux objectifs qu’il s’est lui-même choisis…

1950 - Le Comité national du tourisme

C’est une période d’équipement touristique de la montagne à tout va qui s’annonce. Le développement qui est engagé dans l’euphorie de l’époque, sera réalisé sans la pondération des Associations de montagne, très peu présentes…
Un « Comité national du tourisme » est créé, et un schéma est proposé avec les initiatives suivantes :

<  Téléphériques de Carlaveyron, de l’Aiguille du Midi, de Bellevarde et de Courchevel.
<  Télébennes de Samoëns, de Sixt, des Contamines, de Valloire, de St Pierre de Chartreuse, de Chamrousse, de Villard de Lans et de Valberg.
<  Funiculaire de Barèges.
<  Patinoire de Chamonix, village de vacances de la vallée de la Guisane, construction de nombreux hôtels de montagne…
C’est le prélude à l’équipement outré et sans contrainte des années 1960…
Là aussi, l’heure n’était pas aux préoccupations environnementales…

Et chaque vallée voulait ses installations…

1950 à 1960 - LES PREMIÈRES RÉUNIONS INTER-SECTIONS

Les réunions inter-Sections ont pour origine le rassemblement chaque 11 novembre - dès 1927 - des responsables des Sections de l’Est dans le massif des Vosges, au Grand Ballon devant le monument dédié aux Diables Bleus, les chasseurs à pied des troupes de montagne de la Grande Guerre.
Une réunion du souvenir qui deviendra aussi peu à peu un rendez-vous annuel de concertation et d’information entre les Sections de la région Est de la France…
Au lendemain de la guerre 39-45, la réunion Inter-Sections de l’Est de la France reprendra ses échéances annuelles.

  • En 1950, la présence du président du Club Alpin - montrant l’importance de cette manifestation - va institutionnaliser ce type de réunion d’échanges et d’évaluations.

En 1950, à l’initiative de la Section d’Annecy, une réunion inter-Sections des Alpes du Nord est organisée dans le même esprit et avec la même attention du président du Club Alpin…
En 1953, la réunion inter-Sections des Alpes du Nord va beaucoup s’élargir en accueillant les Sections voisines de Lyon, Saint-Etienne, Mâcon, Chalon, Bourg et du Haut Jura.
En 1954, c’est une réunion inter-Sections du Sud-ouest qui est convoquée et qui s’annualisera également…
En 1956, une réunion inter-Sections des Pyrénées regroupe les Sections locales en présence des présidents du Club Alpin et de la Commission des Travaux en Montagne.
Plus tard, une réunion inter-Sections du Centre-est s’organisera…
En 1960, l’Inter-Sections des Alpes du Nord devient l’inter-Sections du Sud-est.
Et en 1965, le regroupement des Sections par région est achevé et pérennisé, avec chaque automne les inter-Sections de l’Est, du Centre-est, du Sud-est, du Sud-ouest, et plus tard celle du secteur Ouest-Val de Loire…

  • Les réunions inter-Sections - bien que n’étant pas statutaires - devenaient des échéances incontournables et essentielles dans l’organisation du Club Alpin, avec la présence du président permettant ainsi à l’instance dirigeante de rester informée…

1951 à 1956 - LES REFUGES CONSTRUITS OU RESTAURÉS

1951 - Le refuge de la Valmasque 2233m
1952 - Le refuge du Couvercle, 2687m
1953 - Le refuge du Grand Ventron, 1150m
1954 - Le refuge de la Pilatte, 2572m
1956 - Le refuge de la Brèche de Roland - Les Sarradets, 2587m
1956 - Le refuge du Clot-Xavier Blanc, 1399m
1956 - Le refuge du Sélé, 2610m

Voir un historique plus détaillé dans le dossier : L'Aménagement de la montagne et les Refuges.

1951 - Le classement du Mont Blanc

Le classement des terrains situés au-dessus de 2000 mètres du massif du Mont Blanc est achevé, résultat d’une démarche entreprise depuis plusieurs années par le Club Alpin...
Ce classement, pris en application de la Loi du 2 mai 1930 sur la protection des sites, a fait l'objet de l'Arrêté ministériel du 14 juin 1951 pour la commune de Chamonix et du 5 janvier 1952 pour la commune des Houches…
Un article promis par la revue La Montagne concernant ce classement ne verra jamais le jour, pour éviter quelques polémiques, on restera entre décideurs….
À l’époque, peu de gens étaient ouverts à la défense des sites. Et en 1954, le maire de Chamonix Paul Payot avait reproché à Lucien Devies d’avoir, sur cette question, un peu forcé la main des édiles du moment… « Soyez certain que dans cent ans, on vous élèvera une statue pour cette sage décision » avait-il été répondu…

En 1951 et 1952 - Les dernières parois vierges gravies

La face est du Grand Capucin et la face ouest des Drus semblaient impossibles à escalader, mais les moyens techniques auront réponse à tout…
<  En 1951, ascension en trois jours de la face est du Grand Capucin dans le massif du Mont Blanc, par Walter Bonatti et Luciano Ghigo. C’est la première grande application dans les Alpes occidentales des possibilités de l’escalade artificielle employée systématiquement, en s’inspirant de ce qui s’était fait dans le calcaire des Alpes orientales dès 1933….
<  En 1952, la face ouest des Drus est gravie en deux fois par Lucien Berardini et ses compagnons. Premier itinéraire tracé sur la face rocheuse la plus célèbre et la plus fameuse des Alpes occidentales, en ayant également recours à l'escalade artificielle...

Aucune paroi n’échappera à son exploration avec les moyens artificiels…

LE CLUB ALPIN EN 1952

En 1952, le président du Club Alpin Georges Descourt - élu en 1951 - souligne l’effort immense de l’association sur l’ensemble du territoire pour ses des refuges et ses chalets skieurs. Ces installations sont les étapes indispensables pour les alpinistes, les skieurs et les montagnards, et encore souvent les seuls lieux d’accueil à leur disposition…
Il insistera sur l’Enseignement alpin qui est maintenant une préoccupation majeure pour l’initiation des jeunes à la montagne.
Et aussi sur la nécessaire propagande, pour conserver au Club Alpin une prospérité numérique, lui permettant ses initiatives et ses actions, tout en conservant des finances saines...

1952 - Des tarifs réduits dans les refuges

Dans sa fonction de coordination, la FFM va proposer aux Clubs affiliés un règlement uniforme de gestion pour l’ensemble des refuges… et demander un tarif préférentiel pour ses adhérents…
La FFM qui ne dispose pas, comme les autres fédérations, des compétitions pour s'imposer et montrer un lien fort unissant ses membres - un lien unificateur visible - demande et obtient des tarifs réduits dans les refuges des Associations affiliées.
Une contrepartie pour l’entretien des refuges sera versée aux organismes gestionnaires - le Club Alpin et la STD -  sous la forme d’indemnités forfaitaires, et dès 1952 pour le Club Alpin par une cotisation réduite.
En 1956, un texte amendé de la contrepartie à verser pour l’entretien des refuges au Club alpin et à la STD est adopté par la FFM… « Il tient compte des efforts faits par chaque club pour l’équipement de la montagne ».

  • Nous sommes là dans le fameux « nuage de fumée de la cohésion montagnarde », avec un Club Alpin qui doit affilier l’ensemble de ses membres, avec certains groupes qui ne cotisent que pour 50 licences ; et des Clubs gestionnaires de refuges qui bénéficient d’une cotisation réduite…

Toute dissipation de ce nuage de fumée entraînerait vers des querelles sans issues...

1952 - Un programme de construction

Un programme d’implantation, d’agrandissement, de remise en état des refuges au titre de l’équipement sportif est proposé par l’État, avec son aide financière.
Ce programme concernera surtout l'œuvre bâtie du Club Alpin...
En sachant réunir au niveau national les compétences et les hommes, en conservant une ligne d’actions initiée dès 1874 par sa « Commission des travaux en montagne », notre association demeure sans égal dans l’édification et l’entretien du bâti en altitude...

La revue La Montagne en 1952

 Durant les années d’après-guerre, la revue La Montagne régulièrement confrontée à la concurrence d’Alpinisme - qui est animé par un directeur, à la fois secrétaire de rédaction et chroniqueur particulièrement actif - aura des difficultés à recueillir informations et articles ; et à trouver un rédacteur en chef...
Les principaux articles d’alpinisme lui échappaient et les autres domaines d’action du Club Alpin trouvaient rarement les plumes capables de retenir l’intérêt du lecteur de ces années-là…
Hormis les nombreux articles concernant le ski de montagne et le ski de compétions, avec les Challenges inter-Sections très suivis et commentés…
Critiquée régulièrement par un milieu très parisien, la publication connaîtra d’octobre 1948 à mars 1952, deux rédacteurs en chef R. W. Bernick et Roland Truffaut, anciens rédacteurs du très incisif « Bleausard », mais ils n’apporteront pas le souffle escompté…
C’est finalement la fusion des deux titres qui apportera une amélioration décisive…

1952 - L’Enseignement alpin et l'ENSA

Une équipe de Guides-instructeurs est constituée pour encadrer les camps d’été organisés par les Clubs affiliés à la FFM. Des stages d’Enseignement alpin rassemblent plus de 600 participants.
L’École Nationale de Ski et d’Alpinisme ( ENSA ) quitte les installations de l’École des Praz pour l’ancien hôtel des Allobroges à Chamonix.
L’école organise et diplôme les formations des Guides et Moniteurs de ski, et celles des Instructeurs professionnels et bénévoles ; elle accueille régulièrement un rassemblement des meilleurs alpinistes étrangers et français…

Le Festival International du film de montagne

La région et la ville de Trento, le Club Alpin Italien et la Fédération Italienne de Sports d’hiver créent en septembre 1952, le premier Festival International du film de montagne.
Il se tiendra chaque automne en présentant les meilleurs films de montagne et réunira pour l’occasion les alpinistes et skieurs les plus actifs du moment…

1953 - CHOMOLANGMA- EVEREST, 8850m

On va devoir prendre très au sérieux le Comité de l'Himalaya et les ascensionnistes français.
Au lendemain « de la douloureuse réussite ( de 1950 ), les pensées se tournent vers l'avenir, c'est-à-dire vers l'Everest et les quatre autres grands 8000 », car avec les moyens à leur disposition, Lucien Devies et son comité peuvent eux aussi prétendre à l'Everest...
Dans une conversation avec les Anglais, le président du Comité de l’Himalaya indique avec une certaine subtilité de langage : « Il fut admis qu’il était normal que les Anglais organisent les premiers une expédition d’assaut à l’Everest, les Anglais acceptant que les Français tentent à leur tour leur chance en cas d’échec ».
À ce moment-là, les deux parties ignoraient encore que les Suisses les avaient devancées. Les Britanniques ne peuvent qu’assister de loin aux efforts de l’expédition suisse qui ouvre la voie du col Sud et de l’arête sud-est.
Mais le 28 mai 1952, Raymond Lambert et Norgay Tensing Sherpa échouent vers 8540m. Dès l’automne, ils se présentent de nouveau mais un peu trop tardivement, et c’est un nouvel échec. Ils montrent pourtant aux suivants le bon itinéraire et les deux saisons favorables, les périodes de pré-mousson en mai et de post-mousson en octobre…

Un symbole et un mythe s'effacent

En automne 1952, le Colonel John Hunt communique à Lucien Devies son plan d'action pour la conquête de la plus haute montagne : « Nous sûmes que l'Everest serait pour la première fois sérieusement menacé »
Avec une bonne méthode d'acclimatement, l'emploi systématique de l'oxygène et des moyens conséquents, les Britanniques ne vont pas laisser passer leur chance et le 29 mai 1953 le « Toit du monde », 8850m est atteint par le Néo-zélandais Edmund Hillary et le Sherpa Norkay Tensing.
 « Un symbole et un mythe s'effaçaient. C'est le cœur serré mais avec une sincérité complète que nous applaudîmes au succès exceptionnel de nos amis britanniques, l'espoir d'apporter une contribution française à la conquête du culmen du monde s'était évanoui, mais il n'était pas question de se décourager », écrit Lucien Devies.
Le Comité de l'Himalaya reprend de ses cartons l'ensemble de ses études antérieures, le Makalu figure en bonne place…

1953 - L'ESSOR DU TOURISME

Lucien Devies participe activement au Plan Gouvernemental de modernisation des stations de montagne, les projets se font entre décideurs, sans avoir recours à la mobilisation des adhérents et en appliquant la méthode chère à notre ancien dirigeant : « expliquer et convaincre, plutôt que protester et crier »...
En 1953, il est membre du « Conseil supérieur du tourisme ».
À l’époque, les responsables de nos associations pensaient pouvoir se mobiliser pour la Haute Montagne, mais n’imaginaient pas peser sur l’aménagement des vallées et de la Moyenne Montagne et l’opinion publique n’est pas prête, pas encore concernée par la protection de la nature…

Et l’État pouvait souvent apporter des compensations qui effaçaient les résistances au niveau local…

1954 - Le retour de l’alpinisme britannique

Après la Seconde Guerre mondiale, les grimpeurs britanniques ont dû supporter longtemps les conséquences des privations provoquées par la guerre, l’accès aux montagnes était difficile, voire impossible. Et le renouvellement des forces vives sera difficilement assuré…
Il y avait l’« Alpine Club » enfermé dans son passé glorieux d’avant 1914, en résistance contre tout progrès technique.
Les crampons, les semelles Vibram, la corde nylon étaient regardés avec suspicion, les pitons et les outils de l’escalade artificielle étaient des instruments diaboliques et bannis. C’est la jeunesse qui créera un nouvel engagement.
En 1952, autour de Tom Bourdillon et Cym Smith, quelques grimpeurs anglais fondent l’« Alpine Climbing Group » qui marquera le retour de l’alpinisme britannique vers le haut niveau après une éclipse de presque quarante ans.
Ils auront beaucoup évolué concernant l’usage des pitons et devant les escalades rocheuses où l’usage des ancrages est nécessaire…
En 1954, première sérieuse incursion de ce nouvel alpinisme britannique dans les Alpes.
Joe Brown et Don Whillans inaugurent un itinéraire difficile sur la face ouest de l’Aiguille de Blaitiére.

1954 - La présence des Français dans les Dolomites

Lucien Devis encourage la présence de l’alpinisme français non seulement dans les massifs extra européens, mais aussi dans les massifs éloignés des Alpes…
En 1954, Robert Gabriel et Georges Livanos sont envoyés par la FFM en mission d’exploration dans les Dolomites, pour reprendre les itinéraires les plus prestigieux et réaliser des ascensions nouvelles…

1954 - Le coup de tonnerre de l’Aconcagua

En 1954, pendant la préparation d'une opération sur un grand 8000 par le Comité de l'Himalaya, la nouvelle de l'ascension de la face sud de l'Aconcagua, 6959m à l'effet d'un coup de tonnerre.
C'est une expédition « de copains aussi fauchés qu'enthousiastes, sans billet de retour, avec un matériel minable et hétéroclite » qui réalise l'exploit de forcer un itinéraire dans la formidable face sud de la plus haute montagne du continent américain.
Sommet le 25 février 1954 pour Lucien Bérardini, Adrien Dagory, Edmond Denis, Pierre Lesueur, Robert Paragot et Guy Poulet.
La plupart des équipiers auront à subir malheureusement de pénibles amputations.
L'exploit sera reconnu comme il se devait et restera un des hauts faits de l'ascensionnisme français.
Pour la première fois, une grande paroi située en haute altitude est gravie…
L’expédition était organisée et dirigée par René Ferlet, elle a été montée avec l'équivalant  de  quelque 29 000€ ( 2017 ) sans le patronage, ni l’aide financière de Comité de l’Himalaya, qui n’avait pas été officiellement sollicité, ni informé.
Mais les difficiles suites financières de l’opération obligeront le concours de l’État et la solidarité de la FFM et du Comité de l’Himalaya…..

LE CLUB ALPIN en 1954

L’Assemblée générale du Club Alpin de 1954 procède à l’élection de Maurice Herzog comme président.
Le club compte à ce moment-là 32 400 membres, gère 123 refuges dont 118 lui appartiennent.
Il consacre plus de la moitié de son budget à la construction et à l’entretien de ses refuges…
La Section de Paris compte 10 115 membres, Lyon 2 709, Grenoble 1 501, Nice 1 358, Bordeau 1 210...
La fréquentation des refuges est de 45 000 nuitées dont 9 900 pour le massif du Mont Blanc et 7 200 pour le Briançonnais.

Maurice Laloue

Parmi les personnalités du Club Alpin qui ont marqué de leur emprunte la Commission des travaux en montagne et l’association dans son ensemble, il faut citer Maurice Laloue qui en 1954 est président de cette instance technique essentielle.
Dans l’hommage rendu à sa disparition en 1970, que nous reproduisons dans le dossier : L'Aménagement de la montagne et les Refuges, il est souligné l’énorme investissement de notre homme.
Au travers du témoignage bien rendu, il est possible de rappeler le travail ingrat et le dévouement de l’ensemble des responsables de la Commission des Travaux en montagne du Club Alpin, de 1874 à nos jours, un travail et un dévouement que nous avons voulu évoquer dans la note située dans le dossier précité : « Un hommage aux bâtisseurs ».

1954-1958 - Des chalets-skieurs

Le Club Alpin reprend ses intentions d’avant-guerre en érigeant ou aménageant des chalets-skieurs pour répondre à l’engouement de l’époque pour le ski et au manque d’hébergements adaptés ( voir le dossier : L'Aménagement de la montagne et les Refuges ).

Les noms des refuges

Longtemps le Club Alpin avait honoré des personnalités, en désignant de leurs noms certains refuges. Il est décidé de n’appeler les refuges que par leur seule situation géographique…

1955 - LE TÉLÉPHÉRIQUE DE L’AIGUILLE DU MIDI

En 1949, le projet du téléphérique conduisant directement au sommet de l’Aiguille du Midi avait rencontré l’opposition du Club Alpin et de la FFM qui contestaient l’installation de la station supérieure sur le sommet de la principale Aiguille de Chamonix…
L’avis des associations ne sera pas entendu, faute d’une mobilisation qui n’était pas encore dans l’air du temps….
À l’exemple de certaines stations de montagne de Suisse, il fallait un emblème à la vallée de Chamonix.
Le principal dirigeant de nos sociétés de montagne répétera souvent que le téléphérique de l’Aiguille du Midi était le prix à payer, et que Chamonix avait besoin d’un belvédère à la mesure du Mont Blanc…
En 1949, un filin est descendu dans la face nord de l’Aiguille du Midi par un groupe de Guides, cette opération difficile marque le début des travaux.
En 1954, la station intermédiaire du Plan de l’Aiguille est ouverte et en 1955, le téléphérique de l’Aiguille du Midi entre en service…

1955 - LA LIAISON ENTRE L’AIGUILLE DU MIDI ET LE COL DU GÉANT

En acceptant sans trop de réactions le téléphérique de l’Aiguille du Midi, nos dirigeants n’imaginaient pas l’intention des promoteurs, avec le projet de liaison entre l’Aiguille du Midi et le col du Géant, par-dessus la Vallée Blanche.
Deux articles dans la revue La Montagne, de Samivel en juin 1954 et de Georges Sonnier en octobre 1954, sonneront la charge contre ce projet controversé...
Du côté institutionnel, on décidera une « action courtoise mais d’une fermeté absolue », insuffisante devant les agissements de promoteurs sans scrupules.
Dès le projet dévoilé, le CAF, la FFM, le GHM, le TCF et l'Union Nationale des Associations de Tourisme ont élevé une protestation solennelle, contre la construction d’un téléphérique traversant ce site admirable...
La partie française de la chaîne du Mont Blanc où sera implanté le téléphérique est un site classé au-dessus de la cote 2000. Ce classement, décidé en accord avec la commune de Chamonix, a fait l'objet de l'Arrêté ministériel du 14 juin 1951, pris en application de la Loi du 2 mai 1930 sur la protection des sites.
La Commission supérieure des sites s'est prononcée à l'unanimité en juillet 1954 contre le téléphérique de la liaison col du Géant-Aiguille du Midi.
Le ministre de l'Éducation nationale, par dépêche de septembre 1954, a prescrit l'arrêt des travaux. Cette décision a été notifiée aux intéressés par un Arrêté du préfet de Haute-Savoie en novembre 1954.
« Les travaux commencés en 1954 n'en ont pas moins repris dès le printemps de 1955, et sont poursuivis avec activité en violation de la loi et des décisions prises pour son respect ».
La rude intervention des responsables du Club Alpin est rendue publique dans la revue La Montagne & Alpinisme de 1955 :

« Une coalition d’intérêts particuliers profite de la carence du gouvernement pour violer impunément la loi… ».
«
 Qui s'est soucié, en dehors des associations officielles de tourisme et d'alpinisme, de défendre l'intérêt général ? Qui s'est soucié de faire respecter la loi ? ».

Mais la méthode reste la même, très respectueuse des usages :

« Nul ne songe au Club Alpin, à employer d'autres méthodes que les protestations officielles remises aux autorités sous la signature de son président ».

La carence ou la complaisance du gouvernement

Plus tard, l’amertume fait hausser le ton : « Là où des gendarmes et douaniers sont impuissants, des chasseurs alpins de l'École Militaire de haute montagne pourraient aisément remettre les choses en ordre…
Tous les alpinistes et les amis de la montagne attendent impatiemment l'acte d'autorité qui fera respecter la loi française ».

La Loi ne sera pas respectée par la carence ou la complaisance du gouvernement…
Et pour se faire entendre le courtois et le bien élevé ont montré leurs limites…
D’autres protestations concerneront des projets heureusement sans suite dans un massif du Mont Blanc victime de son succès touristique, comme les liaisons de la gare des Glaciers aux Grands Mulets et du Nid d’Aigle à l’Aiguille du Goûter.
À cette époque de développement à tout-va, il n’y a comme seul garde-fou que la très faible « Commission supérieure des sites »

Une mission permanente

L’article de Georges Sonnier dans La Montagne de 1954, montre le chemin :

« Le projet de téléférique à la Vallée Blanche soulève de nouveau, avec instance, le problème de la préservation de la montagne et, de façon générale, de tout ce capital de beauté terrestre qui a été dévolu aux hommes.
Mais qu'on y prenne garde
 : c'est chaque année, c'est chaque mois que se trament, ici ou là, des attentats irréparables. Beaucoup sont moins éclatants ou moins voyants que celui-là. La somme n'en est pas moins redoutable, et de cette manière aussi se trouve peu à peu compromis ce qu'il nous importait de protéger.
C'est dire que l'œuvre de sauvegarde qui nous échoit requiert une vigilance sans relâche et doit être tenue pour ce qu'elle est en vérité : une mission permanente ».

1955 - LE MAKALU, 8463m

Les Français, à la recherche d’un objectif prestigieux à la hauteur de leurs ambitions, se tournent vers le dernier des grands 8000 pas encore exploré : « nous le choisîmes pour ajouter l'intérêt de la découverte, plutôt que de tenter un sommet déjà connu ».
Le Makalu, avec ses 8463m, est évidemment un objectif de premier ordre.
Une reconnaissance est organisée en 1954, le col du Makalu, 7410m est atteint, montrant la viabilité des pentes supérieures de la montagne…
En bénéficiant des meilleures conditions possibles au niveau des hommes, des moyens, du temps et de l'état du terrain, l'expédition du printemps 1955 « va avoir la rigueur d'une démonstration ».
Le 15 mai, Jean Cousy et Lionel Terray réussissent les premiers le sommet, presque facilement, sans lutte acharnée. Le lendemain et le surlendemain l'ensemble de l'équipe suivra…
« L'ascension du Makalu restera une page heureuse dans l'histoire de l'himalayisme » pourra écrire Jean Franco, le chef d'expédition.
Soulignons également le partage sans réserve du succès, avec les assistants Sherpas « coéquipiers et compagnons incomparables... » ( voir le dossier : Un historique des Expéditions lointaines françaises ).

L'âge d'Or

L'âge d'Or des premières ascensions des grands sommets himalayens ne va durer que quelques années, les cinq grands 8000 sont atteints de 1953 à 1956, les autres 8000 sont tous gravis, de 1950 avec l'Annapurna, à 1960 avec le Daulaghiri.
Inaccessible pour des raisons politiques, le Xixapangma devra patienter un peu plus, pour voir des hommes l'approcher.

Une équipe légère, décidée et rapide

Au Comité de l’Himalaya, le débat est vif et les avis partagés pour définir les futurs objectifs d'ascension.
Les bonnes questions sont posées : « Une équipe légère, décidée, sans oxygène, n'a-t-elle pas plus de chances, étant plus mobile et plus rapide de saisir l'occasion de quelques jours de beau temps pour tenter un raid vers le sommet alors qu'il faut au moins trois fois plus de temps à une équipe plus lourde ? ».
Mais en ces années-là, les esprits ne sont pas prêts pour une pareille évolution et devant de pareils obstacles à gravir.
Ni les acteurs, c'est-à-dire les ascensionnistes, ni les concepteurs, c'est-à-dire Devies et son comité n'arbitreront dans le sens du « léger, décidé et rapide »

1955 - LA REVUE LA MONTAGNE & ALPINISME

Depuis plusieurs années, le manque de collaborations bénévoles rend de plus en plus difficile l’édition des deux périodiques « La Montagne » pour le Club Alpin et « Alpinisme » pour le GHM.
Lucien Devies est le directeur d'« Alpinisme », il a - note le comité du GHM - « réussi pendant de nombreuses années [ dès 1936 ] à faire sortir quasiment seul les quatre numéros annuels d’Alpinisme », il est aussi membre ( très ) influent du Comité de rédaction de « La Montagne »...
Les nombreuses responsabilités, aux niveaux associatif et professionnel de notre homme, vont rendre l’exercice de plus en plus difficile…
En février 1955, c'est la fusion des deux revues que l’intérêt général commandait…
Le protocole final actant cette fusion est signé rétrospectivement en 1961 par le CAF et le GHM.
« Alpinisme » entièrement confié à son directeur en 1942 étant préalablement revenu dans le giron du GHM par le protocole également rétroactif de 1958.
De simples mises en conformités administratives pour ce nouveau titre « La Montagne & Alpinisme »...
Lucien Devies est le directeur de la rédaction et Maurice Martin est le secrétaire de rédaction.

Une légitime fierté

La légitime fierté de celui qui a tenu à bout de bras la revue « Alpinisme » pendant 25 ans est exprimée dans le dernier éditorial de la revue du GHM :

« Témoignage des alpinistes les plus entreprenants "Alpinisme" est conscient d'avoir valablement exprimé pendant 29 ans l'alpinisme français et même l'alpinisme dans le monde entier. Il est convaincu d'avoir été pour les grimpeurs français, l'inspirateur d'une action consciente, à la fois équilibrée et audacieuse ».

  • C’est un des rares satisfecit que l’on trouvera de la main de Lucien Devies concernant son immense travail…
  • Nous n’omettrons pas d’ajouter les commentaires de la revue de l'« Alpine Climbing Group », association qui réunit les meilleurs alpinistes britanniques :

« L'influence de la revue "Alpinisme" sur l'alpinisme français a été indéniable et capitale. Elle a aussi certainement encouragé les progrès rapides et le développement de l'alpinisme en général…
Une influence qui s'est fait sentir dans de nombreux pays étrangers.
Il n'est pas exagéré de dire que l'Alpine Climbing Group a été constitué dans une large mesure sous l'impulsion directe de cette revue. "Alpinisme" nous a donné une image franche de l'alpinisme de l'après-guerre.
Elle nous a permis un aperçu sur les méthodes d'ascension contemporaines une image réelle et sans préjugés ; elle nous a démontré que l’alpinisme est un sport raisonnable et non fanatique et nous a incité à essayer des ascensions similaires.
Les Alpes ayant ainsi été mises à notre portée, plusieurs parmi nous avaient été amenés à former le club ».

Les récits d’expédition

La FFM participera aux frais d’édition de la revue « La Montagne & Alpinisme » pour publier, sans trop de réserve, les récits d’expédition et articles concernant l’alpinisme de haut niveau… atténuant ainsi quelques critiques sur l’équilibre éditorial, parfois malmené après certains succès notables dans les montagnes d’Europe et du monde...

1956 - Fâcherie à l’UIAA

Suite à une proposition de Lucien Devies et de la FFM qui voulaient secouer « un organisme qui ne remplit aucunement actuellement le rôle qui devrait être le sien » et demandaient une réorganisation de l’Union Internationale des Associations d’Alpinisme, une fâcherie intervient et durera quelques années… sans que soient « réexaminés d’une façon fondamentale sa structure, ses objectifs pratiques et ses méthodes de travail »…
En 1958 encore, la FFM ( c.-à-d. Devies ) regrette que l’UIAA « demeure dans une situation et une inactivité qui ne sont pas convenables »…

L’Art de l’Alpinisme 

Avec son ouvrage « L’Art de l’Alpinisme » en 1956, Pierre Allain met en cause la pédagogie simplificatrice prônée par Édouard Frendo dans « La technique de l'alpinisme » de 1943 et innove en accompagnant ses conseils « d’explications de nature à faire comprendre comment s’appliquent certains principes mécaniques ».
C’est cet état d’esprit, « comprendre pour apprendre », qui continuera de prévaloir dans les formations proposées par le Club Alpin...

1956 - La Section Paris-Chamonix du Club Alpin

Les Sections de Paris et de Chamonix se réunissent pour un temps. Une simplification dans l’organisation du Club Alpin, avec une Section de Chamonix aux effectifs extrêmement fluctuants et une Section de Paris très engagée dans la gestion des refuges du massif du Mont Blanc, disposant d’un nombre important d’adhérents et cadres bénévoles, et de quelques moyens de financement...

1956 - La station de ski de la Flégère

La station de ski de la Flégère est créée au-dessus de Chamonix, c’est à ce moment-là le maillage systématique de l’espace montagnard, par les câbles des remontées mécaniques, qui est entrepris. Chaque station d’altitude voulant concurrencer sa voisine…
Le CAF et la FFM - après la scandaleuse affaire du téléphérique entachant le site unique de la Vallée Blanche - doivent composer pour être entendus et vont se déclarer favorables - à titre compensatoire - à l’installation de certains téléphériques et équipements, tout en réclamant des mesures sur les sites les plus essentiels à protéger.
C’est encore des discussions entre initiés, l’appel aux montagnards et la mobilisation des citoyens ne sont toujours pas dans l’air du temps...

1956 - POUR UN PARC NATIONAL DE SAVOIE

Initiée dès 1953 par des chasseurs membres du Club Alpin, l’idée d’une « Réserve d’intérêt national de Savoie » est proposée, analogue à celle du Mercantour de 1947.
Ces intentions évolueront vers une proposition de « Parc national de Savoie » comparable au « Parc italien du Grand Paradis » et bordant celui-ci, en englobant le massif de la Vanoise et les versants des vallées de la Maurienne et de la Tarentaise.
Le but est de protéger les bouquetins et autres animaux de montagne souvent victimes de viandards et de braconniers agissant de ce coté-ci de la frontière...
Ces caprins sauvages avaient disparu de nos montagnes au XIXe siècle à cause d’une chasse non régulée. Protégés en Italie dans la « Réserve royale de chasse », devenue le « Parc du Grand Paradis » en 1922, les bouquetins qui traversaient la frontière n’avaient aucune chance de survie…

Un comité d’étude

En 1956, le Club Alpin estimant que la sauvegarde du bouquetin, ainsi que des autres spécimens de la faune alpine entre bien dans le rôle qu'il s'est assigné, décide de constituer un « Comité d'études pour la création d'un Parc national de Savoie ».
Il est animé par Georges Descours - président de Club Alpin de 1951 à 1954 - qui a été le promoteur du projet, dans la prolongation de l’implication de la Section lyonnaise du Club Alpin pour la Haute Maurienne...
Le Comité est constitué avec la participation de l’« Association des chasseurs de montagne », de la « Société d’histoire naturelle de Savoie » et de plusieurs personnalités compétentes…

Il est déclaré ceci :

« Le but est d'obtenir une décision du gouvernement pour la création de cette réserve, le tracé de ses limites et l'installation de gardes pour assurer la protection.
Personne, du reste, aujourd'hui ne conteste l'intérêt, tant au point de vue touristique et alpin qu'au point de vue cynégétique, d'un parc national en Savoie où flore et faune de montagne dans tous leurs éléments seront protégés et deviendront l'un des attraits les plus spectaculaires de la région comprise entre Bonneval, le col de l'Iseran et Val-d'Isère ».

Un article de référence paraît dans La Montagne & Alpinisme de juin 1956 « La protection du bouquetin dans le parc national de Savoie » sous la plume de Marcel Couturier, l’éminent spécialiste et chasseur assidu...
Les différents courants de la Commission réussiront une synthèse entre : une sauvegarde de la faune sauvage ; une conservation des éléments naturels et un équilibre biologique présentant un intérêt scientifique ; une rénovation économique de la région ; et une meilleure ouverture offerte aux citadins pour accéder à des espaces naturels…
En 1958, le « Conseil national de la protection de la nature » - en accord avec la « Direction de l’aménagement du territoire » - décide de faire effectuer une enquête préliminaire.
Le courant d’opinion entretenu par le Club Alpin et la prise de conscience des autorités aboutiront - le nom du parc ayant évolué - à la création du « Parc national de la Vanoise » cinq ans plus tard.
Il est curieux de constater que 50 ans plus tard, les rôles du Club Alpin et surtout de sa Section lyonnaise concernant leurs actions pour le développement économique de la Haute Maurienne, et dès 1953 pour la création d’un « Parc national en Savoie », initialement sous la forme d’une « Réserve d'intérêt national de Savoie », se trouveront complètement et malheureusement gommés. Comme sera oublié le « Comité d'études pour la création d'un Parc national de Savoie » de 1956 - conduit par le Club Alpin et le président Georges Descours - pourtant indiscutablement à l’origine de la démarche, des faits jamais évoqués ici et ailleurs, même dans la revue La Montagne & Alpinisme…

Mais l’essentiel restera de cette heureuse initiative ; un Parc national de la Vanoise définitivement préservé de décisions hasardeuses ou mercantiles.

Le retour des bouquetins

En avril 1959, les deux premiers bouquetins prélevés dans le Valais et offerts par nos voisins suisses sont lâchés dans le vallon de Fontenil du massif des Écrins, puis deux autres venant des environs de Berne seront libérés en automne 1960, ces magnifiques bovidés avaient disparu de nos montagnes à cause d’une chasse irresponsable…

1955 à 1958 - LE SECOURS EN MONTAGNE

Devant l'augmentation de la fréquentation de la montagne, le dispositif fédéral du secours en montagne tend vers sa limite. Malgré les dévouements, l'analyse de chaque opération montre les fragilités de l'organisation bénévole du Secours en montagne.
La lecture des bulletins officiels de la FFM montre l’énorme implication de la Fédération et des Sociétés de secours…
Une FFM qui devra consacrer une grande partie de son activité et de son énergie à organiser le Secours en montagne en France, étant souvent abandonnée par les administrations et par l’État…

C'est incidemment qu'une assistance se manifestera et qu'un début de solution apparaîtra.

Elle viendra des Corps constitués, les « Compagnies Républicaines de Sécurité » d'abord, la « Gendarmerie Nationale » plus tard.
Les deux entités vont peu à peu s'intéresser aux opérations de secours en montagne, au début par de simples participants dès 1950, puis en partenaires.
Et les dirigeants de ces institutions ne tarderont pas à prendre conscience de l'image très positive produite par ces initiatives individuelles.
Plus tard, elles créeront des unités spécialisées et intégreront ce nouveau métier, qui s'écartant des missions classiques et austères de maintien de l'ordre, renforçait le prestige de ces formations.

Des compétences en matière juridique et d’assurances 

Il faut souligner qu’à cette époque, en dehors de Lucien Devies, bien peu dans le monde de la montagne et dans les instances fédérales étaient avertis et avaient des compétences - en matière juridique et d’assurances - pour conduire l’organisation du secours en montagne.
Devies, président de la Fédération de la Montagne de 1948 à 1973, assurera directement ou indirectement la responsabilité réelle du secours en montagne, en s’appuyant sur deux personnalités très dévouées et proches du terrain Félix Germain et André Georges, jusqu’à sa transmission aux services de l’État en 1972.

La Société chamoniarde de Secours

Vivement réclamée, une Société chamoniarde de secours en montagne s’était constituée en 1948.
C'est évidemment dans le massif du Mont Blanc que tout est plus compliqué, à cause d'une fréquentation de plus en plus intense de ces montagnes et du nombre important d'opérations de sauvetage.
À Chamonix, petite capitale de l'alpinisme, les missions d’exécution sont confiées à tour de rôle aux « Guides de la Compagnie », à l'« École nationale de ski et d'alpinisme » et l'« École militaire de haute montagne ».
«
 Trois forteresses jalouses de leur indépendance », les seules capables de mobiliser, non pas des hommes mais leurs hommes, avec leurs règles et leurs hiérarchies pas toujours compatibles…
En été 1955, la Protection Civile met à la disposition de la Société chamoniarde de secours en montagne un hélicoptère, pour le repérage et le transport des blessés.
En 1956, un premier secours par un hélicoptère est organisé depuis le refuge Vallot, 4362m pour évacuer un blessé.

Un engagement décisif

En décembre 1956, installation à Chamonix d’un Centre National d’Entraînement à l’Alpinisme et au Ski des Compagnies Républicaines de Sécurité, c’est le début d’un engagement décisif…

1957 - Le drame de Vincendon et Henry

C'est à ce moment que survient la tragédie Vincendon et Henry.
Le 28 décembre 1956, deux alpinistes, François Henry et Jean Vincendon, sont immobilisés dans les glaces du Grand Plateau sous le Mont Blanc. On sait tout de cette opération manquée, mal conduite par les militaires de l'EHM et qui coûtera la vie aux deux naufragés et de graves amputations à l'un des secouristes.
De furieuses polémiques vont accompagner ces malheureux événements, divers partis vont vivement s'affronter et le monde de la montagne ne sortira pas grandi de cette tragédie ( voir le dossier : Un historique du Secours en montagne, et l’article : La tragédie Vincendon et Henry - La Montagne & Alpinisme n°3/1983 ).

La solidarité n'avait pas joué

L'analyse des résultats, compte tenu de toutes les malchances rencontrées, montait les importantes faiblesses du dispositif.
La solidarité qui était la base de l'organisation n'avait pas joué.
La compagnie des Guides la plus prestigieuse avait refusé de s'engager.
L'inadmissible même apparaissait dans les mots très durs de Lionel Terray : « Je trouve normal que beaucoup de Guides n'aient manifesté aucun enthousiasme à exposer leur vie, mais ce que je n'admets pas, c'est que l'on cherche à empêcher les volontaires d'agir ».
Enfin la Commission fédérale, et à travers elle, les dirigeants du Club Alpin et de la FFM n’avaient jamais été écoutés et se trouvèrent totalement dépossédés et mis dans l’incapacité d’intervenir…
C’était le premier échec subi par l'organisation du secours en montagne, mais il s'est produit là où se trouvaient réunis en France, les plus importants moyens en personnel et en matériel.

Un corps de sauveteurs amateurs

Arrivant après la bataille, le milieu parisien de la montagne veut organiser un petit corps d’alpinistes amateurs de haut niveau, pouvant contribuer aux opérations de difficulté exceptionnelle, une initiative qui suscitera certaines réserves du coté de l’organisation fédérale et qui se heurtera rapidement aux réalités…

Vers un service public

Le drame de François Henry et de Jean Vincendon allait faire prendre conscience aux autorités de l'État qu'il fallait une intervention forte.
Le 21 août 1958, une circulaire ministérielle, le plan ORSEC-montagne, réglemente le secours en montagne qui devient un véritable service public, sous la tutelle de ministère de l'Intérieur, par l'intermédiaire du service de la Protection civile.
Un plan d’action énumère les moyens ‑ en personnel et en matériel ‑ et les organismes chargés de l’exécution des secours, c'est-à-dire : les Sociétés locales de secours, les deux Écoles de haute montagne civile et militaire, les Groupements spécialisés des Compagnies Républicaines de sécurité et de la Gendarmerie.
Interviennent désormais officiellement ‑ et non plus officieusement ‑ les « Compagnies Républicaines de Sécurité » en place dès 1958 et la « Gendarmerie Nationale » trois ans plus tard.
Ces deux entités vont former un personnel très spécialisé et de haut niveau et viendront peu à peu se substituer aux organisations bénévoles.
Jusque-là, vingt deux « Sociétés de Secours en montagne » affiliées à la FFM étaient réparties sur le territoire montagnard et assuraient les missions d’exécution.

1957 - Le retour à l'escalade libre

Il faut avoir à l’esprit que le talent de beaucoup d’alpinistes de cette époque s’exprimait surtout en plantant des pitons et qu’ils oubliaient parfois de sortir les pieds des étriers, lorsqu’il était pourtant possible de grimper proprement…
Le gain d’une première ascension et du sommet primaient aux yeux de beaucoup sans trop se préoccuper de la façon de faire…
En 1957 déjà, Dieter Flamm et Walter Philipp avaient montré la voie vers un retour à l'escalade libre en parcourant en trois jours, avec une grande économie de moyens la paroi nord-ouest de la Punta Tissi de la Civetta dans les Dolomites orientales ( 800m, 40 pitons ).
Cette ascension - le dièdre Philipp-Flamm - est un des événements majeurs de l'histoire de l'escalade et de l'alpinisme, elle marque le retour du goût des grimpeurs pour l'escalade libre...
Jusque-là, les grandes parois étaient forcées à grand renfort de pitons, en ayant recours surtout à l’escalade artificielle… Ici la grande paroi est gravie en recherchant un cheminement permettant l’escalade libre…
Elle sera la voie ultime des années 1960 dans les Dolomites, au dire de Claudio Barbier et de Reinhold Messner, les meilleurs de ces années là.
Mais il faudra encore du temps pour une prise de conscience généralisée…
La recherche de l'escalade libre va se faire par l'économie de pitons. Le jeu va être de n'en utiliser qu'un minimum pour réaliser une escalade. Mais l'usage du piton est mal précisé, les trois fonctions sont confondues : assurage, aide et repos.

LE CLUB ALPIN EN 1957

L’Assemblée générale du Club Alpin de 1957 procède à la réélection de Lucien Devies comme président, après un premier mandat de 1948 à 1951.
Lucien Devies retrouve l’ensemble des moyens et des pouvoirs en présidant les principales organisations de montagne, le CAF, la FFM et le Comité de l’Himalaya, il est aussi le directeur et le chroniqueur de la revue La Montagne & Alpinisme.
Il sera réélu pour deux mandats successifs de trois ans jusqu’en 1962…

Le décès de Jean Couzy

Devies avait trouvé un précieux collaborateur partageant sa ferveur et sa passion, ils seront en 1952 les corédacteurs de la Chronique alpine de la revue Alpinisme, puis en 1955 Jean Cousy assurera seul la Chronique de la revue La Montagne & Alpinisme.
Mais en 1958, il est victime d'une chute de pierres durant une ascension. Au-delà de l'alpiniste décidé et entreprenant et du drame familial, c'est pour Devies celui qui représentait l'avenir…

Un nouveau cavalier seul

Dès le numéro suivant Lucien Devies reprend son cavalier seul.
Celui qui a été l'un des acteurs les plus actifs de l'alpinisme sportif des années trente, et tout en restant l'observateur attentif des évolutions, va chercher à peser dans les orientations de notre discipline par une tribune où se manifestera un esprit critique.
Les prises de position concerneront le suréquipement des voies d'escalade, la limitation des moyens techniques dans les ascensions, l'opposition aux refuges-bivouacs dans les itinéraires, et aussi la propreté de l'espace montagnard et le refus des moyens héliportés dans l'approche des ascensions ( voir le dossier : Un historique de la Chronique alpine, et l’article homonyme de La Montagne & Alpinisme n°4/2004 ).

1958 - LE PACTOLE DE L’ANNAPURNA ENCORE

Constitué par les résultats financiers de l’Annapurna, le fameux « trésor de guerre » conservé et géré en autonomie par le Comité de l’Himalaya, continue de faire quelques déçus et de susciter des états d’âme, des jalousies et des critiques…
Des initiatives locales issues des milieux lyonnais et pyrénéens sont repoussées « en estimant que les grands objectifs comme les 8000 en particulier, relèvent d’expéditions nationales organisées directement par la Fédération et qu’il n’y a pas lieu d’y déroger pour personne ».
Il est admis cependant qu’une équipe régionale peut très bien envisager des objectifs plus modestes et obtenir l’appui de la Fédération et un financement fédéral, sans lien avec les fonds Annapurna…

À toutes fins utiles

À toutes fins utiles, le besoin de verrouiller sérieusement le dossier financier des fonds Annapurna apparaît dans les décisions et les déclarations du Comité de direction de la Fédération Française de la Montagne…
<  En 1953, la FFM dans son bulletin officiel, en constatant les recettes importantes liées à l’Annapurna, remercie Maurice Herzog et les membres de l’expédition…
<  En 1954 et en 1955, la FFM ne manque pas « de rendre hommage à l’expédition de l’Annapurna tout entière, grâce à laquelle les fonds du Comité de l’Himalaya ont pu être constitués, permettant ainsi de mener à bien les expéditions comme celles de 1954-1955 ».

Les fonds du Comité de l’Himalaya

Connaissant « certains états d’âme » Devies et le Comité de l’Himalaya marquent leur territoire, il s'agit bien des fonds du Comité de l’Himalaya, dans les déclarations et le bulletin officiel de la FFM…
<  En 1955, un exposé complet et détaillé des comptes des expéditions depuis 1950, est présenté au Comité de direction de la FFM.
<  En 1956, la délégation du Comité de direction de la FFM est officiellement donnée au Comité de l’Himalaya « dans les diverses décisions à prendre au sujet des expéditions d’outre-mer ».
Simple ajustement administratif pour un Comité de l’Himalaya qui n’avait pas attendu cette délégation - lui laissant totalement les mains libres - pour « appliquer sa politique en faveur des expéditions hors d’Europe et d’unité d’action des alpinistes français ».

Des dispositions financières

Pour la préparation d’une future expédition, le Comité de direction de la FFM sera juste informé par la petite instance que « des dispositions financières ont été prises en effectuant des réalisations de titres du portefeuille ». Un portefeuille géré directement par l’un des principaux banquiers français, membre du Comité de l’Himalaya…
<  En 1957, les comptes fédéraux sont approuvés « après que le président et le trésorier aient répondu aux questions qui leur étaient posées et qu’ils aient donné toutes précisions utiles sur le compte spécial à l’Himalaya ».
Ces précisions appuyées montrent que derrière la façade de l’institution le « trésor de guerre » doit être défendu avec opiniâtreté et continue de susciter beaucoup d’intérêt… 

Des précautions juridiques

En 1958, des précautions juridiques sont prises concernant l’utilisation des fonds constitués par les résultats financiers de l’Annapurna, avec l'expertise et le conseil demandés à un éminent professionnel, tant au niveau légal qu’au niveau fiscal…
Des précautions juridiques également en 1960 - qui conduiront à la modification des statuts fédéraux - pour que le soutien à la famille d’un compagnon disparu entre bien dans les objets de la fédération…
<  En 1965, les dispositions prises en faveur des enfants les membres de l’expédition de l’Annapurna sont encore évoquées, en lien avec l’opération génératrice « des ressources financières qui ont permis de monter les expéditions suivantes ».
<  Concernant les droits d’auteur des livres des expéditions, il est décidé en 1965 de partager par moitié des droits entre la Fédération et le ou les auteurs à partir de la onzième année de leur exploitation, cela concerne principalement le succès exceptionnellement prolongé du livre Annapurna premier 8000
<  Et au début des années 1980, les droits du livre seront entièrement cédés - à sa demande - à l’auteur…

De 1959 à 1966, des chalets-skieur

Le Club Alpin, en réponse à l’engouement constant pour les activités hivernales, inaugure, agrandit ou réaménage plusieurs chalets-skieurs ( voir le dossier : L'Aménagement de la montagne et les Refuges ).

1957 à 1963 - LES REFUGES CONSTRUITS OU RESTAURÉS

1957 - Le refuge de l'Envers des Aiguilles, 2520m
1957 - Le refuge de l’Olan, 2344m
1957 - Le refuge STD du Soreiller, 2719m
1958 - Le refuge de Larribet, 2072m
1958 - Le refuge de la Minière, 1502m
1959 - Le refuge Albert 1er, 2702m
1959 - Le refuge du Châtelleret, 2232m
1960 - Le refuge de la Charpoua, 2841m
1960 - Le refuge des Grands Mulets, 3051m
1960- Le refuge Vallot, 4362m
1962 - Le refuge de l’Aigle, 3450m
1962 - Le refuge de l'Aiguille du Goûter, 3835m
1962 - Le refuge d’Avérole, 2210m
1962 - Le refuge de Font Turbat, 2169m
1962 - Le refuge du Pelvoux, 2700m

Voir un historique détaillé dans le dossier : L'Aménagement de la montagne et les Refuges.

1958 - Le chalet d’accueil de Chamonix

Le Club Alpin installe à Chamonix, au centre de la ville, un chalet d’accueil, où ils trouveront, en la personne d’un Guide, un technicien qualifié pouvant leur donner les renseignements et conseils sur la montagne. Des sorties collectives de toutes difficultés seront organisées sous la conduite d’un Guide.
Ce nouvel accueil remplace l’ancien chalet de la place de la Gare qui était aussi le siège social de la Section de Chamonix depuis 1928.

1958 à 1966 - LE SKI AU CLUB ALPIN

En 1958, un article du président de la Commission de ski - Le ski au Club Alpin - montre bien l’importance de cette discipline pour l’Association et l’attrait de la compétition dans ses Ski-Clubs…

  • Deux tendances différentes sont soulignées dans les activités neige du Club Alpin :

<  Celle adoptée par nos Sections de plaine vivant éloignées des champs de neige, tournée vers l’organisation de séjours et de stages.
<  Et celle des Sections de montagne proches de la neige, dont la principale activité est le ski de fin de semaine.

  • Deux pratiques coexistent entre ceux qui recherchent la performance et la compétition, et ceux qui préfèrent la randonnée alpine en haute montagne.

Les activités structurées tournées vers le ski, venant en complément des programmes hebdomadaires des Sections proches des montagnes, sont nombreuses :

<  Challenge National du CAF, avec compétition de ski de fond et de descente.
<  Rassemblements nationaux de ski en Oisans, en Haute Maurienne et dans le massif du Mont Blanc.
<  Slalom géant du Ski Club Alpin lyonnais.
<  Coupe des Améthystes du Ski Club Alpin parisien.
<  Coupe de ski Alpe-Provence.
<  Collectives de ski de printemps dans les Sections.
<  Rallye skieurs du Queyras.
<  Rallye skieurs d’Auvergne.
<  Rallye skieurs du Marcadau.
<  Stages inter-Sections pour adolescents.
<  Le rallye international de ski CAF-CAI viendra s’ajouter avec la participation d’équipes italiennes et françaises, et plus tard la présence d’équipes autrichiennes et espagnoles.

  • Mais au sein de la direction du Club Alpin des voix se font entendre pour rappeler que, malgré la ferveur populaire pour la piste et la compétition, le ski demeure un moyen de découvrir et parcourir la montagne…

Plus tard, la direction du Club Alpin aura à intervenir pour que certains groupes de skieurs, un peu trop épris d’indépendance, reviennent dans les limites définies par les statuts du Club…

1958 - Le schéma d’équipement de la montagne hivernale

À ce moment-là, le Club Alpin par sa représentation au Conseil supérieur du tourisme « prend une part éminente à la mise en œuvre du plan d’équipement de la montagne hivernale »…
Les excès des futurs plans neige sont à venir et n’alerteront que plus tard nos responsables…

1959 - L’Enseignement bénévole de l’alpinisme

À la demande de plusieurs Clubs affiliés et des pouvoirs publics, la FFM a créé, au titre de l’Enseignement bénévole, des brevets fédéraux d’Initiateur et d’Instructeur d’alpinisme
Mais il a fallu tenir compte de l’état d’esprit des Guides, extrêmement craintifs sur le sujet en écartant « toute parité sur le plan technique pour la délivrance des brevets ».
<  Le brevet d’Initiateur d’alpinisme permettra de conduire une cordée dans une caravane constitué de plusieurs cordées.
<  Le brevet d’Instructeur d’alpinisme autorisera la conduite d’une caravane.

  • L’« Enseignement alpin » devient un objectif prioritaire pour le Club Alpin et la FFM.

1959 - La politique de la jeunesse

Le président Lucien Devies publie un article « Le Club Alpin et la jeunesse » sur la politique de la jeunesse « qui conditionne l’avenir de notre association ».
«
 Traitons les jeunes dès que leur esprit mûrit comme des camarades… dans le cadre de nos structures normales. Il n’y a pas au Club Alpin de distinctions entre les sexes et les catégories sociales ; il n’y a pas lieu d’en établir entre les âges ».

1959 - L’alpinisme international à Chamonix

En juillet 1959, à l’initiative de la FFM, un Rassemblement international des alpinistes à l’ENSA de Chamonix réunit 26 grimpeurs de différentes nations… Cette manifestation est reconduite régulièrement tous les quatre ans depuis 1947…

1959 - Les Calanques de Marseille-Cassis

Judicieuse initiative des Excursionnistes marseillais, qui sauront obtenir l'inscription des Calanques de Marseille-Cassis à l'Inventaire des sites par le Décret du 24 novembre 1959...

1959 - Le tunnel du Mont Blanc

En 1959, début du percement du tunnel du Mont Blanc, son inauguration aura lieu en 1965. Encore sans réaction du monde de la montagne, ni des gens de la vallée.

1959 - Une expédition féminine au Cho Oyu

Une expédition féminine se présente et demande l’appui du Comité de l’Himalaya pour tenter le Cho Oyu, 8153m.
Dirigée par Claude Kogan, cette entreprise novatrice et ambitieuse est composée de trois Françaises, trois Anglaises, trois Népalaises, une Suissesse et une Belge, toutes alpinistes confirmées…
Le Comité de l’Himalaya - partagé face à ce projet - refuse d’accorder son patronage, mais accepte une participation financière…
Malheureusement, l’expédition se terminera en catastrophe, avec la disparition de Claude Kogan, de Claudine Van der Stratten et de l’assistant népalais Ang Norbu Sherpa. Disparition également de Chhowang Sherpa parti à leur recherche, avec le Sirdar Wongdi Sherpa.

1960 - Les Étoiles du Midi

Sortie du film Les Étoiles du Midi de Marcel Ichac, entièrement consacré à l’alpinisme, qui montre notre discipline avec beaucoup d’authenticité.

En 1961 - Le drame du Freney

C’est l’un des plus dramatiques accidents de l’histoire de l’alpinisme ( voir le dossier : Un historique du Secours en montagne ). Ce drame soulignait le peu d’organisation et les difficultés du Secours en montagne transfrontalier de l’époque.
En 1965 encore, le déplacement d’un hélicoptère français vers un blessé au fauteuil des Allemands dans le versant italien du Mont Blanc était encore une affaire d’État, il avait été exceptionnellement autorisé à cause de la présence des chefs d’État d'Italie et de France venus inaugurer le tunnel du Mont Blanc…

1960 à 1965 - La protection des sites  

Des articles complaisants

La revue La Montagne & Alpinisme par une série d’articles complaisants de 1960 à 1965 offre curieusement une large tribune aux partisans de l’équipement à outrance de l’espace alpin, très enthousiasmés des possibilités offertes par les moyens mécaniques, avec ce commentaire terrible « malgré tous les pylônes, toutes les bennes, tous les câbles, toutes les pistes, il reste encore assez de place pour l’amateur de neige vierge ».

Un aménagement concerté et raisonnable

Dans cette période d’équipement touristique à tout va, les positions des associations de montagne - le Club Alpin et la FFM - ont beaucoup de mal à apparaître clairement.
Elles doivent composer avec l’enthousiasme de leurs sociétaires pour le ski lié aux remontées mécaniques, et pas encore très concernés par la sauvegarde de l’espace alpin.
Elles doivent pourtant agir pour ce qui constitue leur raison d’être : la protection de la montagne ; en apportant la pondération nécessaire entre équipement et sauvegarde...
La grande idée sera l’aménagement concerté et raisonnable. Mais en face, il n’y aura pas toujours des interlocuteurs pour le concerté et le raisonnable…

Des réclamations argumentées

En appuyant leurs démarches par des dossiers argumentés, nos organisations réclamaient :

<  La création des Parcs nationaux du Haut Dauphiné, du Mercantour et du Néouvielle.
<  Un tracé de l’autoroute du sud ne passant pas à travers la forêt de Fontainebleau, en l’évitant par l’ouest.
<  Un programme d’achat de terrains en vue d’accroître la forêt domaniale de Fontainebleau.

Elles s’opposaient :

<  À la construction des téléphériques des Houches à l’Aiguille du Goûter ; du Montenvers à Trélaporte ; de l’Aiguille du Midi au Mont Blanc du Tacul, et à celui conduisant au sommet du Râteau.
<  À tout équipement nouveau dans le massif du Mont Blanc, notamment en amont du Montenvers.

Elles étaient favorables - à titre compensatoire - à un téléphérique vers le Dôme de la Lauze.

1960 - Une Loi relative à la création de Parcs nationaux

L’effervescence provoquée par le Comité d’étude pour la création d'un Parc national de Savoie et les résultats de l’enquête préliminaire demandée par le Conseil national de la protection de la nature, aboutiront à l’élaboration et au vote de la « Loi du 22 juillet 1960 relative à la création en France de Parcs nationaux ».

L’État se donnait enfin les moyens d’agir…

  • C’est une Loi essentielle qui commandera l’ensemble des développements à venir dans la droite ligne des réclamations du Club Alpin.

Les Parcs nationaux

Un « Parc national » sera une portion de territoire dans laquelle la faune, la flore et le milieu naturel en général seront protégés des activités humaines...
« Un parc national aura pour mission de protéger la nature sauvage pour la postérité et se voudra un symbole de fierté nationale. Ce sera un monument naturel, porteur de l'attractivité de ses paysages, et vecteur de leur identité culturelle et une richesse considérable pour un territoire et une nation ».
Il a évidemment un intérêt touristique fort…
Il sera constitué d’une « Zone centrale » - le cœur du secteur concerné - et d’une « Zone périphérique » ouverte à un essor économique adapté.
« La zone centrale du Parc national sera une véritable "assurance sur le capital" et aura un régime de haute protection garanti par la législation.
Au-delà de la protection de la zone centrale, l'ambition sera de s'inscrire dans le développement durable de toute la région.
La protection de la zone centrale sera d'autant plus efficace et durable que les acteurs locaux se l'approprient, et que les politiques de développement et les activités menées autour de la zone centrale la favorisent ».

1961 - L’équipement des itinéraires

L’implantation d’équipements et de cordes fixes en vue de faciliter l’ascension de l’arête sud-est de l’Aiguille de Blaitiére est vivement dénoncée par Guido Magnone - président du GHM - dans les Annales du GHM de 1961 avec un titre tonitruant : « Faut-il brûler les refuges ? ».
C'est une initiative hasardeuse de la Compagnie des Guides de Chamonix et de certains gestionnaires de la Section de Paris du Club Alpin pour élargir la proposition d’ascensions des professionnels et pour optimiser la fréquentation du refuge de l’Envers des Aiguilles ; en allant à l’encontre des valeurs de l’alpinisme…
Le Club Alpin et la FFM avaient aussitôt demandé le retrait des équipements et la remise en état des lieux.
L’article des Annales du GHM, avec son titre provocateur, suscitera quelques étonnements. Il dérogeait fortement aux façons de faire de l’époque : agir avec discrétion dans les organismes de décision, en évitant la place publique…

1961 - Le port du casque pour l’alpinisme

Notons que des casques figurent dans l’équipement des deux ascensionnistes de l’Eigerwand, Anderl Heckmair et Wiggerl Vörg en 1938.
Il est adopté régulièrement par les grimpeurs austro-allemands dès les années 1950.
Pour cette protection essentielle, l’élément déclencheur sera la diffusion mondiale des splendides photographies relatant la première ascension hivernale de la face nord-ouest de l’Eiger du 6 au 12 mars 1961. Les Austro-allemands Walter Almberger, Toni Kinshofer, Anderl Mannhardt et Toni Hiebeler sont tous équipés de casques.
Il est proposé dans l’information sur le matériel d’alpinisme dans la revue La Montagne & Alpinisme de juin 1961.
Le casque entre dans les mœurs et dans les catalogues des magasins français en 1965 et connaîtra de nombreux progrès… Mais les pages publicitaires des revues de l’époque ventent plus la cigarette que le port du casque… Un label FFM concernant les casques pour alpiniste sera instauré en 1967 ( voir aussi le dossier : Le matériel de l’alpiniste ).

1961 - La forêt de Fontainebleau coupée en deux

Suite à un manque certain de vigilance des Associations et à l’invraisemblable irresponsabilité de l’administration, la forêt de Fontainebleau sera coupée en deux par l’autoroute du sud.
Un gâchis irréparable…
Les positions prises par nos instances en faveur d’un tracé de l’autoroute évitant la forêt de Fontainebleau par l’ouest ne seront pas suffisamment appuyées et ni défendues. Elles susciteront le commentaire laconique et désabusé du président du Club Alpin et de la FFM : « il y a très peu de chance [que ces positions] soient prises en considération »...
Là encore, on restera entre décideurs, aucun appel à l’opinion publique et aux adhérents ne sera tenté…
Et le réveil tardif d’autres groupements et quelques gestes irresponsables n’y feront rien…

Deux échecs cuisants

Nos institutions auront connu deux échecs cuisants concernant la sauvegarde de la nature :

<  En 1955, un téléphérique traverse un site classé, la Vallée Blanche.
<  Et en 1961, une autoroute coupe en deux la forêt  de Fontainebleau...

Deux échecs certainement dus à des démarches trop respectueuses des usages confrontées à des agissements beaucoup moins attentionnés…
Il faudra à l’avenir savoir manifester et crier, lorsque expliquer et convaincre se révéleront insuffisants…
Au sein du Club Alpin, de la FFM et ses Clubs, une prise de conscience apparaîtra pour agir à l’avenir d’une façon organisée et dynamique et surtout en ne restant plus entre initiés, mais en convoquant l’ensemble des adhérents…

1962 à 1974 - Les plans neige

C’est au début des années 1960 que les plans neige vont être créés, ils confieront à des promoteurs l’aménagement de domaines skiables, la gestion, la construction et l'intégration de toutes les fonctions d'une station d’altitude avec un minimum de contrainte de la part de l’administration.
Ce sera de 1962 à 1974, un bétonnage en règle de l’espace alpin au nom de l'essor économique et un équipement à tout va, avec quelques réussites et de nombreux mécomptes.
Situées très au-dessus de l’habitat traditionnel, ces stations se développeront souvent sans la participation des autochtones…

1962 - ALERTE AU SURÉQUIPEMENT

Lucien Devies - membre du Conseil supérieur du tourisme - est bien informé de ce qui se trame…
Considérant que « l’équilibre entre les divers intérêts - qui avait subi déjà quelques horribles entorses - risquait d’être sérieusement rompu sur des points essentiels » et constatant les limites de la méthode « expliquer et convaincre entre décideurs », Lucien Devies sera amené à intervenir publiquement et à appeler à la mobilisation des adhérents.
En avril 1962, deux articles en forme de cris d’alarme paraissent dans la revue La Montagne & Alpinisme sous les signatures de Didier Olivier Martin et de Jacques Lancien.

En juin, l’article capital et décisif « Alerte au suréquipement » signé de Lucien Devies, président du Club Alpin est publié dans la revue, il commandera les actions futures :

« Des sites admirables sont menacés de faire place à des paysages industriels ou urbains, d’être envahi par la mécanique. Le prodigieux développement économique de notre pays depuis la libération, l’accélération de la concentration urbaine, l’expansion touristique, souvent insuffisamment pensés, risquent vraiment, si on ne les insère dans des programmes convenables d’aménagement du territoire, de détruire irrémédiablement certains des traits les plus précieux du visage de notre pays, qui au contraire, devraient être respectés et exaltés ».

C’est à son corps défendant et devant des menaces réelles d’équipements outranciers que Devies doit constater que les « actions courtoises mais d’une fermeté absolue » sont inefficaces devant les agissements d’interlocuteurs sans état d’âme et qu’il fallait adopter une méthode différente - celle de ne plus rester entre décideurs - en appelant chacun de nos adhérents à la responsabilité.

« Il faut qu’un grand mouvement soutienne cette action, que chaque membre du Club Alpin qui est en mesure de la soutenir et de l’appuyer auprès de l’opinion et des autorités se fasse connaître, que les associations de défense s’organisent, que l’État comprenne et fasse son devoir à l’égard de l’avenir ».

1962 - Le COSIROC

 Création du COSIROC, un Comité de coordination qui aura comme but la défense des sites et des rochers d'escalade de la forêt de Fontainebleau, avec initialement deux grandes actions :
<  Le rattachement du massif des Trois Pignons à la forêt domaniale de Fontainebleau, avec le rachat par l'État de près de deux mille propriétés couvrant le massif.
<  La création de la base de plein air de Buthiers-Malesherbes, évitant un projet d'urbanisation…
Le Cosiroc deviendra une association indépendante en 1967.
Des Comités de coordination identiques seront ensuite créés dans divers massifs.
Parallèlement le Club Alpin et la FFM se prononcent pour l’interdiction de toute circulation automobile dans la forêt domaniale de Fontainebleau en dehors des voies goudronnées, des voitures qui s’introduisaient partout dans les sous-bois…

1959-1962 - LE JANNU 7710m

En 1959, le Comité de l'Himalaya « décida de faire tenter » le Jannu, 7710m peut-on écrire en reprenant une expression de Lionel Terray. Un sommet situé dans l’Himalaya du Népal.
Après une reconnaissance, l'expédition du printemps 1959 va découvrir et reconnaître un itinéraire viable en installant six camps d'altitude, mais va échouer vers 7400m…
En 1962, c'est encore un succès collectif complet…
Il avait fallu trois opérations, dont deux très importantes, pour obtenir le succès d'où le titre de la relation : « Bataille pour le Jannu » ; mais c'était « ce qui avait été accompli de plus difficile et de plus audacieux dans l'Himalaya » ( voir le dossier : Un historique des Expéditions lointaines françaises ).

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1962 à 1972 - LE SECOURS EN MONTAGNE

L'emploi de l'hélicoptère

L'emploi de l'hélicoptère va permettre une extraordinaire avancée et rapidement bouleverser les techniques du secours en montagne.
En 1960, deux hélicoptères, un appareil expérimental Alouette II et un prototype Alouette III, se posent au sommet du Mont Blanc, montrant les immenses possibilités.
En 1961, un premier colloque Air-Montagne, réunissant l’ensemble des partenaires concernés par le secours en montagne et par l'apport des moyens aériens, est organisé à l’ENSA de Chamonix.
C’est « une nouvelle étape dans l’organisation du secours en montagne en France »…
Mais le débat sera vif entre les avantages des actions terrestres et ceux des moyens aériens, et la FFM continuera de développer un treuil léger de transport des blessés jusqu’en 1965…

Le bilan de 1962

Le bilan de 1962 du secours en montagne fait apparaître 179 opérations de secours dont 98 avec des moyens héliportés.
La FFM a enregistré 2 363 journées-sauveteurs.
Les secours ont ramené 117 blessés et 57 égarés.
Il y a eu à déplorer 59 morts.
En 1964, la FFM constate que « les résultats des interventions de la Société Chamoniarde de Secours en Montagne montrent une forte augmentation des opérations aériennes ».
Peu à peu l’hélicoptère va prendre une place importante puis prépondérante...

L’hélicoptère pour l'ensemble des missions d'exécution des secours

De nouvelles machines très performantes, aux mains d'habiles pilotes, vont rapidement être capables d'aller porter assistance dans les endroits les plus inaccessibles des montagnes.
En 1965, une circulaire interministérielle pour l’emploi de l’hélicoptère dans le Secours en montagne est publiée le 12 mai…
En 1965, il y a encore 196 caravanes terrestres pour 224 opérations aériennes.
Un peu plus tard, la puissance de l'Alouette III va autoriser un progrès décisif.
L'appareil ‑ équipé d'un treuil et d'un brancard adapté ‑ va faire des merveilles en permettant le vol stationnaire directement au-dessus du lieu d'intervention. Le blessé, installé sur le brancard, est remonté à l'aide d'un filin et du treuil pour être récupéré et immédiatement évacué.
Le 18 juillet 1967, un sauveteur est déposé à 3100m dans la face est du Moine et les deux blessés enlevés. Le 7 août, sur l'arête faîtière proche du Grand Gendarme de l'Aiguille du Grépon, un alpiniste en fâcheuse position est directement extrait.
Plus tard encore, un harnais en extrémité de filin permettra des opérations particulièrement acrobatiques et osées.
En 1972, la couverture des zones de montagne du territoire national par les groupes spécialisés de secours des CRS et de la Gendarmerie - disposant du monopole des moyens aériens - est complète…
Ils vont assurer l'ensemble des missions d'exécution des secours.

Le secours en montagne sort du cadre juridique de la FFM

Au Comité interministériel, les négociations pour l'organisation d'un Service public ont été longues et difficiles. Lucien Devies se sera beaucoup dépensé pour préserver les intérêts du monde de la montagne.
En 1969, il informe le Club Alpin et la FFM que l’organisation du secours en montagne va être entièrement prise en charge par l’État.
En 1972, Devies pouvait transmettre le dispositif fédéral sans état d'âme, au nom des valeurs qui lui étaient chères : l'intérêt général et le pragmatisme…
Devies pouvait constater avec satisfaction que les méthodes qu'il avait su proposer et faire appliquer au monde de la montagne étaient reprises par les autorités publiques... Que les adaptations nécessaires étaient elles-mêmes établies en tenant compte de ses propres suggestions...
Une Commission des secours en montagne que Lucien Devies aura - là aussi - tenue à bout de bras pendant presque trente années ( voir le dossier : Un historique du secours en montagne et l'article : L'organisation du secours en montagne 1945-1975, dans l'ouvrage coordonné par Olivier Hoibian : Lucien Devies, La montagne pour vocation. Édition L'Harmattan ).

1963 - LE PARC NATIONAL DE LA VANOISE

Dès 1953-1956, des initiatives avaient été prises pour la création d’une Réserve d’intérêt national de Savoie analogue à celle du Mercantour de 1947. Ces intentions avaient évolué vers une proposition de Parc national comparable au Parc italien du Grand Paradis et bordant celui-ci.
Le « Comité d’étude pour la création du Parc national de la Vanoise » est actif depuis 1956. Il est animé par Georges Descours - président de Club Alpin de 1951 à 1954 - qui a été le promoteur du projet.
Le courant d’opinion entretenu par le Club Alpin et l’intervention judicieuse dans la presse d’un alpiniste connu conduiront - après de longues discussions et hésitations - à la création du « Parc national de la Vanoise », premier Parc national de France par le Décret du 6 juillet 1963…
Le Club Alpin, principal soutient du projet, est naturellement présent au Conseil d’administration du Parc.

Le « Parc national de la Vanoise » sera inauguré officiellement le 26 juin 1965.

  • Ainsi le très long intérêt pour la Haute Maurienne - commencé à la fin du XIXe siècle - de nos collègues lyonnais trouvait une solution pérenne…

Un événement considérable

C’est un événement considérable, pour la première fois l’État s’engageait réellement dans la protection en milieu naturel de montagne.
Au fil du temps dix Parcs nationaux constitueront un solide capital inaliénable auquel s’ajouteront les Parc naturels régionaux…
Le Club Alpin doit être fière d’avoir été le premier à l’origine de cette heureuse réclamation…

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Vu depuis notre XXIe siècle

Il est intéressant d’observer et de situer depuis notre XXIe siècle, les interventions particulièrement éclairées de nos prédécesseurs pour préserver des richesses nationales uniques, des territoires de montagne fabuleux, certains aujourd’hui devenus inaliénables.
D’abord les réclamations du Club Alpin à la fin du XIXe siècle en venant soutenir les préoccupations des Ingénieurs des Services des Eaux et Forêts pour nos montagnes, en apportant l’appui de la société civile et des sociétés savantes, devant le peu de soucis des autorités politiques de l’époque pour la nature.
Puis la longue quête pour empêcher que la Meije ne soit définitivement souillée et vandalisée.
Ensuite en 1956, la démarche lumineuse - essentielle - de notre association visant à la création de la Réserve naturelle de Savoie. Une action pionnière qui alertera l'Administration - enfin réveillée - pour aboutir à la création du Parc national de la Vanoise en 1963.
Suivront les décisions qui toucheront ensuite
les Écrins, le Mercantour, les Pyrénées et autres.
Il aura fallu les heureuses préoccupations de nos associations pour préserver des zones fabuleuses, en évitant ainsi la mainmise des intérêts particuliers sur des richesses nationales uniques.
C’est seulement après 1972 que commencera de naître un engouement du grand public pour cette sauvegarde de la nature, sa mobilisation viendra renforcer les actions des associations. Une opinion publique qui a depuis acquis une sensibilité certaine, c’est le plus sûr garant de la pérennité de nos Parcs nationaux et régionaux et Réserves naturelle…

Une curiosité

Soulignons à cette occasion une curiosité : « un oubli » un peu général des Communes, des administrations, des organismes de montagne ; et aussi des rédacteurs de revue et de guides d'information...
Celui de citer l'antériorité du Club Alpin, indiscutablement à l'origine de ces initiatives de préservation du milieu naturel.
Ainsi que de rappeler la justesse de vue de nos prédécesseurs du XIXe siècle, qui déjà réclamaient un intérêt de l'État pour la sauvegarde de la montagne.

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Une revue assez discrète

Étrangement notre revue La Montagne & Alpinisme est restée assez discrète concernant les tractations qui amèneront la création du Parc national de la Vanoise.
Après le document initial de référence signé par Marcel Couturier de juin 1956, aucun article de soutien entre 1956 et 1962 ne sera publié, malgré l'intérêt et la mobilisation des membres de l'association...
C’était avant l’année charnière 1962 et le cri d’alarme « Alerte au suréquipement » ; les années où la méthode « expliquer et convaincre entre décideurs » était encore de rigueur…
Il faudra attendre avril 1964 pour qu’enfin - la décision étant acquise - un article général signé par René Varlet « Le Parc national de la Vanoise » soit publié dans la revue du Club Alpin, le promoteur du projet.

Pour un Parc national en Haut Dauphiné

Aussitôt la décision acquise en Vanoise « évitant ainsi des rivalités inopportunes » Lucien Devies propose la création du « Parc national en Haut Dauphiné », un projet mûri depuis longtemps...
Un article « Pour un Parc national en Haut Dauphiné » sous sa signature paraît dans la revue La Montagne & Alpinisme de décembre 1963.
Et déjà les Assemblées générales du Club Alpin et de la FFM ont approuvé le projet déjà structuré s’appuyant sur les acquisitions par l’État d’une partie de la vallée du Haut Vénéon en 1914, de la partie sud du massif des Écrins en 1924 et du Haut Valgaudemar en 1928 ; le massif de la Meije étant classé au titre de la loi de 1930 sur les sites…

La part des chasseurs

Il faut souligner la part importante prise par les chasseurs dans la création du Parc de la Vanoise, ils auront été des alliés importants et seront sollicités de nouveau pour les futures batailles.
Dans le projet du Parc en Haut Dauphiné leur soutien est recherché en ces thermes « une action de peuplement combinée avec une réglementation astucieuse pourrait faire le plus sensationnel terrain de chasse au chamois qui soit, une zone de "safari", si l’on peut se permettre cette expression à l’échelle de l’Europe ».

1963 - Un stage de haut niveau technique

La FFM organise un stage d’alpinisme de haut niveau technique dans les Dolomites, sous la direction de Georges Livanos, les plus difficiles escalades du massif de la Civetta sont entreprises par les stagiaires en cordées autonomes, dont notamment le dièdre Philipp-Flamm de la Punta Tissi.
Un second stage de haut niveau technique sera organisé l’année suivante, puis ils s’adresseront aux cadres fédéraux…

1963 - Une Fédération Française de Spéléologie

La Fédération Française de Spéléologie (FFS) est créée le 1er juin 1963 à Millau. Elle est issue de la réunion de la Société Spéléologique de France, fondée le 1er février 1895 par Édouard-Alfred Martel et du Comité National de Spéléologie, fondé le 28 mai 1948.
On retrouvera un historique de la spéléologie dans un article de Philippe Morveran « La petite histoire de la spéléologie au Club Alpin » dans la revue La Montagne & Alpinisme n°4/1997. Est bien décrite la part du Club Alpin, en ce qui concerne le début de la spéléologie en France, puis sa structuration et son évolution.
Les liens forts de la spéléologie avec le Club Alpin, à l’origine de cette discipline dès 1888, méritent d’être soulignés et rappelés ainsi que les activités de la Commission des travaux scientifiques du Club Alpin de 1939 à 1950.

1963 - La Commission fédérale du matériel de sécurité

En 1963, la Fédération Française de la Montagne décide d’étendre l’objet de la Commission fédérale des cordes de montagne qui devient la Commission fédérale du matériel de sécurité qui aura compétence sur les éléments essentiels de la sécurité des grimpeurs.

1964 - Un label international pour le matériel

Le plus important progrès dans le matériel d’alpinisme aura été la mise au point de la corde moderne dès 1947 et depuis ses caractéristiques seront beaucoup améliorées et contrôlées par une normalisation.
En 1964, l’Union Internationale des Associations d’Alpinisme crée sa Commission internationale et son label en 1964.
Ce label international ( UIAA ) va venir se substituer aux labels nationaux, il est aujourd’hui le garant de la sécurité… Désormais, c’est le même essai reproductible dans les différents laboratoires compétents qui certifie la qualité des cordes.

1964 - Des notions de mécanique

La même année, il sera mis en relief - auprès des utilisateurs - la notion fondamentale d'absorption d'énergie qui doit être prise en compte en cas de sollicitation du matériel de protection, plutôt que la simple résistance mécanique statique…

1964 à 1966 - LES REFUGES CONSTRUITS OU RÉNOVÉS

1964 - Le refuge de la Cougourde, 2090m
1964 - Le refuge-bivouac du Grand Bec de Pralognan, 2500m
1964 - Le refuge des Oulettes de Gaube, 2150m
1965 - Le refuge de Maupas, 2430m
1966 - Le refuge du Promontoire, 3092m

Voir un historique détaillé dans le dossier : L'Aménagement de la montagne et les Refuges.

1964 - Le domaine des Trois Pignons

Quelques initiatives privées et celle du Club Alpin avaient réclamé que le domaine des Trois Pignons « complément essentiel de la forêt de Fontainebleau » soit mis hors de portée des promoteurs.
La forte mobilisation des familiers de la forêt de Fontainebleau était réelle et perceptible, ces usagers s’estimaient victimes du mauvais coup de l’administration qui n’avait pas hésité à couper en deux la forêt pour donner place à une autoroute…
Voulant peut-être atténuer ce fiasco environnemental, l’administration se portera acquéreur des zones encore non protégées de l’exceptionnelle forêt…
L'Enquête publique en vue de l'expropriation de l'ensemble du massif des Trois Pignons débutera en 1966… L’Arrêté de déclaration d’Utilité publique date du 20 octobre 1967.
Après divers procédures qui attaquèrent la décision devant le tribunal administratif compétent, il faudra encore attendre l’Arrêté du 10 mai 1974 pour aboutir.
Le domaine de Bois Rond déjà acheté par l'Armée en 1952 - ce qui évita l'appropriation privée de cet autre espace unique - et le secteur de Coquibus déjà acheté par l’État entrent dans les limites de l'Arrêté...
Avec ces heureuses initiatives, et après les irresponsabilités criantes qui provoquèrent la désastreuse saignée de l’autoroute, la forêt de Fontainebleau échappait maintenant - en grande partie - aux turpitudes des hommes…
Il était constaté que l’administration - qui s’était montrée à la hauteur de l’enjeu dans l’affaire des Trois Pignons - devenait maintenant plus attentive aux aspects environnementaux concernant le territoire national.

1964 - La montagne en deuil

Le 7 juillet 1964, un drame particulièrement tragique survient durant l’ascension de l’arête des Grands Montets de l’Aiguille Verte par un stage de l’École Nationale de Ski et d’Alpinisme. Trois professeurs et neuf Aspirants-Guide sont précipités dans le couloir Cordier où ils trouveront la mort.
La catastrophe touchant des professionnels liés à l'organisation de l’enseignement de la technique et de la sécurité vient cruellement souligner les dangers de l’alpinisme et les incertitudes rencontrées en montagne.

1964 - Un bilan après quatre vint-dix ans d’activité

C’est Claude Maillard qui préside le Club Alpin de 1963 à 1965.
Le Club Alpin compte 48 000 adhérents.
Les refuges du Club Alpin ont enregistré cette année-là 68 000 nuitées.
Pour les refuges de haute montagne, la répartition géographique de la fréquentation des 58 200 nuitées se présente ainsi :

- Massif des Écrins        24 700  
- Mont Blanc                    16 300
- Alpes-Maritimes             4 200
- Vanoise-Tarentaise       4 000
- Pyrénées                         4 000
- Maurienne                       2 700
- Belledonne                      2 300

Les 9 800 nuitées restantes concernent les refuges de moyenne montagne accessibles par la route…
Ses chalets-skieurs ont enregistré 25 000 nuitées.


Les activités structurées venant en complément des programmes hebdomadaires des Sections sont principalement :
<  Les rassemblements escalades et randonnées dans divers massifs.
<  Les camps d'été permanents d’alpinisme à la Bérarde et à l’Envers des Aiguilles.
<  Les stages d’initiation alpine pour adolescents.
<  Les stages fédéraux de formation au niveau initiateur et instructeur bénévoles d’alpinisme.
<  Un stage de haute difficulté dans les Dolomites.
<  Les échanges franco-allemands avec le Club Alpin d’Allemagne ( DAV ).
<  L’ensemble des activités de ski.

1965 - Le tunnel du Mont Blanc

En 1965, inauguration du tunnel du Mont Blanc par les chefs d’État d’Italie et de France, Giuseppe Saragat et Charles de Gaulle.

1965 - L’ESCALADE EN MUTATION

Les pitons scellés et ancrages scellés après forage de la roche

Sur les falaises du Saussois et des Ardennes belges, on commence à mettre en place des pitons scellés ou des ancrages implantés directement dans la roche après le forage d’un trou « les ancrages scellés après forage » aux relais et aux points névralgiques des escalades classiques.
En particulier dans les rochers de Surgy, Guy Richard se livre à un équipement général des voies avec une implantation réfléchie des points d'ancrage placés en rappel.

La propagande de Claudio Barbier

Claudio Barbier qui était l’un des meilleurs rochassiers de sa génération, sera le premier propagandiste en Europe continentale et occidentale d’une escalade libre et propre, il a parcouru l'ensemble des massifs d'escalade de l'Europe et connaît bien les règles sportives des écoles est-allemandes et britanniques, très critiques sur les moyens artificiels.
Rapidement convaincu que le paroxysme atteint par le « règne du fer » conduisait à une impasse, le grimpeur belge fera une diffusion discrète mais continue des idées venues de Grande-Bretagne et des bords de l’Elbe. Et plus tard, il sera également très actif pour propager le recours aux coinceurs.

L'escalade en jaune

Claude Barbier cherche à faire évoluer l'escalade dans les falaises des Ardennes belges.
La Directissime de la falaise de l'Al'legne, une des plus classiques et des plus belles escalades de Freyr, est à l'évidence surpitonnée et beaucoup utilisent les ancrages comme points d’aide… « le tire-clous »
Pour ne pas provoquer de polémique, Barbier a l'idée de différencier avec de la peinture jaune les points d’aide et d'assurage… Petit à petit, l'expression « jaunir une voie » va devenir synonyme d'escalade libre, mais cette proposition restera marginale pour encore un peu de temps.
Et "le tire-clous" a encore de belles années devant lui…

Les falaises de l’Elbsandsteingebirge

En 1966, Claudio Barbier fait paraître un article « L’Elbsandsteingebirge » d’Herbert Richter dans la revue La Montagne & Alpinisme. Ce sera une vraie stupéfaction pour beaucoup…

1965 et 1967 - LES PREMIÈRES DIFFICULTÉS FÉDÉRALES

En 1963, une réduction de cotisation FFM est refusée à un Club gestionnaire de refuge, car il ne consacre plus aucune part de la cotisation de ses membres à la construction ou à l’entretien de ses refuges…
En 1965, le représentant d’une Association - qui connaît parfaitement le fragile équilibre qui permet le fonctionnement de la FFM - demande l’unification des cotisations fédérales.
Il est répondu par le président de la Fédération Française de la Montagne que « seul à ce moment-là le Club Alpin bénéficie d’une cotisation réduite conformément aux statuts, car consacrant une part de la cotisation de ses membres à la construction ou à l’entretien de ses refuges ».
En 1967, le représentant de la même organisation demande une augmentation de la cotisation des membres des Clubs possédant des refuges, et une diminution pour celles des autres, ainsi qu’un resserrement de l’éventail du taux des taxes des nuitées dans les refuges.
C’est évidemment une façon provocatrice de convoquer les petites associations contre un Club Alpin possédant une supériorité numérique hégémonique et qui doit faire adhérer l’ensemble de ses membres, moyennant une cotisation réduite pour l’entretien de ses refuges…
La solidarité et la cohésion du monde de la montagne se trouvaient malmenées pour une question subalterne de cotisation et certainement pas dans une intention de bonnes relations…
Autre difficulté, certaines petites sections montagne dépendant de structures très importantes se font représenter - dans les instances fédérales - par leurs personnels permanents et salariés - très aguerris aux débats conflictuels - face aux représentants bénévoles du Club Alpin, ce qui ajoute aux difficultés relationnelles et ne facilite pas les débats…
Ce que les contradicteurs ne savaient pas, c’est que la provocation donnait corps - par effet miroir - aux réticences internes bien présentes au Club Alpin concernant l’adhésion fédérale.
Les réticences de ceux qui n’ont pas de raisons d’être licenciés à la FFM… Les randonneurs, les skieurs, les amoureux de la nature partisans d’une montagne paisible éloignée des ambitions sportives et les adeptes des activités douces de loisirs en montagne, ceux tournés vers les activités scientifiques et culturelles du Club Alpin…
Et à cette époque presque 20 000 de nos adhérents ont une licence de la Fédération Française de Ski…

1965 - L'Union Nationale des Centres Sportifs de Plein Air

En 1965, l'« Union Nationale des Centres Sportifs de Plein Air » ( UCPA ) prend la succession de l’UNCM et des groupements de sports de mer, elle est créée afin de mieux organiser les activités de pleine nature vers la jeunesse.
Cet organisme est administré par l'État, les collectivités territoriales et les grands mouvements de jeunesse et d'éducation populaire.
L'UCPA « inscrit son projet humaniste, social et citoyen dans le prolongement du service public, et participe à la mise en œuvre des politiques publiques destinées à la jeunesse ».

1965 - Une Commission des sports aériens de montagne

Le Club Alpin crée une Commission des sports aériens de montagne avec formations concernant le vol, les atterrissages sur altiport et sur glacier et le parachutisme en montagne.
Un stage de formation est proposé à Challes-les-Eaux en 1966.
Deux rassemblements seront organisés en septembre 1971 à l’Alpe d’Huez et en mai 1972 à Serre-Chevalier.
Dès 1973, une Association des pilotes de montagne prendra le relai et le Club Alpin continuera sa coopération jusqu’en 2000.
C'est une Commission qui se présentait un peu contre le cours des choses, le vol libre lui apportera plus tard une légitimité plus incontestable...

1965 - VERS UN PARC NATIONAL DES PYRÉNÉES

Alors que la création du Parc de la Vanoise et les initiatives pour un Parc du Haut Dauphiné ont comme origine les actions du Club Alpin - des démarches évidemment relayées par les pouvoirs publics -, c’est une action des Services des Eaux et Forêt du ministère de l’Agriculture qui a conduit aux études préliminaires concernant la création d’un « Parc national des Pyrénées ».
Un Parc qui irait du Pic d’Anie à l’ouest au Pic Long à l’est de la chaîne.
Un article « Vers un parc national des Pyrénées » paraît dans la revue La Montagne & Alpinisme d’avril 1965, où l’audace et l’ampleur du projet sont soulignées dans le texte de Raymond Ritter.
Les Sections locales du Club Alpin appuieront ce projet, mais il faudra aussi convaincre quelques oppositions farouches…
L’intervention du président Lucien Devies, à l’occasion de l’inauguration du refuge des Oulettes de Gaube au pied du Vignemale, devant les autorités locales et les montagnards réunis, sera insistante : Les Pyrénées saisiront-ils « la chance unique qui leur est offerte, non seulement de protéger leurs sites et leurs richesses naturelles, mais encore de les valoriser à l’échelle du tourisme européen de demain ? ».

LE CLUB ALPIN EN 1965

Les effectifs

Pour l’Assemblée générale de 1965 du Club Alpin, il est constaté - qu’en dehors de la masse fondamentale des adhérents fidèles soutiens des actions du Club Alpin - une partie superficielle d’affidés ne restent que pour un temps limité dans l’association, soumettant les effectifs à une fluctuation difficilement contrôlable qui entraîne de grandes complexités administratives…
« Ce mouvement de marée - flux et reflux - superficiel ne paraît affecter qu’une catégorie de membres, ceux qui ne viennent que pour le ski de piste, le plaisir facile de la descente et le moindre effort dans la montée... Le flux les apportera, le reflux les emporte ! »
Le Club Alpin compte 48 500 adhérents.

Les liens inter-Sections

Les réunions inter-Sections deviennent régulières et générales, elles permettent des échanges de vues, des regroupements d’activités et de communication.

L’Enseignement alpin

L’organisation de l’Enseignement alpin se fait au niveau des Sections par des collectives d’escalade, des stages et camps d’été et au niveau national pour la formation des cadres Initiateurs et Instructeurs. Ces brevets ne doivent pas « devenir des tests ou des satisfecit personnels » mais « des instruments au service d’une collectivité et non pas d’intérêts égoïstes ».

1964 à 1967 - L’organisation et le secours aux skieurs

Longtemps le secours aux skieurs est resté dans le domaine du flou artistique. De fait, pour le ski de piste, c'était le personnel des stations qui assurait ce service mal défini.

Les deux destinations, la piste et le hors-piste, seront précisées : « L'organisation des secours dans le domaine des sports de montagne se subdivise en deux branches, le secours aux skieurs sur piste, le secours en montagne ».
Depuis 1964, une Instruction interministérielle impose aux maires de prendre un Arrêté instituant une Commission chargée du service de sécurité sur les pistes de ski de leur commune. Mais, on va longtemps ergoter sur la définition d'une piste de ski et même sur la largeur de celle-ci...
En 1967, on arrivera à la notion de domaine skiable « qui séparait convenablement les domaines de la montagne et du ski de piste ».

1966 - L’opposition aux refuges-bivouacs

Au fil du temps, Lucien Devies luttera constamment contre l’installation de refuges-bivouacs « réducteurs d'aventure » implantés sur des itinéraires de montagne.
Déjà en 1938, quand les refuges-bivouacs placés sur l'arête de Peuterey et sur l'arête de l'lnnominata allaient être construits dans le versant italien du Mont Blanc...
Un long combat sera livré et perdu.
Il ne lâchera rien dans sa lettre du 22 mars 1966 à ses collègues italiens :

« Vous avez demandé un avis sur l'opportunité de placer un refuge-bivouac sur le versant est du Mont Rose. À mon sens, c'est une bonne chose que de faciliter l'accès à la montagne, afin de permettre à quiconque de pratiquer l'alpinisme s'il en a le désir et la volonté. Mais c'est une erreur que de faciliter les courses elles-mêmes.
Le devoir dans ce domaine n'est pas de diminuer la difficulté, mais bien de la maintenir pour que les Alpes puissent continuer à répondre aux aspirations des alpinistes.
Or, les Alpes ont des courses qui ont l'ampleur de celles du Caucase. Ne diminuons pas cette échelle.
Il me semble qu'il serait tout à fait dommage de répéter la même erreur au Mont Rose
[ que celle commise dans le versant sud du Mont Blanc ].
Depuis la cabane Marinelli, la Dufour et la Nordend se font commodément, dans la matinée ou dans la journée. Rien ne devrait être placé entre la cabane Marinelli et les sommets, ni près des sommets eux-mêmes.
Quant à la Gnifetti, aucun refuge-bivouac ne devrait être placé à moins de deux heures de la rimaye située au point le plus bas de la paroi. Il faut laisser cette face merveilleuse et sa proximité vierges de tout équipement.
Tel est l'avis, que je voulais vous exprimer. Il est dicté par une réflexion profonde sur l'équilibre à maintenir entre un équipement d'approche et la sauvegarde d'une zone de haute montagne ».

1966 - La technique française de cramponnage

En 1966, après un colloque franco-allemand sur les techniques glaciaires, l’intervention d’André Contamine dans la revue La Montagne & Alpinisme : « La glace vingt ans après » annonce une timide évolution...

S’il consacre encore la technique française de cramponnage, il admet certains avantages des pointes avant « sollicitant l’appui par la pointe du pied, un peu comme en escalade rocheuse » et du cramponnage frontal dans les pentes raides.
Les crampons avec pointes avant sont qualifiés de matériels nouveaux… disponibles depuis 1929 à Courmayeur !
Il faudra continuer à aller acheter ses crampons à Genève ou à Courmayeur, même si discrètement un modèle est apparu chez les fabricants dès 1965 en France…

1966 - Le Huascaran, 6768m

À ce moment-là, les montagnes de l’Himalaya ne sont plus accessibles à cause de sérieuses tensions politiques. On se tourne donc vers l'Amérique du sud et les Andes. L’objectif est le versant nord du Huascaran, 6768m. Ce sera une escalade andine réussie avec des moyens himalayens.
Tout le monde, sauf un blessé, trouvera le chemin de la cime.
Mais durant le retour du sommet Dominique Leprince Ringuet fait une chute fatale. C'est le premier accident mortel que le Comité de l’Himalaya avait à connaître…

1966 - Les commandements du Parc national de la Vanoise

Samivel est l’auteur d’un texte écrit pour le Parc national de la Vanoise et ses visiteurs.
Sous la forme de 14 commandements, la déclaration est reproduite dans la revue La Montagne & Alpinisme de février 1966 et s’ouvre sur cette proclamation : « Le parc national protège contre l’ignorance et le vandalisme des biens et des beautés qui appartiennent à tous »…

1966 - Il faut créer le Parc national du Haut Dauphiné.

À l’occasion de l’inauguration du nouveau refuge du Promontoire, 3092m dans le massif des Écrins le 26 juin 1966, le président de Club Alpin Lucien Devies rappellera la prestigieuse conquête de la Meije en 1877 par un jeune homme de 19 ans Emmanuel Boileau de Castelnau, un chasseur de chamois dans la force de l’âge Pierre Gaspard et son fils Pierre.
Mais il est déjà entièrement tourné vers l’action suivante, profitant de la présence des représentants de l’État pour l’événement :

« L’alpinisme français est né là. Il faut protéger cette région sauvage et si originale des Alpes, il faut créer le Parc national du Haut Dauphiné. C’est à cela que nous devons nous employer ».

1966 - La Montagne Sainte-Victoire

Mise en place d’une zone de protection de la Montagne Sainte-Victoire, car elle n’était pas à l'abri des investisseurs à ce moment-là.

1967 - Les chaussons d’escalade

En 1948, et après une longue mise au point commencée en 1935, Pierre Allain met sur le marché dans son célèbre magasin de la rue St Sulpice à Paris, un chausson d'escalade à semelle caoutchouc de marque PA.
Le fameux chausson bleu sera immédiatement l'outil indispensable pour l'escalade à Fontainebleau.
En 1955, ces chaussons sont adoptés pour l’escalade des parois des Îles Britanniques…
Curieusement, ils resteront en France réservés, à quelques exceptions près, aux blocs de Fontainebleau pendant encore douze ans.
En 1962, apparaît un modèle concurrent : Varappe RD de Galibier.
Pierre Allain diffusera ses propres chaussons jusqu’en 1962. Il s’installera ensuite à Uriage en 1963, pour poursuivre le développement et la fabrication de ses mousquetons en alliage d’aluminium.
C’est dans ces années-là que le modèle d’origine échappera à son inventeur et sera récupéré par son fabricant-cordonnier Bourdonneau qui proposera le chausson bleu d’origine, mais sous sa propre marque EB super-gratton.
En 1964, apparaît un modèle nouveau : Varappe PA Galibier, appelé « nouvelle PA ».
C’est en 1966, que le chausson d’origine figurera dans les publicités sous la marque : Super gratton EB, il restera pour encore quelque temps le modèle de référence.
Puis d’autres fabrications viendront…
En 1967, les chaussons font leur apparition dans les falaises calcaires et aussitôt dans les escalades rocheuses des Alpes… et, à partir de 1974, les chaussons PA et leurs dérivés seront indispensables pour toute escalade rocheuse difficile ou pas, en tous lieux

1967 et 1973 - Les brevets pour le ski de haute montagne

En 1967, la FFM crée un brevet de Chef de caravane bénévole de ski de haute montagne pour l’encadrement de son Enseignement alpin.
Et en 1973, elle crée un brevet de Chef de course bénévole de ski de haute montagne.

1967 - Le ski extrême

C’est une discipline complètement liée à l’alpinisme et pratiquée par des alpinistes skieurs…

En 1935 déjà, les Autrichiens Fritz Krügler et Peter Schintlmeister avaient skié la face nord du Hoher Tenn, 3317m ( Hochtenn ), puis avec E. Schlager la face nord de la Fuscherkarkopf, 3331m dans les Alpes Orientales. Et en 1941, Émile Allais et André Tournier avaient descendu à skis la face nord du Dôme du Goûter.
Mais aux yeux de tous, cela restait du ski sur des pentes anonymes…
En septembre 1967, lorsque le Suisse Sylvain Saudan se lance à skis dans la descente du couloir Spencer de l’Aiguille de Blaitiére, ce fut la stupeur : à skis dans des pentes remontées en crampons par les alpinistes…
Il n’était pas le premier à s’élancer dans les pentes raides, mais le premier à le faire savoir et à inaugurer des couloirs célèbres offrant déjà des obstacles sérieux aux alpinistes.
Aussitôt en Autriche et dans les Alpes orientales et occidentales des initiatives apparaissent.
Mais c’est dans le Massif du Mont Blanc que les performances les plus notoires seront réalisées, car empruntant les itinéraires les plus fameux de l’histoire de l’alpinisme…
L’année suivante en 1968, c’est le couloir Whymper de l’Aiguille Verte et le couloir Gervasutti du Mont Blanc du Tacul qui sont skiés par Saudan… Et en 1969, la face nord-ouest de Bionnassay…
Dès 1973, le 1er août Serge Cachat-Rosset - après une dépose héliportée - skie le célèbre couloir Couturier de l’aiguille Verte, la pente emblématique du massif du Mont Blanc. Il est suivi quatre jours plus tard par Anselme Baud et Patrick Vallençant en bon style, c'est-à-dire après l’ascension du couloir qui permet une bonne appréciation de l’exploit en préparation…
Peu à peu, aucune pente naturelle n’échappera aux explorations des très audacieux skieurs qui vont se présenter…

1967 - Le Parc national des Pyrénées Occidentales

Le Parc national des Pyrénées Occidentales est créé par le Décret du 23 mars 1967, le Club Alpin « qui a beaucoup contribué à sa création » sera représenté dans l’Établissement Public…

1967 - Les Parcs naturels régionaux

Le Décret du 1er mars 1967 du ministère de l’Aménagement du territoire et du plan officialise la création de « Parcs naturels régionaux ».
Ils répondent à une partie des préoccupations économiques et sociales de l’administration concernant le développement du territoire en conservant un caractère régional, notamment pour :

<  Animer certains secteurs ruraux en difficulté sur le plan agricole, et réaliser un programme harmonieux de rénovation rurale.
<  Procurer aux citadins des grands centres urbains des zones naturelles de détente.
<  Assurer par l'adhésion des collectivités locales et de la population, la sauvegarde et la mise en valeur des sites et monuments.

Ils sont créés par un accord entre l’État et les collectivités locales autour d’une « charte constitutive ».

Le sentiment d’avoir été entendu

Avec les initiatives de l’État pour les créations des Parcs nationaux et régionaux, on constate que la longue croisade du Club Alpin et ses cris d’alarme ont porté leurs fruits.
Le Club Alpin et bien sûr les autres structures amies ont le sentiment d’avoir été entendus par l’administration.
Il faut ajouter le début d’une prise de conscience de l’opinion publique qui viendra conforter le souci des Associations de préserver ce patrimoine national…

1967 - Un Parc naturel régional du Vercors

La création du Parc de la Vanoise a provoqué de nombreuses intentions.
Une initiative Vercors Nature se constitue pour favoriser la protection du massif du Vercors.
Un article de Philippe Traynard en fera l’annonce dans la revue La Montagne & Alpinisme de juin 1967 « Pour un Parc naturel régional du Vercors ».

1967 - Les surhommes d’autrefois

Alain de Chatellus publie dans la revue La Montagne & Alpinisme une série d’articles sur les explorations polaires des pionniers du début du XXe siècle, « Les surhommes d'autrefois », un titre qui ne semble pas excessif…

1967 - Les dangers de la foudre en montagne

Un article du Nord-Américain Alvin Peterson dans la revue La Montagne & Alpinisme apporte une information pratique, appuyée sur des bases scientifiques, concernant les dangers de la foudre en montagne.

1967 à 1969 - LES REFUGES CONSTRUITS OU RESTAURÉS

1967 - Le refuge d’Ambin, 2270m
1967 - Le chalet-refuge de Maljasset, 1905m
1967 - Le refuge de l’Olan, 2344m
1967 - Le refuge du Pigeonnier, 2423m
1967 - Le refuge de Pombie, 2030m
1967 - Le refuge de Presset, 2514m
1967 - Le refuge de Vénasque, 2249m
1968 - Le refuge des Conscrits, 2730m
1968 - Le refuge Ghiglione, 3690m
1968 - Le refuge de la Lavey, 1797m
1968 - Le refuge de Leschaux, 2450m
1968 - Le refuge Packe, 2495m
1969 - L’ancien refuge Albert 1er, 2702m
1969 - Le refuge d’Arrémoulit, 2300m
1969 - Le refuge des Écrins, 3175m
1969 - Le chalet du Langenberg - Ballon d’Alsace
1969 - Le refuge de la Noire, 2325m

Voir un historique détaillé dans le dossier : L'Aménagement de la montagne et les Refuges.

En 1968, le Club Alpin Italien installait le refuge Ghiglione au col du Trident de la Brenva qui doublera le refuge de la Fourche, pour l’accès aux exceptionnels itinéraires du versant Brenva du Mont Blanc…

1968 - LA VIE INSTITUTIONNELLE

Le Club Alpin Français

L’administration du Club Alpin se fait autour du président Devies de nouveau réélu en 1966, avec principalement Didier Olivier Martin, trésorier et les membres du bureau, dont Paul Bessière qui préside la puissante Section de Paris, Claude Maillard et Maurice Martin le dévoué secrétaire général salarié du Club….
<  Le CAF compte 64 Sections avec un effectif de 52 000 sociétaires, gère 120 refuges et chalets-skieurs.
<  Plus de 700 Instructeurs, Initiateurs et Moniteurs bénévoles encadrent les activités liées à l’alpinisme.
<  Plus de 500 Instructeurs, Initiateurs et Moniteurs bénévoles encadrent les activités liées au ski.
<  Plus de 5 000 sorties collectives de randonnées en haute et moyenne montagne sont conduites par des responsables qualifiés.

La Fédération Française de Montagne

Dans le fonctionnement de la FFM, autour du président Devies, il y a Xavier Lauras trésorier, Pierre Henry secrétaire général, et les membres du bureau avec notamment Paul Bessière, Claude Maillard et Maurice Martin secrétaire général administratif également salarié de la fédération.

<  La FFM compte 51 Clubs ( qui doivent avoir une activité d’été et pas seulement de ski de montagne ).
<  Elle a compté jusqu’à 22 sociétés de secours en montagne.
<  Elle est forte de 60 300 ressortissants, Club Alpin compris...

La revue La Montagne & Alpinisme

La revue La Montagne & Alpinisme est dirigée par un directeur de rédaction Lucien Devies, un rédacteur en chef Maurice Martin et une secrétaire de rédaction Andrée Bruant. Elle est distribuée à l’ensemble des adhérents du premier rang…

Un cercle étroit

Ces organisations montrent le cercle étroit qui menait la vie associative et le peu des collaborateurs disponibles, en dehors des participants « silencieux »

Et un simple rapprochement entre le nombre d’adhérents du Club Alpin et de sa fédération d’affinité montre que le système en place avait besoin de la cohésion montagnarde pour fonctionner...

  • Dans ses multiples implications, malgré quelques solides collaborations, Lucien Devies après de brillantes réunions dans les salons de la rue La Boétie, se retrouvait souvent bien seul avec ses dossiers et les sommes de travail engagées…

1968 - Des sites vierges de tout équipement

Dans le prolongement de la politique d’aménagement de l’espace montagnard, le Club Alpin et la FFM décident de s’engager dans la protection de certaines zones, bassins et cirques glaciaires de haute montagne, contre tout équipement ou construction, afin de conserver leur état naturel.
Le versant nord de la Meije, le glacier Noir, le versant nord du Pic Gaspard, le versant Valgaudemar des Bancs, le vallon des Étages et le versant nord-ouest du pied des Drus sont proposés…

1968 - La Réserve de chasse des Aravis

Une Réserve de chasse est constituée dans la chaîne des Aravis par l’Arrêté préfectoral du 26 août 1968.

1968 - Une Commission de la randonnée pédestre

Devant l’essor de la randonnée en plaine et en montagne, le Club Alpin met en place une « Commission de la randonnée pédestre » pour renforcer l’appui de l’association aux travaux du Comité National des Sentiers de Grande Randonnée et susciter la création de « hautes routes » pédestres et de sentiers d’altitude.

1968 - Une première carte de randonnée

En 1968, publication de la première carte de randonnée au 1/25 000e couvrant la forêt de Fontainebleau.
Les randonneurs ont à leur disposition des cartes au 1/50 000e ( couleur et monochrome ) aux levés des années 1890, révisées dans les années 1920 et 1950… Nous sommes à des années-lumière des cartes de nos collègues suisses qui proposent des merveilleuses et précises éditions…
Longtemps, c’est la carte des Éditions Didier-Richard au 1/50 000e qui guidera les randonneurs dans les massifs alpins, sur les fonds de cartes de l’IGN. Ce qui laissait une grande part à l’aventure…

1968 - Une découverte des parois du Verdon

Les parois des gorges du Verdon avaient été repérées depuis plusieurs années par les grimpeurs marseillais, mais leur intérêt s’était focalisé sur les falaises de Saint Maurin et de Mayreste situées à l’entrée des célèbres gorges. Le plus brillant et entreprenant d’entre eux François Guillot avait encouragé Patrick Cordier et ses amis parisiens à visiter les lieux...
Ceux-ci en août 1968 découvrent « un rempart de plusieurs kilomètres de falaises inexplorées ».
Au lieu de tenter les lignes les plus prometteuses, ils s’arrêtent devant la face la plus haute et la plus incertaine, la paroi du Duc. La voie des Enragés sera ouverte en technique de siège, corde fixe et tamponnoir par Patrick Cordier, Patrice Bodin, Lothar Moch et Patrick Richard.
La grande histoire de l’escalade dans les gorges du Verdon pouvait commencer…
Et l’exploration pourra être reprise dans le bon sens par François Guillot et ses amis en commençant par les grandes lignes classiques ouvertes en bon style, avant que les ancrages scellés après forage ne viennent changer la donne…

Stages et collectives en 1969

Le Club Alpin propose cette année-là trois centres-écoles principalement destinés à recevoir les stages d’alpinisme à la Bérarde, à Chamonix et à Bonneval-sur-Arc.
Principaux séjours de formations :
<  Stages d’initiation et de perfectionnement à l’alpinisme.
<  Stages pour adolescents.
<  Stages de formation d’Initiateurs bénévoles d’alpinisme.
<  Stages de formation d’Instructeurs bénévoles d’alpinisme.
<  Circuits de randonnées et ascensions faciles pour la connaissance du Parc de la Vanoise.
<  Circuits de randonnées et ascensions faciles pour la connaissance de la chaîne du Mont Blanc.
Il est rappelé que les brevetés Initiateurs et Instructeurs sont bénévoles et ne doivent pas être rémunérés...
Dans les discussions entre les Associations et les Guides participant à la Commission consultative des métiers de la montagne, le statut d’un brevet d’Accompagnateur de moyenne montagne commence à être proposé.

En 1969 - La technique de la glace

Pour faire avancer le débat qui existait en France sur la technique de cramponnage imposée par l’ENSA, la technique Eckenstein, rebaptisée curieusement technique française, Lucien Devies demanda l’avis de ses collègues autrichiens…
La réponse est sans appel :

« La façon la plus naturelle, car correspondant le plus aux données anatomiques, la plus sûre et la plus économique au point de vue dépense d'énergie, est d’avancer sur la glace raide suivant la marche avec les pointes frontales de crampons à 12 pointes, dite la technique des pointes avant.
La preuve évidente en est que, après l'apparition des crampons à 12 pointes au milieu des années 1930, il se produisit une véritable ruée sur toutes les parois glaciaires, et tous les temps de montée connus jusqu’alors furent considérablement améliorés, parfois même réduits jusqu'à un tiers des meilleurs temps réalisés précédemment…
Par ailleurs c'est très certainement grâce à la technique des pointes avant, qu'au cours des années suivantes, jusqu'à la guerre et même après sa fin, que toutes les grandes parois glaciaires restées vierges furent escaladées et de nombreux parcours répétés ».

Le technicien autrichien qui ne connaît pas la raison de la particularité française insiste :

« Même s’il y a quelques alpinistes qui emploient - en raison de conditions anatomiques particulières - la technique des pieds à plat, dite encore technique Eckenstein, consistant à maintenir avec la surface de la glace la totalité des pointes de crampons et exigeant une forte torsion des chevilles, dans la glace raide avec la même efficacité qu'en utilisant la technique des pointes avant, ceux-ci constituent une exception et c'est à notre avis une erreur de recommander - ou même d'imposer - à la grande masse des alpinistes une technique peu naturelle, plus difficile et moins efficace.
Et de longues observations dans le domaine de l'enseignement ont confirmé la supériorité de la technique des pointes avant par rapport à tout autre. Pour profiter au maximum des avantages de cette technique et l'utiliser au mieux, la structure des crampons à pointes frontales est très importante et doit être rigide sans articulation ».

Le débat sur la technique de cramponnage était nécessaire, car il concernait directement l’Enseignement alpin…
Et au début des années 1970, les crampons 12 pointes avec 2 pointes avant, inventés par Henri Grivel dès 1929, utilisés par des grimpeurs allemands, suisses, italiens et par des cordées du GHM en France depuis les années 1930, vont enfin être proposés à tous...
Des crampons quatre pointes avant sont mis au point par des grimpeurs allemands dès 1969 et arriveront ensuite sur le marché.... Plus tard des modèles avec les pointes avant adaptables seront commercialisés.

Le site des vallées des Merveilles

Le site des vallées des Merveilles situé à l’ouest de Tende, est classé par l’Arrêté ministériel du 22 avril 1969, améliorant les dispositions de sauvegarde du site des célèbres gravures et inscriptions préhistoriques.
Il était temps, car le site était déjà largement profané par d’irresponsables graffiti contemporains…

1969 - LE PARC NATIONAL DE LA VANOISE DÉJÀ ATTAQUÉ

Le Parc national de la Vanoise est créé depuis si peu de temps, que déjà les appétits des promoteurs se nourrissent de projets de stations de ski qui entraîneraient d'importantes modifications des limites du Parc.
Ces errements susciteront, non seulement dans la plupart des Organismes de tourisme et de protection de la nature, mais également dans les milieux de l'alpinisme et du ski, la plus vive émotion.
Le Club Alpin prendra rapidement position dans l'unanimité de son Assemblée générale de 1969 en émettant un ensemble de vœux :

<  Demandant qu'il ne soit porté nulle atteinte aux Parcs nationaux existants, créés pour préserver la santé physique et morale de la nation, et que soient respectées par avance les zones où des Parcs nationaux ou régionaux sont en étude et en projet.
<  Rappelant ainsi la nécessité de conserver aux générations futures la libre disposition de vastes territoires débarrassés de mécanisation bruyante pouvant servir de terrains de jeux et de lieux de contemplation et de méditation pour une jeunesse lassée d'une urbanisation excessive.
<  Estimant qu'il faut établir de la façon la plus générale un équilibre entre les zones équipées ( et à équiper
 ) et de très vastes espaces libres à conserver afin de garder à la montagne son caractère.
<  Demandant que les pouvoirs publics considèrent l'équipement de la montagne française dans le respect de ses plus beaux décors qui constituent en même temps sa véritable valeur attractive et qu'ils encadrent son développement dans la considération d'une volonté civilisatrice et le souci véritable du bonheur de l'homme.

Cet ensemble de vœux sera adressé au président de la République, au Premier ministre et aux ministres compétents.
En publiant immédiatement le texte dans la revue La Montagne & Alpinisme de 1969, le Club Alpin montre qu’il a retenu la leçon :
« Ne plus rester entre décideurs, mais - pour les sujets essentiels - convoquer l’ensemble de ses adhérents ».
Finalement un accord sera trouvé en 1971, le Parc étant contraint d’accepter l’équipement modéré du glacier de Chavière, en contrepartie de son avenir économique… Il retrouvera son intégrité en 2003…

Les aménagements d'intérêt général du Parc national de la Vanoise

Le Parc national de la Vanoise a aménagé cinq sentiers-balcons en Maurienne et en Tarentaise et plusieurs sentiers vers les principaux cols, il construit onze refuges venant considérablement améliorer les capacités d’accueil déjà proposées par le Club Alpin, avec ses refuges du Mont Pourri, du col de la Vanoise, de Péclet-Polset, de la Dent Parrachée et du Carro.
Le parc constate la croissance des hardes de chamois et réadapte le bouquetin.
Une renaissance après les heures sombres de la guerre et de l’après-guerre durant lesquelles les chamois avaient été anéantis, en allant pour certains, jusqu'à utiliser des armes de guerre automatiques…

1969 - Un Parc naturel régional des volcans d’Auvergne

Dans l’engouement qui a suivi la création du Parc de la Vanoise, c’est directement l’administration, sous la signature de son chargé de mission Jean Pierre Marty, qui intervient dans la revue La Montagne & Alpinisme d’octobre 1969 pour promouvoir « Le Parc naturel régional des volcans d’Auvergne ».

1969 - Pour le Parc national des Écrins

Lucien Devies met tout le poids du Club Alpin et de la FFM pour forcer une décision, en signant comme président des deux structures l’article « Pour le Parc national des Écrins » dans la revue La Montagne & Alpinisme de décembre 1969.

« Avec un joyau qui serait constitué par le massif des Écrins et par ses prolongements méridionaux, il offre la gamme la plus complète des paysages de montagnes. Il est le seul ( avec le versant français de la chaîne du Mont Blanc ) à présenter des sites rocheux et glaciaires de premier ordre, comparables à ceux des grands massifs suisses. C’est le massif le plus sauvage et le plus original des Alpes ».

Le projet sera longtemps celui d’un Parc du Pelvoux ou du Haut Dauphiné, des noms qui ne faisaient pas l’unanimité, pour ce Parc qui sera beaucoup son œuvre.
Parcourant les vallées, Devies a su persuader les autochtones et convaincre les décideurs, sûr de l’appui des montagnards et des Clubs, sûr de sa légitimité, il pourra écrire :

« J'ai pensé qu’il fallait un titre de lumière, celui du plus haut sommet : vive le Parc national des Écrins ».

1969 - L’organisation des expéditions

Concernant les expéditions de grand alpinisme vers les plus hautes montagnes du globe, la FFM pourra souligner l’efficacité de son action qui a contribué au rayonnement de notre pays depuis 20 ans et n’a jamais disposé - redisons-le - que d’une contribution financière très limitée de l’État.
En 1969, la FFM réclame - encore une fois - à l’administration le contrôle des expéditions se rendant en Himalaya et dans les massifs extra-européens.
Mais la position de juge et partie du Comité de l’Himalaya, qui veut contrôler l'ensemble des initiatives françaises et organiser ses propres expéditions sera critiquée, cette requête appuyée par des arguments fragiles restera sans suite…

1969 - LA GRANDE TRAVERSÉE DES ALPES FRANÇAISES

En 1968, la Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Action Régionale ( DATAR ) charge le Club Alpin Français d’étudier un itinéraire joignant la Méditerranée au lac Léman et parcourable en hiver comme en été.
Au terme de l’étude conduite principalement par Philippe Lamour et Lucien Devies, «  La Grande Traversée des Alpes Françaises » ( GTA ) est créée en 1971, elle réunit les collectivités départementales et communales et les associations touristiques et sportives : CAF – FFM – FFS – TCF - CNSGR.
Un séminaire est organisé à Chamrousse en décembre 1969, un groupe de travail comprenant le Club Alpin, la FFM et la FFS est chargé de la mise en œuvre.
C’est une opération d’animation, d’initiative économique et de rénovation rurale des hautes vallées encore délaissées, tout en protégeant leur caractère.
Parmi les éléments retenus figurent l’équipement des étapes par des refuges et gîtes d'étape pour la randonnée d’été et d’hiver, le balisage discret des itinéraires, l’amélioration de la cartographie par l’IGN, la promotion et l’animation.
Son rôle principal est de « provoquer la construction de refuges en montagne et de gîtes au village, le long de la ligne idéale des itinéraires principaux » traversant les Alpes françaises.
Dès 1974, elle entreprendra de compléter les itinéraires principaux par des itinéraires circulaires autour des lieux de séjour, entendant ainsi renforcer non seulement son œuvre de développement touristique, mais aussi son œuvre de rénovation rurale…

1969 - L’apparition des coinceurs

En 1960, première utilisation des coinceurs - les nuts - par les grimpeurs britanniques sur les falaises du Snowdon, dans le Pays de Galles.
Les Britanniques qui s'interdisent le plus possible l'utilisation de pitons vont trouver une solution élégante pour l'assurage, en coinçant dans les fissures naturelles de la roche des pierres puis des petites pièces de métal - d'abord des boulons - reliées à des anneaux de corde. Ils façonneront ensuite des outils plus adaptés, les coinceurs.
L'emploi de ce moyen de protection va se répandre... d'abord dans les Îles Britanniques.
Dès 1965, un constat inquiétant est fait aux USA concernant l’usage des pitons en acier spécial. Ils détériorent le rocher, certaines fissures du Yosemite sont irrémédiablement abimées… Nos collègues américains viendront en 1967 chercher une issue dans les Îles Britanniques, avec l’emploi des coinceurs… 
Claudio Barbier sera l’un des premiers propagandistes en Europe continentale, en inaugurant la voie du Dragon dans les Dolomites en 1969, avec l’assurage sur coinceurs.
L’année suivante, une cordée française reprend l’itinéraire en utilisant ces curieux objets - dont l’emploi a été suggéré par Claudio Barbier - achetés presque en catimini à Cortina d’Ampezzo…
Utilisés dans les Alpes dès 1969, les coinceurs verront leurs formes s’améliorer avec les fameux Hexentrics, Stoppers, Bicoins, Titons et autres Copperheads
En plus de son élégance, ce moyen de protection permet souvent de réduire beaucoup l’exposition des escalades, mais en transformant certains grimpeurs en panoplie complète…
Il faudra attendre l’article de Patrick Cordier paru dans la revue La Montagne & Alpinisme n°2/1974, puis l’article d'Henri Agresti dans le n°2/1977 pour que l’information soit complète en France, au regard des nombreux articles des revues anglo-saxonnes…
En 1975, l’usage des coinceurs se généralisera ( voir le dossier : Le matériel de l’alpiniste ).
La revue reviendra sur l'aspect technique d'utilisation de ces nouveaux outils, avec un article de Jean-Claude Droyer en 1978.

La recherche des victimes d'avalanche

Jusque-là, les éléments de sécurité indispensables à la pratique du ski de randonnée et de la raquette à neige sont la pelle et la sonde ; les Détecteurs de Victime d'Avalanche ( DVA ) vont venir bien heureusement s’ajouter au début des années 1970...
Les premiers appareils sont proposés en 1968 avec le SKADI ( américain, fréquence 2,275 ), en 1969 le PIEPS ( autrichien, fréquence 2,275 ) et en 1970 le BARRY-VOX ( suisse, haute fréquence 457 kHz ).
Un moment appelés ARVA - qui deviendra une marque déposée - ces appareils seront l’objet d’une sérieuse concurrence entre fabricants, avec une difficulté supplémentaire liée aux deux fréquences d’origine…
Plusieurs appareils seront proposés en bi-fréquence dont le Pieps ( autrichien ) et l’Ortovox ( allemand ) au début des années 1980 et l’ARVA ( français ) en 1985 jusqu'à la décision de ne retenir que la fréquence 457 kHz pour l’ensemble des nouveaux appareils.
L'usage des DVA est entré dans les mœurs de la grande majorité des skieurs-alpinistes. Le DAV est le seul moyen de détection qui puisse être activé par les compagnons du disparu dans les secondes suivant l'accident.
Quatre-vingt-dix pour cent des personnes ensevelies dans une avalanche survivent, si elles sont sauvées dans les 15 premières minutes. Il est donc capital de s'exercer régulièrement sur le terrain pour bien maîtriser son DVA, afin d'être en mesure d'intervenir efficacement le moment voulu…

1970 - AU CLUB ALPIN

C’est Claude Maillard qui présidera le Club Alpin de 1970 à 1972.

Igloos, grottes de neige et refuges-bivouacs pièges mortels

La revue La Montagne & Alpinisme de février 1970 rappelle le piège mortel que peut constituer un igloo, si une ouverture d’aération n’est pas prévue et contrôlée par une veille continue, l’accumulation de la neige peut rendre les igloos, grottes de neige et même refuges-bivouacs impénétrables à l’air avec des alpinistes ou skieurs endormis à l’intérieur.

De 1970 à 1975 - Des chalets-refuges

Le Club Alpin, inaugure plusieurs chalets-refuges pour randonneurs et skieurs. Voir un historique détaillé dans le dossier : L'Aménagement de la montagne et les Refuges.

1970 à 1974 - LES REFUGES CONSTRUITS OU RESTAURÉS

1970 - Le refuge de la Brèche de Roland, 2587m
1970 - Le refuge de Chabourdéou, 2020m
1970 - Le refuge de la Dent Parrachée, 2500m
1970 - Le refuge de la Vallée Étroite, 1780m
1970 - Le chalet-refuge de Véran, 1598m
1971 - Le refuge Campana de Cloutou, 2225m
1971 - Le refuge Cézanne, 1874m
1971 - Le refuge des Évettes, 2590m
1972 - Le refuge de Bossetan, 1602m
1972 - Le refuge de Chalance, 2250m
1972 - Le refuge du Pavé, 2841m
1972 - Le refuge du Plan de la Laie, 1825m
1972 - Le refuge de Péclet-Polset, 2500m
1972 - Le refuge des Souffles, 1975m
1972 - Le refuge du col de la Vanoise, 2515m
1973 - Le refuge de l’Étendard, 2459m
1973 - Le refuge du Fond d'Aussois, 2350m
1973 - Le refuge de La Pra, 2110m
1974 - Le refuge d'Argentière, 2771m
1974 - Le refuge Durier, 3349m
1974 - Le refuge des Merveilles, 2130m

Voir un historique détaillé dans le dossier : L'Aménagement de la montagne et les Refuges.

1970 - UNE DÉCLARATION REMARQUABLE SUR LA POLITIQUE DE L'ENVIRONNEMENT

Au cours du Conseil des ministres du 10 juin 1970, Monsieur Georges Pompidou, président de la République prononce une déclaration remarquable qui montre la place importante que va prendre désormais l'environnement dans les futures politiques de notre pays :
« Il ne s'agit que de la toute première étape d'une action qui demandera persévérance et obstination. Ce qui est en cause, ce sont les conditions mêmes et le cadre de la vie des hommes.
Il faut que nos villes restent ou redeviennent habitables, que les citadins aient à leur disposition les biens élémentaires qui s'appellent l'eau, l'air pur, un peu d'espace et de silence, que la nature soit à la portée de tous.
Que soient protégés nos côtes, nos plages, nos forêts et, partout, les arbres. Que l'espace rural soit préservé pour la vie des agriculteurs et pour le repos des citadins.
En un mot, que la civilisation moderne et industrielle s'insère dans la nature sans la défigurer et sans la détruire.
La France a l'immense chance de disposer encore de vastes espaces admirables dans leur diversité.

(Il faut)

Une action déterminée contre les nuisances de l'industrie et de ses produits.
Une politique de la construction, ne disons pas seulement conçue en termes fonctionnels et de rentabilité.
Une éducation du public pour lui enseigner le respect de la nature.
Le développement des parcs nationaux.
Une organisation de la pêche et de la chasse qui assure la sauvegarde des espèces animales.
Un effort accru en faveur des sports de plein air et de promenades.
Tout cela fait partie de la politique dite d'environnement. Son objet est de faire que la société de demain soit humaine ».

C’est une déclaration essentielle qui confortait le Club Alpin dans sa politique environnementale.
Elle reprenait « au sommet des idées que quelques-uns d'entre nous ont contribué à lancer, d'abord dans une grande indifférence » note avec satisfaction Lucien Devies.
Parmi les premières mesures concrètes prises au cours de ce Conseil des ministres, citons :

- la création du Parc national des Cévennes, quatrième parc national.
- la mise à l'étude de deux autres Parcs nationaux dans les massifs alpins, celui des Écrins et du Mercantour.
- la création avant la fin de l'année de onze Parcs naturels régionaux : Lorraine, Forêt d'Orient, Morvan, Mont Pilat, Vercors, Camargue, Corse, Volcans d’Auvergne, Haut Languedoc, Landes de Gascogne et Brière.

1971 - LE PILIER OUEST DU MAKALU

Le Comité de l’Himalaya juge le moment opportun de tenter une évolution décisive et d’aller vers un itinéraire d'intérêt sportif, sur un grand huit mille…
Organiser une opération, qui par son ampleur ne peut qu'appartenir à la technique des expéditions très structurées, telle est la seule issue légitime du comité.
Au même moment, les Britanniques poursuivent une réflexion identique en 1970, ils regardent vers le versant sud de l'Annapurna.
Le choix se porte sur le fabuleux pilier ouest du Makalu, 8463m.
Robert Paragot est désigné chef de l’expédition. Après un difficile siège de plusieurs semaines, le sommet est atteint le 23 mai 1971 par Bernard Mellet et Yannick Seigneur.

L'entreprise soldera pratiquement les résultats des recettes de 1950 et 1955 et ses plus-values ( voir le dossier : Un historique des Expéditions lointaines françaises ).

L'apogée d'une méthode

Ce succès, sur le pilier ouest du Makalu, marque l'apogée d'une certaine méthode pour l'ascension des hautes montagnes, avec un comité autorité morale qui fixe un objectif, gère administrativement l'opération, « s'occupe des papiers », des finances, de la « diplomatie », désigne le chef d'expédition - qui sera son représentant et son seul interlocuteur - et aussi l'ensemble de l'équipe.
La méthode dite « française » est en fait la méthode Lucien Devies, avec un Comité de l'Himalaya qu'il anime et qu'il dirige depuis plus de vingt ans, une méthode très bien adaptée à l’exploration des plus hautes montagnes, dans les décennies 1950-1970…
C’est un paroxysme pour les expéditions lourdement structurées…

1971 - Pour un Parc national du Mercantour

C’est encore le Club Alpin qui est à l’origine d’un projet de « Parc national du Mercantour », seul moyen de préserver ce magnifique massif.
Déjà depuis 1947, une Réserve naturelle d’intérêt national pour la sauvegarde de la faune sauvage est constituée à l'initiative du Conservateur des Eaux et Forêts, Alfred Dugelay, domaine étendu en 1953 et 1959. La réserve englobe les hauts territoires de la Tinée, du Valdeblore, de la Vésubie et de la Roya.
Une étude est demandée par la Section des Alpes-Maritimes du Club Alpin qui a créé l'Association des amis du Parc national du Mercantour et une présentation paraît dans la revue La Montagne & Alpinisme de juin 1971 « Pourquoi un Parc national du Mercantour ? » par Vincent Paschetta et Albert Viborel.
Ce projet pourrait se jumeler avec le Parc italien de Valdieri mitoyen en préparation...

1971 - La zone boisée et les rochers de Buthiers-Malesherbes

La zone de protection de la forêt de Fontainebleau est étendue au sud-ouest, par la mise hors de portée des promoteurs de la zone boisée et les rochers de Buthiers-Malesherbes avec l’Arrêté interministériel du 15 mars 1971.

1972 - Aménagement et Protection de la Montagne

Dans un article sans concession Philippe Lamour se livre à une diatribe contre les excès des plans-neige « Aménagement et protection de la Montagne » dans la revue La Montagne & Alpinisme de 1972.
« À la nuisance des routes et des engins indiscrets enlaidissant la montagne, ces agglomérations créées de toutes pièces ajoutèrent la pire des pollutions : la pollution architecturale.
Quiconque a connu jadis le Val Claret, et peut, à présent y contempler les affligeantes constructions indignes, comprendra l’inquiétude et l’indignation de tous les amis de la montagne ».

À ces équipements brutaux, il plaide pour un développement doux des villages anciens par l’essor de l’activité touristique, venant s’ajouter à la pratique agricole qui ne suffisait plus à assurer les ressources nécessaires aux habitants.
Philippe Lamour - qui ne signe pas cet article en précisant sa qualité - était le président de la « Commission nationale d’aménagement du territoire »
C’est une réaction aux plans-neige qui ont implanté en altitude des stations intégrées depuis 1962.
Cela avait été le bétonnage de l’espace alpin, au nom de l'essor économique, avec quelques réussites parmi de nombreux hiatus.
La réaction à ces disproportions sera - dès 1975 - les propositions de stations-villages authentiques de moyenne altitude avec habitats traditionnels : chalets de bois, toitures en bois en ardoise ou en lauzes avec des espaces naturels préservés…

1972 - Les Calanques de Marseille-Cassis

Le Club Alpin commence à mobiliser pour les Calanques de Marseille-Cassis avec un article générique de 1972, publié dans la revue La Montagne & Alpinisme, présenté par Paul Rouaix, président du Comité de Défense des Sites Naturelles ( COSINA ).
Il est déjà évoqué l’idée d’un « Parc national des Calanque »… Il faudra encore se démener pendant 42 ans pour obtenir gain de cause…

1972 - SOS VOSGES

Si le COSIROC a été une première initiative regroupant plusieurs organisations dans le but de préservation des sites naturels, l’« Association SOS Vosges » sera à l’origine d’une démarche essentielle qui va bouleverser les façons de s’organiser.
Claude Eckhart, président de la Section du Haut-Rhin du Club Alpin, publie un article - SOS Vosges - dans la revue La Montagne & Alpinisme de 1972 :
« Au début de l’année 1972, quelques personnes qui avaient en vain élevé la voix par le passé pour la protection des sites vosgiens décidaient d'unir leurs efforts et créaient en Alsace le mouvement "SOS Vosges".
Une campagne de presse était lancée, pour l'information du public et pour inviter les responsables des associations intéressées par la protection des Vosges à adhérer au mouvement. Les réponses affluèrent au-delà de toute prévision
 ; le nombre d'adhésions s’est rapidement élevé à près d'une centaine de groupements représentant plus de 100 000 membres, sans compter les habitants des communes ayant adhéré, ni les innombrables lettres de particuliers apportant leur soutien.
La campagne "SOS Vosges"
a donc, comme premier résultat, démontré que les couches les plus larges et les plus diverses de la population réclament en fait un nouveau type de tourisme, désirant pouvoir s'évader des paysages et engins caractérisant la vie citadine, et se replonger dans une nature vraie ».
Aussitôt l’adhésion importante de la population va venir interpeller les responsables politiques de la région et certaines réclamations pourront enfin être entendues.
C’était la démonstration qu’une large partie de la population était maintenant concernée par son environnement, que cet engouement pouvait venir renforcer les efforts de nos organisations et qu’il ne fallait plus rester dans les confidences des dossiers et des cabinets, mais s’appuyer sur les forces vives constituées par nos adhérents partout en France…

1972 - Une Commission de protection de la nature et de la montagne

Une Commission protection de la nature et de la montagne est instaurée par le Comité directeur du Club Alpin, mais précise Claude Eckhart :
« Elle consiste en fait en une liste de quelques correspondants agréés par son président, Lucien Devies, et se limitait à d‘épisodiques échanges épistolaires quand le besoin s‘en faisait sentir ».
Elle comprend notamment Lucien Devies, Claude Eckhart, Philippe Lamour, Samivel et Philippe Traynard.
« Ce n‘est qu‘en marge de l’Assemblée générale du 20 avril 1974 à Grenoble qu‘eût lieu une petite réunion, essentiellement axée sur les informations délivrées par son président. Mais cela permit aux membres de la commission de se connaître ».
L’article « Le Club Alpin et la protection de la montagne » signé par Lucien Devies dans la revue La Montagne & Alpinisme de 1974 pour le centenaire du club, montre bien que des réticences existaient encore à cet appel au plus grand nombre, à la mobilisation des adhérents et des sympathisants…
Lucien Devies a toujours pensé que la façon de faire la plus efficace était un contact direct avec les cabinets ministériels - entre initiés - pour convaincre du bien -fondé de l’action ou de la proposition…

  • Il restait un obstacle culturel et probablement générationnel à franchir…

1972 - Création de l’Office de la haute montagne de Chamonix

À l’initiative de Gérard Devouassoux, adjoint au maire de Chamonix, un Office de haute montagne a été fondé en 1972 dans le but de consultation pour informer les alpinistes et avec la possibilité de déclarer leur objectif avant de s’engager…

1972 - Les piolets modernes

En 1950 en Écosse, les escalades hivernales se pratiquaient encore en chaussures à clous et taille de marches dans la glace, les crampons n’étaient pas acceptés comme moyen technique pour leurs ascensions…
Dès 1957 et ayant évolué et adopté les crampons, les Écossais vont développer l’escalade glaciaire de haut niveau et chercher à améliorer le matériel.
La ligne « Zero Gully » sur le Ben Nevis par Tom Patey, Graeme Nicol et Hamish MacInnes marque le début de cette évolution…
Au début des années 1970, le piolet moderne est peu à peu mis au point en Écosse. Hamish MacInnes est l’inventeur du premier modèle de piolet-traction, le « Terrordactyl » avec une lame très fortement inclinée, au même moment John Cunningham expérimente des marteaux à lame recourbée…
Ce sera un progrès décisif. L’auto-verrouillage naturel changeait complètement la façon de faire… Une petite modification pour de très grands progrès… Le piolet moderne sera ensuite amélioré et perfectionné au fil du temps. Avec ces nouveaux outils, il devenait possible de franchir des passages rocheux recouverts de minces pellicules de glace où toute taille de marche était impossible… et bien plus un peu plus tard…

Le piolet traction dans les Alpes

En 1972, Walter Cecchinel qui a développé une technique glaciaire s’inspirant de celle utilisée par les Écossais - qui ne sont presque jamais venus dans les Alpes exercer leurs talents - va faire connaître la technique du piolet-traction et va proposer cette technique dans les enseignements donnés à l’École Nationale de Ski et d’Alpinisme en complément de la méthode classique.
C’est un événement qui bouleverse les habitudes de l’ENSA qui enseignait toujours une méthode française définie par Armand Charlet et qui restait aveugle aux perfectionnements utilisés depuis trente-cinq ans dans les pentes raides de glace des montagnes...
Les fabricants continentaux ne tarderont pas à se montrer des plus créatifs pour faire évoluer ce matériel…
Sur les pentes glaciaires des Alpes, avec les crampons modernes à plusieurs pointes avant et le piolet moderne, un glaciériste à peine initié - au cramponnage frontal - se trouvait souvent plus à l’aise que les plus chevronnés utilisant le matériel et la technique antérieurs…

1972 - Le circuit des 25 bosses

Le parcours de randonnée des 25 bosses dans le massif des Trois Pignons de la forêt de Fontainebleau est achevé par Maurice Martin et ses amis. Il reprend une succession de sentiers existants et des variantes de raccordement. Il offre une dénivellation finale assez importante ( 850m ) comme préparation à la montagne…

1973 - La carte au 1/25 000e

L’Institut Géographique National a tenu un colloque en mai 1973, ouvert aux usagers dont la FFM et le Club Alpin. Il a présenté sa nouvelle carte au 1/25 000e du massif du Mont Blanc qui se place parmi les cartes de montagne les plus précises existantes et pouvant être comparées avec les cartes suisses.
Les cartes de cette échelle vont peu à peu couvrir le territoire national, la nouvelle échelle avait l’avantage de satisfaire les usagers et d’être commune avec celle des cartes des pays voisins.Réalisée par des relevés photogrammétriques complétés sur le terrain de 1956 à 1979 et régulièrement révisée, la série Top 25 au 1/25 000e de l’IGN atteint aujourd’hui une grande précision…
Elle est la carte du randonneur, avec les sentiers balisés ou conseillés…

L’anonymat iconographique 

Ce qui peut étonner aujourd’hui, c’est l’anonymat iconographique exigé dans nos revues, et jusqu'en 1973 pour la revue La Montagne & Alpinisme.
« Pas d’exhibition photographique », ni de « complaisance de mauvais aloi »… Les personnages n'apparaissent volontairement que peu reconnaissables et jamais en portrait, ce qui passait pour une faute de goût, voir une fanfaronnade...

Autre temps, autres mœurs…

Seuls quelques succès d’expéditions échappaient un peu à cette règle ; et autrement voir apparaître un visage dans le magazine était mauvais signe, car réservé aux seules nécrologies…

1973 - UNE ANNÉE CRUCIALE

Depuis 1967, il y avait une effervescence entretenue par certaines associations qui demandaient une augmentation des cotisations du Club Alpin au budget de la Fédération Française de la Montagne et par des Sections du Club Alpin qui réclamaient une diminution de la participation fédérale de leur cotisation obligatoire pour l’ensemble des membres de club…
C’était une remise en question de la solidarité et de la cohésion du monde de la montagne pour une querelle de cotisation et dans l’intention pour certains de provoquer des dissensions…
Depuis 1942, du fait de la représentation hégémonique du Club Alpin, aucune décision fédérale ne pouvait être prise sans un consensus Fédération-Club Alpin, ce que Lucien Devies avait réussi à obtenir jusque-là...
Au début 1970, il avait transmis la présidence du Club Alpin après 25 ans passés aux responsabilités et 13 ans de présidence.
Mais ces dernières années, une agitation sensible traversait les Assemblées générales du Club Alpin et de la FFM et l’omniprésence de Devies était contestée par certains… 
Au Club Alpin, on remarquait en particulier l’activisme des Sections de montagne et des skieurs, dont le Comité de liaison des Sections de Savoie et Haute Savoie, des entités désireuses de peser plus significativement dans la conduite de notre association et qui soutiendront les reproches faits à l’organisme fédéral.

Une situation difficilement gérable

Cette situation difficilement gérable et l’élection en 1973 d’une nouvelle direction du Club Alpin très critique envers la FFM vont conduire Devies à s’écarter de ses postes de responsabilité.
En 1973, il quitte la présidence de la FFM, après 30 ans d’engagement et 25 ans de présidence.
Et la même année, Lucien Devies se défait de la présidence du Comité de l’Himalaya, après 25 ans d’exercice, c’est Robert Paragot qui sera appelé à le remplacer.
Il se libère également de la direction de la revue La Montagne & Alpinisme...
Et dans cette vie institutionnelle qu’il aura façonnée et conduite si longtemps, Lucien Devies - après la disparition de Jean Couzy - n'avait jamais plus rencontré parmi un entourage « pas assez disponible ou insuffisant » le successeur qu'il espérait pour gérer les « affaires de la montagne ».
Mais existait-il un homme capable de consacrer autant d’énergie, de compétence et de temps pour la cause de la montagne ?…
Dans un profond déchirement, avec une grande dignité, il doit prendre ses distances avec la conduite de nos organisations de montagne, après presque trente années passées « aux affaires ».
« Lucien Devies fut sans aucun doute l’un des plus grands dirigeants du Club Alpin, l’un des plus grands serviteurs de la montagne de notre pays » écrira Yves Letort…
« La solidarité et la cohésion du monde de la montagne », c’est ce qu’avait su obtenir Lucien Devies et ce que ses successeurs vont avoir beaucoup de mal à trouver…

La révision de la répartition des cotisations

En 1973, le nouveau président du Club Alpin avait été élu en demandant la révision de la répartition des cotisations fédérales, qui n’était pas proportionnelle au nombre des membres de chaque association.
Une réclamation impossible à satisfaire sans mettre en danger la Fédération, et que l’administration ne laissera pas faire…
C’était aussi une réclamation risquée au niveau même de l’unité du Club Alpin…
C’est le début de grandes incompréhensions entre le Club Alpin et certaines Associations membres de la Fédération Française de la Montagne qui a élu Louis Gevril comme président…

Un rappel des points d’achoppement

La Fédération Française de la Montagne avait été imposée au Club Alpin en 1942 qui statutairement devait licencier l’ensemble de ses adhérents, ce qui permettait à l’organisme fédéral d’exister…
En 1972, la Fédération est composée d’un certain nombre d’Associations petites et moyennes réunissant un faible nombre d’adhérents ( 67 associations avec seulement 8 600 adhérents en 1972 ) et un Club Alpin à la supériorité numérique écrasante ( 54 000 adhérents en 1972 ).
Beaucoup des domaines d’intérêt des adhérents du Club Alpin sortaient de l’objet de la Fédération, mais ceux-ci devaient pourtant être obligatoirement licenciés à cette Fédération...
Les autres organisations avaient principalement ou secondairement des domaines d’intérêt qui sortaient de l’objet de la Fédération, elles n’avaient pas cette obligation contraignante et n’offraient la licence fédérale qu’aux adhérents intéressés…
Autre difficulté, l'Assemblée Générale du Club Alpin définissait une ligne d'action chaque début d'année qui devait ensuite s’intégrer dans celle de la fédération.
Le Club Alpin, par sa structure même, fédérait en fait déjà une grande majorité des montagnards du notre pays…
Et au-dessus des deux organismes, une administration qui contrôle et surveille les initiatives, avec un argument fort, ses subventions qui permettent le fonctionnement et les initiatives des deux structures…

1973 - LE PARC NATIONAL DES ÉCRINS

Arrive une très bonne nouvelle à un moment difficile pour Lucien Devies, la création du « Parc national des Écrins » par le Décret du 27 mars 1973.
Ce Parc est beaucoup le résultat de ses actions, parcourant monts et vallées pour porter la proposition, s’appuyant sur les acquis de 1914, 1924 et 1928, il avait su persuader les autochtones, convaincre les décideurs, trouver l’appui des montagnards et des Associations…
Il était aussi - ne l’oublions pas - un des principaux acteurs des grandes ascensions de référence du massif des Écrins, réalisées dans les années 1930 et le coauteur du guide-itinéraires décrivant les ascensions du massif des Écrins.
Un article de présentation « Le Parc national des Écrins » paraît dans la revue La Montagne & Alpinisme de 1974 signé par Louis Arnoux qui sera le premier représentant du Club Alpin au Conseil d’administration du Parc.

1973 - L’assurage

Dans un article consacré aux techniques de l’assurage dans la revue La Montagne & Alpinisme de 1973, l’assurage à l’épaule est toujours proposé, mais c’est une solution à proscrire dès qu’il y a risque de chute importante… Seul le demi-cabestan survivra aux progrès qui viendront… avec le baudrier d'encordement moderne et l’outil en forme de huit ( voir le dossier : Le matériel de l’alpiniste ).

1973 - Les Guides de haute montagne et le ski

Jusqu’à cette date, il n’était curieusement pas demandé aux Guides de savoir skier, et certains d’entre eux - peu nombreux il est vrai - n’avaient jamais chaussé de skis.

Le ski de montagne va désormais prendre toute sa place dans la formation des Guides… 

1974 - Un Syndicat des gardiens de refuges

Un Syndicat des gardiens de refuges et de gîtes d’étapes (SNGRGE) est créé réunissant les gérants des installations d’altitude, il deviendra un des interlocuteurs du Club dans la gestion des refuges…
Les gardiens de refuges sont les garants d’un accueil de qualité et leur engagement professionnel doit être considéré avec la plus grande attention par notre association.
Le gardien - soumis à une vie rude, essentiellement due à l'absence de confort, à la promiscuité, aux horaires de travail incontrôlables et à l'absence de vie personnelle en période d'affluence - est lié au Club Alpin par un contrat de mandat de gardiennage, qui deviendra plus tard, avec la Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne, un contrat de mandat d'intérêt commun.
Par sa fonction d'accueil, le gardien de refuge permet la fréquentation de la haute et moyenne montagne à bon nombre d’excursionnistes, de randonneurs et de promeneurs.

1974 - Tentative sur l’Everest

En 1974, une expédition chamoniarde s'attaque à l'Everest, par l'arête ouest intégrale, pour une première expédition française sur la plus haute montagne du monde.
L'opération tourne à la catastrophe avec la disparition de Gérard Devouassoux et de cinq compagnons Sherpas, victimes d'une avalanche.

Dans les Pyrénées

La revue La Montagne & Alpinisme de 1974 publie « Hautes randonnées dans les Pyrénées » décrivant la longue traversée reliant la Méditerranée à l’Atlantique en parcourant la chaîne des Pyrénées.

1974 - Les Deux Aiguilles

Dans le secteur des Deux Aiguilles de la montagne Sainte-Victoire, Christian et Martine Guyomar et Christian Hautecoeur réalisent une série d'itinéraires nouveaux de haute difficulté. Une ligne d'ascension exceptionnelle - Ovni - reste la marque de ces précurseurs, elle est aujourd’hui protégée par des rings, bien espacés il est vrai….
Les voies majeures réussies par Guyomar et Hautecoeur sont réalisées en cordées classiques, sans utilisation d’ancrages scellés après forage, les escalades sont souvent très exposées et on a recours à des accessoires, tel le crochet à goutte d'eau, le plomb et le fil de fer. Les lignes nouvelles sont d’abord explorées depuis le pied de la falaise, avec des moyens artificiels si nécessaire, puis peu à peu rendues à l’escalade libre, protections ( parcimonieuses ) en place…

1974 - Les chaussons d'escalade

En 1974, les chaussons d'escalade du type Pierre Allain deviennent l'outil indispensable pour toute escalade rocheuse difficile ou pas, en tous lieux...

1974 - La Réserve nationale de chasse du Mercantour

 L’Arrêté ministériel du 26 février 1974 crée la Réserve nationale de chasse du Mercantour. Il fait suite à la première mesure de protection de 1947.

1974 - La Réserve naturelle des Aiguilles Rouges

L’Arrêté ministériel du 23 août 1974 crée, face au Mont Blanc, la Réserve naturelle des Aiguilles Rouges.

1874-1974 - LE CENTENAIRE DU CLUB ALPIN FRANÇAIS

Peu d’institutions ont l’occasion de marquer un pareil événement…

Deux manifestations anniversaires sont organisées, à l’occasion de l’Assemblée générale du Club Alpin tenue à Grenoble les 20 et 21 avril 1974 ; et à Chamonix les 7 et 8 septembre, en lien avec l’inauguration du nouveau refuge d’Argentière.
Ces dates anniversaires auraient pu être l’occasion d’une célébration solidaire et consensuelle.
Dans l’intérêt supérieur du Club Alpin, c’était l’occasion pour la nouvelle direction du Club Alpin d’un geste de réconciliation vers le prédécesseur, pour simplement reconnaître et saluer son œuvre…
Un geste de réconciliation qui ne se produira pas, la nouvelle direction ayant bien du mal à mesurer les enjeux… et à privilégier l’intérêt supérieur de l’institution…
Elle n'a pas su rassembler et s'appuyer sur les différents talents qui font la force de notre Club maintenant centenaire…
La revue La Montagne & Alpinisme pourra tout de même publier un numéro spécial avec un semblant de cohésion…

À CE MOMENT-LÀ EN 1974

En 1974, le Club Alpin Français a cent ans d’existence.
Il compte 100 Sections et près de 57 000 membres…

Avec la répartition géographique suivante des adhérents :

<  Alpes et sud-est :                      25 500
<  Paris et bassin parisien :          13 500
<  Jura et centre-est :                      5 800
<  Pyrénées et sud-ouest :              5 100
<  Vosges, nord et nord-est :          5 000
<  Ouest et centre :                          1 800

Il gère et entretient 130 refuges dont 60 sont gardés et aussi 20 installations de vallée.

De 1874 à 1974, le Club Alpin a été présent dans l’ensemble des domaines liés à la montagne :

<  Artisan du développement économique des hautes vallées des montagnes de France.
<  Aménageur de la haute montagne par ses refuges et ses sentiers.
<  Artisan de l’essor du tourisme de montagne.
<  Promoteur des activités tournées vers l’excursionnisme, l’alpinisme, le ski et les autres activités liées aux montagnes.
<  Organisateur de la profession de Guides de haute montagne jusqu'en 1940.
<  Précurseur du tourisme hivernal et des loisirs sportifs attachés, avant l’autonomie du ski de compétition, et pour après 1924 se consacrer au ski de montagne.
<  Organisateur des Caravanes scolaires pour la jeunesse jusqu’en 1940.
<  Promoteur d’un engagement pour la protection du milieu naturel et la montagne.
<  Promoteur des actions qui conduiront à la création des Parcs nationaux.
<  Contributeur majeur dans la connaissance scientifique de la montagne.
<  Initiateur du Groupe de Haute Montagne avant son autonomie en 1930.
<  Diffuseur de guides-itinéraires et de manuels techniques.
<  Après 1922, promoteur de l’Enseignement alpin.
<  Accompagnateur du développement du camping.
<  Promoteur des premières initiatives vers les plus hautes montagnes du monde avant 1940.
<  Il a publié certains textes essentiels dont Alerte au suréquipement.
<  Depuis 1942, il a dû s’intégrer dans une organisation fédérale, où son hégémonie numérique produira des incompréhensions.
<  Au sein de la Fédération française de la Montagne, il sera promoteur des initiatives vers les plus hautes montagnes du monde, organisateur du secours en montagne avant l’intervention des pouvoirs publics en 1972.

Et surtout, il aura permis à beaucoup de découvrir, d’approcher et d’aimer la montagne.

LES PRÉSIDENTS DU CLUB ALPIN FRANÇAIS DE 1945 À 1974

1945            Letort Yves (1898-1988)
1948            Devies Lucien (1910–1980)
1951            Descours Georges (1889-1964)
1954            Herzog Maurice (1919-2012)
1957            Devies Lucien
1963            Maillard Claude
1966            Devies Lucien
1970            Maillard Claude
1973            Meyer Jean-Charles
 
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Une suite de l’historique du Club Alpin Français, aujourd’hui Fédération Française des Clubs Alpins et de Montagne est proposée dans les dossiers suivants :

- Le Club Alpin Français de 1975 à 1994.

- Le Club Alpin Français de 1995 à nos jours.

CONSULTATION

L’ensemble des textes concernant l’histoire de la FFCAM et les autres dossiers proposés sont consultables au Centre fédéral de documentation de la FFCAM - 24, avenue de Laumière, 75019 Paris.

Notamment dans les différentes publications :

- Bulletins du CAF, de 1876 à 1904.
- Annuaires du CAF, de 1875 à 1904.
- La Montagne, de 1905 à 1954.
- Alpinisme, de 1925 à 1954.
- La Montagne & Alpinisme, depuis 1955.
- Les Annales du GHM de 1955 à 2001 et Cimes de 2002 à aujourd’hui.

Consultation de l’ensemble des livres constituant la bibliothèque de la FFCAM ; tous référencés.

CONSULTATION EN LIGNE

Accès aux références

Vous pouvez consulter en ligne le catalogue du CND avec un accès aux références pour l’ensemble des articles des revues et pour les livres.

Il suffit de saisir un mot caractéristique ou un des mots-clés d'un ouvrage recherché, dans l'un des champs appropriés ( auteur, titre, sujet, année d'édition ) et vous aurez accès aux références de votre recherche.

Accès aux publications

Vous pouvez consulter en ligne les revues suivantes :

- L’Annuaire du CAF, de 1876 à 1904 accessible sur le site de la Bibliothèque Nationale : http://gallica.bnf.fr
- Voir aussi : www.archive.org et utiliser le mot-clé : club alpin français.
- Le Bulletins du CAF, de 1876 à 1904 accessible sur le site de la Bibliothèque Nationale : http://gallica.bnf.fr
- La revue La Montagne de 1905 à 1954 accessible sur le site de la Bibliothèque Nationale : http://gallica.bnf.fr
- La revue La Montagne & Alpinisme depuis 1955 accessible sur le site de la Bibliothèque Nationale : http://gallica.bnf.fr
- Enfin la revue Alpinisme 1926 à 1954 accessible sur le site du GHM.

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