Un historique de l'Escalade

Préambule

Depuis 1980, l'escalade rocheuse connaît un engouement important, soit au niveau de la recherche de la plus haute difficulté, soit au niveau de la compétition, soit encore comme activité de loisir.
D’abord une discipline sportive servant principalement à l’entraînement pour l’alpinisme, c’est à partir des années mil neuf cent quatre-vingts que certains - en plus grand nombre - se sont écartés des valeurs de la montagne, pour ne retenir que la pratique sportive…
Une activité qui - généralement - réclame moins d'engagement, moins de contrainte et surtout propose beaucoup moins d'incertitude que l’alpinisme…

Sommaire :

- Une chronologie des événements se rapportant à la falaise et au bloc
- Les structures artificielles d'escalade ( SAE ) et la compétition

1 - L'escalade en falaise en France

Les années 1884 à 1929
Les années 1930 et 1940
Les années 1950 et 1960
Les années 1970 et 1980
Les années 1990 et 2000

2 - École de blocs, école de Bleau

Dans les années 1908 à 1929
Dans les années 1930 et 1940
Dans les années 1950 et 1960
Dans les années 1970 - 1980 - 2000 et ensuite

UNE CHRONOLOGIE DES ÉVÉNEMENTS SE RAPPORTANT À LA FALAISE ET AU BLOC

Au moyen d'une chronologie des événements marquants, nous avons voulu montrer l'évolution des différentes pratiques dans l'art de grimper, en signalant les faits majeurs et les avancées techniques et éthiques.
Rappelons que comme pour l’alpinisme, l'escalade est une pratique « sans règlement et sans arbitre, fondée sur une éthique non écrite et fluctuante… » ; sauf ce qui concerne bien entendu les compétitions d’escalade…
Avec l’engouement pour l’escalade de la fin du XXe siècle, deux écoles vont nettement se différencier avec « l’escalade en falaise » et « l’escalade de blocs ».
Il y a évidemment des connexions entre les façons de faire… Et beaucoup navigueront facilement entre ces deux disciplines…

Escalade en falaise

Présentation chronologique de l’escalade en falaise en regardant principalement ce qui s’est fait en France, mais en conservant quelques repères chez nos collègues étrangers… Une pratique qui utilise les moyens classiques d’assurage constitués par les ancrages naturels et artificiels, les connecteurs ( mousquetons et dégaines ), le baudrier et la corde.

Pour le bloc

Pour le bloc, nous nous limiterons ( pour le moment ) aux rochers de Fontainebleau qui proposent en raccourci ce qui se fait dans le monde particulier du bloc…
Mais d'autres massifs ont acquis une belle notoriété comme le site d'Annot...
Ici, le plus souvent, pas de corde ni de moyens d’assurage classiques, c’est le matelas amortisseur - le crash pad - et la parade des collègues qui assurent la sécurité.

Une évolution constante

On pourra constater que le haut niveau technique atteint aujourd'hui est le résultat d'une longue approche, d'une évolution constante depuis le début du XXe siècle, d’une avancée technique, d’un temps très étendu consacré à l'entraînement, d’une sécurité renforcée et d’un perfectionnement important du matériel et des accessoires…

LES STRUCTURES ARTIFICIELLES D'ESCALADE ( SAE )

Depuis les années 1980, l’entraînement c’est beaucoup amélioré, avec la pratique de l’escalade sur structure artificielle ; d’abord sur des éléments basiques comme le mur de la digue d’Orléans ( 1958 ), celui de la citadelle Vauban de Lille ( 1958 ) et les salles proposant des murs en briques en Angleterre.
Précurseurs en la matière, comme dans beaucoup d’applications se rapportant à l’alpinisme et à l’escalade, les Britanniques ont développé depuis les années 1960 des salles d’escalade permettant un entraînement par tous les temps… Plusieurs universités se sont dotées de murs en briques.
En France déjà en 1978, la Section Montagne de la FSGT préconise l’utilisation du mur artificiel, pour rendre l’escalade plus populaire.
Un article « Le mur d’escalade » délicieusement suranné paraîtra dans la revue La Montagne & Alpinisme n°2/1980 signé par Claude Egon.
La « Commission d’Enseignement alpin » et celle « des Équipements » du Club Alpin vont publier une étude sur le sujet en 1982.
Grimper sur des structures artificielles se révélera une méthode décisive d’entraînement à l’escalade annonçant les progrès sportifs à venir…
En France, les premières enceintes consacrées datent de 1982, d’abord dans le gymnase du Lycée de Corbeil, puis dans le milieu associatif.
La première salle d'escalade moderne est ouverte au public en 1987 en Belgique et en 1992 en France.
L’ancienne approche - préconisant un long apprentissage pour devenir d’abord un montagnard, puis plus tard un grimpeur ou un alpiniste - est rangée dans les placards de l’histoire…
Rapidement l’escalade sur murs artificiels va se développer avec les salles spécialisées reproduisant les deux types de la grimpe :

<  Les salles proposant des murs de grande hauteur jusqu'à 20m et plus, où l'on grimpe avec l’assurage de la corde et au moyen de prises en résine par des itinéraires marqués de différents niveaux… Les premières enceintes consacrées datent des années 1980, d’abord dans le milieu associatif. La première salle d'escalade ouverte au public en France date de 1992.
<  Des salles de blocs d'une hauteur limitée à 4,70m, où l’on grimpe sans corde, également à l’aide de prises en résine, sur des itinéraires marqués de différents niveaux, en étant protégé par des matelas amortisseurs.

La première salle d’escalade de blocs de France est créée en 1995 à l’initiative de Vincent Albrand et de Christophe Daconceicao. Alors jeunes grimpeurs et membres de l’équipe de France d’escalade, ils s’entraînaient dans leur garage sur un « micro-mur d’escalade ». Par la suite, leur idée fût d’adapter cet outil d’entraînement afin qu’il soit accessible au plus grand nombre, la salle d’Aix-en-Provence et le « concept Grimper » étaient nés ! Deux salles à Marseille et à Aix perpétuent la bonne idée qui depuis à fait des émules…

La compétition

C’est en Union Soviétique que des compétitions d’escalade apparaîtront après la Seconde Guerre mondiale, elles resteront réservées aux grimpeurs de ces Républiques.
Les premières compétitions d’escalade en Europe occidentale sont organisées sur les falaises de Chamonix en juin 1985 et de Bardonecchia en Italie en juillet 1985, ensuite en 1986 à Vaulx-en-Velin sur structure artificielle. Lire un historique au paragraphe : L'escalade en falaise : 1985 - Les premières compétitions d'escalade.
Les précautions insuffisantes prises pour l’environnement durant les premières manifestations publiques sur falaises naturelles conduiront à organiser les compétitions sur structures artificielles.
Ces équipements vont ensuite beaucoup s’améliorer pour l’intérêt de ce sport et pour celui des spectateurs…


 

1 - L'ESCALADE EN FALAISE

D'abord en Grande-Bretagne et en Allemagne de l'Est, une discipline sportive en dehors de l'alpinisme...

LES ANNÉES 1884 à 1929

Année 1884 - Le premier escaladeur

Walter Perry Haskett est le premier escaladeur connu ; il est considéré comme le père de l'escalade britannique et mondiale. Il franchit seul et sans corde Needle Rigge sur Great Gable, dans la région de Lake District, au centre de l'Angleterre.
La difficulté correspond au troisième degré de notre échelle des difficultés et la corde est estimée être un moyen artificiel. Haskett, qui réussira à la même époque plusieurs escalades notables, ne s'intéressera jamais à l'alpinisme.
Les Britanniques sont les premiers à pratiquer l'escalade sportive avec des règles précises et sans relation avec l'alpinisme…

Année 1890 - L'autre berceau

Premières escalades dans le massif de l'Elbsandstein dans la Saxe en Allemagne. Cet ensemble de tours de grès va devenir l'autre berceau de l'escalade sportive, là aussi au début sans relation avec l’alpinisme.

Année 1898 - Le quatrième degré

Owen Glynne Jones, avec un compagnon, réussit Pinnacle Face sur Scafell Grag, dans la région de Lake District, dans le centre de l'Angleterre.
La difficulté est du quatrième degré et la corde fait partie du bon style.

Année 1900 - L'exploration des Calanques

Création à Marseille d'un petit groupe informel - le Rocher Club de Provence - qui va se livrer à l'exploration des différentes tours, arêtes et sommets des Calanques, mais ce n'est pas encore de l'escalade.

Année 1903 - Déjà le très difficile

Une escalade exceptionnelle est réalisée avec Botterill's Slab, toujours dans Lake District, en Angleterre. La difficulté est du cinquième degré.

Année 1905 - Une éthique rigoureuse

En Allemagne dans le massif de l'Elbsandstein, début de l’escalade sportive, régie par des règles strictes proposées par Rudolf Fehrmann, basées sur l'idée que le grimpeur ne doit compter que sur ses propres forces. L'assurage se fait au moyen d'anneaux de corde et les nœuds coincés dans les reliefs naturels de la roche.
L'éthique rigoureuse est destinée à sauvegarder les possibilités ultérieures d'escalade libre. L’escalade qui compte de nombreux pratiquants est un sport très populaire dans ce massif…

Le sixième degré

Dans le massif de l’Elbsandstein, première escalade présentant des obstacles du sixième degré de l'échelle moderne des difficultés.
L'exploit est réalisé par Olivier Perry-Smith et par Rudolf Fehrmann, durant les premières ascensions de Teufelsturn.

Année 1914 - Scafell's Central Buttress

C'est encore une performance de premier ordre qui est réussie par Siegfried Herford, avec l'escalade de Scafell's Central Buttress, toujours dans Lake District, qui est le terrain de jeu le plus important des Iles Britanniques.
La difficulté correspond au cinquième degré, en respectant bien entendu l’éthique britannique : pas de piton, pas de point d’aide…

Année 1918 - Un exploit en avance d'au-moins une génération

Il est réalisé dans l'Elbsandstein, en Allemagne par Emanuel Strubich et Arno Sieber, sur l'arête ouest de Wilderrkopf. C'est un exploit en avance d'au-moins une génération.

  • Il faut redire ici que les falaises de l’Elbe et de Lake District ont été les sites précurseurs de l’escalade sportive…

Année 1927 - L'arête de Marseille

Deux cordées se retrouvent par hasard au pied de l'arête ouest de la Grande Candelle, dans les Calanques de Marseille. La cordée autochtone comprend Jean Laurent et Ernest Wyss, qui avaient déjà reconnu la partie supérieure en rappel, et les Parisiens de l'école de Fontainebleau Hugues et Maurice Paillon.
Ils unissent leurs efforts, emmenés par Hugues Paillon, pour réaliser la première ascension de l'arête de Marseille qui deviendra l'escalade la plus célèbre des Calanques ( dans la longueur du départ, quelques coins de bois étaient en place signe d’une tentative précédente ).
C'est une incursion isolée de l'escalade difficile dans les Calanques qui en est encore à l'ère de la découverte, pas tout à fait à celle de l'escalade sportive.

 LES ANNÉES 1930

Création des écoles d'escalade en falaise préparatoires à la pratique de l'alpinisme.

Année 1930 - Les Ardennes belges

Les alpinistes belges, en premier lieu le roi Albert 1er qui fréquente régulièrement les Dolomites, trouvent dans les Ardennes belges des falaises rocheuses propices à l’entraînement physique et à la préparation technique.
C'est le début de l'exploration des falaises de Freyr sur les bords de la Meuse et de l'école d'escalade préparatoire à la pratique de l'alpinisme en Europe occidentale, avec marche en cordée, assurage, etc.
C'est aussi l'apparition des pitons et mousquetons dans l'escalade en falaise ( voir le dossier : Le matériel de l’alpiniste ).
L’emploi des pitons ramené des Dolomites permet des itinéraires audacieux et nombreux.
C’est le roi Albert qui a fait fabriquer les premiers ancrages utilisés…

Les révélateurs des nouveaux matériels

Jusque-là, l’utilisation des nouveaux matériels venant des Dolomites et des Alpes orientales facilitant beaucoup les ascensions était restée dans la confidence des initiés…
En 1932, un article d'Alain Leray paraît dans la revue La Montagne, l'auteur présente pour la première fois en France une information sur l’utilisation des pitons et des mousquetons en escalade.
En 1933, Raymond Gaché toujours dans la revue La Montagne note « En ce moment nous assistons à l’introduction en France des méthodes dolomitiques avec leur arsenal d’étriers, de pitons à rocher et à glace, de mousquetons, de marteaux ».

Année 1932 - Les Calanques

Début de l'exploration des falaises des Calanques de Marseille, notamment par Henry Barrin et Charles Magnol et plus tard Georges Albert.

Année 1933 - Au-delà du sixième degré

Dans le massif du Rätikon, sur la frontière austro-suisse, E. Burger, KBizjak et FMatt escaladent la face sud du Gross Drusenturn.
Le passage clé - une fissure surplombante - n’est répété qu’en 1979 ( 6b )…

Le Spigolo de l'Al'legne

Dans les Ardennes belges, première ascension du Spigolo de la falaise de l'Al'legne à Freyr, le roi Albert était dans les tentatives et fera une répétition de l’itinéraire durant la même année…
L'escalade atteint sur les bords de la Meuse un haut niveau technique, en avance sur tout ce qui se fait en France, hormis bien sûr l'escalade de blocs à Fontainebleau.

Année 1935 - La Directissime de l'Al'legne

Dans les Ardennes belges, escalade du grand dièdre principal de la falaise de l'Al'legne à Freyr, la Directissime qui deviendra la voie la plus classique du massif. La difficulté abordée est le cinquième degré, avec utilisation de pitons comme points d'aide.

Le retard des Parisiens

Première sortie collective d'escalade, organisée par la Section de Paris du Club Alpin, vers les falaises des Ardennes belges « et rares sont ceux qui se risquent en tête ». Les Parisiens vont pouvoir mesurer l'important retard qu'ils ont accumulé dans la technique de l'escalade difficile en falaise ; comme l'emploi des pitons, la marche en cordée et l'adaptation à la verticalité et à l'exposition.

Les falaises aux USA

Fritz Wiesser en émigrant en Amérique, apporte le savoir-faire et l'éthique rigoureuse - sans usage de piton - de l'escalade saxonne.
C'est dans le massif des Shawangunks, sur la côte est des USA, le début de l'escalade en falaise.
Hans Kraus, un transfuge des Alpes orientales, apportera l'utilisation des pitons.
La polémique sur l'utilisation des pitons gagne le Nouveau Monde…

Une échelle des difficultés

En 1935, Lucien Devies propose un système de cotation des difficultés, séparant l'évaluation d’un passage d’escalade libre en six degrés, directement inspiré du système Welzenbach, et l'évaluation de l’ensemble d’une ascension allant du « facile » à « l'extrêmement difficile » en six degrés également ( voir le dossier : Un historique de l’Alpinisme 1919-1939 ).
Une façon de « passer du vague au défini ».
Aussitôt une belle polémique animée par Etienne Bruhl va enflammer le milieu alpin pendant quelques temps…
Un peu plus tard, une évaluation de la difficulté de l’escalade artificielle en quatre degrés (A1 à A4) est proposée…
Le tri commence à être fait entre escalade libre et artificielle…

Dans les Calanques

Pendant les congés de Pâques 1935, la Section de Paris du Club Alpin organise une sortie collective d’escalades dans les Calanques de Marseille.

Année 1936 - La Barrin

Dans les Calanques, la voie aujourd'hui classique de la face nord des Goudes - la Barrin - est réussie par Henri Barrin et deux compagnons. Le niveau atteint est le cinquième degré avec l'aide de pitons comme points d'assurage.

Année 1938 - Le cinquième degré supérieur

Avec Diagonal, ligne d'escalade de Llanberis Pass, dans le nord du Pays de Galles, c'est le cinquième degré limite supérieure qui est atteint avec Arthur Birtwistle, toujours suivant l’éthique rigoureuse des Britanniques.

Dans les Calanques

Dans les Calanque, une voie difficile est inaugurée : La face ouest du Rocher des Goudes par Roger Duchier et Charles Magnol avec l’aide des pitons…

Année 1939 - L'exploration du Saussois

Début de l'exploration du Saussois, une falaise du bord de l'Yonne en amont d'Auxerre, en s'assurant depuis le haut de la falaise, la ligne de moindre résistance de la Grande Roche est gravie par Georges Bonnaud et Maurice Martin, la voie nouvelle est appelée la Martine et présente, avec deux points d'aide, une difficulté du quatrième degré supérieur.

LES ANNÉES 1940

Les écoles d'escalade en falaise préparatoires à la pratique de l’alpinisme.

Année 1941 - La Rech au Saussois

Jean Bernardeau et Maurice Martin escaladent l'éperon principal de la Roche centrale du Saussois, avec assurage depuis le haut de la falaise.
Cet itinéraire va être la plus classique escalade de ce qui va devenir la célèbre école des Parisiens.
La voie est appelée la Rech, en hommage à A. Rech, l'un des trois « découvreurs » du Saussois avec Georges Bonnaud et Maurice Martin ; la voie présente des passages du cinquième degré sans l'aide des pitons d'assurage...
C'est le début de l'exploration des falaises du bord de l'Yonne.
Maurice Martin, par ses écrits et ses conférences, va contribuer à l'extraordinaire développement de l'escalade au Saussois. Ce qui aura de grandes conséquences dans l'amélioration des performances des grimpeurs parisiens dans l'escalade difficile, aussi bien libre qu'artificielle.
On grimpe protégé par la corde en chanvre, mousquetons en acier, encordement directement à la taille…

L'escalade artificielle

Avec Georges Livanos et ses amis, apparition dans les Calanques des itinéraires de haute difficulté avec une escalade à prédominance artificielle, qui va atteindre un niveau technique et athlétique élevé.

Année 1942 - La Martine au Saussois

Jean Mignon et Pierre de Poly gravissent, pour la première fois, la Martine au Saussois, en technique classique, c'est-à-dire sans assurage par le haut de la falaise. Pierre Leroux en réalisera l'ascension solitaire deux années plus tard.
Dès cette année-là, la Martine, la Rech, l’Ancienne Traversée et l’Éclair vont devenir des ascensions classiques gravies en bon style.

Année 1943 - Une nouvelle école d'escalade

Parution d'un article : Une nouvelle école d'escalade, le Saussois par A. Rech. Avec ce terrain d’entraînement de qualité, les grimpeurs parisiens vont rapidement être beaucoup plus à l’aise dans la conduite des escalades sportives…

Année 1946 - L’Échelle à poissons

Après les assauts successifs de plusieurs cordées, la voie la plus emblématique du Saussois, l’Échelle à poissons est gravie…

Année 1947 - La corde en polyamide

À la sortie de la guerre 1939-1940, deux initiatives parallèles sont poursuivies visant à améliorer la sécurité des cordes d’alpinisme.
Jusque-là, on grimpait avec comme seule protection la corde en chanvre, celle-ci cassait pour une chute libre d'un mètre sous une charge de 80 kg, la sécurité pour le premier de cordée était inexistante.
Les cordes ordinaires en chanvre étaient destinées à subir un effort de traction lent ou une charge statique, elles ne supportaient pas une charge dynamique, c'est-à-dire la chute du premier de cordée…
Avec le polyamide ( Nylon ), le progrès va être décisif… Les premières cordes spéciales câblées voient le jour en Grande Bretagne à la fin de la Seconde guerre, en conservant les méthodes de fabrication des cordes de marine… Elles seront les premières à offrir une résistance importante grâce à leur élasticité permettant de parer la chute d’un grimpeur progressant au-dessus d’un point d’ancrage…
En 1947, la corde moderne est mise au point, sur les conseils de Pierre Chevalier, par les établissements Joanny. C’est une corde à fils parallèles constitués d’éléments multifilamentaires de polyamide, protégés par une gaine tressée.
C’est grand progrès… Ces nouvelles cordes vont offrir une résistance importante grâce à leur élasticité et vont se trouver protégées des frottements avec la roche par leur gaine extérieure.

À Grenoble, Maurice Doderot au sein de la Société des Touristes du Dauphiné commence l’étude systématique de la résistance des cordes.
En 1950, une Commission des cordes de montagne visant à définir un label est en place au sein de la Fédération Française de la Montagne, conduite par Maurice Doderot et Pierre Henry. 
Ce label fixe les conditions que devront supporter les cordes pour être agréées. Ce sont les entreprises du bâtiment qui se montreront immédiatement intéressées, plus tardivement les fabricants de cordes d’alpinisme… ( voir le dossier : Le matériel de l’alpiniste ).
Et l’UIAA créera à la suite sa Commission internationale et son label.

La fissure d'Hortus

Georges Fraissinet escalade la fissure d'Hortus de la falaise homonyme. La difficulté est du cinquième degré limite supérieure ; l'escalade, très exposée, restera quinze ans sans répétiteur.

Les hauts lieux de l'escalade en falaise

L’escalade en falaise connaît un développement important. Les Ardennes belges, les Calanques et le Saussois sont les hauts lieux de cette pratique - préparatoire à l’alpinisme - avec à un degré moindre les sites de Saffres, de Cormot, du Baou et du Caroux.
La protection des grimpeurs est assurée par les pitons qui servent indifféremment de points d’assurage et de points d’aide.
Mais il est apparu rapidement que les pitonnages et les dépitonnages successifs endommageaient sérieusement la roche et principalement la roche calcaire, plus fragile que le granit. L’équipement à demeure de voies fréquentées deviendra vite une obligation…

1948 - Le mousqueton léger en alliage d’aluminium

C’est encore le mousqueton en acier qui est utilisé.

Déjà en 1938, un mousqueton léger en alliage d’aluminium avait été essayé par Pierre Allain.
En 1948, un mousqueton léger en alliage d’aluminium ( Duralumin ) est commercialisé par Allain. Il devait être utilisé avec prudence essentiellement pour l'escalade artificielle, car il ne résistait pas à une chute même modeste. L’information technique publiée parle imprudemment d’une résistance bien supérieure aux mousquetons en acier…
Curieusement ces mousquetons ne sont pas munis d’un tenon de verrouillage du doigt mobile, comme l’ont toujours été les mousquetons en acier, l’amélioration apparaîtra plus tard.

 LES ANNÉES 1950

Les pitons offrent des possibilités presque sans limite.

Année 1950 - L'Ange du Saussois

Lucien Berardini force un itinéraire nouveau, directement dans les extraordinaires bombements de la Grande Roche du Saussois en escalade artificielle bien sûr. C'est la voie la plus difficile du massif avec une grande difficulté de pitonnage.

Année 1952 - La directe 1952

Dans le massif des Calanques, Georges Livanos et ses compagnons inaugurent avec la Directe 1952, une voie nouvelle dans la face sud de Saint-Michel d'Eau Douce. On atteint dans les Calanques avec cette technique mixte et artificielle un paroxysme, les grimpeurs sont capables de passer partout.

Déjà une économie de moyens

Les grimpeurs du Saussois cherchent à limiter l'emploi de l'escalade artificielle. Le Jardin suspendu ouvert par Lucien Berardini avec différents compagnons, en utilisant quelques trente pitons, est rééquipé pour l'escalade libre avec neuf pitons seulement, la difficulté est du sixième degré avec deux points d'aide. C'est le début des escalades difficiles en escalade mixte, du libre avec l'aide des pitons dans certains passages, le tire-clou...

Cenotaph Corner

Joe Brown réalise le fameux Cenotaph Corner à Llanberis Pass, dans le nord du Pays de Galles. C'est le sixième degré de difficulté, avec les règles très strictes de l'escalade britannique.

Année 1953 - La chaussure légère

Un moment utilisé en falaise, le chausson PA est remplacé par la chaussure légère, semelle Vibram, plus commode et plus confortable en escalade mixte et artificielle.

Un guide d’escalade

En 1953, Maurice Martin fait paraître un guide des escalades au Saussois.

Année 1955 - La fissure de Surgy

Michel Grassin escalade la fissure de Surgy en tête de cordée, difficulté du sixième degré, très exposée elle ne sera reprise qu'après équipement de points d'assurage en 1965.

Année 1958 - Le mousqueton léger

Pierre Allain est le premier à proposer un mousqueton léger à haute résistance mécanique en alliage léger ( Zicral ), toujours sans tenon de verrouillage du doigt mobile. Ce nouveau matériel annonce le mousqueton moderne avec un poids de 50 grammes et une résistance à la traction de 1600 daN, capable d'accepter relativement bien l'énergie correspondant à la chute d'un grimpeur évoluant au-dessus d’un point d’assurage ( voir le dossier : Le matériel de l’alpiniste ). Le mousqueton léger en alliage d’aluminium va de généraliser avec les progrès des alliages proposés et des facteurs de forme améliorés.

LES ANNÉES 1960

La recherche de l’économie de moyens entre les ancrages, l'époque du « tire-clou ».

Année 1960 - Les coinceurs

Première utilisation des coinceurs par les Britanniques, sur les falaises du Snowdon, dans le Pays de Galles. Une solution élégante pour l'assurage en coinçant, dans les fissures naturelles de la roche, des  pierres puis des petites pièces de métal - d'abord des boulons - reliées à des anneaux de corde. Ils façonneront ensuite des outils plus adaptés, les coinceurs.
L'emploi de ce moyen d'assurage va se répandre rapidement dans les Iles Britanniques ( voir le § : 1969 - L’apparition des coinceurs et le dossier : Le matériel de l’alpiniste ).

Année 1962 - L'équipement en question

Dans les Ardennes belges et au Saussois, l'équipement des voies d'escalade évolue vers une économie de pitons avec une escalade difficile entre les ancrages éloignés qui servent indifféremment de point d'aide, d'assurage ou d'arrêt.
Dans les Calanques, on commence à équiper les relais et certaines lignes d’ascension.

Les noms des voies

C’est à ce moment que des noms éloignés de toute logique sont proposés pour désigner les voies d’escalade des falaises.
Des noms qui seront choisis suivant les fantaisies - parfois inspirées mais pas toujours - des ouvreurs, d’abord pour les falaises de Connelles.

Année 1964 - L'escalade libre

Avec François Guillot et ses amis, apparition dans les Calanques des itinéraires de haute difficulté, avec escalade à prédominance libre, comme par exemple la Gamma dans le massif d'En Vau.

 L’économie de pitons

La recherche de l'escalade libre va se faire par l'économie de pitons. Le jeu va être de n'en utiliser qu'un minimum pour réaliser une escalade. Mais l'usage du piton est mal précisé, les trois fonctions sont confondues : assurage, aide et repos.

La propagande de Claudio Barbier

Claudio Barbier qui était l’un des meilleurs rochassiers de sa génération, sera le premier propagandiste en Europe continentale et occidentale d’une escalade libre et propre, il parcourt l'ensemble des massifs d'escalade de l'Europe et connaît bien les règles sportives des écoles est-allemande et britannique, très critiques sur les moyens artificiels.
Rapidement convaincu que le paroxysme atteint par le « règne du fer » conduisait à une impasse, le grimpeur belge fera une diffusion discrète mais continue des idées venues de Grande-Bretagne et des bords de l’Elbe. Et plus tard, il sera également très actif pour propager le recours aux coinceurs.

Année 1965 - L'escalade en jaune

Claudio Barbier cherche à faire évoluer l'escalade dans les falaises des Ardennes belges. La Directissime de la falaise de l'Al'legne, une des plus classiques et des plus belles escalades de Freyr, est à l'évidence surpitonnée, et beaucoup utilisent les ancrages comme points d’aide… « le tire-clous »
Pour ne pas provoquer de polémique, Barbier a l'idée de différencier avec de la peinture jaune les points d’aide et d'assurage… Petit à petit, l'expression « jaunir une voie » va devenir synonyme d'escalade libre, mais cette proposition restera marginale pour encore un peu de temps.
Et le tire-clou aura encore de belles années devant lui…

Les falaises de l’Elbsandsteingebirge 

En 1966, Claudio Barbier fait paraître un article « L’Elbsandsteingebirge » d’Herbert Richter dans la revue La Montagne & Alpinisme. Ce sera une vraie stupéfaction pour beaucoup…

Les ancrages forés

Le forage d’un logement pour placer un ancrage a été longtemps l’arme interdite en escalade.
Avoir recours à un seul piton-gollot dans une paroi de 1000m vous exposait à l’équivalent d’une excommunication…
Déjà les gollots de la face ouest des Drus avaient été très critiqués en 1952…
En 1958, les Américains sont les premiers à pratiquer systématiquement des forages de la roche pour placer des pitons-gollots ; les ancêtres des « Spits » et autres « Rings ».
Au même moment dans les Dolomites, on attaque les parois là où elles sont les plus surplombantes avec des longueurs de corde entièrement artificielles et utilisation de nombreux pitons-gollots.
Dans les gorges du Verdon en 1968, la voie des Enragés dans la paroi de Duc sera ouverte avec l’aide des mêmes artifices.
Sur les falaises du Saussois et des Ardennes belges, on commence à mettre en place des pitons scellés ou des ancrages implantés directement dans la roche - les ancrages scellés après forage - aux relais et aux points névralgiques des escalades classiques ( voir le dossier : Le matériel de l’alpiniste ).

Année 1966 - Le mousqueton moderne

En 1966, le mousqueton en alliage léger, avec verrouillage du doigt d’ouverture, est présenté par Pierre Allain. C'est un véritable élément de sécurité. C’est à ce moment-là, avec la compréhension du système mécanique du dispositif, qu’est apparue l’importance du verrouillage du doigt de fermeture du mousqueton, comme déjà en place par empirisme sur les mousquetons en acier.
La charge admissible passe de 1600 à 2800 daN ; le mousqueton en alliage léger devient un véritable élément de sécurité capable d'accepter - suivant des normes précises - l'énergie correspondant à la chute d'un grimpeur évoluant au-dessus d’un point d’assurage.
Des fabrications similaires seront bientôt proposées par plusieurs fabricants

Année 1967 - Évolution par dépitonnage

Au Saussois, la Super-Échelle est équipée avec une économie importante de points d'aide, mais le piton reste systématiquement utilisé et indifféremment comme point d'aide ou d'assurage, c'est encore l'époque du tire-clous.

Les chaussons d’escalade

En 1948, et après une longue mise au point commencée en 1935, Pierre Allain met sur le marché dans son célèbre magasin de la rue St Sulpice à Paris, un chausson d'escalade à semelle caoutchouc de marque PA.
Le fameux chausson bleu sera immédiatement l'outil indispensable pour l'escalade à Fontainebleau.
En 1955, ces chaussons sont adoptés pour l’escalade des parois des Îles-Britanniques…
Curieusement, ils resteront en France réservés, à quelques exceptions près, aux blocs de Fontainebleau pendant encore douze ans.
On lira un historique dans le paragraphe : École de blocs, école de Bleau - Année 1948 - Les chaussons d'escalade PA.
En 1967, les chaussons font leur apparition dans les falaises calcaires et aussitôt dans les escalades rocheuses des Alpes… et, à partir de 1974, les chaussons PA et leurs dérivés seront indispensables pour toute escalade rocheuse difficile ou pas, en tous lieux.

Année 1968 - Une découverte du Verdon

Les parois des gorges du Verdon avaient été repérées depuis plusieurs années par les grimpeurs marseillais, mais leur intérêt s’était focalisé sur les falaises de Saint Maurin et de Mayreste situées à l’entrée des célèbres gorges. Le plus brillant et entreprenant d’entre eux François Guillot avait encouragé Patrick Cordier et ses amis parisiens à visiter les lieux...
Ceux-ci en août 1968 découvrent un rempart de plusieurs kilomètres de falaises inexplorées. Au lieu de tenter les lignes les plus prometteuses, ils s’arrêtent devant la face la plus haute et la plus incertaine, la paroi du Duc. La voie sera ouverte en technique de siège, corde fixe et tamponnoir par Patrick Cordier, Patrice Bodin, Lothar Moch et Patrick Richard.
La grande histoire de l’escalade dans les gorges du Verdon pouvait commencer…
Et l’exploration pourra être reprise dans le bon sens par François Guillot et ses amis en commençant par les grandes lignes classiques ouvertes en bon style, avant que les ancrages scellés après forage ne viennent changer la donne…

Le mur d'escalade

Le mur artificiel d'entraînement à l'escalade est régulièrement utilisé en Grande-Bretagne, notamment dans les collèges.

1969 - L’apparition des coinceurs

En 1960, première utilisation des coinceurs - les nuts - par les grimpeurs britanniques sur les falaises du Snowdon, dans le Pays de Galles.
Les Britanniques vont développer cette solution élégante pour l'assurage. Après le coincement de pierres dans les fissures naturelles de la roche granitique, ils vont utiliser des petites pièces de métal - d'abord des boulons - reliées à des anneaux de corde et façonneront ensuite des outils plus adaptés, les coinceurs.
L'emploi de ce moyen de protection va se répandre... d'abord dans les Iles Britanniques.
Dès 1965, un constat inquiétant est fait aux USA concernant l’usage des pitons en acier spécial. Ils détériorent le rocher, certaines fissures du Yosemite sont irrémédiablement abimées… Nos collègues américains viendront en 1967 chercher une issue dans les Iles Britanniques, avec l’emploi des coinceurs… 
Claudio Barbier sera aussi l’un des premiers propagandistes pour ce nouvel outil en Europe continentale en inaugurant la voie du Dragon dans les Dolomites en 1969, avec l’assurage sur coinceurs.
L’année suivante, une cordée française reprend l’itinéraire en utilisant ces curieux objets - dont l’emploi a été suggéré par Claudio Barbier - achetés presque en catimini à Cortina d’Ampezzo…
Utilisés dans les Alpes dès 1969, les coinceurs verront leurs formes s’améliorer avec les fameux Hexentrics, Stoppers, Bicoins, Titons et autres Copperheads
En plus de son élégance, ce moyen de protection permet souvent de réduire beaucoup l’exposition de l’escalade, mais en transformant certains grimpeurs en panoplie complète…
Il faudra attendre l’article de Patrick Cordier paru dans la revue La Montagne & Alpinisme n°2/1974, puis l’article d'Henri Agresti paru dans le n°2/1977 pour que l’information soit complète en France, au regard des nombreux articles des revues anglo-saxonnes…
L'usage des coinceurs, proposé en Grande Bretagne en 1960, apparu dans les Alpes en 1969, se généralise en 1975... ( voir le dossier : Le matériel de l’alpiniste).
La revue reviendra sur l’aspect technique d’utilisation de ces nouveaux outils avec un article de Jean-Claude Droyer en 1978.

LES ANNÉES 1970

Vers l’escalade de haut niveau et vers une éthique sportive.

Année 1970 - Le septième degré

La première escalade correspondant à ce qui sera le septième degré en devenir est réussie par John Stannard, avec la fissure Foops dans le massif des Shawangunks, aux USA.
Les Américains adoptent une éthique rigoureuse : les pitons sont définitivement exclus des falaises des Gunks.

Année 1972 - Supercrak

Dans le massif des Shawangunks aux États-Unis, Steve Wunsch ouvre la célèbre Supercrack. Une fissure qui sera ultérieurement classée 7c, marquant une avancée notable dans le savoir-faire des escaladeurs. L'avance des Américains, dans l'escalade libre difficile, est très importante...

L'Ange en libre

Au Saussois, la voie de l'Ange est équipée d’ancrages scellés, avec escalade difficile entre les pitons, par Patrick Cordier et Jean Fréhel. Le grand exercice d'escalade artificielle et de pitonnage des années cinquante devient une grande escalade libre... entre les ancrages, c'est-à-dire sans aucune continuité et en tire-clous.

Professionnel de l'escalade

Henry Barber, qui observe les règles rigoureuses de l’escalade libre, est le premier à consacrer une activité complète à cette discipline.

Une éthique pour l'escalade

Aux États-Unis, c'est l'adoption des règles strictes : assurage sur coinceurs, voies engagées ; et dans certains sites, refus des ancrages scellés après forage.

Année 1973 - L’assurage

Dans un article consacré, notre revue montre encore l’assurage à l’épaule comme une solution, mais à proscrire dès qu’il y a risque de chute importante… Seul le demi-cabestan survivra aux progrès qui viendront… avec le baudrier d'encordement moderne et l’outil en forme de huit…

Année 1974 - Le septième degré en Grande-Bretagne

En Grande-Bretagne, les avancées dans l'escalade difficile sont importantes. C'est Right Wall à Dinas Cromlech qui est gravi par Pete Livesey.
La difficulté correspond à ce qui sera le septième degré en devenir. Les Britanniques ont, bien entendu, leur propre échelle des difficultés, différente de celle préconisée par l'UIAA.
L'éthique est beaucoup plus rigoureuse qu'en France, la règle est l'escalade à vue et placement de points d'assurage, mais le passage peut être reconnu en rappel avant la tentative.

Les Deux Aiguilles

Dans le secteur des Deux Aiguilles de la montagne Sainte-Victoire, Christian et Martine Guyomar et Christian Hautecoeur réalisent une série d'itinéraires nouveaux de haute difficulté. Une ligne d'ascension exceptionnelle - Ovni - reste la marque de ces précurseurs, elle est aujourd’hui protégée par des Rings, bien espacés il est vrai…
Les voies majeures réussies par Guyomar et Hautecoeur sont réalisées en cordée classique, sans utilisation d’ancrages scellés après forage, les escalades sont souvent très exposées et on a recours à des accessoires, tel le crochet à goutte d'eau, le plomb et le fil de fer.
Les lignes nouvelles sont d’abord explorées depuis le pied de la falaise, avec des moyens artificiels si nécessaire, puis peu à peu rendues à l’escalade libre, protections ( parcimonieuses ) en place…
C'est le début en France de l'escalade pratiquée quotidiennement. Le niveau sportif va s'élever considérablement, devenant pour les meilleurs difficilement compatible avec une activité professionnelle à plein temps.

1974 - Les chaussons

En 1974, les chaussons d'escalade du type Pierre Allain et ses dérivés deviennent l'outil indispensable pour toutes escalades rocheuses difficiles ou pas, en tous lieux…

Année 1975 - Les éléments de sécurité

 Le baudrier

Le premier baudrier d'encordement moderne est mis au point en 1970, par Don Whillans en Grande-Bretagne.
La revue La Montagne & Alpinisme de 1975 consacre un article un peu trop technique sur la conception du baudrier, en mettant l’accent sur un point essentiel, l’appui pelvien, mais en oubliant de commencer par le début, c'est-à-dire de regarder ce qui est déjà utilisé par les grimpeurs…
Dès 1975, le « baudrier Whillans » est disponible et les fabricants du continent ne tarderont pas à proposer leurs modèles.
C’est la généralisation du baudrier moderne comme moyen de sécurité en escalade. Jusque-là, les grimpeurs s’encordaient à la taille directement avec la corde, sauf pour les escalades artificielles en fabriquant eux-mêmes un baudrier rudimentaire, ou dès 1963 en utilisant des harnais réservés à cet effet proposés par les fabricants…
Le baudrier ne tardera pas également à être un élément de sécurité indispensable aux skieurs évoluant sur les glaciers pour faciliter l’encordement et l’extraction d’une crevasse…

L’outil en forme de huit

Les Écossais ont eu les premiers la bonne idée d’améliorer le descendeur Allain en forme de fourche et dès 1968, « l’outil en forme de huit » utilisable par tous était proposé pour les rappels.
En fermant la fourche du descendeur Allain, ils obtenaient d’une bien plus grande sécurité, petite modification, grande conséquence, mais l’instrument se révélera bien plus qu’un descendeur…
Il faudra quelques années pour que l’engin traverse la Manche.
En 1975, l’outil en forme de huit et le baudrier deviennent les éléments essentiels de la sécurité pour l’assurage et la descente en rappel…

Les méthodes d’assurage

Jusque-là, l’assurage du compagnon se pratiquait en passant la corde derrière l’épaule « l’assurage à l’épaule » ou encore avec le nœud de demi-cabestan, l’outil en forme de huit facilitera beaucoup les manœuvres de corde.
Plus tard, avec le développement de l’escalade sportive de nombreux outils seront proposés améliorant la sécurité, avec le même objectif, permettre la libération rapide de la corde pour ne pas gêner le leader et être capable de parer efficacement la chute.   

Les rappels

Le rappel de corde restait une opération délicate et peu agréable avec la technique en S. Très peu d’alpinistes utilisaient le descendeur Allain en forme de fourche, mais l’incorporation d’un frein intermédiaire entre l’homme et la corde était à l’esprit de tous. Pour les descentes techniques, les grimpeurs avertis utilisaient souvent un jeu de mousquetons croisés faisant office de frein et un baudrier de fortune, puis différents intermédiaires mécaniques plus ou moins adaptés existeront… Avec le huit et le baudrier, les alpinistes ont un ensemble de sécurité permettant les rappels les plus vertigineux…
Le rappel - hier nécessitant des précautions techniques - devient avec l’outil en forme de huit et le baudrier un acte technique banal de descente…

L’équipement moderne complet 

En 1975, avec l’équipement moderne complet : le baudrier, la corde, les mousquetons modernes et l’assurage au huit ou avec un demi-cabestan, les grimpeurs auront à leur disposition une chaîne de sécurité adaptée.
La chute - hier aux effets souvent désastreux - devient une conséquence plus acceptable et le développement de l’escalade sportive à venir viendra presque totalement la banaliser...

Année 1975 - L’escalade libre en France

Les démarches de Claudio Barbier dans les Ardennes belges depuis 1965, dans le but de propager l’escalade libre, vont être entendues...
Jean-Claude Droyer - de retour des ÎlesBritanniques et des États-Unis - a pu constater l'évolution et les avancées réalisées par nos voisins, il sera l'initiateur en France d'une redéfinition des règles de l’escalade sportive et des habitudes des grimpeurs. Déterminé et extrêmement tenace, il va réussir à ébranler la lourde inertie des habitudes françaises et européennes.
Les ancrages ne doivent être utilisés que comme point d'assurage, et non plus comme point d'aide... c'est la révolution...
Dans les falaises du Baou de Saint-Jeannet, Patrick Berhault ; dans celles de la Montagne Sainte-Victoire, Christian Guyomar ; dans celles des Calanques,  François Guyot ; dans celles du Verdon, Patrick Berhault, François Guyot et Bernard Gorgeon conduiront les mêmes démarches, mais avec des façons beaucoup moins « abruptes ».
Et à leur tour, les auteurs de ces évolutions ne tarderont pas à être abasourdis et « étonnés » par une nouvelle génération de grimpeurs qui viendra bientôt les surpasser…
Bientôt les falaises de Buoux et du Verdon deviendront la vitrine d’un nouveau savoir faire qui se généralisera en France, avec les ancrages artificiels en place.
Un long article assez pertinent « L’escalade vers quel avenir » paraîtra dans la revue La Montagne & Alpinisme n°1/1979, signé par Droyer et Michèle Gloden.

L’utilisation des ancrages

Ces différentes initiatives vont amener à une prise de conscience concernant les trois utilisations possibles d'un ancrage : point d'aide, point de repos et point d'assurage…
L'escalade libre impose le refus de tout point d'aide ou de repos, l'éthique devient plus rigoureuse.
La recherche d'une façon de faire plus précise sera favorisée par l'utilisation des coinceurs. L'assurage avec ce type de matériel permet une économie très grande de pitons et de pouvoir gérer son exposition.
Mais deux types de performances subsistent : l'escalade libre intégrale où il faut placer soi-même les points d'assurage et l'escalade libre sécurisée avec ancrages en place.

En Allemagne

À peu près à la même époque en Allemagne, Kurt Albert se livre à la même analyse et à la même recherche de l'escalade libre dans les voies difficiles et artificielles. Les voies ainsi « libérées », c'est-à-dire gravies sans les points d'aide des ancrages, sont marquées à leur pied d'un point rouge. ( Rotpunkt ou RP )

Année 1976 - Le septième degré féminin

Une Américaine Barbara Devine réussit la fissure Foops dans les Gunks, aux U.S.A.
C'est une première féminine pour ce qui sera ultérieurement le septième degré. Chez les femmes aussi l'écart avec la vieille Europe est immense.

Le Saussois libéré

Jean-Claude Droyer entreprend sa démonstration : les voies les plus significatives du Saussois, l'Arête Jaune ( 6b ), la Der et le Jardin Suspendu ( 6c ), sont réussies en escalade libre.

Le Verdon libéré

Au Verdon, l'escalade libre fait son apparition au cours d'un rassemblement de grimpeurs de haut niveau. Les premiers itinéraires sont « libérés » : Necronomicon et le Triomphe d'Eros.

L'escalade exclusivement

La revue de langue anglaise Crags est la première édition consacrée exclusivement à l'escalade sportive.

Année 1977 - La magnésie

La magnésie fait son apparition en Europe comme aide à l'escalade. Les drôles de petits sacs vont bientôt pulluler. Pourtant la magnésie était déjà utilisée par quelques gymnastes-grimpeurs de la forêt de Fontainebleau dans les années mil neuf cent cinquante… Notamment par un familier de Buthier-Malherbes.

Une nouvelle façon de faire

En modifiant sans précaution, ni concertation la position et le nombre des ancrages, Jean-Claude Droyer entreprend au Saussois de rééquiper pour l'escalade libre d'anciens itinéraires d'escalade artificielle, tels la Catastrophe qui devient le Penchant fatal et la Jules qui est appelée Valeurs misogynes ; la polémique gronde...

Le septième degré au Saussois

Au Saussois, Jean-Claude Droyer réussit en escalade libre - ancrages en place - l’ascension de l'Échelle à poissons, la grande voie classique du massif. L'avancée dans la difficulté est importante. C’est probablement la première fois que ce qui sera le septième degré est constaté en bon style en France…
Son acharnement à vouloir supprimer tout point d'aide a conduit Jean-Claude Droyer à travailler les différents mouvements du passage clef, de façon à réussir ensuite l'enchaînement proprement.
L'escalade libre après travail, ou escalade à la française, était inventée.
Persiflage sur cette façon de faire de l'autre côté du Chanel. Car les règles sportives de nos collègues britanniques sont très différentes, avec pose des ancrages pendant l’ascension et retour au pied de la longueur après un échec…

Année 1978 - L'échelle des difficultés

En 1966, l'Assemblée générale de l’Union internationale des Associations d'Alpinisme ( UIAA ) avait proposé l'adoption générale du système Welzenbach de classification des difficultés en six degrés pour l’escalade rocheuse, en décidant en plus, et malheureusement, que le système a une limite, le VI supérieur.
C'est-à-dire qu'il est fermé, alors que depuis longtemps pour les escalades de blocs il existait un système qui, au-dessus du sixième degré, permettait de prendre en compte l’évolution de l'escalade.
En 1978, le guide-itinéraires Vallot du massif du Mont Blanc utilise la graduation « Fontainebleau » pour qualifier des passages d'escalade dépassant le sixième degré supérieur, en utilisant un indice alphabétique pour rendre compte des avancées nouvelles ( VIb, VIc, VId, et jusqu’à VIh et plus ).

Le septième degré

En 1978, l'Assemblée générale de l'UIAA décide d'ouvrir le système Welzenbach de classification des difficultés pour l’escalade rocheuse de façon linéaire, après le VI vient le VII et ainsi de suite...
Mais le système se révélera trop inflationniste et restera peu employé…
Chaque zone d’influence continuera de proposer sa graduation.
En France, pour prendre en compte les évolutions de l'escalade libre, les grimpeurs imposeront un système différent de l’UIAA, avec une graduation plus exigeante, l’utilisation des chiffres arabes et des échelons intermédiaires : a, b et c pour chaque degré.
Pour la haute difficulté, c'est-à-dire au-dessus du sixième degré, le système se trouvant encore trop inflationniste, on décide d'introduire une appréciation particulière entre les échelons intermédiaire. On rencontre donc le 7a limite supérieure, c'est-à-dire 7a+... un langage d’abord réservé aux initiés et aux usagers...
Mais peu à peu cette cotation deviendra d’un usage général en France et dans certains pays voisins…

Équivalence des cotations

Ce n’est pas une « science » exacte, mais cela permet des discussions à n’en plus finir….

FR

GB

USA

UIAA

 

1

    moderate

5.2

I

 

2

     difficult

5.3

II

 

3

  very difficult

5.4

III

 

4

4a

    5.5/5.6

IV

 

5a

4b/4c

    5.6/5.7

V-

 

5b

5a

5.8

V/V+

 

5c

 

5.9

VI

 

6a

5b

     5.10a

 

 

6a+

 

    5.10b/c

 

 

6b

 

   5.10c/d

VII

 

6b+

5c

   5.10d/11a

 

 

6c

 

   5.11a/b

 

 

6c+

6a

   5.11b/c

 

 

7a

 

   5.11c/d

VIII

 

7a+

 

  5.11d/12a

 

 

7b

6b

5.12b

 

 

7b+

 

5.12c

IX-/IX

 

7c

6c

5.12d

 

 

7c+

 

5.13a

 

 

8a

7a

5.13b

 

 

8a+

 

5.13c

X

 

8b

 

5.13d

 

 

8b+

 

5.14a

 

 

8c

7b

5.14b

 

 

8c+

 

5.14c

XI+

 

9a

 

5.14d

 

 

 

 

 

 

 

Année 1978 - Le développement de l’escalade rocheuse

Les ancrages scellés après un forage de la roche

En 1978, dans l’exploration des parois des Gorges du Verdon, une révolution va bouleverser les façons de faire. Elle propose de tracer un itinéraire en fonction des possibilités de l'escalade, en ne restant plus tributaire du placement des moyens de protection dans les reliefs de la roche.
La ligne Dingomaniaque sera la première voie équipée systématiquement avec des ancrages scellés après un forage de la roche et placés d’une façon réfléchie…
En Europe continentale, on assistera peu à peu à l'équipement systématique des falaises par des ancrages placés après forage.

Une dimension presque uniquement sportive

Auparavant, il existait une forte dimension psychologique dans l’escalade rocheuse due aux incertitudes devant une éventuelle chute.
Avant 1914, il n’y avait aucune protection possible, le grimpeur progressait dans l’inconnue et la chute du premier de cordée était toujours fatale.
Avant 1945, avec les pitons, la corde en chanvre n’apportait aucune sécurité en cas de chute, souvent fatale, du premier de cordée.
Après 1945, la corde en polyamide permettait de parer la chute du premier de cordée, mais une grande incertitude concernait la tenue des pitons, la chute restait exceptionnelle et aléatoire et l’obstacle principal demeurait psychologique.
Après 1970, les coinceurs apporteront une nouvelle possibilité d’assurage et de pouvoir gérer son exposition, mais la chute n’était pas une option conseillée…
Tout change en 1978, avec les ancrages scellés après un forage de la roche, la chute devient une éventualité acceptable, presque banale, parfois volontairement déclenchée, l’escalade prend une dimension presque uniquement sportive et des progrès gigantesques vont immédiatement suivre.

Les différents ancrages 

En falaise pour les sites sécurisés, deux types d’ancrage scellé après un forage de la roche vont être régulièrement utilisées :
<  Les « Spits » avec un diamètre qui évoluera de 8 mm au début pour atteindre 12 mm, soit une bonne sécurité, après la mise en garde d’Henry Sigayret, qui tentera en 1986 d’initier les équipeurs à la résistance des matériaux et aux règles du BTP.
<  Les « Rings » forgés qui assurent une certaine pérennité du scellement…
Il restera aux équipeurs à tenir compte de la corrosion, en particulier sur les falaises en bordure de mer…

L’équipement par le haut

Antérieurement, il ne venait à l’esprit de personne d’équiper une falaise de quelques hauteurs par le haut…
Seule en 1965, la courte falaise de Surgy avait vu un équipement général des voies par Guy Richard, avec une implantation réfléchie des points d'ancrage placés en rappel. La technique du rappel encore archaïque, l’absence du baudrier et du descendeur limitaient les initiatives qui auraient provoqué un tollé…
Le credo était de partir du bas, de placer ses protections et ensuite d’élaguer… par suppression des points d’aide. La nouvelle génération proposera une façon radicale d’équiper des voies d’escalade avec les ancrages forés.

L’escalade sécurisée

Désormais, on assiste à une implantation judicieuse des ancrages scellés après forage. Ce sera une façon de sécuriser l’escalade…
Ces escalades sont très souvent équipées depuis le haut en rappel...
Bien peu de sites d’escalade en France vont rester non équipés pour permettre de grimper en plaçant soi-même ses protections…
Avec cette façon de faire réalisée sans réflexion, sans concertation et sans précaution, les falaises de France, et d’autres pays voisins, seront bientôt couvertes de « Rings » et « Spits »…
Mais face à l’engouement, et sur une roche fragile comme le calcaire, les itinéraires sans un équipement fixe ne résisteraient pas à un délabrement dû aux placements et aux enlèvements successifs des coinceurs et des pitons.
Si cette façon de faire permet de multiplier à l'infini les possibilités d'escalade, c'est aussi un réducteur d'aventure... et la prolifération des ancrages scellés après forage doit amener les grimpeurs à s'interroger sur l'état du terrain de jeu qui sera légué aux générations futures.
Dès lors, on va assister à l’équipement tous azimuts à l’aide des perforeuses électriques et à essence…
Des itinéraires sans équipement à demeure seront réservés à ce que certains appellent le terrain d’aventure, mais ils devront être choisis avec précaution pour éviter leurs dégradations rapides…
Cette nouvelle orientation - l’escalade sportive sécurisée - s'oppose radicalement aux règles des Britanniques et de certaines écoles américaines qui refusent et dénoncent cette méthode et cette assistance.
Un équipement qui atteindra les falaises d’altitude.

En haute montagne

Plus tard, certains errements seront soulignés par la cordée suisse de Michel Piola en 1985. Engagés dans une voie nouvelle et difficile sur la face nord-ouest du Peigne dans le massif du Mont Blanc, les grimpeurs ont la surprise de croiser à peu de distance deux équipeurs en rappel, traçant à l'aide d'une perceuse portative un itinéraire nouveau qui deviendra « Faut-il brûler les prophètes ? »
Piola et ses compagnons vont appeler leur itinéraire réussi en bon style « Sombre dimanche », le souvenir d'une mauvaise rencontre peut-être...
Déjà le recours aux ancrages artificiels en haute montagne était sérieusement critiqué, et l’équipement des lignes d’escalade par le haut - en dehors des falaises d’altitude - sera jugé inacceptable par pratiquement l’ensemble des alpinistes.
Ce sera une prise de conscience générale pour limiter drastiquement les forages de la roche en montagne…et les ancrages suggérés pour la protection resteront les pitons et les coinceurs et bien sûr les reliefs naturels…

1978 - Les éléments de sécurité

Les coinceurs

Comme déjà souligné, après les articles de Patrick Cordier ( LM&A n°2/1974 ) et d’Henri Agresti ( LM&A n°2/1977 ), la revue La Montagne & Alpinisme n°2/1978 revient sur l’aspect technique d’utilisation des coinceurs avec un article de Jean-Claude Droyer.

Un coinceur automatique à cames

Une invention importante est proposée par le Nord-américain Ray Jardine, un coinceur automatique et réglable reposant sur l’opposition de deux cames - le Friend - qui sera plusieurs fois amélioré, pour arriver aux merveilles de technologie que nous utilisons aujourd’hui…

Les dégaines

Au début de l’utilisation des pitons, certains se décordaient pour passer la corde dans l’anneau du piton, puis la connexion entre l’ancrage et la corde sera un mousqueton dès 1910, souvent avec un anneau de corde pour faciliter la circulation de la corde.
Jusqu’au milieu des années 1970, dans les voies nécessitant plusieurs pitons, les grimpeurs utilisaient des paires de mousquetons et des anneaux de corde pour rendre la liaison plus souple et le frottement moindre.
En 1978, apparaissent les « dégaines », un assemblage de deux mousquetons reliés par une sangle nouée, qui sera bientôt amélioré et proposé dans le commerce avec une sangle cousue…

Les cordes

Les améliorations de fabrication des cordes ont été constantes depuis 1950, avec la composition de la fibre synthétique, le perfectionnement du gainage, la diminution du poids et du diamètre. Le nombre de chutes acceptables pour une même corde a considérablement augmenté. L’amortissement de la chute - banale à la fin du siècle - accompagne l’élasticité du produit, le diamètre proposé ira de 12mm en simple brin jusqu'à 8,2mm pour les cordes les plus techniques du moment…

Les longueurs de corde entre les relais

Les longueurs de corde entre deux relais ont beaucoup augmenté avec les progrès du matériel. L’amélioration de la technique, les dégaines et surtout les ancrages forés qui limitent le frottement par leur positionnement réfléchi et la suppression des angles donnés à la corde, vont permettre des envolées grisantes.
De 15m à 20m dans les années mil neuf cent cinquante, les longueurs classiques possibles iront jusqu'à 40m à la fin du siècle…

Année 1979 - Le septième degré en Allemagne

Avec Bernard Arnold qui réussit Direkte superlative, le septième degré est atteint dans l'Elbsandstein, en Allemagne avec l'éthique particulière à cette école : assurage sur ancrages scellés après forage tous les cinq mètres plantés par le premier de cordée…

La Super-Échelle

Au Saussois, Jérôme Jean-Charles réalise la Super-Échelle en escalade libre. C'est une des grandes voies de référence du site qui tombe sous le charme de l'escalade libre.

Le septième degré dans les Calanques

C’est une ligne équipée et réussie par Didier Bitoun et Gérard Merlin - la triple directe - qui marque fin 1979  l’accès au septième degré dans les Calanques de Marseille, elle est cotée aujourd’hui 7a+…

Le huitième degré

La première escalade au niveau du 8a est probablement l’exploit de Toni Yaniro, avec La Grande Illusion à Sugarloaf aux États-Unis.

LES ANNÉES 1980

Année 1980 - L'Ange en libre

Au Saussois, Laurent Jacob effectue l'escalade libre de l'Ange. ( 7a+/7b ).
Le grand exercice d'escalade artificielle des années cinquante, et de tire-clous des années soixante-dix, devient le grand exercice d'escalade libre du massif... Ancrages en place évidemment, comme pour la plupart de ce qui se fait en Europe continentale.

Le septième degré à Buoux

Jean-Claude Droyer enchaîne la Gougousse 7b, à Buoux.

Chipanzodrome

Au Saussois, une ancienne ligne d'escalade artificielle la voie du Refuge est rééquipée en vue d'une escalade libre future. Petite voie de 12 m, étonnamment surplombante, c'est Chipanzodrome. Elle est la première "couenne" du Saussois, courte escalade très surplombante 7c+, inaugurée par Jean-Pierre Bouvier, en utilisant comme prises les trous formés par les pitonnages successifs antérieurs.
« Là où se trouvaient des pitons ou des coins de bois, l'œil neuf des protagonistes de l'escalade libre voit des prises et des verrous salvateurs » ( J-B. Tribout ).

Pichenibule

Au Verdon, Patrick Berhault franchit, après travail et en bon style, le bombé de Pichenibule 7b+, c'est à cet instant la voie la plus difficile de France.

Le look

Le petit monde de l'escalade entre sans précaution dans une période d'esthétisme du vêtement, du matériel et des accessoires : nouveau "look", nouvelle "frime", nouvelles "fringues", beau "matos"... Ce qui paraîtra vite ringard un peu plus tard…

Année 1981 - La Haine

La marche en avant reprend, et c'est Patrick Berhault qui réussit la Haine, dans le massif de la Loubière, la difficulté est estimée 7c+.

L'industrie de l'escalade

Premier rassemblement de grimpeurs de haut niveau à Konstein en Allemagne. Elle est organisée par une firme commerciale, c'est le signe qu'il existe un marché porteur.
C'est le début de l'industrie de l'escalade.

Les chaussons résinés

En 1981, apparition sur le marché de chaussons d'escalade de fabrication espagnole avec un caoutchouc très tendre et comportant en additif de la résine. Cette amélioration technique va permettre de nouvelles avancées.

L’escalade, une discipline autonome

L’escalade sportive tend de plus en plus à constituer une discipline à part entière, souvent pratiquée comme une fin en soi… Elle devient institutionnellement une spécialité reconnue avec la création d’une Commission consacrée à la Fédération Française de la Montagne.
Elle est depuis longtemps déjà une préparation physique aux courses de montagne ; mais aussi pour certains, une activité spécifique sans jamais de préoccupation pour les montagnes et l’alpinisme.
Un colloque est organisé en juin 1981 par le Groupe de Haute Montagne et la revue La Montagne & Alpinisme pour accompagner un engouement certain…
Deux courants différents - proclamant se distinguer de l'alpinisme - apparaissent, même si tout n'est pas clairement exprimé.
Le premier regroupe le plus grand nombre d'adeptes, il s'intéresse à l'escalade en tant que sport autonome, mais la performance continue de dépendre du libre choix de l'objectif par le grimpeur lui-même, suivant sa propre éthique, sa propre valeur esthétique, sa seule décision. Ces grimpeurs cherchent aussi à se démarquer des incertitudes, des dangers et des difficultés liés à la haute montagne pour une discipline orientée vers le geste sportif.
Le second courant entraîne vers la compétition pure et dure ; il s'écarte délibérément des motivations habituellement invoquées par les grimpeurs de haut niveau. Le seul but devient le dépassement du voisin, avec règles précises et arbitres.
Là, le grimpeur n'est plus maître de son terrain de jeux, il s'agit de compétitions organisées par un élément extérieur et de performances contrôlées par un environnement « officiel » et réglementé.
Remarquons qu'aucun des défenseurs du sport de compétition - avec arbitres, chronomètres et spectateurs - présents au colloque de Chamonix, n'invoque d'innocents jeux d'amateurs.
Ce qui conduit leurs démarches est essentiellement la recherche d'une échappatoire aux contraintes économiques pour se consacrer complètement à leur sport, en louant leur talent au sport-spectacle.

La commission escalade de la FFM          

Au sein de la Commission escalade fédérale, la compétition et la création d’un monitorat d’escalade sont mises en avant.
<  La compétition était une orientation séduisante pour la FFM permettant d’affirmer un pouvoir à l’image des autres structures sportives…
Mais réduire l'escalade à une simple activité consistant à se mesurer avec les autres pouvait interpeller…
<  La création du diplôme de moniteur d’escalade rencontrait l’opposition frontale des Guides de montagne et la réserve - pour bien d’autres raisons - de la part des responsables associatifs de l’Enseignement alpin…
Évidemment il y avait des débats, car embarquer une jeunesse vers des objectifs professionnels incertains pouvait provoquer et poser quelques scrupules… Mais avec la perspective de création d’emplois - objectif prioritaire des autorités de l’État du moment - on était assuré de trouver des appuis solides.

Année 1982 - Une éthique claire

Plusieurs façons de faire sont maintenant clairement identifiées et acceptées par la majorité des grimpeurs :

L'escalade libre intégrale

C'est la technique la plus exigeante des façons de grimper au niveau de l'éthique. Les points d'assurage sont à placer par le grimpeur durant sa progression ; et l'utilisation des moyens artificiels comme les pitons ne sont pas admis.
Les seuls points d'assurage acceptés sont les ancrages naturels et les coinceurs ; la paroi doit rester vierge de toute trace après le passage des grimpeurs.
C'est la meilleure façon de faire et le meilleur style possible, mais la pose de points d'assurage limite forcément beaucoup la recherche de la plus grande difficulté possible.
C'est souvent la seule technique acceptée dans certaines falaises des Îles Britanniques et dans certaines régions des USA.
Mais on arrive rapidement à des limites excessives d’engagements, lorsque la chute a des conséquences graves ou définitives…

L'escalade libre à vue

Cette méthode permet une avancée plus grande dans la recherche de la difficulté ; les points d'assurage sont en place et le grimpeur doit franchir le passage d'escalade sans travail, ni étude préparatoire.
La chute n’atteint normalement pas à l’intégrité physique du grimpeur.
S'il tombe, il doit repartir du bas de la longueur d'escalade pour réussir éventuellement une escalade après  tentative….

L'escalade flash

Le grimpeur doit franchir le passage d'escalade sans travail préparatoire ; mais il a les informations  de ce qu’il l’attend…

L'escalade après travail

La voie peut être travaillée pas après pas, le grimpeur pouvant être assuré par le haut s'il le faut ; pour ensuite enchaîner l'escalade en bon style.
Cette méthode permet la recherche de la plus haute difficulté possible...
Cette technique est régulièrement utilisée en France et en Europe continentale. C’est l'escalade libre après travail ou l’escalade à la française.

La vie au bout des doigts

Pour les besoins d'un film : « La vie au bout des doigts », Patrick Edlinger réalise en solitaire quatre escalades notables à Buoux. C'est au niveau des médias le « scoop » absolu qui va littéralement mordre dans l'opinion publique.
À partir de ce film, l'escalade devient une activité porteuse pour la publicité.

Le 7b et le 7c à vue

Patrick Edlinger réalise à vue Captain Crochet 7b, à Buoux.
Puis encore à vue La polka des ringards 7c, toujours à Buoux.

Année 1983 - Le huitième degré

Dave Cuthbertson réussit Requiem à Dumbarton Rock en Écosse, c’est le premier 8a qui est proposé dans la grande ile, avec protection sur coinceurs et escalade libre intégrale…
En France, c'est le début du très haut niveau technique et physique après travail.
Le consensus est général, l’avancée dans la difficulté est réelle pour trois escalades réussies durant la même année :
<  Aux Eaux Claires, Crépinette par Fabrice Guillot.
<  À Buoux, Rêve de papillon par Marc Le Ménestrel.
<  À Buoux, Ça glisse au pays des merveilles par Patrick Edlinger.
Ce sont les trois premiers « huit » de l'escalade en Europe continentale ( 8a ).
Nous entrons dans le monde du huitième degré… Un privilège qui n'est encore réservé qu'à quelques-uns.

Les nouveaux temples

En France, les nouveaux temples de la grimpe sont Buoux, Mouries et le Verdon.
On vient de partout en Europe rechercher la qualité de la roche, la beauté des escalades, le soleil... et l'équipement béton des falaises du sud de la France.
En Europe, de nombreuses falaises s’équipent, certains pays se révèlent particulièrement favorisés par leurs reliefs et leur soleil comme l’Espagne et l’Italie...

Le mur d'escalade

Apparition des murs artificiels d'escalade en France, destinés d'abord à l'entraînement et plus tard à la compétition.

Les grimpeurs professionnels

L'entraînement systématique et quotidien et la musculation vont permettre de nouvelles avancées. Certains grimpeurs de haut niveau consacrent la majorité de leur temps à l'escalade et adoptent le statut de professionnels, avec l'aide de l'industrie de l'escalade.

Année 1984 - Haut niveau féminin

Le premier 7c féminin est la performance de Lynn Hill avec Vandals dans les falaises du massif des Shawangunks aux USA.

Un nouveau progrès au Saussois

Au Saussois, la voie du Bidule est à son tour équipé pour l'escalade libre, encore une ligne courte et très surplombante où le grimpeur utilise les trous des anciens pitonnages, particulièrement gras et déversants.
Il y a encore une avancée dans la difficulté, la voie est classée 8a+. Ils sont trois à réussir l'enchaînement, les frères Le Ménestrel et Jean-Baptiste Tribout.
Les grimpeurs français ont rattrapé le décalage qui existait avec l'élite mondiale.

Escalade à vue

Tournée « triomphale » de Jerry Moffat dans les lieux grimpables de France. Le grimpeur britannique réussit, en blocs et en falaises, les voies les plus dures de l'Hexagone.
Il est à ce moment-là, le meilleur grimpeur au niveau mondial.
Moffat réussit notamment au Saussois les lignes Bidule et Chimpanzodrome, en escalade à vue.

Le premier 8b

Le premier 8b est probablement la voie Kanal Im Rücken, réussie par Wolfgang Güllich, dans l’Altmühtal en Allemagne.

En solitaire

Au Saussois, la voie Chimpanzodrome est réussie en escalade solitaire par Marc Le Ménestrel, puis par Jean-Baptiste Tribout.

Le chausson moderne

Les chaussons d'escalade proposés aux grimpeurs ont subi de grandes améliorations techniques. Avec le blocage du talon, les semelles adhérentes et la grande précision du chausson, le grimpeur moyen gagne un degré entier dans l'échelle des difficultés avec ce nouvel équipement.

L’escalade sportive

Deux des plus actifs adeptes de l’escalade sportive David Chambre et Jean-Baptiste Tribout interviennent dans la revue La Montagne & Alpinisme pour faire le point sur l’évolution de cette discipline à Fontainebleau, en falaise, en montagne et à l’étranger.

Année 1985 - Buoux, haut lieu de l’escalade sportive

Dans l’évolution apparue en 1978, proposant de tracer un itinéraire en fonction des possibilités de l'escalade, et non plus en fonction des obligations de l'assurage, le site de Buoux va connaître un développement important et acquérir une renommée internationale, mal anticipée par les ouvreurs avec une fréquentation désordonnée et sans gêne ; irrespectueuse des autochtones et de l’environnement…
Devant l’émotion considérable provoquée, le maire décide d’interdire le site le 1er avril 1984. Les responsables de la FFM devront engager des discussions serrées avec les édiles et les propriétaires, l’intervention d’André Origny, président de la Section d’Avignon du Club Alpin et personnalité locale reconnue sera déterminante…
Au printemps 1985, l’escalade est de nouveau autorisée dans la partie est de la falaise, avec une série de recommandations contraignantes empêchant dorénavant le camping sauvage et le piétinement des truffières du plateau dominant la falaise de l’Aiguebrun…

Année 1985 - Un manuel pour l’équipement des falaises

Le COSIROC édite un petit opuscule technique destiné à l’équipement des falaises pour l’escalade sécurisée...

Toujours plus

A Mouriès, Catherine Destivelle réussit Fleur de Rocaille d’un niveau 7c+/8a… rejointe par Isabelle Patissier un peu plus tard…

Le premier 8b+

Le premier 8b+ serait Punks In The Gym en Australie, gravi par Wolfgang Güllich.

Le 8b en France

Les deux premières lignes présentant une difficulté estimée en progrès par rapport à ce qui existait en France - c'est-à-dire 8b - sont franchies par Marc Le Menestrel : Les mains sales, à Buoux et Fluide enchanté, à Mouriès.

Le sud de la France devient pour un moment le point de ralliement de tout ce qui grimpe dans l'exceptionnellement difficile…

En solitaire

Escalade solitaire de la Haine, dans le massif de la Loubière par Alain Ghersen, la voie ne comptait que neuf ascensions protégées ( 7c+ ).

En solitaire encore

En visite en Grande-Bretagne, Antoine Le Ménestrel réalise en solitaire, après travail, la seconde ascension de Révélation ( 8a ).
Stupeur et surprise des Britanniques qui n'envisagent l'escalade solitaire que suivant leur éthique, c'est-à-dire à vue, sans travail préalable.

Équipement à la française

Alors que certaines écoles des U.S.A. et l'ensemble des sites britanniques maintiennent une éthique rigoureuse d'exclusion des points artificiels d'assurage, dans le Colorado on commence à équiper les falaises « à la française », c'est-à-dire suivant une implantation raisonnée des points de sécurité permettant l'escalade la plus intéressante possible.

Les premières compétitions

Les grandes manœuvres pour l’instauration de compétitions d’escalade se mettent en place, malgré la mise en garde des collègues britanniques du British Mountaineering Concil ( BMC ), la Fédération Britannique de la Montagne :
« Les informations selon lesquelles la Fédération française de la montagne aurait l'intention d'organiser une compétition nationale d'escalade en 1985 ont été accueillies avec consternation en Grande-Bretagne à cause principalement des liens étroits noués depuis plusieurs années entre les grimpeurs français et britanniques ... En Grande-Bretagne actuellement les grimpeurs sont unanimement opposés à de telles compétitions et le B.M.C. est formellement opposé au développement des compétitions... »
Malgré les déclarations vertueuses des meilleurs escaladeurs français du moment qui signeront « le Manifeste des 19 », mais qui ne résisteront pas longtemps à la tentation…

Les choses se précipitent :

 Opportunité saisie immédiatement par la ville de Chamonix, son Club des sports et son Office du tourisme. Les organisateurs sont décidés à aller vite en matière de compétition, avec spectacle et show business et de prendre tout le monde de vitesse. Le Club des sports avec ses principaux sponsors mettra sur pied des « Internationaux de France d'escalade » du 20 au 23 juin 1985 ... On attend trois mille spectateurs et la télévision, sans laquelle on n'est rien….
Aussitôt tout le monde se précipite vers la félicité…
Une seconde compétition d'escalade a lieu en Italie à Bardonecchia, le 7 juillet 1985 avec performance de vitesse, difficulté et style.
Des compétitions existent déjà depuis 1947 en U.R.S.S., basées sur la vitesse avec les concurrents assurés depuis le haut.
En France, les tenants des compétitions s’activent, il y a un pouvoir réel important à conquérir avec l’encadrement des compétitions et la manne financière importante qui en découle, avec les licences et l’assurance obligatoires pour les compétiteurs, et aussi les retombées publicitaires escomptées. C’est sur ce modèle que fonctionnent les fédérations sportives…
Une éphémère Fédération Française de l’Escalade est créée.
Une compétition indoor est organisée à Vaulx-en-Velin en mars 1986 et à Troubat en extérieur sur les falaises du site en septembre 1986.
Un nouvel événement est organisé sur les falaises de Biot en Haute Savoie en juin 1987. Mais les adaptations imposées pour les besoins de la manifestation et par les publicitaires vont montrer les limites du genre, prises taillées, arbres détruits, piétinement de zones sensibles ; et les trombes d’eau qui s’inviteront, n’arrangeront pas les choses…
Il apparaissait que l’avenir de ce genre de pratique - ouverte au public - n’avait pas sa place en falaise, où seuls des événements confidentiels pouvaient éventuellement être envisagés… Les organisateurs de ces compétitions s’orienteront vers un environnement plus maîtrisable, les structures artificielles.

Année 1986 - Une lutte fraternelle

Après Marc, c'est le tour d'Antoine Le Ménestrel de s'illustrer, à Buoux avec la Rage de vivre et en Suisse avec Ravage. Ces deux escalades proposent une nouvelle avancée, elle est prise en compte dans l'échelle des difficultés : 8b+.

Le haut niveau féminin

Luisa Iovane inaugure en 1986 le premier huit féminin, avec Come back dans la Val San Nicolò en Italie.
L’année suivante, la ligne Rêve de papillon, 8a est franchie par Lynn Hill et Christine Gambert...

Exportation française

Durant un voyage aux USA, Jean- Baptiste Tribout réalise à Smith Rock, dans l'Oregon, la voie To bolt or not to be en 8b+. C'est la première voie de cette difficulté réussie aux USA. ( 5.14 suivant l'échelle américaine ).
Longtemps en avance sur ceux de la vieille Europe, les grimpeurs américains marquent le pas. La voie ne pourra être reprise - à ce moment-là - que par Scott Franklin.

 Le dimensionnement des ancrages 

Mise en garde d’Henry Sigayret pour l’utilisation d’ancrages correctement dimensionnés pour l’escalade rocheuse, du type « Spit » de 12 mm et « Rings » forgés, dans la revue La Montagne & Alpinisme n°3/1986.

Année 1987 - En haut de la hiérarchie

Wolfgang Güllich réalise Wallstreet, au Frankenjura en Allemagne.
Il y a un degré de difficulté supplémentaire de franchi par rapport à tout ce qui a été fait précédemment ; nous sommes dans le 8c…

Au même moment

La même année, Jean-Baptiste Tribout en franchissant dans les gorges du Verdon la ligne qu'il appellera Les Spécialistes se hisse également en haut de la hiérarchie en 8c.
Cette performance exceptionnelle sera d’abord répétée par Patrick Edlinger…

Le 8a à vue

Antoine Le Menestrel réalise Samizdat en 8a à vue, au Cimaï.

1987 - La Fédération Française de la Montagne et de l'Escalade

La « Fédération Française de la Montagne et de l'Escalade » naît le 13 septembre 1987, à la suite au retrait de l'éphémère Fédération de l'Escalade...
Ce changement d'objet montre que la montagne n'est plus la seule préoccupation de la FFME, et que comme les autres structures fédérales, elle va être détentrice du pouvoir qui manquait à la FFM, l'organisation des compétitions d'escalade génératrice de licences et d'adhésions...

Année 1988 - Haut niveau féminin

Les quatre voies classées 8a sont reprises par Catherine Destivelle : Rêve de papillon, Élixir de violence, la Diagonale du fou, à Buoux et Samizdat au Cimaï. Elle réussit également Choucas 8a+ à Buoux.
Isabelle Patissier escalade Sortilèges en 8b, au Cimaï. Une ligne qui est reprise par Lynn Hill et Christine Gambert l’année suivante...

Un engouement certain pour l’escalade

L’engouement pour l’escalade - accompagné par une presse spécialisée uniquement centrée sur cette pratique - devient très sensible au sein des clubs, au détriment des valeurs beaucoup plus contraignantes de l’alpinisme.
Malgré les efforts des associations pour démocratiser la discipline, l’alpinisme restera une activité élitiste « sans justification valable ».
L’escalade propose une pratique sportive beaucoup plus accessible et plus simplifiée, nécessitant moins d’engagement.

Année 1989 - Le niveau 8c

Marc Le Menestrel atteint le niveau 8c dans Azincourt, à Buoux.

ANNÉES 1990 et 2000

À ce moment-là, il y a déjà plus de cent 8a réussis et les grimpeurs français sont très présents dans le haut de la hiérarchie...
Mais rapidement de nouveaux grimpeurs se présentent et vont encore faire bondir le compteur…

Année 1990 - La progression continue

Le premier 8c+ est probablement Hubble, à Peak District par Ben Moon.
Le premier 8b+ féminin est gravi par Lynn Hill avec Masse critique, au Cimaï...

Année 1991 - Action Directe

Le neuvième degré est un lieu délicieux, qui fait beaucoup écrire et beaucoup parler, mais qui est reste très peu fréquenté…
En 1991, Wolfgang Güllich réalise une voie mythique Action Directe dans le Frankenjura en Allemagne qui est un jalon important dans l'historique de l'escalade.
C’est après palabres, le premier 9a réalisé et certainement la référence la plus connue…

Année 1993 - Le 9a en France

Fred Rouhling inaugure Hugh, aux Eaux-Claires. C'est le premier 9a est en France.

Année 1995 - Le 9b en France ?

Fred Rouhling annonce Akira en Charente et revendique le premier 9b. La voie n’a jamais été reprise et suscite les interrogations jamais levées de ses collègues…

Dans ces années-là, dans les Calanques

Dans ces années-là, dans les Calanques, la grotte de l’Ours concentre les voies les plus difficiles du site avec UFO 8c ; Massey Ferguson 8b+ ( qui sera réalisée à vue par Elie Chevieux ) ; Rastata 8b ; Rio de janvier 8b ; le Bilboqueur 8b+ ; Sacchi Shonedelba 8b. Des voies équipées par Fred Rouhling, Jean Luc Jeunet, Olivier Fourbet et Jérôme Rochelle…

Année 1996 - Le 9a+ confirmé

Alexander Huber marque un échelon supplémentaire avec 9a+, en réalisant la première ascension d’Open Air. Un cran confirmé par le répétiteur Adam Ondra.
À ce moment-là, certains ouvreurs protesteront devant l’inflation dans la haute difficulté… On se doute bien que le consensus est difficile à trouver, entravé par certains ego
Ce sont les falaises d’Espagne et du Frankenjura qui offrent le plus de possibilités pour des itinéraires de haut niveau…

Année 1998 - Haut niveau féminin

Josune Bereziartu va porter le haut niveau féminin avec Honky Tonky en 8c, à Araotz en Espagne.
Elle va ensuite réaliser une série époustouflante de performances de ce niveau et plus…

Année 2000 - Haut niveau féminin

Josune Bereziartu accède au 8c+ en 2000 avec Mélange Honky, à Araotz en Espagne.
D'autres grimpeuses apparaîtront dans le 8c/8c+, dès 2000 avec Marietta Uhden, Liv Sansoz, Jenny Lavarda, Angela Eiter, Charlotte Durif, Daila Ojeda, Nina Caprez, Caroline Ciavaldini et Sasha Di Giulian…

Le 9a dans le Calanques

Les Calanques de Marseille ont leur voie difficile avec le 9a de Roby in the sky, réalisée par François Legrand et confirmée par Adam Ondra.
C’est dans la grotte de l'Ermite, une extension de "La Baume" déjà proposée en 8b, pour accéder à la terre promise… à seulement quelques élus...

Année 2001 - Le 9a+ à Céüse

La voie Realization, 9a+ est gravie par Chris Sharma.

Année 2002 - Haut niveau féminin

Josune Bereziartu franchit le 9a de Bain de sang, à Saint-Loup en Suisse.
Elle est rejointe en 2011 par Beth Rodden, Natalija Gros, Maja Vidmar, Charlotte Durif, Sasha DiGiulian, Alizée Dufraisse, Johanna Ernst et Jenny Lavarda.

Année 2003 -  Le premier 9b confirmé

C’est le premier 9b confirmé. La ligne Chilam Balam est proposée par Bernabé Fernandez, mais sa réalisation reste controversée, elle est répétée par Adam Ondra en 2011 et sa cotation confirmée.

Année 2005 - Haut niveau féminin

Josune Bereziartu franchit le 9a/9a+ de Bimbaluna à Saint-Loup en Suisse. Le haut niveau féminin talonne vraiment le haut niveau masculin…

Année 2007 - Le 9a+ dans le Faucigny

Fred Rouhling inaugure Salamandre 9a+ en 2007, et Empreintes 9a+ en 2009 ; dans les falaises du Faucigny en Haute Savoie…

Année 2010 - Le 9a+ sur Sainte Victoire

Gérôme Pouvreau inaugure la voie Aubade directe sur une falaise de socle de la montagne Sainte-Victoire. La ligne est répétée et confirmée par Enzo Oddo avec 9a+.
La même année, Adam Ondra escalade L'étrange ivresse des lenteurs à Céüse, encore 9a+.

Année 2011 - Encore dans le 9a+

<  C’est La Moustache qui fâche à Entraygues, par Enzo Oddo.
<  C’est La Madone à Lourmarin, par Gérôme Pouvreau.

Dans le 9b

De 2003 à 2013, douze voies sont inaugurées principalement en Espagne par Daniel Andrada, Adam Ondra et Chris Sharma.

Dans le 9b+

Depuis 2012, Adam Ondra réalise 3 voies de ce niveau, d’abord Change, en Norvège en 2012, la Dura Dura en 2013 confirmé par Chris Sharma et Vasil Vasil en République Tchèque…

Nous sommes là en haut de la hiérarchie… du moment.

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2 - ÉCOLE DE BLOCS    

     ÉCOLE DE BLEAU

Pour bien saisir l'évolution de l'escalade, il faut regarder ce qui se passe dans le véritable laboratoire du geste qu'est l'escalade de blocs.
Avec ses faibles hauteurs à gravir, ses mouvements intenses mais peu soutenus et ses chutes qui peuvent être sans conséquence - mais pas toutes - l'escalade de blocs est une référence absolue de la difficulté, elle est aussi dans le temps l'empreinte des générations successives.
Comme déjà signalé, nous nous limiterons ( pour le moment ) aux rochers de Fontainebleau qui proposent en raccourci ce qui se fait dans le monde particulier du bloc…
Nulle part ailleurs dans le monde, on ne trouvera une aussi grande possibilité d'escalades, une aussi grande variété de mouvements techniques et physiques, que sur les blocs de grès de la forêt de Fontainebleau. Et dans le temps, une aussi vaste somme de performances…
Depuis le début du XXe siècle, en ce qui concerne l'escalade de blocs, c'est là que tout a commencé et c'est là que presque tout s'était passé…
Dans les années mil neuf cent quatre-vingt-dix, partout en Europe et dans le monde, ce type d’escalade se développera...
Aujourd’hui, d’autres sites ont acquis une renommée équivalente, mais l’école de Bleau reste une référence…
Une échelle des difficultés appliquée à cette discipline s’est peu à peu précisée, sans lien avec l’escalade en falaise, au début en six degrés également, puis le système s’ouvrira vers le haut pour arriver aujourd’hui à huit degrés et bientôt plus.
Pour ne pas ajouter à la confusion entre bloc et falaise, nous marquerons les degrés par des chiffres arabes et les trois degrés intermédiaires par une majuscule ( par exemple 6A, 7B ).

DANS LES ANNÉES 1908 À 1929

Année 1908 - Le début de l'escalade

Dès 1908, issu des anciens des Caravanes scolaires de la Section de Paris du Club Alpin, un petit groupe de grimpeurs commence à fréquenter régulièrement les massifs de rochers de la forêt de Fontainebleau, dans le but de s’initier et de s’entraîner à l’escalade : « Le Groupe des Rochassiers » comprenant entre autres Jacques Wehrlin, Pierre Lebec et André Jacquemart. Un article de Jacques Wehrlin « À l’entraînement » évoque pour la première fois l’escalade des blocs en forêt de Fontainebleau dans la revue La Montagne de 1914. C'était d'abord un but de préparation pour la montagne car « l'hiver les muscles s'engourdissent, la résistance diminue, les mouvements perdent leur précision »… ( voir le dossier : Les débuts du Groupe de Haute Montagne ).

La fissure Wehrlin

Escalade en chaussures à clous de la fissure historique du Cuvier-Châtillon par Jacques Wehrlin, l'animateur du Groupe des Rochassiers. Le bloc prendra le nom de l’ouvreur, puis deviendra plus tard le Carré d’As.

Année 1913 -  Le troisième degré supérieur

Escalade de l'arête de Larchant de la Dame-Jouanne, sans corde, par Jacques de Lépiney, passage qui est aujourd'hui classé troisième degré, limite supérieure dans l'échelle des difficultés appliquée à cette discipline.

Les espadrilles d'escalade

Apparition des espadrilles à semelle de corde, introduites pour l'escalade des rochers de Fontainebleau par Jacques de Lépiney.

Année 1914 - La fissure de la Prestat

En grimpant en espadrilles à semelle de corde, Jacques de Lépiney réussit l'escalade de « la fissure de la Prestat » au Cuvier Chatillon. C'est le plus célèbre mouvement d'escalade, sur le bloc le plus fameux de la forêt de Fontainebleau. Le quatrième degré de difficulté est atteint. Aujourd'hui, un feuillet de roche a été cassé et le passage est un peu plus commode.

Année 1919 - Le GHM

Issu du Groupe des Rochassiers, c'est la création du Groupe de Haute Montagne et la naissance d’un alpinisme français sportif et élitiste...

Année 1924 - Les lieux grimpables et le GDB

Les lieux grimpables à la mode sont le Cuvier et la Dame Jouanne. Création du Groupe de Bleau ( GDB ) avec notamment Bobi Arsandeaux et Guy Labour.

Année 1929 - La Paillon

Hugues Paillon effectue la première escalade du versant est de la Prestat, par la voie diagonale ; la difficulté atteint le quatrième degré limite supérieure.

DANS LES ANNÉES 1930

La Fissure des Alpinistes

Un bloc exceptionnel, un peu à l'écart dans l'Envers du massif d'Apremont, « la fissure des Alpinistes » est d’abord réussie par Hugues Paillon au début des années trente ( note famille Paillon ). Elle ne sera reprise que plus tard, probablement en 1934 par Pierre Allain ( lettre Allain ).
Un célèbre guide rouge dirait : vaut le détour... en cinquième degré.

La Paillon directe

Hugues Paillon escalade la fameuse voie directe du versant est du bloc de la Prestat ; un standard du cinquième degré ( date incertaine, mais antérieur à 1938, note famille Paillon ) ; la prise intermédiaire et celle de sortie ont été améliorées et sculptées ultérieurement ( note famille Paillon ).

Année 1933 - L'école d'escalade

Création de la première école d'escalade organisée par Hugues Paillon et la Section de Paris du Club Alpin. Des moniteurs du Club réalisent des séances d'initiation et de perfectionnement à l'escalade. Dès 1926 et jusqu’à la Seconde guerre mondiale Hugues Paillon sera l’auteur des principales escalades difficiles des blocs de la forêt, suivi plus tard par Pierre Allain et ses amis.

La Traversée du Cuvier

Un parcours non jalonné, très fréquenté par les grimpeurs de haut niveau, conduisant de bloc en bloc et reprenant le répertoire des escalades les plus intéressantes et les plus difficiles, constitue « La Traversée du Cuvier ». Beaucoup plus tard, les grimpeurs diront « le Porte à Porte »

Année 1935 - Les espadrilles

On grimpe en espadrilles, avec semelle de crêpe ou de caoutchouc. Pierre Allain essaie les premiers prototypes de ses futurs chaussons PA.

Le premier six

Pierre Allain franchit « l'Angle Allain » au Rempart du Cuvier. C'est le premier passage d'escalade de bloc classé sixième degré dans l'échelle des difficultés appliquée à cette discipline. Le passage est aujourd'hui un peu dévalué...

La résine

Début d'utilisation de la résine pilée, comme aide à l'escalade, c'est le célèbre « Pof », un petit sac de résine pilée au bruit caractéristique, lorsqu'il est utilisé pour nettoyer ou sécher le grès.

Un premier inventaire

Un premier inventaire des escalades à Fontainebleau est publié en 1935 dans le livre de Jean Loiseau : « Le massif de Fontainebleau », Édition Les Compagnons-Voyageurs.

Année 1936 - La Borniol

La Borniol est l'un des beaux gestes du Cuvier-Châtillon dans son registre de difficultés, il est réussi par Daurat, dit Borniol ; difficulté cinquième degré.

Année 1938 - Une gymnastique

Ouverture d'un gymnase à Paris par le docteur Pierre Madeuf, conçu pour l'entraînement à l'escalade.

DANS LES ANNÉES 1940

Année 1942 - Les prises sculptées

Charles Authenac sculpte au Bas Cuvier un certain nombre de prises permettant les grandes classiques d'aujourd'hui du cinquième degré, tels le Quartier d'Orange, la Route nationale et autre Angle Authenac.

La vallée de Cham

Création de la clandestine série de bivouacs près du Cuvier, au lieu-dit « la  Vallée de Cham », lieu réservé aux Bleausards et... « interdit aux Mathieux, Scouts et autres Ajistes ».

Année 1944 - Les forçats du Bas Cuvier

Le groupe très actif de grimpeurs, fréquentant le Bas Cuvier, applique pour l'escalade de blocs un entraînement systématique ; cela concerne évidemment le seul jour de repos hebdomadaire, le dimanche…
Sous les sarcasmes de la publication Le Bleausard : « Les forçats du Cuvier peuvent être vus en pleine action, mais seulement dans un rayon de cent mètres du mirador de la Prestat, le bagne ayant ses limites à peu près à cette distance ».
Le Bas Cuvier devient le véritable laboratoire du geste ; c'est là que l'escalade des blocs est travaillée à son plus haut niveau. C'est le « centre du monde » pour l'escalade de blocs !...

Les topos de Bleau

Maurice Martin publie son premier guide consacré à l'escalade en forêt de Fontainebleau et portant sur les massifs du Cuvier, du Rempart du Cuvier, du Puiselet, de la Dame Jouanne, de l'Éléphant, de Malesherbe, de Chamarande et du Pendu ; sur chaque bloc sont précisés le nom du mouvement et l'estimation de la difficulté.
C'est, bien sûr, une cotation particulière à cette escalade qui est adoptée en six degrés, dérivée de l'échelle Welzenbach, mais beaucoup plus sévère d'un et demi à deux degrés, en utilisant des chiffres romains.

Année 1945 - Le CAC

Création du Cuvier Academic Club, avec comme chef de file Pierre Allain. C'est un petit groupe de grimpeurs de haut niveau technique, extrêmement dynamique, familier du Bas Cuvier, comprenant entre autres Pierre Allain, René Ferlet, Guy Poulet, etc., avec les surnoms bleausards : le Vieux, le Prince, le Gros, etc.
L'esprit bleausard, l'entraînement et l'émulation sont très poussés. Aux six degrés de la difficulté de l'escalade, les bleausards du CAC ajoutent une classification du talent des grimpeurs allant du « lamentable débris » du premier degré en passant par « l'honorable grimpeur » jusqu'aux « pures lumières » du sixième degré.
Le « mathieu » étant le degré zéro, on l'aura bien évidemment deviné.

Année 1946 - La Marie-Rose

René Ferlet réussit le plus beau et le plus célèbre mouvement d'escalade difficile du Bas Cuvier « la Marie-Rose », sur le bloc aux Deux arêtes. Une référence cotée encore aujourd'hui 6A, avec le caoutchouc à gomme adhérente des chaussons d'escalade d'aujourd'hui...

 Au-delà du sixième degré

René Ferlet écrit au sujet des cotations des difficultés en escalade : « Tout ce qui se ferait de plus difficile que le VI formerait le septième degré et peut-être le huitième ».

Année 1947 - Le premier circuit

Réaliser un enchaînement de mouvements pour permettre une continuité dans l'effort et une variété dans l'escalade, voilà l'objectif du premier circuit fléché qui amène d'un bloc à un autre, en évitant le retour au sol. Le niveau technique des mouvements d'escalade permet un parcours pour le plus grand nombre.
Il est tracé au Rempart du Cuvier par Fred Bernick. La difficulté varie du second au troisième degré...

Année 1948 - Les chaussons d'escalade PA

En 1948, et après une longue mise au point commencée en 1935, Pierre Allain met sur le marché dans son célèbre magasin de la rue St Sulpice à Paris, un chausson d'escalade à semelle caoutchouc de marque PA.
Le fameux chausson bleu sera immédiatement l'outil indispensable pour l'escalade à Fontainebleau.
En 1955, ces chaussons sont adoptés pour l’escalade des parois des Îles Britanniques…
Curieusement, ils resteront en France réservés, à quelques exceptions près, aux blocs de Fontainebleau pendant encore douze ans.
En 1962, apparaît un modèle concurrent : Varappe RD de Galibier.
Pierre Allain diffusera ses propres chaussons jusqu’en 1962. Il s’installera ensuite à Uriage en 1963, pour poursuivre le développement et la fabrication de ses mousquetons en alliage d’aluminium.
C’est dans ces années-là que le modèle d’origine échappera à son inventeur et sera récupéré par son fabricant-cordonnier Bourdonneau qui proposera le chausson bleu d’origine, mais sous sa propre marque EB super-gratton.
En 1964, un modèle nouveau : Varappe PA Galibier, appelé « nouvelle PA » est proposé.
C’est en 1966, que le chausson d’origine figurera dans les publicités, sous la marque : Super gratton EB, il restera pour encore quelque temps le modèle de référence.
Puis d’autres fabrications viendront…
En 1967, les chaussons font leur apparition dans les falaises calcaires et aussitôt dans les escalades rocheuses des Alpes et, à partir de 1974, les chaussons PA et leurs dérivés seront indispensables pour toute escalade rocheuse difficile ou pas, en tous lieux.

DANS LES ANNÉES 1950

Année 1950 - La Stalingrad et le Carré d'As

Paul Jouy réalise deux mouvements parmi les plus fameux du Bas Cuvier, la « Stalingrad » en 6B sur le bloc de la Prestat et le « Carré d'As » en 6C sur le bloc Wehrlin devenu aujourd’hui le bloc du Carré d’As…

Année 1952 - La Quatrième arête

Michel Dufranc inaugure la « Quatrième arête » sur le bloc aux Deux arêtes... qui en compte évidemment quatre... C'est un mouvement bleausard dans toute sa splendeur qui attendra au moins quatre ans avant d'être repris avec 6C.

Bois Rond devient terrain militaire

L’Armée rachète le domaine de Bois Rond qui servira de terrain de manœuvres… ce qui évita l’appropriation privée de cet espace unique...

Année 1953 - La Joker

Robert Paragot est le premier à réussir l'exceptionnel mouvement de la « Joker », sur le bloc aux Deux arêtes. Une « première » très convoitée, le même jour Michel Dufranc l'accompagne dans la performance, qui est aujourd'hui encore cotée 7A pour la difficulté. Ce mouvement permet de juger du niveau atteint à l'époque...

Le topo du Cuvier

Maurice Martin actualise le guide des escalades sur les blocs du Bas Cuvier et du Rempart. Pour le Bas Cuvier, la difficulté sortant de l'échelle classique des six degrés en chiffres romain, on indique chaque progrès par un indice alphabétique VI a, puis VI b, etc… En 1953, avec la Joker, on en est au VI f pour la difficulté.

Un monde de bleausards

Dès le vendredi soir, chaque fin de semaine, par le train, le car ou en auto-stop et plus tard en voiture, un petit monde de bleausards rejoint la belle forêt de Fontainebleau avec nourriture, eau (et vin), afin de vivre deux jours hors du temps, pour retrouver les blocs d’escalade et la randonnée, avec soirées et nuits dans les bivouacs plus ou moins bien aménagés, creusés sous les plateaux ou les blocs gréseux. Des réveils en forêt du samedi matin, avec à proximité de quelques cervidés sereins, restent un souvenir ineffaçable.

Cette tradition commencée dans les années d’avant-guerre perdurera jusqu'aux années mil neuf cent soixante dix.

Année 1956 - La fraise écrasée

Le premier circuit difficile d'escalade est fléché dans le massif d'Apremont par les frères Sennelier, niveau cinquièmes degré, la couleur du fléchage du circuit est celui de la fraise écrasée. La difficulté d'ensemble du circuit est qualifiée de très difficile limite inférieure ( TD inf ).

DANS LES ANNÉES 1960

Année 1960 - L’Abattoir

Autre passage historique du septième degré, « l'Abattoir » place Morin du Bas Cuvier avec un mouvement technique en avance sur son temps. Il est réussi par Michel Libert, le meilleur grimpeur de blocs de ces années-là.

Le Blanc du Bas Cuvier

Succédant à la « Traversée du Bas Cuvier » prend forme sous une discrète numérotation blanche dans un enchaînement suffisamment stable et achevé, le circuit blanc du Bas Cuvier.
C’est un circuit que les initiés appellent « le porte à porte » où l’on va de bloc en bloc pour tenter les passages les plus difficiles du site. C'est le livre ouvert de l'histoire de l'escalade extrême et le répertoire du savoir-faire bleausard. Le premier bloc c'est la « Lili », après il faut suivre, on peut arriver à les gravir tous, puis il faudra essayer de durer... et chaque génération ajoute son savoir-faire. Dans ces années-là, Michel Libert et Roland Trivellini marquent l'époque par leur talent. La difficulté d'ensemble du circuit est qualifiée d'extrêmement difficile limite supérieure.

Année 1961 - L’autoroute du sud coupe la forêt en deux

Suite au manque certain de vigilance des associations et à l’invraisemblable irresponsabilité de l’administration, la forêt de Fontainebleau sera coupée en deux par l’autoroute du sud.
Un gâchis irréparable…
Les positions prises par nos instances en faveur d’un tracé de l’autoroute évitant la forêt de Fontainebleau par l’ouest ne seront pas suffisamment appuyées et ni défendues.
Et le réveil tardif d’autres groupements et quelques gestes irresponsables n’y feront rien…
Une prise de conscience des associations apparaîtra pour intervenir à l’avenir d’une façon organisée sur l’ensemble du territoire et non plus seulement en montagne…

Année 1962 - Le COSIROC

Création du COSIROC, un Comité de coordination qui aura comme but  la défense des sites et des rochers d'escalade de Fontainebleau, avec initialement deux grandes actions :
<  Le rattachement du massif des Trois Pignons à la forêt domaniale de Fontainebleau.
<  La création de la base de plein air de Buthiers-Malesherbes, évitant un projet d'urbanisation…
Le Cosiroc deviendra une association indépendante en 1967.

1964 - Le domaine des Trois Pignons

Quelques initiatives privées et l’intervention du Club Alpin vont demander que le domaine  des Trois Pignons, élément essentiel de la forêt de Fontainebleau, soit mis hors de portée des promoteurs.
La forte mobilisation des familiers de la forêt de Fontainebleau était réelle et perceptible, ces usagers s’estimaient victimes du mauvais coup de l’administration qui n’avait pas hésité à couper la forêt en deux pour faire passer l’autoroute en son milieu.
Voulant peut-être atténuer ce fiasco environnemental, l’administration se portera acquéreur des zones encore non protégées de l’exceptionnelle forêt… L'enquête publique en vue de l'expropriation de l'ensemble du massif des Trois Pignons débutera en 1966, l’arrêté de la déclaration d’Utilité publique date du 20 octobre 1967, avec le rachat par l'État de près de deux mille propriétés constituant le massif...
Le domaine de Bois Rond déjà acheté par l’Armée en 1952 entre dans les limites de l’arrêté…

Année 1964 - Le circuit saumon

Parcours majeur dans le massif des gorges d'Apremont conçu pour la préparation physique à la haute montagne, le circuit saumon est tracé par Jacques Reppelin et Pierre Porta, long parcours de difficulté moyenne en cinquième degré, qui peut se réaliser en une heure, il a déjà été parcouru en quarante-cinq minutes, mais on peut aussi prendre son temps dans le cadre magnifique des gorges d'Apremont. La difficulté d'ensemble du circuit est qualifiée de très difficile limite inférieure ( TD inf ).

Année 1967 - La gestion des circuits

Le COSIROC avec sa commission des circuits d'escalade, devient de fait le gestionnaire du patrimoine escalade de blocs en forêt de Fontainebleau, en liaison, bien sûr, avec l'administration de l'Office National des Forêts.
C'est Lucien Deschamps et Pierre Bontemps qui sont les premiers à prendre en charge la gestion des circuits d'escalade. C'est Oleg Sokolsky qui assurera, à partir de 1975, l'immense travail de coordination, d'entretien et de gestion de quelque deux cents circuits d'escalade de la forêt de Fontainebleau.

Année 1968 - D'autres circuits blancs

Patrick Cordier trace deux circuits de haute difficulté dans les groupes de Franchard et du 95,2. La difficulté moyenne est le cinquième degré limite supérieure, l'enchaînement d'un pareil circuit est une performance physique. La difficulté d'ensemble des deux circuits est qualifiée de très difficile limite supérieure  ( TD sup ).

Les chemins forestiers

Les chemins forestiers de la forêt de Fontainebleau sont peu à peu fermés aux automobiles qui s’engageaient partout et saccageaient les sols.

DANS LES ANNÉES 1970

Année 1972 - Le circuit noir

Alain Michaud à Malesherbes et Jacques Olivet au Gros Sablon commencent à exporter la haute difficulté hors du Bas Cuvier en traçant des circuits extrêmement difficiles. Dans le massif du Gros Sablon, le circuit noir de Jacques Olivet restera une référence combinant l'extrême exposition et la haute difficulté. La difficulté moyenne est 6A exposé, la difficulté d'ensemble du circuit est qualifiée d'extrêmement difficile limite inférieure ( ED inf ).

Le circuit des 25 bosses

Le parcours de randonnée des 25 bosses dans le massif des Trois Pignons est achevé par Maurice Martin et ses amis. Il reprend une succession de sentiers existants avec des variantes de raccordement. Il offre une dénivellation finale importante ( 850m ) comme préparation à la montagne…

Année 1977 - Le renouveau

Un renouveau dans l'escalade de blocs vient avec Jérôme Jean-Charles et ses amis qui, depuis quelques années, sont les continuateurs de la tradition au Bas Cuvier. L'entraînement journalier permet des avancées, c'est « Carnage » avec 7B pour la difficulté, sur le même bloc que l'Abattoir.

Année 1978 - Le Toit du Cul de Chien

Sur un bloc isolé, un peu comme celui de la Fissure des Alpinistes, il faut aller à sa rencontre, le « Toit du Cul de Chien » est un passage des plus spectaculaires, il est réussi par Eddy Bouchet. Difficulté 6C seulement, mais avec beaucoup d'allure...

La magnésie

Début de l'utilisation de la magnésie comme aide à l'escalade. La poudre blanche va déclencher de belles polémiques : la magnésie est-elle un moyen artificiel d'escalade ?
Pourtant la magnésie était déjà utilisée par quelques gymnastes grimpeurs de la forêt dans les années mil neuf cent cinquante… Notamment par un familier de Buthier-Malherbes.

L'échelle des difficultés

Il n’y a pas de lien entre l’échelle des difficultés en falaise et en bloc, ce sont deux systèmes parallèles qu’il faudra peu à peu s’approprier… Longtemps l'échelle comportait des chiffres romains pour se bien différencier de la cotation falaise...
Aujourd'hui il semble que la tendance soit aux chiffres arabes avec une lettre majuscule...
Les grimpeurs décident d'ouvrir le système de graduation des difficultés, limité jusque-là aux six degrés du système Welzenbach, après 6 ce sera 7 puis 8....
A chaque degré, il y a trois paliers intermédiaires A, B et C. Les avancées supplémentaires sont marquées par un plus ( 7A+ par exemple ). Tout ceci pour éviter l'inflation...

Année 1979 - Le massif des Trois Pignons préservé

Après beaucoup d’incertitudes et de discussions, l’État a achevé l’acquisition du massif des Trois Pignons qui est confié à l'Office National des Forêts ( ONF ).

DANS LES ANNÉES 1980

Année 1980 - La guerre des flèches

La guerre éclate entre les tenants d'une organisation rationnelle de l'escalade et de son développement en multipliant les circuits fléchés et un petit groupe voulant imposer le retour à la nature vierge. Les fléchages peints sur les blocs sont effacés au chalumeau, puis retracés pour être de nouveau détruits...
Le retour au calme interviendra deux années plus tard...

Année 1981 - Les nouveaux chaussons

En 1981, apparition sur le marché de chaussons d'escalade de fabrication espagnole avec un caoutchouc très tendre et comportant en additif de la résine. Cet équipement va permettre d’avancer dans la difficulté.

Année 1982 - Le guide de Bleau

Parution d'un guide complet de l'escalade en forêt de Fontainebleau, aux Éditions Arthaud.
La difficulté d'ensemble de chaque circuit est indiquée suivant l'échelle en six degrés : facile ( F ), peu difficile ( PD ), difficile ( D ), très difficile( TD ) et extrêmement difficile ( ED ), avec des paliers intermédiaires, inférieur et supérieur.

Année 1983 - Un nouveau progrès en 7C

Au Bas Cuvier, c'est la « Berezina » par Pierre Richard, avec une difficulté estimée 7C, sur le même bloc que l'Abattoir qui devient pour le septième degré un autre haut lieu du Cuvier et de la forêt de Fontainebleau, avec les blocs aux Deux arêtes pour le six et la Prestat pour le cinquième degré.

Performance britannique

Le grimpeur britannique Jerry Moffat, en visite, réussit au Bas Cuvier l'Abattoir après un seul essai et Carnage au second essai…
Ce qui montre le haut niveau dans l'escalade de blocs du meilleur grimpeur des Îles Britanniques.

Le surplomb de la vallée de la Mée

Encore une progression dans la difficulté, le « Surplomb de la vallée de la Mée » est réussi par Jacky Godoffe et Alain Ghersen, les grimpeurs lui attribuent le degré 7C limite supérieure. On veut marquer une avancée, mais on n'ose pas encore rentrer dans le huitième degré, pas pour longtemps ...

Le chausson moderne

Avec le blocage du talon, les semelles adhérentes et la grande précision du chausson, le grimpeur gagne un degré entier dans l'échelle des difficultés avec ce nouvel équipement.

Année 1985 - Le premier huit

Le consensus entre les grimpeurs est obtenu, la progression dans la difficulté est bien réelle. Nous sommes devant le premier huit, dans l'échelle de la difficulté bleausarde, avec « C'était demain » par Jacky Godoffe, au Rempart du Cuvier.

Année 1986 - Les quatre huit

Alain Ghersen inaugure « L’Ange naïf » dans le groupe des rochers du 95,2 ; et avec Jacky Godoffe « Partenaire particulier » dans le groupe de l'Éléphant...
Ce dernier réussit « La Balance » au Cuvier. Ces passages vont mériter avec « C'était demain », le huitième degré de difficulté en bloc...

Année 1987 - L'ensemble des voies difficiles

Alain Ghersen réussit à gravir l'ensemble des voies extrêmes de la forêt de Fontainebleau, c'est-à-dire 7A et plus.

Année 1989 - Le premier 8B bloc ?

Jacky Godoffe inaugure le « Mouvement perpétuel » au Cuvier, estimé 8B en concurrence avec ce qui suit...

DANS LES ANNÉES 1990

Dans les années 1990 se développe partout en Europe et dans le monde l’escalade de blocs.

Le « crash pad »

Un matelas amortisseur « crash pad » bricolé est utilisé par sécuriser les chutes, un modèle plus technique sera commercialisé dès 1995.

Année 1992 - Le premier 8B ?

À Branson en Suisse, Fred Nicole réalise « La danse des Balrogs » qui se revendique également comme le premier 8B de l’escalade de bloc.

Année 1993 - Fat Man au Cuvier

Au Bas Cuvier, Jacky Godoffe réalise les mouvements de « Fat Man », un surplomb en 8B.

DANS LES ANNÉES 2000

Année 2001 - Des actes de pur vandalisme 

Des itinéraires notoires sont saccagés, avec des dommages définitifs comme Carnage et Fat Man du fait d’irresponsables âneries ou autres errements…

Le XXIe siècle

En 2014, un certain nombre de 8C et un grand nombre de 8B parsèment la belle forêt, ils marquent les fantastiques évolutions de l’escalade à Fontainebleau… avec les éternelles discussions sur le niveau proposé par l’ouvreur, et celui ressenti par le répétiteur...

Le niveau 8C

Risquons quelques jalons marquant le niveau 8C ayant trouvé un certain consensus :
<  Le « Dernier Fléau », au Rempart du Cuvier, par Sébastien Frigault en 2003.
« Trip Hop », à Boissy aux Cailles, par Sébastien Frigault en 2003.
<  « The Big Island », à Coquibus Rumont, par Vincent Pochon en 2009…

Du « mathieu » aux « pures lumières »

  • Avec ses quelque deux cents circuits d'escalade allant du commode parcours pour tous jusqu'aux circuits réservés aux « pures lumières », la forêt de Fontainebleau est pour l'escalade de blocs un terrain de jeu sans égal…

 

CONSULTATION

L’ensemble des textes concernant l’histoire de la FFCAM et les autres dossiers proposés sont consultables au Centre fédéral de documentation de la FFCAM - 24, avenue de Laumière, 75019 Paris.

Notamment :

- Bulletins du CAF, de 1876 à 1904.
- Annuaires du CAF, de 1875 à 1904.
- La Montagne, de 1905 à 1954.
- Alpinisme, de 1925 à 1954.
- La Montagne & Alpinisme, depuis 1955.
- Les Annales du GHM de 1955 à 2001 et Cimes de 2002 à aujourd’hui.

Consultation de l’ensemble des livres constituant la bibliothèque de la FFCAM ; tous référencés.

Voir aussi l’ouvrage : Le 9e degré de David Chambre de 2015 aux éditions du Mont Blanc.

CONSULTATION EN LIGNE

Accès aux références

Vous pouvez consulter en ligne le catalogue du CND avec un accès aux références pour l’ensemble des articles des revues et pour les livres.

Il suffit de saisir un mot caractéristique ou un des mots-clés d'un ouvrage recherché, dans l'un des champs appropriés ( auteur, titre, sujet, année d'édition ) et vous aurez accès aux références de votre recherche.

Accès aux publications

Vous pouvez consulter en ligne les revues suivantes :

- L’Annuaire du CAF, de 1876 à 1904 accessible sur le site de la Bibliothèque Nationale : http://gallica.bnf.fr
- Voir aussi : www.archive.org et utiliser le mot-clé : club alpin français.
- Le Bulletins du CAF, de 1876 à 1904 accessible sur le site de la Bibliothèque Nationale : http://gallica.bnf.fr
- La revue La Montagne de 1905 à 1954 accessible sur le site de la Bibliothèque Nationale : http://gallica.bnf.fr
- La revue La Montagne & Alpinisme depuis 1955 accessible sur le site de la Bibliothèque Nationale : http://gallica.bnf.fr
- Enfin la revue Alpinisme 1926 à 1954 accessible sur le site du GHM.

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75019  Paris
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